ÉLOGE DE D'IBERVILLE
advis à MM. de Chasteaumorant et d’Iberville, auxquels je faisois connoistre que c'estoit icy le véritable endroit où je leur donnerois tout le secours et leur route pour leur voyage. Ils y sont venus et je leur ay effectivement donné tout ce dont ils ont eu besoin et en diligence. J'ay fait embarquer M. de Graff sur M. de Chasteaumorant, et un bon pilote sur M. d'Iberville. Ils partirent le 30 décembre, à dix heures du soir, et depuis leur départ il a tousjours fait beau temps. M. d'Iberville m'a paru un digne homme, précis et entendu. J'ay conceu son idée avec facilité. J'avois eu des entretiens autrefois avec un pilote, envoyé de la part du Roy Catholique pour cette descouverte. Cela alarma tant les Espagnols du Mexique, lors de l’entreprise du sieur de La Salle, et cet homme w'aroit fait un enfer de ces mers et de ces costes. Le hasard m'a fait entamer cette matière sans affectation avec l’oflicier de l’Armade qui me ramenoit les prisonniers de la Vera-Cruz, le mois d'octobre dernier, lequel estoit assés recueilly sur le fait. Son général ayant fait et parcouru toute l'enceinte du golfe de lieu en lieu, il me dit que La Salle avoit trop fréquenté le sud, et qu'il y avoit un port à trente ou
trente-six lieues plus nord, ct que c’estoit un très beau pays, qui cependant estoit extrêmement csloigné des dépendances
du Mexique. Nostre conversation ayant esté interrompue, et cet officier estant sorty, il y eut quelque indiscret qui luy dit qu'il y avoit quatre vaisseaux prests à partir pour Michichipi. Il revint à moy tout en colère pour me dire si c'estoit de ceste manière qu'on vouloit bien vivre aux Indes, et garder la paix. Je l'assuray n'avoir aucune nouvelle de ce dessein; qu'il estoit bien vray que des passagers nouvellement venus rapportoient que quelques marchands de Canada avoient armé des vais-