FÉVRIER 1699. ILE DU MASSACRE
faire du feu, mes équipages n’en pouvant plus. Le canot du François a gagné les vaisseaux.
Le 3°, j'ay resté à l'isle, que je nomme du Massacre, à cause que nous y avons trouvé, au bout du sor-ouest, un endroit où il a esté deffait plus de soixante hommes ou femmes. Ayanttrouvé les testes et le reste des ossemens avec plusieurs affaires de leur ménage, il ne paroist pas qu'il y ait plus de trois ou quatre ans, rien n'estant encore pourry.
Il a fait, cette nuit, un gros vent de sud-est, qui a changé à quatre heures du matin à l’ouest-nord-ouest gros vent et la mer grosse. Ne pouvant aller à bord, quatre de mes Canadiens ont esté à la chasse et ont tué dix-huit outardes, plu-
sieurs canards et un chat sauvage, et moy, dans la biscayenne,
j'ay traversé à la pointe de la terre ferme, qui est de cette isle à trois lieues et demye au nord un quart nord-ouest. Je l'ay suivie quatre lieues, courant au nord un quart nord-est, où j'ay debarqué et monté au haut d’un chesne blanc, et ay remarqué la terre courir au mesme rumb de vent encore trois lieues et demye, où il me paroist un cap, au bout duquel la terre tourne au nord-ouest. Le costé de l'est de la rivière, car je ne doute pas que ce n'en soit une, l’eau estant fort saumastre, me restoit à l'est à quatre lieues, et me paroissoit courir au nord-nord-ouest et à l’est-sud-est à perte de veue, et se peut rejoindre à la coste de la pointe de l’est, où je couchay la première nuit, qui est distant de la pointe qui me reste à l'est d'environ quatre lieues et demie, l'isle de la terre ferme. Je ne trouvay que quinze pieds d’eau, et cette terre me paroissoit bouchée au sor-ouest de plusieurs isles, la pluspart boisées. Je trouvay toutes sortes de bois, chesnes, ormes, fresnes. pins, et d’autres bois que je ne connois pas, beaucoup