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En monnaie de l'époque 42 livres

comme en province, des maisons à demi dégradées qui tombaient en ruines.

Tout change avec le xvi^ siècle ; non' seulement les prix, mais aussi les maisons auxquelles ils s'appliquent. Le saut des chiffres est assez brusque d'ailleurs, pour qu'il soit impossible de douter que la hausse des immeubles n'ait de beaucoup précédé leur transformation. De fait la cité de Charles VIII mit un siècle et demi à faire peau neuve; elle avait à peine fini de s'aligner, de se paver et de faire disparaître ses ordures à l'avènement de Louis XIV. Pourtant, dès le. règne de Louis XII, un drapier achetait 35.000 francs sa maison de la rue du Petit-Pont; une maison de la rue de la Vieille-Boucherie valait 21.000 francs. Tel immeuble de la rue d'Autriche servant à (c filles amoureuses » ne se négocie que 2.000 francs en 1519 ; mais un épicier donne 46.500 francs, rue Saint-Martin.

Les loyers n'avaient pas suivi tout à fait le mouvement ascensionnel de la valeur vénale. Le taux de capitalisation baissa au xvi*" siècle. Les maisons de la capitale qui avaient valu 5.650 francs en moyenne au siècle précédent valurent dans celui-ci 15.470 francs; elles avaient presque triplé.

Comparé à nos chiffres de 1910, qui font ressortir à 160.000 francs le prix d'une maison dans les 3% 4^ et 5^ arrondissements de Paris, — le Paris bâti du xvi^ siècle est tout entier contenu dans ces trois arrondissements, — le chiffre de 15.500 francs paraît bien médiocre.

Mais la comparaison de ces trois arrondissements de 1501 à 1600, avec ce qu'ils sont aujourd'hui, ne serait absolument concluante que si les maisons n'avaient pas varié. Or quand bien même nous suivrions, à travers les âges, une demeure unique, les résultats ne seraient pas plus précis ; puisque cette

demeure isolée aurait été probablement, elle aussi, plusieurs fois remaniée et comme repétrie par ses propriétaires successifs. Les quelques exemples des variations de loyer d'une maison, que nous avons extraits des archives, suffiront k le prouver; un immeuble de la rue Notre-Dame est loué 40 francs en 1179, à l'avènement de Philippe-Auguste; 696 francs en 1241; 1.272 francs en 1295; 120 francs en 1369; 162 francs en 1430, et enfin 59 francs en 1442; il est remonté à 345 francs en 1502, à 535 francs en 1524 et à 621 francs en 1558. Son prix de location demeurait donc, sous Charles ÏX, inférieur à ce qu'il avait été sous Philippe le Bel, et même sous saint Louis ; mais la rue Notre-Dame avait cessé d'être, au xvi" siècle, le centre de vie commerciale et, si l'on peut dire, mondaine qu'elle était au xwf.

Rue de la Bûcherie, une maison que nous trouvons, en 1307, affermée à 820 francs, ne l'est plus que 488 francs en 1394; elle est .remontée à 1.960 en 1514, et redescendue à 1.800 francs en 1609. La baisse ne se produisit pas partout en même temps : la « maison des Ardoises », rue Saint-Denis, — riche construction si l'on en juge par sa couverture, alors réservée aux seuls édifices de luxe, — était louée 1.620 francs en 1378; en 1408, elle avait augmenté jusqu'à 3.390 francs, et avait baissé en 1426 jusqu'à 800 francs. En 1444, nous la retrouverons à 940 francs (dans l'intervalle, on l'avait abattue et reconstruite); en 1541, elle ne rapportait encore que 1.200 francs.

Une plus-value extraordinaire de la propriété bâtie se produisit de 1601 à 1700. Elle eut pour cause à la fois le renchérissement des terrains et celui des matériaux de construction. Le progrès du luxe y joua son rôle, l'aisance accrue de la bourgeoisie parisienne, et aussi l'immigration dans la capitale d'une partie de la

haute noblesse, de la noblesse riche tout au moins, qui devenait la haute noblesse en dépensant ses revenus à Paris, et qui, de tous les coins du royaume, vint y élire domicile. Sous ces influences multiples, le prix moyen des immeubles parisiens, qui avait été de 5.650 francs au xv* siècle et de 15.500 francs au xvi^, sauta au xvii^ à 75.000 francs.

Au siècle suivant, l'augmentation des bâtiments fut beaucoup moindre. Quoique le sol n'ait cessé de hausser, sous Louis XV et Louis XVI, presque dans la même proportion que sous Louis XIII et durant la première moitié du règne de Louis XIV. la valeur des maisons ne ressort, de 1701 à 1800, qu'à 100.000 francs, c'est-à-dire 33 p. 100 de plus que pendant les cent années précédentes. C'est que de la fin du ministère de Colbert au commencement de celui de Fleury, il y eut un recul considérable, puisque après avoir été de 81.000 francs en 1651-1675 et de 74.000 francs en 1676-1700, le prix moyen se trouva réduit, pendant les vingt-cinq années suivantes, à 62.400 francs.

Ce chiffre, qui embrasse la fin du règne de Louis XIV et la Régence, compense en quelque sorte le chiffre de 147.000 francs qui représente les années très chères de Louis XVI (1776-1790).

La valeur vénale des immeubles de la capitale, au commencement du xvii^ siècle, descend jusqu'à 6.600 francs, prix de la maison d'un maçon, rue du Vert-Bois, et s'élève jusqu'à 750.000 francs, prix de l'hôtel de Gondi. L'hôtel d'Effîat, rue Vieille-du- Temple, se vendait 457.000 francs en 1654, l'hôtel de Sillery, rue Saint-Honoré, 642.000, et l'hôtel de Bassompierre, place Royale, 408.000 francs. L'immeuble le plus cher est l'hôtel de Longueville que l'Etat, en 1657, achète 1.140.000 francs pour les agrandissements du Louvre. Hormis ces logis princiers, nous

ne rencontrons, de 1601 à 1700, qu'une seule bâtisse bourgeoise dont le prix dépasse 250.000 francs.

Les constructions sont exceptionnelles encore qui atteignent de 125.000 à 250.000 francs ; ainsi une maison de la place Royale ayant 14 mètres de long sur 54 mètres de large (par conséquent 756 mètres carrés de superficie) vaut 150.000 francs en 1671. L'hôtel d'Epernon, en 1674, est vendu 140.000 francs, rue Vieille-du- Temple. L'immeuble habité par « le sieur Jean-BaptiMe Poquelin, marchand tapissier », père de Molière, au coin de la rue Saint-Honoré et de la rue des Vieilles- Étuves, était, en 1638, vendu 150.000 francs.

Le célèbre « Hôtel de Bourgogne » qui était loué comme salle de spectacle 100 écus par mois en 1634, au temps du Cid et de Cinna^ par conséquent sur une base de 18.750 francs par an. n'est vendu en 1676 que 76.000 francs.

C'est en général le peuple des menus fonctionnaires, des marchands de second ordre qui se partage la propriété bâtie de 50.000 à 75.000 francs.

Quant aux édifices des dernières catégories, inférieurs à 20.000 francs, nous en relèverons, dans la seconde moitié du règne de Louis XIV, rue des Lombards, Quincampoix, des Filles-Dieu, etc.

Au commencement du xviii*" siècle (1701-1725), des chiffres aussi bas n'ont plus de quoi surprendre, tellement ils sont devenus usuels. Nous en rencontrons à foison dans tous les quartiers, rues du Petit-Bac, des Petits-Champs, d'Orléans.... A Chaillot, village qui ne paraissait plus aussi éloigné du centre que cent ans auparavant, lorsque Richelieu écrivait : « M. le maréchal d'Effiat est allé se baigner à Chaillot, d'où je pense qu'il reviendra demain », à Chaillot, une maison de quatre petits étages, ayant chacun deux chambres, valait 13.000 francs.

De 1726 à 1750 la valeur vénale augmente peu; en 1751, on offre « grande et belle maison » de la place Vendôme pour 230.000 francs^ — elle vaudrait plus d'un million d'après les transactions récentes dont ces propriétés ont été l'objet; — l'hôtel de Potier-Blérancourt, place Royale, vaut 165.000 francs. Ces prix avaient plus que doublé au moment de la Révolution.

Nul ne SQ doutait, au milieu du xvii^ siècle, que Paris était destiné à se doubler du côté de l'ouest. Quand Richelieu quitta son logement de la rue des Mauvaises-Paroles, pour s'installer au Palais Cardinal, il se trouvait en plein désert. Les particuliers qui avaient acheté les terrains autour de son parc, en bordure de la rue nouvelle, dite « de Richelieu », — un juré-maçon, un maître charpentier, un orfèvre, — étaient tenus, par leur contrat d'acquisition, de construire, ou du moins d'élever des murs pour soutenir les terres, « afin de mettre ladite rue à hauteur compétente. » En effet, elle était beaucoup plus haute du côté du rempart (la rue actuelle des Petits-Champs) que du côté de Paris. Xa différence de niveau était telle que cette rue (non pavée encore en 1640) était impraticable. Et l'on ne parvenait pas, malgré les injonctions réitérées, â faire utiliser les terrains par leurs propriétaires.

Au moment de la Révolution, une maison de la rue de Richelieu valait couramment 180.000 francs 2; il en est de 360.000 francs rue du Mail ^et boulevard Poissonnière, de 280.000 francs faubourg Saint-Honoré (n^ 6) et rue d'Anjou. Les immeubles atteignent 160.000 francs rues de la Chaussée-d'Antin et Gaillon. Certes, on peut encore se procurer des bâtiments plus

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