A JULES TELLIER
Quand je vous vois de face et penché sur un livre Vous m'avez l'air d'un loup qui serait un chrétien, Pardon, rectifiez : qui serait un païen, En tous cas d'un loup peu garou qui saurait vivre.
Je vous vois de profil : un faune m'apparait, Mais un faune sélect au complet sans reproche Avec, pour plus de chic, une main dans la poche Et promenant à pas distraits son vœu secret.
Vu de dos, vous scmblez un sage qui médite, A jamais affranchi des fureurs d'Aphrodite Et du soin de penser uniquement jaloux.
Vu de loin, on vous veut de près à justes litres, Et, car la vie, hélas ! a de sombres chapitres, Quand je ne vous vois pas je me souviens de vous.
V janvier 1889.
AU MEMK
Ainsi je riais, fou, car la vie est folie ! Mais je ne savais pas non plus que tu mourrais, Moi malade et mourant presque (on eîit dit exprès, Sûr, mort, du cher tribut de ta mélancolie)
Car tu m'aimas de sorte à ce qu'on ne l'oublie, Esprit et cœur enthousiastes toujours prêts A se manifester en quelques nobles traits... — Et c'est moi qui sur toi dis la triste lalie !
Hélas, hélas, que tout soit ou semble discord En ce monde où qui donc a raison ou bien tort, A ce qu' « assure » une dure philosophie !
Mon ami, quelle soit la dispute ou la loi.
Je reprends un de mes vers vrais à vous en vie
Quand je ne le vois plus je me souviens de toi.
Juin 1889.
A FRANÇOIS COPPEE
Les passages Choiseul aux odeurs de jadis, Oranges, parchemins rares, — et les gantières ! Et nos « débuts », et nos verves primesautières, De ce Soixante-sept à ce Soixante-dix,
Où sont-ils ? Mais où sont aussi les tout petits Evénements et les catastrophes allières.
Et le temps où Sarcey signait S. de Suttières, N'étant encore pas mort de la mort dAthys !
Or vous, mon cher Coppée, au sein du bon Lemerre Gomme au sein d'Abraham les justes d'autrefois, Vous goûtez l'immortalité sur des pavois.
Moi, ma gloire n'est qu'une humble absinthe éphémère
Prise en catimini, crainte des trahisons,
Et, si je n'en bois pas plus, c'est pour des raisons.
J.-K. IIUYSMANS
Sa douceur qui n'est pas excessive, Elle existe, mais il faut la voir, Et c'est une laveuse au lavoir Tapant ferme et dru sur la lessive.
Il la veut blanche et qui sente bon Et je crois qu'à force il l'aura telle. Mais point ne s'agit de bagatelle Et la tâche n'est pas d'un capon.
Et combien méritoire son cas
De soigner ton linge et sa détresse,
Humanité, crasses et cacas !
Sans jamais d'insolite paresse, 0 douceur du plus fort des J. K., Tape ferme et dru, bonne bougresse !
A STEPHANE MALLARME
Des jeunes — c'est imprudent !
Ont, dit-on^ fait une liste Où vous passez symboliste.
Symboliste ? Ce pendant
Que d'autres, dans leur ardent Dégoût naïf ou fumiste Pour cette pauvre rime iste, M'ont bombardé décadent.
Soit ! Chacun de nous, en somme, Se voit-il si bien nommé ?
Point ne suis tant enflamme
Que ça vers les n...ymplies, comme
Vous n'êtes pas mal arme
Plus que Sully n'est Prucriiomme.
A JEAN MOREAS
C'est le beau Jean Moréas Qui fait dire à l'échotier Que Tart périclite, hélas !
Aux main? d'un si tel routier.
Routier de l'époque insigne, Violant des villanelles Comme aussi, blancheurs de cygne ! Violant des péronnelles.
Va-t'en, sonnet libertin, Fleurir de rimes gaillardes Ce chanteur et ce hutin,
Migrateur emmi les bardes, Que suivent sur ses appels Tous les cœurs des archipels.