A ERNEST DELAHAYE
Dieu, nous voulant amis parfaits, nous fit tous deux
Gais de cette gaitc qui rit pour elle-même,
De ce rire absolu, colossal et suprême
Qui s'esclaffe de tous et ne blesse aucun d'eux.
Tous deux nous ignorons l'égoïsme hideux Qui nargue ce prochain môme qu'il faut qu'on aime Comme soi-même : tels les termes du problème. Telle la loi totale au texte non douteux ;
Et notre rire étant celui de rinnocence, Il éclate et rugit dans la toute-puissance D'un bon orage plein de lumière et d'air frais.
Pour le soin du Salut, qui me pique et m'inspire.
J'estime que. parmi nos façons d'être prêts,
Il nous faut mettre au rang des meilleures ce rire.
A MAURICE DU PLESSYS
Je vous prends à témoin entre tous mes amis, Vous qui m'avez connu dès l'extrême infortune, Que je fus digne d'elle, à Dieu seul tout soumis, Sans criard désespoir ni jactance importune,
Simple dans mon mépris pour des revanches viles Et dans l'immense effort en détournant leurs coups, Calme à travers ces sortes de guerres civiles Où la Faim et l'Honneur eurent leurs torts jaloux,
Et, n'est-ce pas, bon juge, et fier ! mon du Plessys, Qu'en l'amer combat que la gloire revendique, L'Honneur a triomphé de sorte magnifique?
Aimez-moi donc, aimez, quels que soient les soucis Plissant parfois mon front et crispant mon sourire, Ma haute pauvreté plus chère qu'un empire.
CHARLES MORIGE
Impérial, royal, sacerdotal, comme une République française en ce Quatre-vingt-treize Brûlant empereur, roi, prêtre, dans sa fournaise. Avec la danse, autour, de la grande Commune
L'étudiant et sa guitare et sa fortune
A travers les décors d'une Espagne mauvaise
Mais blanche de pieds nains et noire d'yeux de braise,
Héroïque au soleil et folle sous la lune ;
Néoptolème, âme charmante et chaste tête, Dont je serais en même temps le Philoctète Au cœur ulcéré plus encor que sa blessure,
Et, pour un conseil froid et bon parfois, l'Ulysse ;
Artiste pur, poète où la gloire s'assure;
Cher aux femmes, cher aux Lettres, Charles Morice !