‹ DédicacesChapitre 22 sur 69 · A MES AMIS DE LA-BAS · texte numérisé non relu

A MES AMIS DE LA-BAS

Gens de la paisible Hollande Qu'un instant ma voix vint troubler Sans trop, j'espère, d'ire grande

De voire part, voulant parler A vos esprits que la nature Fit calmes pour mieux y mêler

L'enthousiasme et la foi pure Et l'idéal fou de réel Et la raison et l'aventure

De sorte équitable, — ô le ciel

Non plus brumeux, mais de par l'ombre

Même, et l'éclat essentiel,

0 le ciel aux teintes sans nombre

Qu'opalisent l'ombre et l'éclat

De votre art clair ensemble et sombre,

Ciel dont il fallait que parlât La gratitude encor des races Et dont il fallait que perlât

Cette douceur vraiment mystique Et crue aussi vraiment qui rend Rêveuse notre âpre critique,

0 votre ciel, fils de Rembrandt !

QUATORZAIN POUR TOUS

0 mes contemporains du sexe fort, Je vous méprise et contemne point peu.

Même il en est que je déteste à mort Et que je hais d'une haine de dieu.

Vous êtes laids moi compris au delà De toute expression, et bêtes, moi Compris, comme il n'est pas permis : c'est la Pire peine à mon cœur et son émoi

De ne pouvoir être (ni vous non plus)

Intelligent et beau pour rire ainsi

Qu'il sied, du choix qui me rend cramoisi

Et pour pleurer que parmi tant d'élus A faire, ces messieurs aient entre tous Pris Brunetière. 0 les topinambous ^ !

1 Voir Boileau, Épigrammes .

QUATORZAIN POUR TOUTES

0 femmes, je vous aime toutes, là, c'est dit ! N'allez pas me taxer d'audace ou d'imposture. Raffolant de la blonde douce et de la dure Brune et de la virginité bête un petit

Mais si gente et si prompte à se déniaiser, I Gomme aussi de l'aime maturité (que vicieuse !

Mais susceptible d'un grand cœur et si joyeuse D'un sourire et savourant, lente, un long baiser)

Toutes, oui, je vous aime, oui, femmes, je vous aime — Excepté si par trop laides ou vieilles, dam ! Alors je vous vénère ou vous plains. Je vais même

Jusqu'à me voir féru, parfois à mon grand dam,

D'une inconnue un peu vulgaire, rencontrée

Au coin... non pas d'un bois sacré! qui m'est sucrée.

Tu m'as plu par ta joliesse Et ta folle frivolité.

J'aime tes yeux pour leur liesse Et ton corps pour sa vénusté.

Mais j'ai détesté tout de suite La gourmandise de ta chair.

J'abhorre ton besoin de cuite (Non pas celui qui m'est si cher,

Le besoin d'être avec cet homme Encore vert qui serait moi), J'abomine pour parler comme Il faut, ton goût pour trop d'émoi

Joyeux, gamin, charmant sans doute...

Au fait, j"y pense, je suis vieux Tant (cinquante ans !) et t'es en route Pour tes dix-huit ans... pauvre vieux !

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