Défense de feu Le Chevalier, auteur du Voyage de la Troade, et du feu Comte de Choiseul-Gouffier contre M.P. Barker Webb
Trois mois s’étaient écoulés depuis que j'ai adressé aux membres des Académies de l’Institut royal de France les plus susceptibles d’y prendre intérêt , les premiers exemplaires de l’opuscule auquel j’ai ajouté, en dernier lieu, un précis des démarches que j’ai faites auprès du gouvernement français, en vue d’obtenir qu’une mission soit envoyée dans l’Asie Mineure, à l’effet de constater authentiquement l’état actuel du théâtre de l’Iliade, lorsque j’eus connaissance d’une dissertation dont le contenu me met encore dans l’obligation de reprendre la plume. Tl s’en faut de beaucoup que celte dissertation soit nouvelle; mais, jusqu’ici, publiée successivement d’abord en italien, et un peu plus tard en allemand, elle
avait été seulement répandue hors de France. J’ai sujet de croiie que si on la reproduit cette fois chez nous et en fiançais, c’est par forme d’opposition à ce que la satisfaction que je sollicite, dans l’intérêt des sciences historiques, géographiques et archéologiques, me soit accordée. Elle est intitulée Topographie de la Trotule ancienne et moderne. Son auteur, M. Wehb, dans la préface, s’exprime, au sujet du livre que j’ai publié à peu près sur le même sujet, ainsi qu’il suit :
«En i84o, M. Mauduit fit paraître un ouvrage remar- « quable sur la Troade, avec des cartes et des dessins «excellents. Cet auteur non-seulement adopte, mais «croit confirmer le sytèmedeLechevalier par ses propres «découvertes, et surtout par l’existence de débris et de « fondations sur le Balli-Dagli. Nous avons également vu «ces fondations ainsi que M. Gell, et, selon nous, elles « ne peuvent avoir appartenu au Pergame d’Homère.»
Dès les premières pages de cet écrit, j’ai pu reconnaître que j’ai , dans M. Webb, un antagoniste beaucoup plus prononcé que je ne l’avais pu supposer, sur les termes de sa préface. En effet, son refus tient k un motif susceptible d’agir très-puissamment sur le jugement des hommes en général, quelque consciencieux qu’ils puissent être.
lia dénégation de M. Wehb provient de ce que, il y a maintenant vingt-cinq ans écoulés, ayant visité la Troade avec une attention particidière, mais aussi avec l’esprit un peu trop prévenu par ce que Strabon a écrit sur cette contrée d’après Démétrius de Scepsis, lequel partageait les erreurs de son temps, et s’étant rangé, dès ce moment, à l’opinion de ceux qui voient dans
leMeniléré-soii , le vrai Scaniandre, il a, dés lors, avancé line opinion dianiélraleinent opposée à celle de Lechcvalier et du comte de Choiseul-Gouffîer, que j’ai pour but de maintenir en crédit. C’est ce qui fait que ce même savant, bien qu’il n’ait à produire aucun indice matériel qu’une ville quelconque ait existé sur le point où il Ini a convenu de placer la ville dePriam, revient aujourd’hui soutenir qu’aucune autre position que celle qu’il a indiquée dès le principe, ne peut réunir aussi complètement les données de la ville homérique.
Dans un tel état de choses, ne pouvant me dissimuler rimpui.ssance où je suis de gagner à mon opinion un écrivain aussi avancé dans la sienne que l’est M. VSebb, j’ai pensé que le seul parti que j’aie à prendre doit être celui de dire : Vous avez exposé de votre mieux les faits sur lesquels vous vous appuyez , j’ai agi de même relativement au système que je soutiens; que les hommes convenablement instruits et désintéressés dans
cette question nous jugent. C’est aussi le parti que je me propo.se de suivre, quand, toutefois, j’aurai réfuté les arguments sur lesquels ce savant fait le plus de fond; mais avant d’entrer dans la discussion, il nous faut établir entre M. Webb et moi, ou plutôt entre M. Webh et ses véritables adversaires, le comte de Cboiseul et Ijechevalier, qui ne peuvent revenir au monde pour repousser l’inculpation A'aùsiinù'té (\) qu’on leur adresse; il nous faut établir, dis-je, entre ces trois adversaires, l’un vivant et les deux autres qui n’existent plus, la partie tant soit peu égale.
(i) On lit dans le livre de M. Webl), page 27, ligne I7 : «Mean-
Je commence par faire observer cpie le nouvel apôtre (le Strabon, suivant en cela un usage malheureusement reçu dans toute espèce de polémique, arrange, pour l’intérêt de sa cause, le champ de la dispute. Ainsi, d’abord, il nous présente une carte très à peu près copiée sur celle que M. deChoiseul a donnée, et que moi-méme j’ai reproduite ; mais il y fait diverses modifications assez sensibles pour qu’il m’importe tout au moins de les .signaler; je ne citerai que les plus importantes.
i” Non-seulement, dans sa carte, il ne tient aucun compte des traces de l’ancien lit de notre Simoïs indiquées sur la mienne, et qui offrent à la pensée, comme ayant existé plus anciennement, un champ très-conveiiable aux mouvements de deux armées, mais il réduit même l’espace que les deux fleuves ont conservé entre eux de nos jours.
a" Il a élevé aussi haut qu’il a cru pouvoir se permettre de le faire, la position qn’il assigne à \'//iarn vrtus, afin Qu’elle puisse répondre tant soit peu à certaines paroles d'Homère plus caractéristiques qu’il ne voudrait.
3° Enfin, il a négligé de tracer sur sa carte les principaux indices qu’une baie dut exister, au temps de Priam,
• moins Lechevalier découvre Troie, les ruines de ses palais*, etc., «etc., et nous verrons dans quel dédale d'absurdités il nous con- « duit. . .« Plus loin, page 30, on lit encore: « Mais dispensons-nous « d'énumérer toutes les absurdités où a fait tomber l’aveugle ambition « d'établir une nouvelle théorie •
* LeclieTalier n'a rien dit qui autorise à employer de telles eipressions, en parlant de son livre ; il a dit au contraire dans ce livre, tome II, pag. 225 : «Ces belles .. sources et les tombeaux des princes troyens sont les seuls monuments qui nous « restent de la splendeur d'Ilion.»
enlre le champ de Troie et l’Heliespont, fait dont Pline a coiislaté la réalité, en citant ce qui, de son temps, restait encore de cette baie.
Eh bien, malgré la défaveur que peut jeter sur notre opinion la concession que je vais faire, j’accepte le plan présenté par M. Wehb, du moins comme étant conforme aux localités actuelles, car je me sens de force, même dans cette hypothèse, à démontrer que c’est ce|)endant lui qui s’est abusé, et non pas mes auteurs; que l’opinion de ceux-ci est la seule fondée en raison, la seule qui puisse concilier les paroles d’flomère avec les termes les plus précis qui aient été écrits en vue de déterminer ce qui , il y a 1800 ans, caractérisait encore le théâtre de l’Iliade.
Si je puis prouver, par la carte même deM. Webb, et par son propre témoignage, que son Scamandre et son Simoïs ne peuvent être le Scamandre et le Simoïs d’Homère, que les écrivains qui soutiennent en cela les opinions du comte de Choiseul et de Lechevalier sont seuls dans le vrai, je puis espérer que tout sera dit touchant la position de la véritable Pergame, puisque l’on convient que cette position ne peut être bien déterminée que par la reconnaissance formelle de ces deux courants et par la situation qu’ils ont l’un à l’égard de l’autre ( I I. C’est donc à ces deux seuls points que je vais
(i) M. Webb en tombe d’accord, puisqu'il dit, p. 82 , lig. to : «Si • les sources de Bounar-Bacbi sont les sources du Scamandre, Bounor- « Bachi a donc été Troie. • Il est vrai qu’il ajoute : «Et les Grecs et ■ les Troyens se sont rencontrés dans l'étroite langue de terre qui se «trouve resserrée entre le ruisseau et le fleuve." Mais cette observation n’a aucune valeur ; car tout nous dispose à concevoir qu’il y a trois mille ans, le cours du Mendérc, c’est-à-dire de notre Simoïs, devait se
iu'ultaclier , laissant de côté toutes les puériles objections que l’on a faites sur les contradictions remarquées par tels et tels dans les nombreux récits de notre poëte, et que, en supposant qu’elles portent toutes à vrai, il conviendrait d’imputer beaucoup plus justement aux réviseurs de ses œuvres qu’à lui-méme. Je vais entrer en matière sur-le-champ, et aussi succinctement que l’importance des sujets me le permettra; car j’ai à cœur d’en finir, attendu que ce n’est point par spéculation que j’écris, mais bien par conviction, et, principalement aujourd'hui, par considération pour la mémoire de deux hommes illustres dont la sagacité et les lumières ont honoré notre pays, et dont run particulièrement mérita, en tous points, les nombreux témoignages d’estime qu’il reçut de son vivant, tant en France qu’à l’étranger, et l’hommage qu’on lui a rendu après sa mort.
Ce qui nuit beaucoup à M. Webb, selon moi, c’est d’être trop érudit. Quiconque a le désir de savoir à quoi s’en tenir sur les récits d’Homère, sur le plus ou moins de fidélité de ses descriptions topographiques, doit se mettre l’esprit en repos, en se dégageant de tous vains embarras. Il ne faut pas qu’il se préoccupe de ce que les Bellonius, les Pietro délia valle, les Wheler, ni même Démétrius de Scepsis, .Strabon , et surtout Ovide et
porter beaucoup plus à l’Est de la plaine; eu outre, ce Simois n’ayant jamais été qu’un torrent tandis que notre Scamandre au contraire fut toujours un fleuve, n’a pu communément mettre obstacle aux mouvements des deux armées, puisque, si ce n'est à l’issue des orages, ou après la fonte simultanée des neiges, qui en un temps assez restreint couvrent la cime du mont où il prend sa source, le reste de l'année il est très à peu près à sec.
Virgile, et tous autres poëtes grecs et latins^ ont pu écrire , eu prose ou en vers, touchant les contrées que le père des historiens et des géographes a illustrées dans ses œuvres si généralement honorées jusqu’à nos jours. II faut tout simplement, en explorant ces contrées, le prendre pour guide, et, si l’on juge convenable de comparer son dire avec celui de quelques autres des écrivains de l’antiquité les plus en crédit, il n’en faut pas moins cependant se fier toujours de préférence à ses propres paroles, s’appliquant seulement à distinguer ce qui , dans ses œuvres, appartient à la fable ou à la vérité. Or, cette tâche est rarement fort difficile, car le grand poète, même dans ses inspirations les plus vives, prend le soin de nous mettre à même d’apprécier l’un et l’autre. J’ai eu plus d’une fois l’occasion d’en faire voir des exemples frappants, et je vais en citer dans l’instant même un des plus remarquables et des plus propres à fixer l'opinion des érudits, sur la grande question que je vais essayer de résoudre d’une m.anière définitive.
Sur quoi M. Webb s’appuie-l-il pour refuser de reconnaître le véritable Scamandre dans ce courant d’eau (pii prend sa naissance au pied du Balli-Dagh? C’est d’abord, sur ce que les sources de ce petit fleuve n’offrent, selon ce qu’il prétend , aucune différence dans leur température, tandis que, à entendre Homère, l’une des deux seulement devait être froide en été et chaude en hiver; ensuite sur cette considération que l’exiguïté de ce coui-ant ne répond point aux grandes expressions que ce même poète emploie en parlant du .Scamandre. Relativement au premier point, auquel j’at-
tache peu d’importance , je renvoie notre adversaire à ce qu’il trouvera écrit sur ce sujet dans la première partie de mon livre, plus particuliérement aux pages 1 18- 124 et iqa-igG. Je ne veux m’occuper, pour le moment, que de la seconde objection, parce qu’elle seule me parait tant soit peu sérieuse.
M.Webb ne peut admettre que des épithètes telles que celles-ci : le grand, le terrible, le profond, le tourbillonnant, même le divin, puissent s’appliquer à un courant de quinze pieds de large... En s’exprimant dans cette occasion, comme il le fait, ce voyageur oublie que, luimême a émis ailleurs l’opinion fort sensée que dans le chantre de la guerre de Troie, il convient de distinguer le poète de l’historien.Or, assurément ces épithètes dont on veut s’armer contre les opinions de Lechevalier et du comte de Choiseul , appartiennent au poète, et d’ailleurs elles font allusion à quelque état extraordinaire du fleuve; car cet Homère, en employant dans certaines circonstances que notre critique néglige de mentionner, des expressions si propres, j’en conviens, à égarer des esprits peu attentifs, ce même Homère, ami du vrai, comme il l’est, ne tarde pas à nous faire connaître ce qu’il convient de voir dans ces poétiques expressions. S’il a représenté le Scamandre grand , rapide,, tourbillonnant, c’est, comme je viens de le faire entendre, parce qu’il avait alors à nous le montrer dans quelque crise de la nature, gonflé par quelque orage éclaté subilement, ou refoulé en arrière par les flots des eaux réunies de la mer Égée et de l’Hellespont, qu’a bien pu lancer plus d’une fois sur son cours, d’ordinaire si paisible, le vent impétueux du nord, ou celui de l’ouest;
c’est plus particulièrement quand il représente notre fleuve luttant contre Achille; mais cet Achille va tout aussitôt rectifier nos idées, et nous convaincre qu’il s’en faut de beaucoup que son adversaire ait habituellement les proportions et la puissance que lui prêtait notre imagination exaltée par les vers du poète, puisque, sans le secours d’aucun de ces dieux qu’il implorait un moment auparavant, nous allons voir ce même Achille surmonter soudainement tous les obstacles. Un orme, probablement déjà sensiblement incliné vers le fleuve, s’offre à la portée du héros ; de ses seules mains il achève de le dégager du sol, et le courbant de Tune à l’autre rive, il s’en sert comme d’un pont et s’élance à l’autre bord...
Assurément Homère n’a pas prétendu nous faire accroire que l’émule, le vainqueur d’Hector, tout supérieur aux autres hommes qu’il se soit proposé de nous le peindre, ait pu arracher et jeter ainsi au travers d’im fleuve, quelque arbre de cent à cent cinquante pieds de hauteur... Ce Scamandre dont le poète vient de décrire les emportements passagers, ne peut donc être le Mendéré-sou, dont le lit, M. Webb nous l’atteste, a six cents pieds de large. Par ce seul témoignage que je suis bien loin de récuser, notre adversaire, on le voit , concourt déjà lui-méme à prouver que, sur ce premier point, c’est bien lui qui est dans l’erreur. Pour le cas où il ne se contenterait pas de cet argument que luiméme nous a fourni, je vais lui en opposer un second tout à fait du même genre, et d’autant plus concluant, ce me semble, qu’il sera la confirmation du premier.
Pourquoi le poète qualifie-t-il notre Scamandre de
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dii'in ? C'est en raison d’iine tradition de son temps, laquelle veut que les sources de ce fleuve aient apparu soudainement, par l’effet d'un coup de foudre lancée par Jupiter en faveur d’IIercule, pour procurer à ce héros le moyen de se désaltérer. Or cette tradition, tout en écartant d’elle ce qui appartient évidemment à la fable, fait passer à l’état de conviction la persuasion où nous étions déjà, qu’Homère, dans ce qu’il dit de son Scamandre, n’a jamais pu avoir eu vue le Mendéré, dont l’unique source, depuis un temps immémorial, descend du Colylus à une cinquantaine de kilomètres en arriére de celles du véritable Scamandre. En effet, cette même tradition nous fait bien connaître qu’Hercule se montra dans la plaine «le Troie, mais elle ne nous dit point que le fils d’Alcmène ait porté ses pas jusqu'aux régions les plus élevées de l’Ida, lesquelles, jusqu’au moment de sou arrivée, remarquons-le bien, n’auraient pas eu d’eau à offiâr à boire à leurs habitants, si l’existence du prétendu .Scamandre ne remontait pas au delà du temps où vécut Hercule.
La tradition curieuse que je viens de rappeler, tend encore à nous maintenir dans l’opinion que le fleuve qui porte maintenant le nom de Mendért*, n’a jamais été qu’un torrent dont le lit était le plus habituellement à sec, puisque le maître des dieux, pour étancher la soif ardente du héros, se trouve dans la nécessité «le faire jaillir une source à la naissance de cette plaine où, certainement , dès cette époque, le torrent dans lequel nous ne pouvons voir que le Simois, répandait smdeinent, de temps à autre, comme il le fait encore de nos jours, ses dévastations.
l'.h puis, avoiis-iious jamais vu, ou ciiteiulu rapporter qu’en aucun lieu du monde, une commotion terrestre quelconque ait fait apparaître subitement à la clarté du jour, un fleuve capable d’occuper un lit de six cents pieds de large? Nous savons seulement que de semblables convulsions font parfois disparaître et reparaître des fontaines, ainsi que des fleuves ou rivières de la capacité de notre Scamandre , et moi-même j’ai cité dans mon livre, partie, p. laa, le fait d’une charmante cascade que j'ai vue à Golling, dans la haute Autriche, et qui, au mois de janvier de l’an i833, ayant inopinément et complètement cessé de se répandre, reprit tout d’un coup son cours deux mois après, au milieu du mois de mars de la même année. De tels faits n’expliquent-ils point parfaitement les modiflcations que les sources tie notre Scamandre ont pu éprouver dans leur caractère, et même dans leur volume? Si tjuelque chose peut nous étonner relativement à ces sources, n’est-ce pas de les voir conserver, après trois mille ans, comme elles le font encore en aussi bonne partie, les traits peu communs qu’elles offraient au temps du poète ?
Quoique j’aie lieu rie me flatter que je viens de prouver autant qu’il est humainement possible rie le faire, en traitant de semblables questions, que le Mendérésou ne peut être le Scamandre d’Homère , mais bien le courant que le poète historien et géographe nous dépeint sous le nom de Simoïs, toutefois, pour ne laisser subsister aucun doute dans l’esprit de ceux de mes lecteurs qui n’ont point été jusqu’ici engagés par aucun intérêt d’amour-propre à soutenir le contraire, je vais
encure démontrer que le petit fleuve qui, dans nos cartes, porte le nom de Tumbrek, et que M. Webb nous donne pour le Simoïs, puisse être ce courant impétueux dont le Xante, on Scamandre, dans sa lutte contre Achille, invoque le secours, en l’appelant mon frère.
Il m’en coûte d'avoir à le dire, mais je dois croire que M. Webb a complètement méconnu les plus importants changements que les nombreux courants qui affluaient dans la haute antiquité et qui affluent même encore de nos jours dans la plaine de Troie, ont opérés dans cette localité célèbre. J’ai donc à l’en instruire. Je pourrais presque lui affirmer l’exactitude de ce que je vais exposer, parce que je crois pouvoir fournir deux témoignages matériels de la réalité de ce fait.
Au temps de Priam, la majeure partie du vaste champ compris entre la pointe du cap Bhétéeet la côte de Sigée, à partir à peu près de Koum-Reui jusqu’à l’embouchure de l’Hellespont, était alors encore sous les eaux. J’ai touché quelque chose de ce fait au commencement du présent écrit, en me plaignant de ce que M. Webhn’a point tenu compte, sur sa carte, des indices très-sensibles qui sont sur la mienne, et que le comte de Choiseul-Gouffier a très-justement fait valoir. On conçoit qu’il pourrait être par trop fastidieux pour un bon nombre de mes lecteurs, si je reproduisais ici en entier ce que j’ai écrit sur ce sujet dans la première partie de mon livre , d’accord avec le noble auteur que je viens de citer; je me restreins donc encore cette fois à renvoyer à ce même livre, M. Webb et toutes les personnes plus ou moins disposées en ma faveur, qui désireraient acquérir une plus ample instruction sur celte
partie de notre dispute. Je r('eommande spécialement à leur attention la pièce intitidée la Troatle au temps de Pline, et la dissertation qui vient à la suite, comprenant delà page 209 à la page 229 de cette première partie. Quiconque, en commençant cette lecture, voudra bien écarter de son esprit toute prévention, ne tardera pas à reconnaître un fait important, c’est que Pline est, de tous les écrivains de l’antiquité dont les écrits nous sont parvenus, celui qui a le mieux connu le véritable état des choses. Ce savant amiral, commandant la flotte romaine à laquelle la garde de la Méditerranée était confiée, a décrit la Troade probablement - v/j-m; il paraît, ainsi que je l’ai fait remarquer ailleurs, l’avoir observée <lu pont de son navire; car il n’entre dans aucun détail sur chaque objet, se bornant à les mentionner dans l’ordre où ils peuvent avoir apparu à ses yeux. Il cite trois Scamandres, celui qui passait pour tel au temps de Démétriiis de Scepsis et de Strabon; il convient d’ajouter, et A' Hérodote ; un second qui est le véritable Scamandre, c’est-à-<lire le Scamandre d’Homère, provenant des sources de Bounar-Bachi , et qu’il appelle le vieux Scamandre {Palæ Scamunder)’, et enfin un troisième Scamandre qu’il qualifie de navigable {Scamaïuler arnnis naoigabilis), lequel avait son embouchure dans la mer Égée. Or, certainement ce troisième Scamandre ne pouvait être autre chose que le canal que nous connaissons, et qui fut ouvert, pour des raisons fort puis.santes que j’ai déterminées, et en un temps que j’ai démontré devoir être fort antérieur à ceux où vécurent Alexandre le grand et Xercès , à l’effet de faire passer à la mer Égée tout le produit du cours supérieur de notre fleuve.
Ce iiotiveaii lit creusé au Scaniaiulre dut avoir, dans les premiers tein|)s, comme sou nom l’indique, une largeur et une profondeur telles que les navires de cette époque pouvaient s’y engager et s’avancer, par son moyen, jusqu’à l’eutréc de la plaine de Troie, afin de servir la ville d’Achillée dont le porta dû occiq)er, selon moi, cette partie delà plaine (pii, depuis bien des siècles, par suite de l’encombrement du canal, a été convertie en un vaste marécage, qu’il faut traverser pour se rendre de Roum-kalessi par Erkessi-Reui, au village de Büunar-TJaclii.
Ce passage de l’écrivain latin, si mal compris jusqu’à nous, et d’un si grand intérêt pour ma cause, donne tout sujet de croire qu’au moment où il fut écrit, la baie qui avait servi déport aux Grecs n’avait encore pu être entièrement comblée |)ar les terres, les sables et les débris que dcqîuis douze cents ans le véritable Siinoïs , et les autres courants maintenant connus sous les noms de Tumbrek ou Gheumbrek-sou, etRamara-sou, avaient successivement charriés chaque année, et que cette baie existait encore en partie, à cette époque, à quinze cents pas romains seulement A'Hium nwttm.
Il est donc évident que ce qui restait alors de l’ancien port des Grecs se trouvait encore fort au-dessus du torrent que M. Webb appelle Gheumbrek. Cetorrent ayant son cours parallèle à ITlellespont, et tout à fait au bas de la plaine actuelle, laquelle, en dix-huit siècles, a été certainement reculée de environ trois kilomètres vers la mer, il est de toute impossibilité que nous jniissions reconnaître en lui le Simoïs; car il est bien avéré que celui - ci et son frère, le Scamandre avaient
leur confluent en avant du retranchement des Grecs du côté de Troie.
J’ai avancé, page i a, que je crois pouvoir fournir deux témoignages matériels qu’au temps d’Homère, l’état des choses dans la plaine de Troie était tel à peu près que je viens de le décrire, c’est-à-dire que cette [>laine ne se portait pas alors plus loin que Roum-Keui. Eu effet, je crois voir ces témoignages dans l’existence de deux lumuli qui se correspondent à cette hauteur dans cette même plaine, l’iui qui est encore très-visible, m’a-t-on dit, un peu en arrière au sud-ouest de ce même Roum- Keui, village dont le nom indique qu’il fut établi suides dunes, et l’autre que Lechevalier et moi nous avons pu voir encore distinctement sur la rive gauche du Mendéré, et qui, étant également composé en grande partie de sable mêlé de coquillages de mer, ne permet pas de douter que la plage de la baie dont M. Webb a méconnu l’existence , ail dû s’étendre tout près de là , au temps où ce luinulus et celui de Roum-Reui furent élevés, conséquemment à l’époque de la guerre de Troie.
Si, particulièrement le fait que j’ai rappelé au souvenir de ceux de mes lecteurs érudits qui ont lu M. Webb, ce fait qu’Achille traversa notre Scamandre au moyeu d’un arbre abattu de l’une à l’autre rive, en dissipant la prévention cpie les arguments de notre adversaire ont pu faire naître eu eux, a encore pour effet de réduire dans leur esprit celui des deux fleuves cpie le grand poète s’est complu à mettre le plus souvent en scène, à des proportions presque mesquines, j’espère que leur raison pourra concevoir facilement (pie ce fleuve ail pu cependant, au temps de Priam, mériter de conserver
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son nom jusqu’à l’Hellespont, de préférence au Simoïs; car c’est seulement à lui, à notre Scamaiulre, que peuvent se rapporter les gracieuses expressions d’Homère que M. W(djb veut appliquer au Mendéré-sou : c’est bien notre Scamaiidre qui est le fleuve sur lequel les saisons n’avaient presque pas d’action, dont les eaux abondantes coulaient presque toujours paisiblement et à pleirt bord jusque dans la baie qui servit de port à la flotte grecque. Restreint, pour son cours, à l’étendue de la plaine; préservé, jusqu’à sa jonction au Simoïs, de tout envahissement des eaux étrangères à ses sources, c’est de lui dont le divin poète nous vante les ondes habituellement limpides et argentées , et c’est encore sur ce qui reste de ses rives, jadis beaucoup plus séduisantes, il n’y a point à en douter, que croissent le Lotus, l’Apium, le Tamaris, et tant d’autres plantes et arbustes que le père «les historiens, des géographes et des naturalistes, cite aussi fréquemment avec tant de complaisance. En vain l’on veut prêter de tels charmes au Mendéré qui ne peut être autre chose que le Simoïs; car, je ne saurais trop l’affirmer, puisque cette assertion est vraie, et parce «|ue j’ai
été à même de bien le reconnaître, ce Mendéré n’est * . .
«ju’un torrent dont le lit, estimé en effet à six cents pieds
de largeur, ne présente à l’œil, la plupart du temps', comme le fait notre Loire en été, qu’une vaste voie de graviers parsemée de flaques d’eau, et montrant, parfois d’un côté, parfois de l’autre, et rarement sur toute sa largeur, une mince nappe qui peut à peine voiler les galets et les débris de roches qu’au temps des fontes de neiges, ou après avoir été subitement enflé par des orages, il entraîne dans son cours, alors véritablement formidable.
Relaliveinent à ce refus qu’a fait M. Webb île recoiiiiaîfre le courant produit des sources de Bouiiar-Bachi pour le vrai Scamandre, à cause de son exiguïté, je crois convenable de faire encore une observation. C’est que notre critique déprécie hors de raison les proportions de ce courant, quand il affirme que ce n’est qu’un qu’un
petit ruisseau, puisque lui-même, au commencement de sa dissertation, page a8,Iui accorde i5 pieds de large. Or, tout devant être apprécié comparativement , lors niéine qu’on aurait toute raison de croire que notre Scarnandre n’a jamais eu plus d’importance, il faudrait toujours admettre qu’une rivière de quinze pieds de large, et qui offre un cours toujours égal, peut être considérée pour quelque chose dans cette contrée de l’Asie Mineure, où ce qu’on appelle fleuve n’est le plus communément, comme notre Simoïs, qu’un torrent presque toujours très à peu près à sec. J’ajouterai qu’on peut fort sensément présumer que le petit fleuve dans lequel nous croyons voir le véritable Scamandre, dut avoir plus de valeur au temps île Priam. Il est assurément fort admissible que ces belles sources qui ont perdu, à un faible degré toutefois, l’un des principaux caractères décrits parle poète, peuvent avoir également perdu une quantité plus ou moins considérable de leurs eaux. En tout cas, nulle autre position que celle du Balli-Dagb, voisine de ces belles sources, ne peut réunir à ce point les données que l’on peut chercher dans les oeuvres ilu grand poète, quand il s’agit de déterminer le lieu précis où fut l’antique cité que ses chants ont rendue si fameuse.
Le moment me paraît venu de faire pour la Troie de
M. Webb ce que je viens de faire pour ses fleuves. Je vais démontrer que la position assignée par lui à la ville homérique, ne répoml aucunement aux données dont il s’agit et que je vais exposer.
De toutes les observations que l’on peut faire dans les œuvres du poëte, il résulte évidemment que la véritable Pergame occupait une colline qui s’élevait d’abord peu sensiblement, à partir d’une plaine dont cette colline formait le fond, jusqu'au pied d’une citadelle dont les murs avaient pour bases, en bonne partie, des escarpements. Ce premier point est indiqué par la considération que des chars descendaient habituellement de cette cité, et que, si l’on put y introduire le cheval colossal qui reçut dans ses flancs Ulysse et un assez bon nombre de ses compagnons, il fut aussi question de précipiter cette monstrueuse machine duhautdes rochers. La disposition des localités s’opposait à ce que cette ville fût investie, puisqu’elle ne le fut jamais. Elle n’était facilement accessible que du côté du couchant, puisque c’était toujours vers les portes Scées que les Grecs venaient l’assaillii', et certainement elle se trouvait à une assez grande distance du camp ennemi , puisque les Troyens, après avoir battu ces mêmes Grecs, préférèrent bivaquer sur les positions intermédiaires, plutôt que de se retirer entièrement pour aller passer la nuit dans ses murs, et que l’infortuné père d’Hector, s’étant rendu au poste d’Achille, où il arriva un peu après la chute du jour, se trouva dans la nécessité de passer la nuit sous la tente du meurtrier de son flls. Enfin des sources abondantes, et offrant une particularité peu commune, se trouvaient dans le voisinage presque immédiat de ces portes ilites
ilu couchant , puisque du haut des tours qui défendaient cette entrée de la ville, on voyait trés-dislinctenient tout ce qui se passait près des sources.
Or non-seulement, de toutes ces principales données, il n’en est aucune qui soit applicable à la position deTchiblak que M. Webb a en vue, mais, bien pis, cette position pêche par l’une des conditions les plus essentielles à une population nombreuse, par le manque d’eau. Pour se convaincre de la vérité de cette assertion , il ne faut que jeter un coup d’œil sur le plan joint à l’œuvre de cet auteur, et entendre ses propres paroles. Si nous nous en rapportons au plan, le point le plus rapproché du faible ruisseau que l’on y voit tracé, le Kalifatli , est distant de deux kilomètres du pie<l de la colline où notre adversaire suppose que la Troie d’Homère a existé; et pour ce qui est de ses paroles , il a lui-même la maladresse tle nous dire que ce kalifatli sort d’un marais, lequel contient si peu d'eau que « dans la plaine, à l’en- « droit où il commence, il disparaît sous un tapis de « gazon; qu’en été il est presque entièrement à sec, et « que c’est tout simplement un égout. »
11 faut convenir que M. Webb n’est point heureux dans ses conjectures sur des positions de ville. Les personnes qui auront accordé tant soit peu d’attention à ce que j’ai dit de l’état de la plaine au temps d’Homère, pourront difficilement deviner où ce voyageur s'est avisé de placer la ville de Scamandria dont Pline a fait mention. Ayant en vue le même passage de cet écrivain qui m’a fourni le sujet de la dissértation à laquelle je me suis permis (p. la) de renvoyer mes lecteurs, ainsi que l’opinion de quelques philologues modernes, les-
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quels unt conclu des termes du passage en question que Scamandria devait être à l’embouchure du Scainamlre; toujours préoccupé de ce qu’a écrit Straboii , c’est à l’embouchure actuelle du Mendéré-sou qu’il a établi cette Scamandria , ville que nous avons sujet de croire fort ancienne : il donne ainsi pour site à cette ville un sol qui, certainement, à l’époque de la guerre de Troie, était encore sous les flots, et qui, probablement, n'avait point apparu entièrement à la clarté du jour quand cette Scamandria fut fondée.
Voilà pourtant où la foi exclusive dans l’infaillibilité de Straboii a conduit M. Webb.,.. Je ne puis expliquer autrement par quelle singidarité ce voyageur, qui nous est présenté comme un géologue, un naturaliste distingué, se refuse aveuglément à admettre que les champs illustrés par Homère puissent nous offrir quelques grands exemples de ces cliangemeuts que le renouvellement annuel des saisons, l’action alternative de la chaleur et des frimas, le travail incessant de la terre, opèrent pendant le cours des siècles dans des localités quelconques, soit par les atterrissements considérables que causent les alluvions des fleuves,^ soit par leurs affaiblissements progressifs, et la disparition totale de ces fleuves. M. Webb a pourtant beaucoup voyagé; il a vu, au fond de l’Italie, une contrée bien renommée par des effets de ce genre, où des terres plus ou moins élevées se sont abaissées au-dessous du niveau de la mer; où parfois, au contraire, des monts ont jailli soudainement du sol.... Avant d’explorer la Troade, il avait visité ,\thènes; dans son scepticisme, aura-t-il donc contesté à ses habitants que la [)ositiou de leur ville puisse être celle qu’occupait
la ville (le Thésée, en se fondant, pour le nier, sur ce que, dans celle-ci, ou voyait un fleuve assez remarquable qu’on appelait llissus, et qu’il ne se trouve chez eux rien (pii puisse mériter même le nom de ruisseau? Assu-
rément, il n’est pas présumable que le lit de ce fleuve et la fontaine Callirhoë aient été, aux plus anciens temps, ce qu’ils sont de nos jours. Si, en quinze à vingt siècles, l’un et l’antre ont pu disparaître à peu près complètement, on peut bien admettre, ce me semble, qu’en trente siècles, par des causes à peu près pareilles, le Scamandre a pu aussi perdre quelque peu de son injiportance (i).
Tous les hommes judicieux et impartiaux qui auront daigné consacnT un moment de loisir à la lecture de cette défense que j’ai di’t faire des opinions communes à Lechevalier et au comte de Choiseul, reconnaîtront du moins, je l’espère, que, si, entre ces opinions et celles qu’on leur oppose, il en est auxquelles on peut justement appliquer certain terme dont M. Webb a cru pouvoir se servir, ce ne sont a.ssurément point les opinions de mes auteurs; mais je ne veux aucunement appuyer sur cette remarque : je préfère terminer cette
(I) Le lit de l'Ilissus est absolument à sec pendant toute la belle saison, et, dans celle des pluies, il est seulement imbibé d’une humidité sirffisante pour produire quelques plantes herbacées. Pour ce qui est de la fontaine qui doit avoir reçu ie nom de Callirhoë en raison de la beauté de ses sources, on ne voit plus guère à Athènes que les trous par lesquels ces eaux réputées belles et abondantes, se répandaient, déjà assez faiblement au temps de Strabon. (Voyez les Antiquités d’Athènes de Stuart et Revett, publiées par Tandon ; pour ce qui est de la première assertion, au tome 111, p. 73, et, pour la seconde, le même tome, p. 22 , la note au bas de la page )
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(lisciissioit par le récit d’un fait propre à faire sentir combien peu est fondé le refus d’admettre qn’un faible courant, de la proportion de notre Scamaudre, puisse jamais avoir eu, fût-ce momentanément, assez d’importance pour justifier des épilhètes comme celles dont le poëte bisforien fait parfois usage, tantôt pour l’un, tantôt pour l’autre des deux principaux courants qui, de son temps, affluaient dans la plaine d’ilion (i).
Un neveu du fameux Souvarof, traversant la Rimnick, rivière qui était, en ce moment, aussi très- modeste, el dans laquelle le général a déclaré, par bulletin, avoir noyé plusieurs milliers de Turcs, avait exprimé son incrédulité sur la possibilité d’un tel fait, en termes fort peu révérencieux pour la mémoire de son oncle. A quelques semaines de là, lorsqu’il lui fallut repasser cette même rivière, il dut reconnaître, un peu trop tard, qu’il avait eu tort de taxer le rapport officiel A’ahstirdih' ; car il se noya dans cette même rivière devenue impétueuse, et |)récisément au même lieu où il avait fait pis que révoquer en doute la véracité du général.
CONCLUSION. La conclusion la plus naturelle qu’on puisse tirer de toutes ces disputes qui, depuis un demisiècle et plus, se sont élevées, et ont été soutenues de
(t) Il faudrait d’abord s’assurer si toutes ces épithètes traduisent exacteraent les termes du texte original ; si , par exemple, l’expression que l’on a rendue par celle-ci, tourbillonnanl , n’indique pas tout simplement les méandres que le cours du fleuve dessine dans la plaine. J’ai sujet de me défier un peu des connaissances de M. Webb dans la langue grecque, depuis que j’ai pu voir dans son livre, les mots chaikerea doura traduits Y>ar javclols annés de /er, tandis qu’ils ne peuvent signifier que des javelots de enivre ou (Vairain.
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part et d’autre, avec une sorte de véhémence, entre un si grand nombre des érudits les plus considérés de notre Europe, au sujet <les œuvres d’Homère, disputes qui, jusqu’ici, n’ont eu d’autre résultat que de porter quelques-uns de ces écrivains plus ou moins haut placés dans l’estime publique, à nier que ces brillantes œuvres aient pour fond des faits historiques, et même qu'il y ail jamais eu im Homère; cette conclusion, dis-je, me paraît être qu’il y a bien réellement importance et urgence à donner suite aux propositions que j’ai itérativement adressées à notre gouvernement, au commencement de l’année courante. J’ai dit importance , parce que, selon moi , ces propositions offrent le seul moyen efficace auquel l’administration de l’instruction publique puisse recourir, pour peu qu’elle tienne à déterminer, relativement à ces objets, une opinion assez manifeste, pour que les écrivains à venir ne puissent s’en écarter sans nuire à leur propre considération; et j’ai dit urgence, parce que, si l’on est disposé à donner suite à ces propositions, il ne faut pas attendre, on doit bien le concevoir, que tout ce qui aurait pu concourir à faire reconnaître de quel côté la vérité se trouve, ait été anéanti, tant par la main des hommes que par le travail des saisons, ou les convulsions du globe.
Par toutes ces considérations, je crois terminer convenablement le présent écrit en engageant ceux de mes lecteurs en possession de quelque crédit, soit qu’ils partagent les opinions que je soutiens, soit, au contraire, que, jusqu’à ce jour, ils aient été portés pour celles de mes adversaires, à se joindre à moi, dans un intérêt commun, à l’effet de décider, par l’expression uniforme
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fie leurs vœux, notre gouvernement ù profiter de l’une des premières circonstances favorables qui se présenteront pour envoyer sur les lieux mêmes, un petit nombre d’hommes convenablement instruits, consciencieux, et conséquemment dégagés de tout intérêt personnel, ayant simplement pour mission de décrire et d’offrir à notre pensée, au moyen d’un plan topographique levé géométriquement, l’état bien positif des localités, au moment où l’on fera ce travail; car, je le répète, c’est seulement sur un exposé bien complet , bien authentique du véritable état des choses, et sur ce qu’il aura été possible de constater des changements opérés dans ces lieux, par quelque cause que ce soit, depuis qu’ils ont été décrits par le poète historien, qu’on pourra constituer, comme il est désirable que cela soit fait, une opinion, sinon unanime, du moins dominante chez les meilleurs esprits, par rapport aux principales questions que j’ai plus particulièrement tenté de résoudre dans le livre dont le présent écrit, je l’espère, aura formé le dernier-appendice.
Paris, le 2 ortobre 1844.