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.'Liai nous donne D'est pas un don gratuit, il s'eo faut; et. au besoin, nous nous en passerions.
Les honneurs ! La proposition d'un banc d'Êvêques à la Chambre des pairs nous a fait naguère sourire plus que qui que ce soit, non de dé Lain, mais d'étonnement et d'indifférence. On ne se représente pas à quel point nous sommes loin de toute pensée de ce genre î En vérité, toutes ces imputations sont de gens qui n'observent rien, qui ne comprennent rien. Si nous demandons notre part dans l'éducation de la jeunesse, nous ne demandons par là que la liberté du travail et du dévoûrnent. qu'une fonction éminemment spirituelle; et si nous ne la revendiquions pas. nous serions dignes du - is de nos concitoyens et de l'Europe. En Angleterre, en Allemagne, partout les ministres de la religion sont les instituteurs de la jeunesse. Il n'y a là ni ambition, ni empiétement : il y a droit et devoir. Quand la liberté a un grand, utile et noble Lut. il n'est pas besoin de calcul, il suffit des plus simples inspirations du zèle pour la réclamer, et nous regretterions pour nos adversaires qu'ils ne crussent pas à ces principes élémentaires de L'honneur moral.
Au lieu de chercher la raison de la force et de l'influence du clergé dans d'injurieuses hypothèses, pourquoi ne pas la voir là où elle est uniquement ? Le clergé a une grande puissance, parce qu'il a la puissance d'une idée fixe, le prosélytisme des âmes. Les partis sont faibles, parce qu'ils ont des opinions ; le clergé est fort, parce qu'il a des doctrines. La monarchie, la république, le gouvernement constitutionnel ne sont pour lui que des formes indifférentes: il est monarchique en France, républicain en Amérique; on lui demande de se
convi riii aujourd'hui parmi nous au régime constitutionnel, il est tout prêt à le faire quand ce régime sera sincère, quand il n'y aura pas dans la Charte une prélendue liberté de conscience, restreinte et annulée par le monopole.
Voilà où est la question; voilà ce qui fait notre force. Nous sommes, non des hommes politiques, mais des hommes spirituels, réclamant la liberté des consciences, la liberté des urnes : et pour cela invincibles. Nous ne sommes pas à craindre, mais nous ne craignons pas non plus, non timemus, nec terremus. Nous ne sommes plus de grands seigneurs, nous ne sommes plus opulents. Si l'argent et les offrandes des fidèles viennent quelquefois à nous, rien n'est plus libre, plus spontané: c'est pour le soulagement des pauvres; c'est que nos cœurs sont dignes de celle confiance, nos mains dignes de ce ministère. Nous sommes un clergé catholique el national, plus national que beaucoup de ceux qui nous accusent. On est triste de penser qu'il faut encore tant d'efforts pour faire recevoir des idées si simples, pour pacifier par elles le cœur de la France, et pour compléter ainsi par la justice ces libertés sages pour lesquelles ces grands débats mêmes seraient une occasion d'affermissement, si on savait le bien comprendre.
Mais notre légèreté s'amende peu en France. Au moyen Age, dans ces temps de générations austères, théologiques et guerrières, un grand pape disait : Les Français sont un peuple admirable; ils ont le privilège de faire des sottises du matin au soir, et Dieu les repare pendant la nuit. Aujourd'hui encore nous aurions besoin de cette même providence; car on dirait quenous savons tout commencer et rien finir, pas même les révo-
Jutions qui nous passionnent. 11 y aurait là une grande œuvre à faire : les hommes lui manquent peut-être.
En 1789 et en ISUi, par exemple, il eût fallu dans les conseils de la couronne un grand homme : un homme qui fût un grand génie, pour deviner l'avenir, et un grand caractère, pour dominer le présent et conduire fermement les événements à leur terme. Aujourd'hui, un grand génie n'est plus nécessaire. Je ne prétends pas dire par là qu'il ne pourrait se rencontrer parmi nous ; mais le bon sens suffit. Un grand caractère sérail désirable sans doute ; mais un caractère d'une fermeté vulgaire suffirait à la domination du présent ; il faudrait seulement qu'il s'appuyât sur le bon sens, ce réparateur infaillible, et , heureusement aussi , ce survivant immortel des mauvaises passions.
Mais cet homme ou n'existe pas, oui! n'ose se montrer parmi nous. L'Angleterre est plus heureuse : elle a peut-être rencontré cet homme dans Robert Peel. Et nous, en attendant, nous consumons le temps en disputes violentes et en vaines récriminations.
La calomnie règne ; la haine crée , répand , accrédite ses inventions absurdes et cruelles ; elle amasse dans notre atmosphère sociale ces nuages de préjugés qui obscurcissent les intelligences les plus éclairées et troublent les cœurs les plus fermes. On s'étonnera bientôt, on s'étonne déjà de cette invention stupide de quelques religieux jugés capables et coupables de tous les crimes. Célèbre compagnie, qui ne portes pas en vain le nom de Jésus, à qui Dieu a donné des docteurs , des apôtres et des évangelistes , pour répandre dans tout l'univers la gloire de son Écangile , dit Bossuet, plus digne encore de nos respects par tes longs malheurs que par les il-
lustres services ! Dans quelques années, on ne voudra pas croire qu'au milieu de ce déchaînement inouï, il oe se soit pas trouvé , d'un certain côté, une seule âme calme et généreuse pour arrêter l'emportement des
passions par une parole de raison, et pour lever le drapeau de la pacification et de la justice.
Il n'y a vraiment que notre pays où la guerre soit la seule raison de la guerre; où l'on rugisse contre la contradiction sincère et légitime , et où l'on repousse ainsi les usages et les progrès de la civilisation du monde entier.
îM-ee que, autour de nous, toutes les nations ne sont pas entrées dans ces voies pacifiques , l'Angleterre , la Prusse, la Turquie même?
Faudrait-il croire qu'il va là un mouvement imprimé parla Providence à la destinée des peuples; que nous descendons du catholicisme , quand d'autres y remontent, et qu'ils s'élèvent dans la proportion où nous nous abaissons?
Espérons mieux pour le royaume très-chrétien ! Je ne crois point d'ailleurs a ces sinistres prophéties auxquelles la Providence ne donne quelque vraisemblance que pour nous commander de prudentes réflexions. Il en est des chrétiens de France comme de ces troupes fidèles, un moment distraites ou endormies : le premier cri de l'ennemi les réveille , et , relevant leur étendard , elles reparaissent debout, intrépides cl prêtes au combat. Oui ne le voit d'ailleurs aujourd'hui? Le mouvement religieux est incontestable : il gagne chaque jour. ci , en protestant contre lui , nos adversaires mêmes le constatant. Pourquoi jouer l'élonnement , et nier la lumière du jour? C'est un fait éclatant, en même temp^
liO DE LA PACIFICATION RELIGIEUSE.
qu'un fait heureux, parce qu'il démontre tout ensemble l'intérêt et la puissance de la question religieuse, et que, si tous étaient de bonne foi, et voulaient sincèrement la paix, il en pourrait être aussi la solution.
Ainsi, la liberté pour tous : la paix comme but; la modération , le désintéressement , la persévérance comme moyens; la guerre, seulement comme une douloureuse et inévitable extrémité : voilà comment nous entendons nos droits et nos devoirs , voilà le plan de pacification religieuse que nous venons proposer ici à nos adversaires.
N'y aura-t-il donc pas en France un homme d'État qui veuille attacher son nom à ce nouveau et glorieux concordat?
On raconte que trois hommes politiques d'une haute importance, conférant il y a quelques jours au milieu des embarras que donne aux dépositaires du pouvoir le gouvernement de ce pays, un des trois s'écria : Eh bien! quand tout cela finira-t-il comme il faut? Un des interlocuteurs s'adressant alors aux deux autres et les rapprochant tous deux de lui, leur dit : Cela finira quand nous serons tous trois d'accord.
Eh bien! moi, j'ose répliquer à mon tour : Non, tous trois vous ne suffiriez pas sans une quatrième puissance dont nul de vous , ni tous trois réunis , ne pouvez vous passer. Vous êtes incontestablement trois grandes forces politiques; et cependant ces forces confondues ensemble ne suffiraient pas au gouvernement du monde. Non, ce n'est pas assez, pour gouverner les hommes , de trois hommes confondant la diversité de leurs symboles politiques ; il faut quelque chose qui lie, resserre, fortifie ces trois puissances; il leur faut l'Église, c'est-à-
DE LA PACI1 ICA1 ION RELIGIE1 ni
dire la [puissance murale. Si vous ne vous entendez pas tous trois avec celte quatrième puissance, quelque effort que tous fassiez pour élever votre édifice, tous
succomberez à la peine. Avec L'Église, voire force devient immense; et avec elle la France redevient la première nation du momie Là esl la seule solution possible du problème, et le seul acheminement à la pacification
religieuse.
Je me réjouis <iue ce vœu ail été, avant moi, noblement exprimé par M. de Tocqueville, lorsqu'il s'est écrié à la Chambre des députés :
« Quant à moi, j'exprime une conviction qui, lut-elle « individuelle, n'en serait pas moins profonde et moins « sincère. Je suis convaincu que dans ce pays de France, (i nous n'aurons jamais ni religion ni morale parlant à « rame, parlant au cœur, faisant faire et concevoir de « grandes choses, sans liberté. D'une autre part, je suis « profondement convaincu que si la liberté se sépare (i d'une manière définitive et complète des croyances, il « lut manquera toujours ce que je lui ai vu arec admi- « ration dans d'autres pays, il lui manquera toujours « cet élément de moralité, de stabilité, de tranquillité, « de vie, qui seul la rend grande et féconde. »
Il n'y a point encore eu d'explications complètes entre le clergé et ses adversaires ; je viens donc essayer de les donner. J'invoque la paix el la justice : c'est uniquement dans ce but que j'entreprends l'histoire et l'examen des querelles actuelles. J'étudierai les rôles divers que les circonstances ont faits au gouvernement, à l'Université, au clergé, el même aux jésuites.
Je dirai les prétentions cl la conduite du clergé : on verra si ces prétentions furent exagérées, illégitimes ;
et sur qui pèse réellement la grave responsabilité des difficultés présentes, au sujet desquelles le dernier mot de la sagesse et de la vérité n'a pas été dit encore.
Enfin je m'expliquerai sur ce qu'il faut entendre par Y esprit national et par le véritable esprit de la révolution française.
Quelle sera l'issue de ces trop longues et déplorables luttes? J'ai besoin de l'espérer et de le redire : la justice et la paix.