TRES DESTINÉS AU CULTE
Puis, descendant dans les secrets de notre vie intérieure , interrogeant nos consciences , ne respectant guère même celle de nos enfants, non plus que celle de leurs pères, on ajoute avec une légèreté de langage qui va niai à la gravité des choses ; avec ce je ne sais quoi d'insouciant et de dégagé qui révèle si peu de Daaturité dans l'examen, si peu de vérité dans les renseignements, et même, je ne puis le taire, si peu de sérieux dans la pensée, on ajoute : Aujourd'hui, et abusi- ^^^ment, les petits séminaires élèvent une quantité de Jaunes gens qui se destinent à toute autre chose que le ^o^^erdoce,.,. Il y a une quantité de jeunes gens qu'on ^^troduit et reçoit volontairement dans les petits semi- ^^ires, sachant qu'en réalité ils se destinent à faire des officiers d'infanterie et de marine.
Du reste, le nombre des certificats faussement livrés Por les pères est cinq ou six fois plus nombreux que celui ^^ vocations manquées.,.
Il faut avouer, comme je le disais tout à l'heure, qu'il ^t difficile de descendre plus hardiment dans les con- ^iences, et de décider avec plus de témérité les faits
486 DES PETITS SÉMlIf AIRES (1847).
les plas délicats et les plnsgraTes; c'est prétendre aossi sToir dans le secret de nos maisons des intelligences bien avancées : malheoreosement pour nos adversaires, tout cela est faux.
Mais ce que je sens le besoin de dire avant tout, c'est que jamais on ne fit descendre aux termes d'une discussion si étrange, une vocation sacrée, une vocation essentiellement née d'une inspiration divine I
N'importe, quelle que soit la délicatesse des choses que l'on nous condamne à dire, provoqués, nous devons répondre.
Entrons donc dans cette discussion nouvelle, et ne reculons devant aucun détail, si pénible qu'il soit
Et d'abord, il faut qa on nous le dise une bonne fois, qu'entend-on par ces enfants destinés à la prêtrise! quel est ce langage ? que signifle-tril ? Veut-on désigner par là des victimes vouées au sacrifice ? serait-ce des ftmes livrées, vendues, malgré elles, au sacerdoce ? Que veut-on dire? Ici, ou jamais, c'est le lieu de a'expliquer.
Destinés ! Et par qui destinés^ et pourquoi 7 Par leurs parents et par leur pauvreté, sans doute 7 — Il est vrai, «• ^ autrefois, lorsque FÉglise était opulente, on voyait les ^^^ riches destiner aussi leurs enfants à l'état ecclésiastique : ^ il y avait là de brillantes espérances. Aujourd'hui, XouiM^^t est changé : on a dépouillé l'Église. Nous ne nous eomiimt plaignons pas : désormais les riches qui viennent à elle» ^s,
y viennent avec un libre et généreux dévoûment. Est ^'
ce là le motif des efforts qu'on fait pour les empécbec=:=r de se dévouer à l'Église et de venir à nous?
Quoi qu'il en soit, il y a plus pauvre que T^î
On trouve à peu près du pain à manger à son service; "i/
est soaTent détrempé de larmes et de sueurs ; mais de là cependant natt encore un péril.
Certes, nous aimerions ici à nous taire ; mais on nous force à parler, et la honte des détails dans lesquels je Tais entrer retombe sur ceux qui les provoquent.
II y a donc malheureusement des enfants pauvres, et les lois sous lesquelles nous vivons ne permettent pas qu'il 7 en ait beaucoup d'autres; il y a donc des enfants pauvres, à qui leurs parents montrent dans TÉglise le pain qu'ils ne peuvent leur donner, et qui, poussés par eus, viennent frapper à la porte de nos petits séminaires I
Et l'Église, contrainte par vos lois, et d'ailleurs impaissante à lire du premier abord au fond des cœurs, empêchée par vous de recevoir des enfants libres, reçoit ces enfants contraints, ces enfants, comme vous le dites, destinés à la prêtrise : elle essaye de les élever jusqu'à elle, et trop souvent n'y peut réussir I
Voilà la vérité, dont on nous arrache l'aveu : voilà ces ^fants destinés à la prêtrise , selon l'expression de nos adversaires : de jeunes créatures vouées aujourd'hui * l'état ecclésiastique par la malheureuse pauvreté de l^urs parents , comme ils l'étaient autrefois par l'ambitieuse opulence de leurs familles ; mais toujours par les inspirations de la cupidité.
Eh bien I nous ne voulons pas plus de ces merce- ^aires-là que des autres ! j'insiste sur ce mot. Car ils seî^îent dans l'Église mercenaires au même litre que ceux ^tti les ont précédés ! Les uns, il est vrai, étaient nobles, ies autr^ sont roturiers ; et je souhaite que le jour du Wril trouve ces derniers aussi fidèles que leurs nobles devanciers le furent dans les temps orageux de notre ^évolution.
Quoi quMl en soil, les directeurs des petits sémiuaires n'ont rien de plus^mportant à faire que d'éloigner ceux qui se destinent ou que l'on destine si résolument à la prêtrise : pour dire la yérité, je ne suis, moi, jamais à. l'aise qu'avec ceux qui ne «c prédestinent pas à VéUkWecclésiastique, et qui sont prêts à s'y dévouer, si Diei leur inspire ce dévoûment sublime.
Et puisqu'après m'avoir forcé à vous révéler sur no^ enfants de tristes secrets que vous auriez dû toujours ignorer, on nous force encore, par les étranges dénonciations et les attaques dont nous sommes l'objet, à r^^^-évêler notre conduite avec eux et avec leurs parents, CJ-^^ct jusqu'à nos sentiments les plus intimes ; je le ferai san ^=xs crainte, dussé-je parler un langage auquel les homme; î^3BS politiques de ce temps sont peu accoutumés, mais qu^-^^® plusieurs toutefois, je veux le penser, no sont pas în^i^*"^* dignes d'entendre :
Pour nous donc, quand nous recevons ces enfants^ riches ou pauvres, dans nos petits séminaires, nous les laissons tous libres ; nous n'en prédestinons aucui à l'état ecclésiastique; nous respectons ces jeunes âmes; nous les élevons dans l'amour de Dieu et d^ *^ leurs parents; dans la piété et dans l'innocence, dan^ ^^ le respect de l'autorité, dans l'oubli profond de toutei les» agitations politiques; puis nous leur révélons d( temps à autre les grandeurs du sacerdoce, et aussi ses périls ; nous leur déclarons que, pour porter le caractère sacerdotal, c'est-à-dire pour se dévouer tous les jours de la vie, il faut être né grand ou- le dev< nir. Nous leur répétons souvent que des cœurs vulgaires, des caractères faibles, des esprits abattus, uni éducation commune n'y suffiraient pas; qu'aujourd'buC
surtout les peuples demandent autre cbose à leurs prêtres, et tivec raison.
?îous leur déclarons que, s'il en est parmi eux dont le ccBur ne soit pas assez ferme, ils doivent s'arrêter au seail du sanctuaire. Il est d'ailleurs une gloire réservée à tous; si tous ne sont pas appelés au dévoûment de l'apostolat qui prêche, qui combat, qui se sacrifie, tous sont appelés à exercer au milieu du monde le noble apostolat des vertus chrétiennes, et à en perpétuer dans leurs familles la consolation et Tcxcmple.
Ces choses n'ont point été coniprises parles hommes que je combats en ce moment : et je ne m'en étonne pas; je regrette seulement que, sans les comprendre, îls se soient crus fondés à en parler avec une si étonnante assurance. Mais nous, à qui elles sont familières, nous qui y dévouons chaque jour tout ce que nous avons ^'intelligence et de cœur, nous concevons sans peine ^Ue ceux qui se présentent dans les petits séminaires Pour y recevoir cette forte et sainte éducation , n'arri- ^^Qt pas tous au sacerdoce ; nous concevons que les ^Hs manquent le but par défaut de courage, et les autres P^rce que Dieu leur réserve d'autres destinées. Et il ^*y a rien là qui doive ni attrister, ni surprendre.
La première éducation est le temps de l'examen et de * épreuve : c'est alors que, sous l'influence d'une direction profondément chrétienne, le germe de la vocation ^^cerdotale, si Dieu l'a véritablement déposé dans le ^oeur, peut se développer.
Mais cette vocation sublime, c'est Dieu, et non l'éducation qui la donne^ L'éducation seulement doit étudier
^<îs vues de la Providence, ne les prévenir jamais, et ne
tes aider même qu'avec discrétion et avec respect. Si
les Tocations sacerdotales se rencontrent plus frëqnentes dans les petits séminaires, c'est d'abord parce qae la Providence les y amène ; c'est aussi parce que l'éducation les y éclaire : mais elle peut, mais elle doit.;:^j| y éclairer aussi des vocations différentes.
Qu'avais-je donc à faire, que faisais-je donc moi» pa^cr .r exemple , supérieur du petit sémin aire de Paris , acquitter ce que je devais à la confiance de Mgr TAr chevéque, à ces enfants, à leurs familles, et aux es rances de TÉglise ?
Que faisais-je lorsque les pères de famille venaie me présenter leurs enfants 7
Si c'étaient des pauvres, ma sollicitude pour eux et plus vive et plus profonde que pour les autres : en 1 recevant au petit séminaire, je leur disais : Mes enfant soyez au large ; Dieu est grand. Ici , nulle gène : soyez prêtres que si Dieu le veut. Vos parents ne se -^«Bt peut-être pas riches. N'en ayez point pour vous d'inqui^ -Mitude ; n'étudiez que la volonté de Dieu , et s'il ne vo^' ^^ destine point à son sacerdoce, nous ne vous abandoiK ^^ nerons pas.
Les enfants me comprenaient vite : leur cœur d'abo^r *^p4 entendait le nôtre, les parents pas sitôt. Ils ine rép» ^^oétalent souvent encore : Nous le destinons à l'état eccLSt--^'
siastique. Je ne les brusquais point ; je souriais et J^
leur répondais : Non, c'est Dieu seul qui destine à ^ ^ grand et sublime état. En cela, comme en toute aul-^** chose, il n'y a que lui qui sache l'avenir et qui en d -•»• cide ; pour vous, je ne vous demande qu'une chose==* • si Dieu le fait, ne vous y opposez pas au jour où il '^ fera ; et d'ici là, priez pour votre enfant Si c'étaient des riches. Dieu me faisait aussi la grta^ce
de n'oublier jamais en face d'eux la délicatesse de mes deToîrs : lorsqu'au père chrétien me présentait son fils, lorsque sa pieuse mère venait en secret me confier qu'elle avait ofièrt ce cher enfant au Seigneur, qu'elle serait mille fois heureuse si une vocation sainte couronnait un jour le vœu qu'elle avait formé dans son cœur, je lui disais : Vous avez déjà prié, priez encore ; Celui-là seul qui vous a inspiré cette sainte espérance peut la réaliser. Pour moi, je partagerai avec zèle, vous n'en pouvez douter, mais aussi avec une profonde réserve, les désirs de votre cœur ; laissons Dieu faire son œuvre, et attendons en silence qu'il lui plaise de révéler lui-même à votre enfant ses desseins sur lui.
Et cependant j'étudiais avec tendresse tous ces enfents si chers, si précieux ; je les observais avec sollititude, j'examinais de près la trempe de leur caractère, les indinations de leur cœur. J'observais surtout, avec tes développements successifs de l'âge, les diverse^ ïi^nsformations morales de leur âme ; je laissais ainsi l^ années les plus heureuses de leur vie s'écouler innocemment dans la paix de Dieu et sous les douces in- ^ences d'une éducation qu'il inspirait : je ne les pres- ^^s jamais; je les attendais.
Puis venait le jour, où, de concert avec des parents Chrétiens et des enfants vertueux, je décidais.
Quand la volonté de la Providence était manifeste, ^ches ou pauvres, je leur disais : Demandez la bénédiction de votre père et de votre mère, et entrez au ^nctuaire avec confiance. La bénédiction du Dieu qui
>ou8 appelle ne vous manquera pas Quand je ne
^reconnaissais pas à des signes certains la vocation de iMea^lors, sans hésiter, riches ou pauvres, je les éloi-
gnais : je rqH)ussais même les plas grands noms^^ ^ sans prétendre me faire une gloire du plus étrange cJb reproches, quand je trouvais en eux, avec la piété tUf. gnanime des preur, Tétîncelle de la valeur, je les ejh voyais à l'armée d'Afrique, où ils se battaient braiment pour leur pays.
Et s'il y eut jamais un étonnement légitime, c'est le nôtre, quand nous avons vu que notre respect pour ces jeunes âmes devenait un reproche pour nous auprès de certains hommes politiques, et leur vertueuse délicatesse un péril pour leur avenir social ; car, enfla, il y avait au moins ici un résultat commun et nécessaire, résultat utile à tous, quels que fussent les desseins de Dieu sur chacun, utile au pays, utile aux familles :c'é' tait de former en ceux qui ne sont pas appelés au sacerdoce , des jeunes gens sincèrement chrétiens : et n'est-il pas manifeste que l'irréflexion et la légèreté irréligieuse peuvent seules ne pas apprécier convenablement un tel avantage ?
En achevant cette pénible réponse, il me sera |)€rmis de dire à ceux qui l'ont provoquée , qu'ils m'ont fait une cruelle violence; car enfin, puisque nous en sommôs venus ]usquc-l?j, je leur dirai tout : Ils m'ont forcé à lever des voiles sacrés, à ouvrir devant eux les portes du sanctuaire, ù leur révéler les secrets de la vertu qui s'y cache et les vœux des familles chrétiennes qui viennent y abriter leurs enfants, et ils n'en avaient pas le droit !— Le nombre des élèves qui nous est fixé est-il dépassé, oui ou non? Respectez ces limites, sévères d^* jusqu'à rinjustice, et ne faites pas sortir de nos bouches l'aveu de ce qu'il y a de plus intime entre Dieu, noa enfants, leurs parents et nous : ne nous arrachai ^
des détails sur lesquels c'est pour nous un devoir d*être quelquefois réservés, même avec les familles ! Respectez des cœurs sincères : respectez des enfants pauvres, BQais désintéressés, mais généreux, mais nobles de c<BQr, et qui, sMIs connaissaient les discussions auxcioelles vous nous condamnez, craindraient peut-être désormais dé paraître suspects à nos yeux : Ah ! voila ce que j'ai plus de peine à vous pardonner.
Et quant aux enfants, qui sont riches, il est vrai, nais dignes aussi de respect, puisqu'en se destinant au sacerdoce, ils n'ont manifestement aujourd'hui d'autre ambition que de servir avec humilité et courage l'Église de Jésus-Christ; sachez aussi les respecter et ne cherchez plus, par d'indignes soupçons, à les éloi- Bner de nous !
Vais non, il n'en sera pas ainsi, et grâces à Dieu ^ous n'aurez pas cette puissance, ni sur nos enfants, ^ sur nous : ces chers enfants liront toujours dans ^otre cœur, dans nos regards, notre affection pour eux ^Ua confiance qu'ils nous doivent : il me fallait cet espoir pour me décider ù subir la violence qui m'a été '^Ue, et accepter le combat sur le triste terrain où ^os adversaires l'ont porté !
Abandonnons donc, il est temps, une telle discussion.
Aussi bien, il ne me reste plus que quelques mots à douter sur le fond des choses. Je veux les dire lou- ^fois, afin de ne rien laisser sans réponse.
Le nombre des vocations qui se démentent est très- P^ ékvé qnand on ne viole pas la loi, dit-on.
Eh bien! ici encore on se trompe entièrement: le ^mbre des vocations qui se démentent est assez élevé, ^la est et doit être, en tout temps et en tout lieu : cela
49i DES PETITS SÉMINAIRES (1847}.
est essentiellement dans la nature des choses. Tai d cité des paroles de M. Saint-Marc Girardin; en to d'autres da même orateur non moins conclaanies : jourd'huiy dans les petits séminaires, sur dix élè vous avez deux prêtres ; il est impossible que cela autrement.
Et je répète que ce sont tos lois elles-mêmes et les contraintes qu'elles imposent à nos enfants, qui nm nitiplient parmi eux le nombre desj vocations qui se démentent.
Oui, les moyens qui feront manquer un grand nonM.l)re de vocations sont précisément ceux que nosadversaiies invoquent pour les rendre immanquables: c'est d^imposer aux jeunes gens toutes les contraintes qui sont accumulées dans les ordonnances odieuses de lt^28; c'est de les contraindre à prendre bon gré mal gré l'habit ecclésiastique à quatorze ans; c'est, en refasaot de les admettre au baccalauréat, de les obliger à i^ noncer à toutes les carrières sociales ; et surtout c'est de les forcer, par je ne sais quelle prédestination /«maine, à la prêtrise. Voilà, sachez-le bien, ce qui éloigne les vocations généreuses, et étouffe beaucoup de vocations ordinaires.
Mais je suis étonné de voir qu'on soit si intoléraDt envers nous, lorsqu'on se montre si libéral et si facOe à regard des collèges et de l'aisance religieuse qui doit y régner ; à ce point que, pour réfuter définitivement nos ad?ersaires, et clore toute discussion, je n'ai qu'à les op- ^ poser à eux-mêmes, et à mettre le mot de petit séminaire partout où on a mis collège dans un célèbre rapport:
« Si on en juge par les lois du cœur humain, on peut « êfrc amené à la conclusion qui nous semble la v^
i table: si le petit séminaire a été pour Tenfant un lieu i où sa vocation était respectée, mais pas imposée, il i D'à rien dans le cœur qui ressemble à la révolte. Si t aa contraire le petit séminaire a été autre, s'il a eu t quelque chose de contraint, il tnsptre la licence après I une contrainte trop dure.
• Des excitations plus directes , plus constantes , K réussiraient-elles à faire des cœurs plus fervents et 1 des vocations plus nombrev^ses ? Nous ne le croyons I pas. Quant à nous, nous croyons que le cœur de « rhomme libre est plus tourné vers Dieu que le cœur ■ de l'homme contraint »
Et ici, qu'il me soit permis de m'adresser à ceux qui KiOQs combattent et de leur demander : Que répondrez- ^ous à ces paroles qui sont les vôtres ? Expliquez-nous Comment, si doux et si indulgents, quand il s'agit des Collèges, vous devenez tout à coup §i durs, pres<iue ^Ds pitié, quand il est question des petits séminaires? l-aîssez-moi vous le dire sans amertume : c'est que irop Souvent vous n'êtes que des politiques, et l'humanité ^e vous touche pas assez; vous voulez gouverner le ^onde, et alors vous n'y regardez pas de si près. Tout 'Vous est instrument de pouvoir, moyen parlementaire et pâture d'ambition! Les âmes de nos enfants ic sont rencontrées sur votre route : vous vous en êtes saisis! l'occasion était trop belle pour n'en pas inrofiter!
Je crois bien qu'elles vous échapperont, ces âmes si chères, et que vous n'êtes pas assez puissants pour les ravir à l'Église et â leurs familles. Non, vous n'y réussirez pas !
Hais mon opinion â cet égard vous est probablement,
et avec raison, assez indifférente : je n'insiste poioczK: ot Toutefois, puisque je me suis hasardé à dire un mmzimtot politique, j'oserai, en finissant, tous signaler ce qr ^gne j'appelle une faute sociale immense, et qui est k
conséquence nécessaire de toute cette législation samÊ^ins lumière sur les petits séminaires; et pour le fa" fre plus sûrement , j'invoquerai encore le témoigni=dge
d'un homme que j'aime à citer dans cette grave & is-
cussion.
Voici en quels termes M. Saint-Marc Girardin app réciail le péril que vous faites courir à la société en m^ — me temps qu'à rÉglise, lorsque vous éloignez du sacerd^^ce les classes aisées et n'y attirez que les classes pauvc^ves. A la fin de cette aride controverse, l'esprit se repos Jera avec satisfaction sur ces hautes considérations ex]^H)rimées dans un noble langage :
(( . . . . Ce seraient surtout les enfants des classes ft férieures et grossières qui entreraient dans les pi « séminaires, et par suite dans VÊglise: nouveau « ger pour VÊglise, qui ne doit recruter ses ministres — ^ **♦ a trop haut ni trop bas. Pas trop haut, parce que les ^" « fants élevés dans les habitudes de la richesse s'acciK ^^ « modent mal de la simplicité de la vie sacerdotc^^^^» (c point trop bas, parce qu'alors ils n*ont ni le ton ni ^^^ ^ « manières d'hommes bien élevés, et que, sans vou^^^^^^ « mettre la politesse au-dessus de la vertu, VÈgl *^t « pour avoir sur le monde l'influence qui lui apparti^^^^^* « a besoin que la vertu de ses ministres ne soit ni gr^^^^^' « stère ni sauvage. »
M. Saint-Marc Girardin ajoutait: a Depuis vingt c^^^> « VÊglise s'est plutôt recrutée dans les classes infériem^^^ a que dans la bourgeoisie, et c'a été un mal pour lo
LA SIMPLE VÉRITÉ SUR CETTE QiJESTlON. 497
bourgeoisie, pour VÈglise^ pour la société ellemême!
I Les prêtres élégants et vicieux du dix-huitième siècle ont perdu la religion ; la sincère piété de noire clergé a commencé à la relever : il lui faut de la simplicité sans rudesse et sans intolérance. Ça été un mal aussi pour la bourgeoisie. Quand la bourgeoisie déserte le clergé j quand elle abandonne aux classes inférieures la profession ecclésiastique, elle doit comprendre qu'elle remet le dépôt de la force morale en d^autres mains. Une bourgeoisie qui, par vanité d'esprit fort, dédaignerait le sacerdoce, et qui, par sj/baritismCy fuirait le métier des armes, ne pourrait pas longtemps conserver le pouvoir politique. Ça été un mai enfin pour la civilisation : un curé instruit, tolérant, poli, civilise peu à peu ses paroissiens ; ils font effort pour se rapprocher de lui, et ses idées, ses sentiments deviennent un but que chacun cherche à atteindre. »
M. le comte Portalis a tenu à la Chambre des pairs même langage que M. Saint-Marc Girardin à la lambre des députés :
nA la tendance peu favorable du siècle vers les voca-
yns ecclésiastiques, faut-il ajouter une nouvelle dé-
4>eur, un nouvel obstacle.^ faut-il ainsi décourager les
'milles aisées et pieuses qui auraient le désir de vouer
urs enfants au sacerdoce ? convient-il de priver VÊlat
f Église du bien d*avoir des prêtres doués de Vavan-
ige inappréciable d'une première éducation si difficile
suppléer par la seconde ? Non, vous ne le voudrez pas;
^Tvous renonceriez à un bien certain et qui n'entraîne
ticun inconvénientsérieux, pour le maintien d'une règle
408 DRS PETITS SÉMINAIRRS ( 1M7).
absolue , qu'une exception fondée en raison et en dt confirme et corrobore. »
Voilà, je suis heureux de le dire, voilà le langfl élevé que devraient toujours tenir les hommes poli ques, quand ils traitent les affaires de l'Église.
DE l'habit ecclésiastique.
C'est encore ici une question singulière. Je m*étoi de la rencontrer sur mon chemin et d'avoir à la trai \ Mais dans la pensée de nos adversaires elle a plusi gravité encore que de singularité : aus2»i Tont-ils trai à fond et plus savamment encore que la question p céilenle. Je crois devoir le faire aussi, et j'espère finir une bonne fois avec elle. D'ailleurs, à i'insim M. de Salvandy, elle demeure cachée comme un pî* dans son projet de loi. Il est essentiel que M. le Miniâ de rinslruclion publique, que le législaleur déclare < pressément, s'il entend faire de Tbabil ecilévsiasliqii^ condition de l'admission de nos élèves aux éprouves baccalaiir(»at. Il ne peut rester ici ni l'ombre d'un pi^; ni l'apparonoe d'une équivoque.
Nos adversaires veulent absolument qu'on impos tous les élèves des petits séminaires l'obligation rtg^ reuse de porter Vhabit ecclésiasiique à quatorze iM Diuis la grande discussion des bureaux, en 1844, avait déjà louché ce sujet, et on s'était plaint que professeurs des petits séminaires permissent à cet êff^ le respect humain à leurs élèves. Dans l'excès de I< zèle contre le respect humain, nos adversaires ont jusqu'à s'écrier : Osera-ton dire à l'univers catholi^^
refusant cet habit^ qu'on rougit de Vétat dans lequel €^n veut entrer ?
Ce qu'il y a de plus étrange, c'est de voir invoquer îcî contre nous Vautorité du coticile de Trente : oui , on a cru devoir s'appuyer des décisions solennelles de cette grande assemblée pour ajouter au poids des reproches qu'on nous adresse ; et l'on ne s'est pas avisé, c'est là ce qui cause surtout mon étonnement, de la facile réponse qu'on nous fournit.
Invoquer le concile de Trente ! Mais, avant de le faire, On a oublié de demander à M. Dupin si le concile de Trente est reçu en France quant à la (iiscipline! et certes, la question de l'habit ecclésiastique est plus que toute autre une question disciplinaire.
Invoquer le concile de Trente I mais pour cela il faut le bien comprendre, et pour le comprendre il faut l'avoir lu. Ces Messieurs l'ont-ils lu en effet ? La demande est étrange; je suis sûr cependant que, si elle est indiscrète, elle est nécessaire : car si plusieurs de nos antagonistes avaient étudié l'histoire des travaux de cette assemblée, comme ils savent étudier Thistoire, j'affirme qu'ils ne s'appuieraient pas ici de son autorité.
Eld'abord, savent-ils quel est cet habit ecclésiastique dont ils nous parlent, dont parle le concile de Trente, et dont ils disent que le saint concile fit une ohligaiion nécessaire? savent-ils quand, où, connnent, dans quelles circonstances, dans quelles conditions cet habit doit ^^''e porté ?
Savent-ils, comme le faisait récemment observer Mgr ^^ cardinal de Donald , qu'eu louchant à ce sujet, il y a ^^^ questions de forme, de couleur, d'âge, de taille, de *^'ftps et de lieu à résoudre ?
500 DES PETITS S.ÉMINAUES (1847).
Savent-ils qaels sont ceux à qui FÉglise impose habit?
Savent-ils enfin que lesÉvéques seuls, d'après le c^ cile de Trente qu'ils invoquent, ont le droit d'en otA* ner robligation , et aussi d'en dispenser, quand ils jugent à propos, selon les lieux et les temps 7
Enfin se doutent-ils, car je suis condamné encoT descendre jusqu'à ces détails , que cet babit peut é blanc ou noir, bleu ou rougo, violet, brun ou marre que la forme, dans les diverses églises, en est varia comme la couleur ? qu'est-ce qui suffira 7 qu'est-ce i ne suffira pas ?
Et ne nous dites pas que tout cela vous est indi: rent, que ce n'est pas votre affaire, et que pourvu c vous ayez un habit ecclésiastique, c'est tout ce if} vous faut, et que pour le reste vous vous en rappof à nous. Nous ne pouvons accepter cette condition ; pourquoi ? Parce que la confiance nous manque p< le faire , parce que vous nous accuserez peut-être i core, parce que, quand nous interprétons vos lois a^ équité et bon sens, vous criez à la mauvaise foi e rhypocrisie.
Non, non, c'est à vous à faire la loi et à Tinterprél Permettez donc que je continue à vous interroger.
Vous doutez-vous que ceux-là seulement, d'après lois ecclésiastiques, peuvent être tenus à le porter, ^ sont dans les ordres sacrés ou dans les ordres mineu mais pourvus d'un bénéfice, ou bien encore, dans i circonstances exceptionnelles , les clercs tonsurés, pas d'autres ?
Vous doutez-vous enfin que le concile de Treni quand, au chapitre vi* de la session xiv% il traite
âtemcnt des clercs, se borne à en commander la €>Tivenance et la gravité ? Decentiam habitus : honuhabitum, ordini congruentem, Tous doutez-Yons de toutes ces choses ? Que faitesovs donc quand' TOUS, hommes politiques, vous élent tout à coup jusqu'à la dignitë d'un Père de l'Église d'un législateur ecclésiastique, vous invoquez contre le concile de Trente, et préparez solennellement e loi pour décider que nos enfants porteront, à qua- "^orze ans, des habits convenables et modestes?
Franchement, et le public sera de mon avis, vous "VOUS mêlez de choses qui ne vous regardent pas et que ^otis n'entendez guère.
Plus j'y pense, plus je m'étonne ! Mais où en sommesnous donc? Quoi! nos adversaires invoquant les conciles ! nos adversaires ordonnant l'habit ecclésiastique! 11 os adversaires nous reprochant le respect humain! poursuivant nos lâchetés et nos faiblesses avec l'indigri^ilion de la vertu ! Est-ce sérieux ? Je me permets d^en douter.
Mais une pensée traverse mon esprit : vous invoquez ^^ concile de Trente I Mais, quand on Tinvoque, il faut '^ rospeclerl mais il ordonne l'habit et les ordres reli- Sîc»ux que vous prétendez proscrire !
Mais il existe dans le vaste arsenal de la jurisprudence ^^Tolutionnaire des lois que vous ne songez pas à rap- I^Orter; que dis-je*? des lois que vous venez d'invo- ^^er, et qui défendent, sous peine de mort, à des *^ommes faits de porter l'habit ecclésiastique, et vous
' La loi de 93 invoquée récemment à la Cliambre des députés.
nous faites des ordonnauces pour exiger qae des enfants de quatorze ans portent cet habit I
Encore une fois, où en sommes-nous ? Est-ce sérieux! Mais Todieux le dispute ici au ridicule ! Nous descendons aux discussions du Bas -Empire; croyez -moi, laissez-nous nous vêtir comme nous l'entendons. Pourvu que nous ne blessions ni la sévérité de vos regards, ni la gravité des mœurs publiques, ne vous occupez plu3 de nous ni de nos habits !
Mais aussi bien cette question a un côté grave, plus grave que ne le soupçonnent sans doute ceux qui l'ont soulevée ; et puisqu'ils me forcent à faire avec eux du droit canonique, puisqu'ils prétendent que le concile de Trente est formel sur l'obligation imposée aux jeunes clercs de porter à quatorze ans l'habit ecclésiastique; eh bien ! nous allons entrer au fond même des choses, et montrer quels intérêts d'un ordre élevé sont engagés dans une affaire si mince en apparence.
On n'a peut-être pas été bien sérieux en nous citant le concile de Trente : les hommes d'État de ce siècle ne sont guère accoutumés à s'incliner devant ces décrets vénérables; mais nous, au moins, hommes d'Église, devons-nous les respecter en toutes choses.
Quelle est donc la doctrine du concile de Trente à cet é^ard? qu'entend-il? que faut-il entendre par l'habit ecclésiastique dont on veut faire pour nos enfants une obligation indispensable ? Le voici :
Durant à peu près les cinq premiers siècles de r&glise, les clercs ne se distinguaient point des laïques quant ù la manière de se vêtir : c'est un fait certain ; non pas que, pendant ces siècles héroïques, nos pères eussent beaucoup de ce respect humain qu'on nous re-
JHToehe d'iDspirer à nos élèves, mais ils jugeaient dangereui de proToqoer gralaitemeut les haines publiqu^f 6t iaper9éeution«..
Ils ne pensaient pas qa^on pût les accuser de rougir <*u sacerdoce, parce qu'ils refusaient d'exposer Thabit Sacerdotal aux profanations et aux risées de la foule. La Tertu des martyrs n'allait pas jusque-là ; les Clé- ■ïïent, les Gyprien, et tous les confesseurs des premiers siècles trouvaient même qu'il y avait là Tinspiration du I>«'ofood respect pour les choses saintes, et que la prudence de rÉglise était digne de sa charité, lorsqu'elle ^^fendait k ses enfants de provoquer des colères impies. La seule différence entre les clercs et les laïques consistait donc dans la forme simple et modeste des véle- ^*»ïenls.
Plus tard seulement, vers le vv siècle, à l'époque des ^^nquéles barbares, lorsque les peuples farouches imposèrent leurs mœurs et leurs usages aux nations vain- ^^es, rÉglise défendit à ses clercs de quitter le vêtement ^'^gtqui était l'ancien vêlement romain, et d'adopter le ^^tement court des vainqueurs.
ïiepuis ce temps, tous les conciles, celui d'Aix-la- ^*^^pelle en 816 ; au commencement du xiii* siècle, lô ^ï^cile de Montpellier ; puis le concile général de La- ^^t), sous Innocent III ; puis le concile de Vienne , aa ^^V« siècle, se bornèrent à recommander aux clercs de* ^^ieinents graves, simples, convenables, nimia brevi ^**€, vel lonjfiiudine non noianda.
St après tous ces divers conciles , le dernier de tons,
^Wi de Trente, règle la même matière dans le cha-
Wire xviir de la session XXIII*. Plusieurs doutent que
^ obligation de l'habit ecclésiastique soit imposée aux
jeunes clercs avant le temps où TÉvêque les emploie aa service extérieur et au ministère des églises. Il demeure douteux aussi qu'il soit là question des petits séminaires. Le concile, parmi les choses qu'on doit enseigner à ces jeunes clercs , parle de l'administration dos sacrements, et en particulier de ce qu'ils ont besoin de savoir pour entendre les confessions : choses, assurément, dont il ne peut être question dans un petit séminaire.
Quoi qu'il en soit , ce qui est parfaitement certaio, c'est que le concile ne fait une obligation de l'habit ecclésiastique que pour ceux-là seulement qui ont reçu la tonsure. La tonsure, qui est l'initiation à l'état ecclésiastique, rend l'habit nécessaire ou au moins convenable ; mais, sans la tonsure, il n'y a plus ni nécessité ni convenance. Jamais l'Église n'a songé à imposer cet habit à ceux qui n'avaient pas même reçu la tonsure cléricale.
Le concile de Trente est formel à cet égard : tonsura et habita.
Si on rinvoque donc pour l'habit ecclésiastique, on ne peut logiquement et ecclésiasliquement se dispenser de l'invoquer pour la tonsure. L'un suppose l'autre. Eh bien, oui ! me dira-t-on, nous vous imposerons la tonsure. Au fait, pourquoi pas ? On y avait bien songé en
Oui : il s'en fallut de peu que la tonsure ne fût imposée alors à des écoliers de quatorze ans, comme condition impérieuse de leur séjour dans la maison qui élevait leur enfance. Bien qu'à cette époque on ne reculât guère devant rien , on recula néanmoins devant cette odieuse violence faite â un si jeune âge.
LA SIMPLE YÊaiTË SUR CETTE QUESTI ON. 505
Maïs laissons 1828 : ce qu'il importe de remarquer ici, c'est que, pour la tonsure, comme pour tout le reste, le concile invoqué déclare expressément s'en rapporter aux Évéques, et les Évêques ont unanimement JQgé, comme sans doute nos adversaires le jugent aussi, que dans l'état des mœurs publiques , si la tonsure, à quatorze ans, peut être quelquefois accordée à des eniants d'une sagesse et d'une piété extraordinaires, ce n'est là qu'une rare et heureuse exception.
Les Évêques ont jugé même qu'il faut ici se défier de la ferveur et du zèle imprudent, et qu'on ne saurait trop prendre garde de donner la tonsure à la légère, de peur d'en faire ^un souvenir et un poids pénible dans la vie pour ceux qui ne croiraient pas devoir s'engager irrévocablement au service des autels, lorsque la maturité de l'ôge et de la raison serait venue.
C'est toujours un inconvénient d'avoir travaillé pour ^n but, de s'être destiné à un état, et puis d'y renoncer pour se tourner ailleurs et en embrasser un aulre.
A tort ou à raison, cela est regardé comme un signe ^^ légèreté d'esprit. Après avoir étudié en médecine, se *aire avocat, semble indiquer qu'on ne sait ni ce qu'on ^^ui, ni ce qu'on fait.
La chose est plus grave quand il est question d'un *^at plus parfait encore : ce n'est plus alors simplement changer, c'est déchoir.
D'ailleurs, le sacerdoce est essentiellement libre; tout ^ qui engage avant le temps , tout ce qui ressemble à *^ violence morale, à plus forte raison ce qui est une violence matérielle, y répugne profondément.
Voici, d'après ces principes, la'règle de conduite que ^Ous aimons à suivre :
506 DES PETITS SÉMINAIHES (1847U
L'habit ecclésiastique est pour nous la soutane; nous la portons tous.
Quant à nos enfants, ne la porte pas qui veut, ei souvent nous la refusons à leurs désirs. C'est une récompense, et la plus haute qui se puisse accorder parari nous. Le supérieur ne décide jamais seul, et avant de penneltre à un enfant de s'en revêtir, il délibère eo conseiL Non-seulement il faut que Tenfant la demaoïk lui-même ; non-seulement il faut que les parents y consentent: il faut qu'il n'y ail pas un reproche à lui faire. Il faut que son travail, sa piété, sa docilité, sa politesM même et la convenance de ses manières, le rendent digne de ce saint habiL
On ne leur permet, d'ailleurs, de le porter qu'aux jours de fêtes religieuses.
Certes, si le concile de Trente mil tant de modératiov et de sagesse dans ses ordonnances, à une époque où, comme l'a justement observé M. Guizot, il iropori»! plus d'éloigner de l'état ecclésiastique que d'y attirer; i une époque où une gravité et une sévérité extraordinaires dans la discipline étaient devenues nécessaires, aujourd'hui n'imporle-t-il pas d'user dans la même matière de sagesse et de modération; aujourd'hui où, comme le disait encore M. Guizot, ni les considérations mondaines, ni les motifs de fortune, n'aîtireni plia dam la carrière ecclésiastique ?
En tout cas, depuis le concile de Trente, c'est an Évêques seuls à régler ces choses ; elles, varient esara* tieUem^nt selon les temps et les lieux. A Toulouse, par exemple, ou à Aix, on voit dans les rues des enfants dt dix ans qui vont bravement en soutane, boucles au souliers, petit manteau, tricorne et petit coUet En
eiigera-t-on autant à Paris? Croit-on que des enfants puissent marcher ainsi vêtus , sous la protection des ûîCBors publiques? n'y verra-t-on pas, au contraire, une proTocalion imprudente ?
Il faut que cette jeunesse aille de temps en temps
i'espirer l'air du dehors. — Se promèneront-ils ainsi
aux Champs-Elysées, au bois de Boulogne, dans. les
es de Paris ? Et n'entendez-vous pas de loin les gens
peuple, dans ce langage d'impiété grossière, qu'avec
dos soins si persévérants on leur apprend à parler, les
tr"siter de petits curés, d'apprentis prêtres, ou leur pro-
^llsuerméme d'autres dénominations plus injurieuses
icore ?
l'i'aperçoit-on pas enfin les élèves des établissements
l'on nous oppose, sourire de dédain en voyant passer
■^os enfants, et leur donner des noms de mépris que
■^^^ plume se refuse à redire ? Mais qu'ai-je besoin de
*^»lde paroles? Sans qu'ils s'en rendent compte, nos
^cÎYersaires ne sont-ils pas eux-mêmes d'accord avec
*^^us? et, s'ils nous rencontraient, ne seraientils pas
*^^s premiers à s'écrier : Quelle j)itié, quelle sottise^ de
f^ ire sortir ces enfants dans cet accoutrement ? et ils
^^iraienl raison. Car enfin il ne suffit pas d'être armé de
Pied en cap contre le respect humain, il faut n'être pas
^nné de pied en cap contre le sens commun.
Cependant, ajoute-t-on, les ordonnances de 1828 exigeaient l'habit ecclésiastique, et Mgr de Quélen y avait consenti. J'en conviens; mais qui ne sent que c'était là Dfle de ces concessions qui suffisent à faire juger le temps qui les imposa, une de ces concessions auxquelles on fut condamné, pourôter, dit alors Mgr de Quélen, le moindre prétexte à des accusations malheureuses.
Et encore fout-ii dire que, dans la pensée de iacoizf. mission dont l'illustre prélat élait Torgane, cette oMgation devait être restreinte. J'en ai déjà exprimé ia conviction, et mon respect pour les membres honorables de celte commission ne me permet pas d'en douler: ils espéraient que la transaclion proposée par eux préparerait la pacification politique et religieuse, en sorte que cette obligation deviendrait chose simple et facile dans des lieux et des temps paisibles. Ils ne pouvaient prévoir que l'Église de France serait condamnée à traverser bientôt des temps où cette obligation deviendrait tellement intolérable qu'il faudrait en dispenser les prêtres eux-mêmes, à plus forte raison des enfants de quatorze ans.
Et deux années ne s'étaient pas écoulées depuis cette concession faite par Mgr de Quélen, que lui-même fuf ait devant l'émeute, et ses deux petits séminaires avaient été envahis et saccagés, tous les élèves violemment dispersés ; et l'habit ecclésiastique, qu'il faisait porter depuis deux ans, lui était amèrement reproché parles familles de ces enfants, comme une exigence tyrannique qui leur avait fait courir, au jour des discordes publiques, les plus grands dangers.
Et, depuis quinze années, pendant cette suite d'émeutes qui sont venues sans cesse troubler la capitale» lorsqu'au premier bruit, les parents alarmés venaient en toute hâte nous redemander leurs enfants, de peor que le petit séminaire ne fût encore envahi, si ces enfants eussent été eu habit ecclésiastique, peuse-t-on que cela eût été fort commode pour leur faire traverser les rues au milieu du tuuiulte et quelquefois des sanglants désordres de la guerre civile ?
LA SIMPLE VÉRITÉ SUR CETTE QUESTION. &a9
B ces tristes circonslances ne se rcproduiront-elles 08? Qui peut en répondre? Nous vivons dans un temps dans an pays où l'horizon est rarement sans nuages, tfoix éloquente de M. de Lamartine , dans un de ces Mes mouvements d'indignation auquel les honnêtes D8 seront toujours heureux d'applaudir, n'a-t-elle pas nonce au mépris ces aboyeurs à la soutane^ dont les shes clameurs ont recommencé à se faire entendre? Tout récemment encore, l'habit ecclésiastique n'a-t-il ts été traîné sur la scène, livré à la dérision et à l'initteTUn roman fameux, publié dans les feuilletons tm journal qui se vante à tort, je le voudrais penser, s posséder les profondes sympathies de ceux qui nous itaquent, n'a-t-il pas excité autant qu'il l'a pu contre 008 la haine aveugle et toutes les préventions populîres? De bonne foi, est-on bien venu en pareilles cir- ODStances à nous reprocher le respect humain!*
Oseror-t'On dire à Vunivers catholique ^ osera-t-on !fce, en refusant cet habit, qu'on rougit de Vétat dans Bpid on veut entrer?
B peut y avoir de l'éloquence, mais il n'y a certaine- *^l aucune justesse dans ce mouvement oratoire.
Il est ici question d'enfants de quatorze ans : et des Wants, à quatorze ans, ne songent pas à dire à Tunivers Colique, s'ils rougissent ou ne rougissent pas d'un IU)it!
Qaant à leurs professeurs , ce n'est pas eux qui en tHigissent, ils le portent partout , sous les regards de Mit le monde. — Qu'a-l-on à leur reprocher?
Mais flnissons-en , et allons au fond des choses. Ne oyez-vous pas, dirai-je ici à nos adversaires, ne voyez- >us pas que c'est vons-mômes, que ce sont vos enfants,
Tint chei TOUS, à voire bdtel, s'asseoir A voir milieu de ses cousins et de vos amis, en habi tique T — Si moi, sou supérieur, je t'exigeais riez-TOUS pas : Monsieur l'abbé, cet enfant pressentir sa vocation, mais il n'est pas d*8 cber : surtout il n'est pas d'âge à la défendre sarcasme, contre un sourire même inofTensi atiripz raison contre moi, et je n'aurais à vo que les ordonnances de 1828, et le rapport, mission de la Cliambre des députés en 18ââ basard je prétendais rolourner contre vous 1' concile de Trente, vous n'en tiendriez pas, ]( ■ grand compte, et, redoublant vos justes intei vous me diriez : Songez-vous à toutes lesjou giiimes, utiles même à l'épreuve de sa vocafm privez cet enfant ? — Dans quelle proniena(i pourrais-je le mener, sans l'exposer à enten de lui des propos injurieux ou au moins des dicules et pénibles? — 11 ne pourra donc jai avec sa mère, avec ses jeunes sœurs T Toutes de la jeunesse, tous les jeux de son enfance donc interdiisî Et encore une fois, en nie disant tout cela
dire à Funivers catholique, en refusant ou en quittant cet habii^ qu'il rougit de l'état dans lequel il veut entrer! ce à quoi nos adversaires ne sauraient assurément jamais consentir.
Dans le vrai, à peu de chose près, cet enfant, quel qu'il soit, avec des lois pareilles, serait un exilé, un paria, un enfant flétri ; ce n'est pas nous qui le voulons : c'est la loi, telle qu'on voudrait la faire voler par les chambres : qu'on y ajoute seulement la tonsure ; on sera conséquent, et nous n'aurons plus alors que des enfants héroïques... avant l'âge de raison... Heureuse France ! dignes législateurs !
Oui! des enfants héroïques! Car il faudra plus que delhéroïsme pour subir celte épreuve... et aussi pour TOUS la pardonner.
Mais je veux pousser jusqu'à bout mon argumen- ^lion ; car j'accorderai qu'une commission de la Chambre des députés soit ce que son rapporteur veut bien dire de l'È^Wse une grande, une haute, une auguste Puissance; mais, comme le dit encore Thonorahle nip- Porteur, elle n'est |)as, plus que l'Église, dispensée du ^ sens et de la justice,
le sacerdoce n'est pas la seule fonction pul)li(iue ^ont les candidats ou les dignitaires aient conservé l'habit long. — La magistrature rr-inçînse ol les professeurs de rUniv(»rsité, fidèles à la gravité des usages an- ^'l'ies, ont gardé, counne nous, la toge romaine.
li est vrai qu'ils n'ont point pensé que la gravité des ^'œurs publiques fût assez sûre d'elle-même pour pou- ^^i'apparaîire dans le monde avec ces vénérables in- ^'gnes : et c'est avec des vêlements plus légers qu'on ^^s y rencontre habituellement.
M. Cousin lui-même, et tout ce que les facultés d€ lettres et sciences comptent à peu près de professeon malgré le texte formel des règlements universitaire! ont rempli, et remplissent encore les graves fonction de renseignement public, sans se revêtir de la robe qi en est le signe distinctif, et je ne pense pas que ce soi un sacrifice qu'ils fassent au respect humain, ni qu'il rougissent d'une profession qui a fait plusieurs d'entc eux ministres et conseillers de la couronne.
Mais avec cette rigueur de principes qui ne tiei compte de rien, il faudrait, si l'on voulait être consi quent et n'avoir pas deux poids et deux mesures, faudrait imposer la toge aux élèves de droit et la robe ceux de l'École normale. Ces jeunes gens oseraient-^ dire à l'Europe savante, en refusant cet habit , qu'ikro^ gissentde l'état dans lequel ils veulent entrer.^ SeraieK ils capables d'un si indigne respect humain F
Parlons sérieusement : en terminant ce que j'ai à di sur cette matière, j'exprimerai ma pensée sans réserv-* Ce que l'on veut par là, comme par l'interdiction m baccalauréat, comme par les autres contraintes qu'a essaye de nous imposer, c'est d'éloigner du sacerdo ^ tout ce qui ne manque pas de pain, tout ce qui peut fl manger ailleurs que chez nous; par là on ne nous pr* pare que des vocations misérables, forcées pour la pi part et hypocrites. Eh bien ! nous n'en voulons pas nous avons pour nous-mêmes, pour notre sacerdoce pour noire pays, assez de respect dans le cœur poi n'y consentir jamais. Je dirai, avec M. de Salvandy" VÈglise de France a passé par des épreuves bien cT verses : sachons espérer qu*il n'y aura pas un temps C elle se montrera indifférente à de pareilles lodlgnllé-
J'ajouterai : Dans l'état actuel des mœurs publiques, il n'f a pas une puissance humaine capable d'imposer de telles lois à TÉglise^e France I
Celle dont je parle n'a jamais été observée, elle ne peat pas l'être» elle ne le sera pas.
M. le Ministre de la justice le déclarait avec loyauté*, à la Chambre des députés, en 1837 : Les Êvêques mi t(MJours réclamé... Il n'a jamais été possible de la faire exécuter... Tous les ministres^ tous les gouvernements V^i se sont succédé.., h*ont pu y parvenir. Je n'ai pas cru qu'il me fût possible dépasser outre.
H. Barthe disait encore : « Les Évoques ont toujours rtdamé, et ils se sont notamment fondés sur ce que c'était contraire à la santé des élèves; que les enfants <te quatorze ans sous la soutane ne pouvaient pas se livrer aux exercices de leur âge ; et tous les ministres, tous les gouvernements qui se sont succédé n'ont pas exigé d'autre explication que celle que je viens d'avoir riionneur de vous donner. Je n'ai pas cru, lorsque mes prédécesseurs n'en avaient pas demandé d'autre, et V^'il y avait une raison aussi plausible que celle-là, Qu'il me fût possible de passer outre... »
Bt aucun ministre, plus que M. Barthe ou M. Persil, ^ croira devoir l'essayer, et s'il l'essaye, il échouera, parce qu'il y a ici une impossibilité morale qui écrase ; parce qu'il y a des choses qu'on peut et il y en a T>*OD ne peut pas : on peut fermer violemment les Pelils séminaires comme en 1809, on peut disperser ^olenament leurs élèves et persécuter TÉgllse : mais on ïie pourra pas nous contraindre à nous avilir nous- ^êmes aux yeux de nos enfants, en les revêtant malgré i. ' 33
su DES PETITS SÉMINAIRES (184T).
eux d'un habit dévoué, par la loi même qui Fimpo force, aa mépris et à l'iosultel J*ai achevé sur ce point. ^