Sous les rapports paléontologiques
La faune coloniale est totalement distincte et différente de la faune seconde, considérée, soit dans ses phases antérieures, soit dans ses phases contemporaines. Nous observons seulement, dans un petit nombre de colonies, le mélange de quelques espèces caractéristiques de la faune seconde avec celles de la faune coloniale.
Ce fait constitue une exception, mais il mérite d'être remarqué, parcequ'il contribue puissamment à démontrer la contemporanéité des deux faunes comparées. On conçoit d'ailleurs, qu'un semblable mélange n'a pas pu être opéré par des perturbations du terrain, postérieures au dépôt des couches sédimentaires.
La faune coloniale, considérée dans son ensemble, représente la faune troisième de notre bassin. Mais, nous devons rappeler, à ce sujet, divers faits importans.
1 . D'abord, les colonies possèdent un certain nombre d'espèces qui leur sont exclusivement propres, c. à d. qui n'ont jamais été observées, ni dans notre faune seconde, ni dans notre faune troisième. Nous avons cité ci-dessus (p. 128) divers Céphalopodes et Graptolites, qui appartiennent à cette catégorie.
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2. Parmi les espèces coloniales et principalement parmi les Graptolites, plusieurs ont existé dans la faune seconde des contrées étrangères et notamment en Angleterre, tandisqu'en Bohême, elles ne se trouvent que dans la faune troisième et dans les colonies. Nous en avons déjà énuméré plusieurs en 1860, dans notre mémoire intitulé: Colonies (BuU. Soc. Géol. de France, T, XVIL p, 645) et d'autres ci-dessus (p. 131).
3. La faune coloniale, quoique représentant dans son ensemble la faune troisième, n'est identique, ni avec la phase de cette faune, qui est renfermée dans notre bande e 1, ni avec la phase qui caractérise notre bande e2.
A cette occasion, il convient de remarquer un fait singulier, constaté ci-dessus (p. 138) savoir: que les connexions spécifiques entre les colonies et la bande e 1, composée de roches semblables et la plus rapprochée suivant le sens vertical, sont beaucoup moins nombreuses que celles qui existent entre les colonies et la bande e 8, verticalement plus éloignée et composée de roches différentes.
Ce fait contribue à démontrer, non moins que les observations précédentes, que le phénomène des colonies dérive des circonstances naturelles, qui ont réglé l'apparition et la succession des faunes dans notre bassin et ni^ement des perturbations mécaniques de ses formations sédimentaires.
La consanguinité, sans identité absolue, entre la faune coloniale et la faune troisième, semble bien nous indiquer, que l'une et l'autre proviennent d'un même centre de création, inconnu jusqu'à ce jour, mais dont nous avons admis l'existence dans notre interprétation de l'origine des colonies. (Voir cidessus p. 172).
Conclusions générales des études qui précèdent.
Les observations topographiques, pétrographiques et stratigraphiques, exposées dans cette étude, concourent également à nous montrer, que l'origine des enclaves coloniales est aussi naturelle et aussi normale que celle des formations sédimentaires de notre étage D, entre lesquelles elles sont intercalées.
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Par conséquent, Tépoqne de l'existence de notre &ime coloniale se trouve établie par les lois stratigraphiqnes, aussi évidemment que celle de toute autre faune connue, sur un horizon quelconque, dans la série verticale des terrains. Ainsi, cette détermination géologique de la date des colonies est complètement indépendante de la nature zoologique de la foune qu'elles renferment.
D'après les documens exposés, la faune coloniale est donc contemporaine des phases de la faune seconde, qui existent sur les horizons correspondans. Parmi ces phases, nous devons d'abord compter celle qui caractérise la bande d 4, dans laquelle apparaît la plus ancienne de nos colonies, qui est aussi la seule jusqu'ici connue sur cet horizon ; savoir, la colonie Zippe. Mais, c'est principalement durant l'existence de la dernière phase de la faune seconde, caractérisant la bande dS, que toutes les autres colonies se sont successivement introduites en Bohème.
D'un autre côté, nous avons constaté, que la faune coloniale est liée par les plus intimes connexions spécifiques, avec les premières phases de notre faune troisième, qui sont renfermées dans nos bandes el— e2, à la base de notre division supérieure.
Gomme les colonies sont verticalement étagées sur divers horizons, il s'en suit, qu'il y a diverses alternances entre les premières phases de la faune troisième qu'elles représentent et les dernières phases de la faune seconde.
Ainsi, le phénomène colonial peut être défini comme consistant dans la coexistence partielle de deux faunes générales gui, considérées dans leur ensemble, sont cependant successives.
Cette définition reste littéralement telle que nous l'avons formulée, il y a longues années. Nous ne saurions l'exprimer en termes plus exacts, ni plus clairs.
Nous considérons donc ces termes comme renfermant la solution complète et finale du problème des colonies, considéré dans la sphère des faits positifs, c. à d. constatés par les observations directes et combinées de la stratigraphie et de la paléontologie.
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Si Ton vent remonter jusqu'à l'origine des colonies, on est obligé de sortir de la sphère des faits, pour entrer dans la sphère des intuitions spéculatives. Nous avons essayé, dès 1851, de présenter une interprétation de cette origine, de manière à expliquer tous les faits observés en Bohème. Nous venons de la reproduire ci-dessus (p. 172), en faisant remarquer sa nature hypothétique. Nous ajouterons encore, qu'elle pourrait être remplacée par d'autres interprétations quelcon. ques, plus heureuses et plus complètes, sans que cette substitution puisse affaiblir ou altérer, en aucune manière, la solution positive du problème colonial, dont nous venons de rappeler la formule.
A ce point de vue, il ne nous reste donc rien d'important ou d'essentiel, à ajouter à la solution énoncée. Les documens que nous nous proposons encore de publier, sont uniquement destinés à compléter l'exposition de nos études coloniales. Ils consisteront :
1. Dans la carte générale, montrant la zone coloniale et les zones concentriques, adjacentes.
2. Dans les descriptions de diverses colonies, qui n'ont pas encore été publiées, dans nos travaux précédons.
3. Dans l'explication de quelques particularités stratigraphiques, relatives à certaines enclaves coloniales, et qui ont été déjà sommairement indiquées, comme: la stratification transgressive de la bande e 1, sur l'extrémité Sud-Ouest des colonies situées aux environs de Litten ; la discordance de stratification entre les colonies de Mottol et Béranka et les couches redressées de la bande d 4 ; enfin, les effets remarquables de dénudation qui ont fait disparaître, en certaines localités, une partie de la formation culminante de schistes et de quartzites de la bande d 5, qui recouvrait originairement la zone coloniale.
Ces études locales ne constituent pas une extension de la solution du phénomène colonial, considéré dans son essence. Elles n'ont d'autre but que de compléter l'explication de toutes les apparences stratigraphiques , qui ont rapport aux colonies, dans notre bassin, et de présenter l'ensemble de nos observa-
Caract^reB généraux des Colonies.
tions paléontologiqnes, que nous avons déjà partiellement expo-j sées dans diverses publications.
Notre carte principale, sur une grande échelle, présente, dans sa partie centrale, toute la surface du bassin cal( constituant la division silurienne supérieure. Elle indique TéUidue et les relations horizontales des 4 étages: E— F — G — 8*1 qui composent cette division.
En outre, 4 cartes topographiques spéciales, que avons préparées , sont destinées à illustrer les ' localités plus importantes, savoir: les environs de Litten, de Karli de Ober-Czernoschitz et de Gross-Kuchel.
Nous espérons, que ces documens contribueront à attii sur le bassin silurien de la Bohême toute l'attention scienti? fique qu'il mérite.
Prague, 25. Mars 1870.
J. Barrande.
Postscriptum ^ 10. Mai.
Nous considérons comme un devoir de constater , que lé respectable ChevT de Haidinger, fondateur et premier directeur de rinstitut Impérial Géologique, nous a exprimé, daai sa lettre du 1«' Mai, ses cordiales félicitations, au sujet de h solution scientifique, qui a mis fin aux débats sur les colonies^
Pricka