‹ Défense des colonies (volume 2)Chapitre 16 sur 128 · II · texte numérisé non relu

II

3, Céphalopodes.

Les 101 espèces qui représentent cette classe dans nos étages G et H, et qui appartiennent à 10 types distincts, seraient sans doute considérées comme constituant une nombreuse cohorte dans toute autre région paléozoique. Mais en Bohême , ce chiffre paraît relativement très-modeste, si on le compare aux 4 à 5 centaines de formes de la même classe, qui nous ont été fournies par notre seul étage calcaire inférieur E.

Cette disproportion devient encore plus frappante si Ton considère d'abord, que les masses calcaires de l'étage G offrent une puissance au moins égale à celle des calcaires de l'étage E, et ensuite que les restes des Céphalopodes sont toujours très clair-semés dans les couches de nos deux étages supérieurs, tandis que leurs débris sont comme entassés dans certaines couches de notre étage calcaire inférieur.

£n somme, la classe des Céphalopodes, si largement prédominante à l'époque de notre étage E, avait éprouvé une grande réduction avant la fin de notre faune troisième. Sa décroissance avait été encore plus rapide que celle qui vient d'être signalée pour la tribu des Trilobites.

Cependant, il est à propos d'observer, qu'en faisant abstraction d'une disparition remarquable des Céphalopodes

dans notre étage calcaire moyen F, et en considérant seulement notre étage calcaire supérieur G, la réduction de cette classe n^a porté que sur le nombre des espèces et des individus, tandis qu'il y a eu,, au contraire, une augmentation notable dans le nonibre des genres.

Ainsi, parmi les types des Nautilides qui florissaient durant la première phase de notre faune troisième , ou durant le dépôt de Tétage E, deux seulement: Litmtes et Ascocerasy ont complètement disparu vers la fin de cette phase , pour ne plus reparaître.

La disparition finale de ces deux genres a été plus que compensée par l'apparition successive de 4 types non représentés dans Tétage E, savoir: Oyroceraa et Goniatites, qui ont appam dans notre étage calcaire moyen F; puis Noihoceraa et Hercoceraa , qui ne se sont manifestés que dans la bande supérieure g 3 de notre étage G.

Ces extinctions et rénovations partielles et graduelles des faunes, sont aujourd'hui si bien constatées dans la série géologique , qu'elles semblent révéler une loi réelle de la nature, en opposition complète avec la loi supposée des extinctions générales et subites, suivies de rénovations totales.

Les Céphalopodes de notre faime troisième nous ofirent en même temps de notables exemples d'un autre phénomène, qui n'est pas moins opposé à cette conception imaginaire. C'est l'intermittence du séjour de certains genres ou espèces dans notre bassin; car cette intermittence indique nésessairement le fait de migration et retour.

Comme genres intermittens , nous citons d'abord Phragmocerds et Chmphoceraa , c. à d. précisément les deux types qui sont le mieux caractérisés parmi les Nautilides, par leur ouverture contractée à deux orifices. Les calcaires de E nous ont fourni environ 25 espèces de Phragmooeras et à peu près le double de Gomphocerae.

Aucune trace du premier de ces genres n*a été rencontrée jusqu'ici dans les calcaires de notre étage F 9 où nous avons uniquement découvert une forme un peu enflée, dont l'orifice tend à sq contracter et que, pour ce motif, nous rangeons par extension parmi les Oomphoceroê ^ sous le nom de G. semi-clausum. Malgré la présence de cette espèce, on pourrait dire à la rigueur, que ce genre a disparu comme Phraffmoceras , durant le dépôt de notre étage F.

Dans la formation , immédiatement au dessus de F, c. à d. dans notre bande calcaire g 1 , nous n'avons jamais recueilli aucune espèce de Céphalopodes qui puisse être assimilée à ces deux genres, ni par sa forme, ni par son ouverture.

Nous constatons le même résultat négatif de nos recherches , dans toute la hauteur de notre bande schistocalcaire g 2.

Ainsi, le fait de la disparition des Phragmoceraa et des Oomphoceraa dans notre bassin , durant une longue * période de temps , nous paraît hors de doute. Leur réapparition incontestable dans notre bande calcaire g 3 est donc un nouvel exemple d'intermittence très-inattendu.

La bande calcaire g 3 couronnant notre étage G nous ofire en effet 9 espèces de Phragmoceras et ô de Gawrphoceras. Ces formes se distinguent, en général, par des dimensions plus grandes que celles des espèces de l'étage E 9 et elles rappellent les proportions de certains Nautilides de l'Eifel. Malheureusement, elles sont aussi privées de leur test comme ces derniers.

Parmi les Phragmoceras de g 3 nous reconnaissons Phr. Broderipiy c. à d. l'espèce la plus répandue dans notre étage £• Comme nous venons de le dire, cette identification spécifique est faite d'après des moules internes,

dépouillés du test. Le moule externe ne présente plus aucun caractère saisissable.

Un troisième genre qui a totalement disparu au sommet de Fétage E 9 pour ne reparaître que dans la bande g 3, est Nautilua.

On peut évaluer la durée des intermittences que nous signalons par la puissance approximative des dépôts intermédiaires entre Tétage E et Ik bande §; 3, savoir:

g2 = 160 mètr. .

g 1 = 200 „ I 420 mètres.

Quelle immense période de temps peut représenter cette épaisseur de 420 mètres y dont les deux tiers au moins consistent en calcaires compactes? Nous laissons à chacun la liberté entière de son appréciation, suivant son point de vue. Quant à nous, il nous suffit d'avoir établi, que l'existence des trois genres, Nautilua, Fhragmoceras et Chmphoeeroêf et en particulier de Fespèce Phragmoceraa Broderipi Barr. a subi une très^longue intermittence en Bohême.

Cette espèce n'est pas la seule qui présente le phénomène de migration et retour. Le tableau ci - dessus (p. 31) montre que ô de nos orthocères, après avoir apparu durant le dépôt de l'étage E , ont aussi disparu pour im temps plus ou moins long , et ont reparu dans notre bande g 3. Quelques autres espèces de l'étage E ont reparu ^ussi dans lea bandes g 1 et g 2. Elles sont du moins représentées sur ces horizons par des formes qui ne peuvent être distinguées de celles qui portent les mêmes noms dans l'étage E.

Le genre Goniatiteê, type d'une nouvelle famille de Céphalopodes, intermédiaire entre les Nautilides et les

Ammonides, avait déjà fait sa première apparition 6n Bohême durant le dépôt de notre étage F, où nous en connaissons 5 espèces. Mais il avait bientôt disparu de notre bassin, car ses traces manquent dans la mas^e calcaire g 1, qui ofre une puissance verticale d'environ 200 mètres. C'est seulement dans les couches les plus élevées de cette bande, et près de sa limite avec la bande schisteuse gS, que nous voyons reparaître deux nouvelles espèces de Ooniatites , différentes de celles de notre étage F. Cette circonstance rend encore plus remarquable la réapparition de trois des espèces primitives de cet étage F^ dans la bande calcaire g 3, couronnant notre étage G. Le genre Ooniatites nous offre donc aussi, dans notre bassin, un exemple remarquable d'intermittence.

Le genre Cyrtoceras, après avoir fourni plus de 160 espèces dans notre étage E , avait à peu près disparu durant le dépôt de l'étage F, et des deux bandes g 1 et g 2. Il reparaît dans 1^. bande g 3 avec une certaine richesse, représentée par 9 espèces sur notre tableau.

Devant passer tout à l'heure en revue tous nos types de Céphalopodes pour chercher les connexions qu'ils établissent entre nos étages G— H et les terrains dévoniens nous croyons superflu de nous arrêter à considérer en particulier chacun des autres genres énumérés ci-dessus. Nous rappellerons seulement, que le genre Nothoeeraa a été décrit et figuré par nous dès 1856 , dans le Bulletin de la Société Géol. de France. {T. XIII. p. 372.)

Le type que nous nommons Hercocera» est fondé sur l'espèce que nous avons annoncée et figurée comme Qyroceraa mirum , dès l'année 18ô4. (Jakrb. v. I^eanh. u, Bronn Heft 1 p. 7. PL l.J

La position extraordinaire de l'ouverture de ce Céphalopode , sur le bord convexe de la coquille , nous a déterminé à lui donner un nom générique indépendant.

Après ces observationB sur la nature des Céphalopodes qui caractérisent notre bande gS^ nous devons réclamer Tattention des savans sur le contraste que leur présence sur cet horizon établit entre cette formation et la bande calcaire inférieure g 1 du même étage G.

Notre tableau constate que les 100 espèces de cette classe qui ont été recueillies dans cet étage, sont réparties comme il suit:

Bande calcaire supérieure g 3 — 62 espèces

Bande schisteuse g 2 — 8 ,,

Bande calcaire inférieure g 1 — 39 ,,

109 espèces.

t dans g 3 — 4 ) Réapparitions à déduire . j ^^^3 g g — 6 j ^ "

Total des espèces distinctes 100

Ces chîfires montrent que la très-grande majorité des espèces de cette classe se trouve dans la bande g 3.

Notre tableau constate en même temps, que sur 10 genres représentés dans cette bande , il n'y en a que 3 qui existent dans la bande inférieure g 1 , savoir: Orthoceras, Oyrtoeeras, Chniatites.

La bande intermédiaire g 2 ne possède aussi que trois types de Céphalopodes , Orthoceraa , Oyroceraa^ Goniatitesy qui ne présentent ensemble que 8 espèces. Ces chiffres exigus semblent destinés à faire ressortir davantage la nouvelle richesse spécifique et la variété des types qui distinguent les Céphalopodes dans la bande g 3. Ce contraste est précisément l'opposé de celui que nous venons de signaler dans la répartition des Trilobites entre ces mêmes formations (p. 29) et il contribue aussi largement à établir la différence paléontologiqne ^itre ces deux bandes.

Si nous considérons que les deux bandes calcaires g 1 et g 3 sont composées de roches que nous ne saurions

distinguer, le double contraste que ces deux masses semblables nous présentent sous le rapport de la distribution des Trilobîtes et des Céphalopodes nous enseigne, que l'apparition des espèces , en raison de révolution graduelle des faunes, peut être complètement indépendante de la nf^ture des dépôts, et par conséquent des autres circonstances physiques qui les déterminent

Ce fait semble en opposition avec un autre fait qu'on a fréquemment observé dans la série géologique et dont notre bassin lui même offre de si remarquables exemples , savoir : le retour des mêmes espèces , coïncidant avec la réapparition des mêmes dépôts sédîmentaires, comme dans nos. Colonies et à la base de potre étage E.

Comment se fait-il, au contraire, que deux masses calcaires g 1 et g 3 , qu'on ne saurait distinguer par leurs apparences pétrographiques , puissent présenter un contraste si frappant sous le rapport de leurs faunes ? La bande g 1 est principalement caractérisée par une faime de Trilobites, et la bande g 3 par une foune de Céphalopodes.

Si les calcaires sont des dépôts formés dans les plus grandes profondeurs pélagiques , comme on le suppose^ comment se fait-il que nos masses calcaires g 1 et g 3 ne renferment presque que les dépouilles animales qui , d'après leur nature, auraient dû être ensevelies sur les bords ,de^ mers?

£n effet , nos maîtres dans la science nous enseignent, que les Trilobites ont dû vivre près des côtes , dans des eaux peu profondes, et que les coquilles des Céphalopodes, vivant dans la haute mer, ont dû, après la mort de ces mollusques, flotter plus ou moin^ longtemps sur les ea^x et finir par s'échouer sur les rivages.

U reste à établir la concordance entre les faits que nous constatons et ces doctrines, plus ou moins modifiéfes*

C'est une tâche qui est de beaucoup au dessus de nos forces, et que nous ne songeong pas même à entreprendre. Nous la livrons tout entière aux ingénieuses et patientes méditations de notre savant ami, M. le Prof. Ed. Sues s, qui a déjà publié de si intéressantes recherches bathjmé^ triques sur Thabitat des Brachiopodes.

Distribution verticale des

Ptéropodes.

Geares et espèces

Localités

Bl|g2 g3

hl h2 h3

1 1 Coleoprion Sandb.

Bohemiciuii . Barr.

Sons Chotecz.

2 Conalaria . Mill.

alien» .... Barr.

Sons Chotecz.

fngilis . . . Barr.

(ffl Sous Chotecz, Hostin.

(F. Konieprus,.

proteica . . . Barr.

E. St. Iran.

3 Hvolites . . Eichr.

(PagiiiBeala8)Barr.

1 altor .... Barr.

Sous Chotecz.

nobilis .... Barr.

Hostin.

DOTeUns . . . Barr.

Vavrovitz.

•ecans . . . Barr.

Hostin, sons Chotecz.

4 Teolacôlites Schlot.

r h 1 Hostin , Holin , Franta.

g 3 Chotecz.

fTetin. fHolin.

iHlnbocep. fllibocep.

elegsni . . . Barr.

g 1 < LochkoT. g Z ^ Vafroriti..

Droretz. Pebrkofiti.

ISiiiGlwtMi. lie. le. le.

F. Konieprus — Sliehor.

fhl Hostin, Holin, Franta.

g S TrzebotoT.

/ Kozorz.

Holin.

cUtoIus . . . Barr.

gl Chotecz. g«. «i■i^,»jf^

TrzebotoT.

IPebrkifilL

,gl DToretz. — Tetin. —

\ Lochkov, 8. Chotecz.

longnhui . . . Barr.

JF. Konleprasi Mnienian. — ^ SlichoT.

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