‹ Défense du projet de loi sur les prisons contre les attaques de ses adversairesChapitre 20 sur 45 · fév · texte numérisé non relu

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1 nov 184S

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Anciennes Prisons départementales appropriées au système de

V emprisonnement individueL

Maison d'arrêt de Guingainp (Côtes-du-Nord),

Maison d*arrét et de justice de Lons - le - Saunier ( Jura ) ^

60 cellules* Maison d'arrêt de Senlis (Oise)^ 30 cellules* Id. de Belley (Ain).

Prisons départementales cellulaires dont les projets sont approuvés

ou à Vétude.

Maison d*arrêt k Sartine (Corse).

Id. à Brest (Finistère), 66 cellules.

Maison de correction d'Épinal (Vosges), 128 cellules. Maison d*arrêt et de justice a id. (id.), 48 id. Maison d'arrêt de Remiremont (id.), 36 id.

Maison d'arrêt k Rhodez (Ayeyron), 90 id.

Maison d'arrêt et de justice a Tarbes (Hautes-Pjrëiiëes). Maison d'arrêt k Saverne (Bas-Rhin).

Voici donc déjà, et en attendant la sanction législative, trente départements qui appliquent d'eux-mêmes, et à près de 5,000 détenus, les deux premiers principes du projet de loi^ savoir : application du système cellulaire aux inculpés , prévenus et accusés ; application du même système aux condamnés correctionnels dont la détention cellulaire n'excédera pas un an.

Pour ce qui esfdu troisième principe du projet, c'est-à-dire de l'application du système cellulaire aux condamnations à long terme, un département, celui de la Seine, a fait l'application de ce système aux seuls détenus qu'il pouvait y soumettre sans une loi, c'est-à-dire aux jeunes délinquants. Nous Voulons parler de la maison correctionnelle des jeunes détenus de La Roquette , à Paris , maison devenue centrale de départementale qu'elle était, et sur laquelle nous devons nous arrêter un moment.

Pénitencier cellulaire central déjeunes détenus.

11 y a quatre ans, les adversaires du système de remprisoonemeut individuel avaient beau jeu à nous dire : « Que parlez-vous de prévenus et de petits délinquants! nous pensons comme vous que le système cellulaire doit leur être appliqué. Mais ce qu'il faut prouver , c'est que ce système est applicable , en France, sans danger, à des détentions de plusieurs années. Or, vous n'avez, pour cela, que Philadelphie à nous citer, et Philadelphie ne prouve rien ; car. ce qui convient à des^Américainsne peutconvenir à notre caractère national, etc.» Eh bien! ce précédent français, — dont on nous objectait l'absence^ et que nous n'avions pas alors à offrir , par la raison bien simple que, pour l'avoir, il fallait d'abord le faire, — ce précédent , un administrateur perspicace et persévérant, un préfet de police, admirable de dévouement et de zèle, l'a créé dans le pénitencier de La Roquette, à petit|bruit, progressivement, à l'aide de ses seules convictions, aidées de celles, non moins éclairées, de la Commission de surveillance instituée près la prison (1); et, tandis qu'aujourd'hui nos adversaires discutent encore sur les dangers de l'application en France du système cellulaire à des hommes faits, H. Gabriel Delessert tient à leur disposition l'expérience opposée des avantages de ce système, faite par lui depuis plus de quatre années (2) sur 500 enfants ou adolescents de

(1) Cette €ommissioD se compose de MM. Béreoger, pair de France» conseiller à la Cour de cassation ; — de CambacérèSy pair de France, membre du Conseil général du département de la Seine; — duc d*Estissac» pair de France, aide-decan^ du Roi; — de Beaumont (Gustave), député ; — Jacquioot-Godard, oonséiHer à la Cour de cassation ; «— de Metz, ancien conseiller & la Cour royale de Paris ; — Godon de Frileuse, substitut de M. le procureur général près la Cour royale de Paris ; — de Gérando, idem ; — Ternaux (Mortimer), maître des requêtes, député, membre do Conseil général de la Seine.

(2) C'est le 2S janvieF 1840 que la totalité de la population de La Roquette a été soumise à la règle de Temprisonnement cellulaire de jour et de nuiL Cette règle était déjà appliquée, depuis près de deux ans, aux enfants détenus par voie de correction paternelle.

Paris» auxquels la cellule doit être , pourtant^ plus contraire qu'à des adultes.

Précédemment, les 500 jeunes détenus du pénitencier de La Roquette étaient soumis à la règle de la vib commune, et classés par quartiers. Us n étaient séparés individuellement que pendant la nuit. Malgré la discipline sévère de la maison et Tactive surveillance des employés, cette discipline, cette surveillance étaient journellement en défaut, et chaque quartier n'était, en définitive , qu'un foyer de corruption, où les plus habiles montraient aux moins adroits tout ce que l'enfant, tout ce que l'adolescent doit oublier ou ignorer, pour que ses facultés physiques, morales et intellectuelles , acquièrent leur naturel développement.

Aujourd'hui, et depuis quatre ans, chaque enfant reste enfermé, le jour et la nuit , pendant tout le temps de sa détention, dans une cellule particulière, d'où il ne sort jamais que pour se promener seul, à l'heure de la récréation^ sous la surveillance d'un gardien. A ce moyen ^ les jeunes détenus ne se lient jamais entre eux; jamais ils ne se voient; jamais ils ne se parlent; et, quand ils sont rendus à la liberté^ ils peuvent se rencontrer dans le monde sans se connaître. C'est là le résultat le plus important du système.

Les cellules sont disposées , à chacun des trois étages dé l'immense hexagone du pénitencier , par rangées de vingt-cinq ou trente, longées par un corridor sur lequel elles s'ouvrent. Les enfants qui exercent ou qui apprennent le même métier sont placés dans le même corridor. Chaque corridor a son contre-maître qui va, de cellule en cellule, donner de l'ouvrage ou ses instructions aux ouvriers et aux apprentis. Quand un détenu a besoin de quelque chose , il passe un petit bâton à travers le guichet de sa porte» ce signe appelle de suite l'attention du surveillant^ qui se promène en permanence dans le corridor, et le besoin exprimé est aussitôt satisfait. Tout ceci se fait en silence et avec une facilité d'exécution incroyable.

Les leçons individuelles de l'institeur se donnent de la même

manière , et les leçons collectives au moyen d^un procédé aussi simple qu'ingénieux , dont nous parlerons dans le § suivant.

Nous avons examiné plus d'une fois, avec une attention scrupuleuse , les divers procédés à l'aide desquels M. le préfet de police dispose, anime et féconde les cinq cents alvéoles de sa ruche pénitentiaire, et nous avons été émerveillé de l'activité , de l'ordre et de Tintelligence qui régnent partout, au milieu de cette complication de corridors, de portes et de murailles, qu'un meilleur système architectonique ferait tomber, et dont semble se jouer le zèle incessant du directeur, M. Boulon, et des agents placés sous ses ordres^ lesquels ne paraissent nullement embarrassés, dans le jeu des rouages qu'ils font mouvoir, de ce qui devrait le plus leur faire obstacle.

Au surplus, faites comme nous ; faites comme la Commission; faites comme M. de Lamartine ; faites comme tant d'hommes distingués de la France et de l'étranger , qui ont voulu voir de leurs yeuxjles détenus cellules de La Roquette, et, pour peu que vous soyez, comme eux, sans prévention, ^ans parti pris^ entrez dans chaque cellule et voyez ces yeux clairs , ce teint frais , cet air heureux , calme et résigné. Voyez comme tout est rangé , comme tout est propre ; — l'établi, les o Jtils, le lit , la chaise , les livres, les cahiers d'écriture, etc. Ici, les mauvais penchants se taisent , les bons sont tout yeux et tout oreilles ; ils acquièrent, chaque jour, plus de développement et plus de forcé.

Interrogez le médecin : il vous dira que leur santé à tous est meilleure que dans la vie libre.

Interrogez l'agent des travaux : il vous dira que leurs ouvrages sont plus soignés, plus finis , plus vite faits que lorsqu'ils travaillaient dans un atelier commun, et que, par suite, leurs gains et ceux des confectionnaires sont en hausse.

Interrogez l'agent général|[de la société de Patronage : il vous démontrera que, sous l'empire du nouveau régime, les récidives ont diminué de plus de moitié.

Interrogez l'instituteur, il vous convaincra de la supériorité de l'enseignement en cellule sur l'enseignement en commun.

Interrogez le directeur, il vous donnera l'assurance que sa mis-

91011 03t plw facile à remplir» e% qw $6^ ordres sont pU>» exactement suivît, depuis qu'à h vie commune a succédé la vie ceilulée, dan$ la mai^u q^u'il dirige depuis $epL|an3. " Interrogez le$ surveillants : ils vous diront que , maintenant , il leur suffit d'un mot , d'un coup d'œil pour maintenir ou faire rentrer dans le devoir les enfants les plus insoumis que le cachot et les punitions les plus sévères étaient impuissants à dompter dan& la vie commune.

Enfin^ interrogez Taumônier, et, malgré les obstacte» matériels que la célébration du culte y rencontre » vous Tentendrez proclamer avec joie > avec bonbeur, Les heureux résultats de la cellule sur le moral de^ jeunes détenus. De grandes consob»^ tiens sont données chaque jour soufi ce rapport à son ministère, JUes idées religieuses germent dans ce^^ jeunes âmes laissées à elles seules. Elles étaient étouffées et ne s'exhallaient qu'en raii* leries. et en mauvais propos alors qu'elles étaient livrées à toute la dissolution de la vie commune.

Ua seul vice était à craindre dan^ l'isolement i mais le

Iraval) continu et l'oit du guichet toujours ouvert sont parvenus ^ le vaincre ou à l'émousser. Us n'ont plus là, comme dans les ateliers et les dortoirs » l'excitation de la vue , des gestes^ et des mauvais conseilSf

Et tout ce que noqs ne faisons qn indiqiiçr ici, nous prenons rengagement de le prQm^r bientôt en réfutant, une à une, toutes les objecitions de nos adversaires.

En présence de tels résultats, on demande comment il se fait que Vi. Charles Lotcas puisse dénier au système suivi dans le pénitencier deLa Roquette l'autorité d'un précédent? La raison oa esit simple» et M, Lucas nous la d'avance donnée lui-même : « c'est qu'il faut voir pour connaître,]» Or,de même que M.Lucas n'a jamais vu le pénitencier cellulaire de Philadelphie; da même qiit'ilua jamais vu le brideweL cellulaire de Glasgow; de même qu'il n'a jamais vu la prison cellulaire de PentonviUe ; de même M. Lucas n'ajamais vu le péniientier cellulaire de La Roquette. Tout s'explique donc.

Et non^seulement M. Lucas n'a jamais vu l9 pénitencier de

La Boqaette, mais encore il a constanttent refiwé d« l« v&ïr, et cela bient^u'il n'y ait pour lui ni Manche, ni Océan, malt seulement la Seine à traverser. Cratodraii-it cktnc la lumière?...

Toutefois, si à mes yeux le pénitencier de La Roquette coD' Blîiufl leprëcëdunt le plus coi>cluant(]u'on puisse iuToquericMte beure, «nFrauce, en faveurdu système de l'empritonaenieol indî- Tidael,jesuistoinderegardercepéaitenciercomnieunef(ir[i)ule, j'e ne dirai pas pariaite, mais même satisraisantcdu système (1){ aussi fais-j» les vœux les plus ardents pour que ses bâtiments , qai n'ont jamais été construits pour leur destination actuelle, soient, non pas cédés au Gouvernement en vue de cette destination , comme le propose le département de la Seine (8) , mais rendus par le département à leur destination primitive (3) , et que le Gouvernement construise pour les Jeunes détenus de la Seine un p^ileniier spécial ou toutes 1^ conditions qui manquent à La Roquette seront complètement remplies selon les prinéipes essentiels de l'ompriaonnement cellulaire. D'un autre cdté , je suis loin do regarder l'emprisonnement

(1) Je ne conniit riM de plm Tii:ieux, ée plus abenrdci de plua inïalvtHV, de pluE inbahiuble que celle prison , du poîril <le vue de l'emprisonnemenl individuel. Le cjiïliaie ne peul que boiler dans un local pareil; le culte même n'y peul être célébré. Si le sfsrtmo J échouait, il ne faudrait pM s'en prendre au système, tl y réuFsit! preave qu'il réucBirait encore Oiieui ailleurs.

(3) Le Coiiseit gemmai de l.i Seine a. dans sa session doolobre 1E43, voté l'abMndon k l'Élal du pinilcDcier de La RoqueUe, mo^eonanl 1,100,000 fr. Ceue cession est motivée sur ce que le pénitencier de La Roquette, reoeianl des enfants détenus à pW d'UQ an de prison, ne peut plus âtre considéré comme prieeo départementale i la charge du départenicnl, mais bien comme une prison centrale k la charge de l'État. Oui; mais quelle nécesEité y a-l-il pour le département de la Seine à abaDdonner poicr 1,100,000 h. un établissement qui hii a coûté plus ào doubla, el qui n'a juttais été Uii pour de jeunes détenus 1 et qudle nécessité, ■urlout, 7 a-t^il pour l'Étal i se charger d'un établissement qu'il ne peut appro' prier aux eiigerices de renlprisonDemeat cellulaire qu'en dépensant le double du prUdc la oelsion, c'eti-kdire oné sODKMnoyentkaai hquellcil ferait coaitruirt un pénileDcier neuF, et ne laissant rien à désirer?

(3) Le a février 1835, le programme de la maison de In Roquette a été arrêté par la préfecture de te Seine, pour uue maison de correction de femmes. Celle prison, qui devait ne renfermer ^Be des candamnèas, était destinée jr contenir une partie da la population dos prisons des MaMoniieties et de Saint»

cellulaire comme le meilleur système d'éducation (iorrectioaneUe à appliquer à tous les jeunes détenus. Je pense au contraire qae ce mode d'emprisonnement ne doit être employé que comme exception à l'égard d'une certaine classe d'entre eux, et que le système des colonies industrielles et agricoles^ comme celle de Mettray, par exemple , est de beaucoup préférable pour le développement des facultés physiques et morales et pour l'édttcation correctionnelle d'un grand nombre d'autres ; car ici, comme nous l'avons dit déjà, il s'agit surtout d'éducation.

Mais cette opinion , qui est celle de la Commission , qui est celle du Gouvernement, qui est celle de tout le monde, empéche-t-elle les faits qui se passent à La Roquette d*étre vrais? Et ces faits , au contraire , ne prouvent-ils pas jusqu'à la dernière évidence , que, si le système de la vie commune, — de la vie agricole surtout, — peut être appliqué avec plus de succès aux jeunes détenus de nos campagnes et de plusieurs de nos petites villes, en ce que là l'enfance n'est pas dépravée à son berceau» et que l'empire du bon exemple peut la relever d*une première chute , il en est tout autrement à Paris et dans nos grandes villes manufacturières? Ici, en effet, l'âge d'innocence n'existe pas pour les enfants du peuple ; du tnoins l'expérience de tous les vices leur est acquise bien avant que les noms leur en soint connus ; c'est l'exemple qui a flétri leur jeune cœur au sein même de leurs familles; c'est l'exemple qui achèverait de les perdre au sein de la prison. Il faut donc tarir pour eux cette source toujours jaillissante de mauvais conseils et de mauvaises actions; il faut les soustraire aux dangers permanents de cette contagion; il faut, en un mot, les isoler pour les sauver.

Voilà ce que M. Gabriel Delessert a admirablement compris ; et voilà ce qui fait que l'honorable nom qu'il porte , scellé aux fondations dé l'œuvre dès il y a vingt ans (1), vivra aussi longtemps que son œuvre dans la reconnaissance publique.

(1) L'ordonnance royale du 9 septembre 1814, portant création d'un pénitencier d'essai de jeunes condamnés, à Paris» nommait M. le duc de Larochefioucault^Direc' leur général, et M le baron Benjamin Delessert, Directeur général adjoint de cette

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