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LA DANSEUSE CHEZ LE PHOTOGRAPHE

Photo Sardnal.

Le Café-Concert.

A côté des scènes de la danse, il faut placer les interprétations du Pans noctambule, des cafés, des cafés-concerts, des cirques, que Degas a, le premier et le seul peut-on dire, saisis dans l'éclairage factice du gaz et de l'électricité.

Voici d'abord des Femmes à la terrasse d'un caboulot ou d'une brasserie. Elles figurèrent à l'exposition des Impressionnistes de 1877 et se trouvent aujourd'hui au musée du Luxembourg — legs Caillebotte — . Elles sont assises devant des tables de marbre, entre des colonnes, au milieu des éclats fulgurants de la lumière électrique. L'œuvre, brutale, violente, est d'une franchise et d'une vérité douloureuse, presque terrible. La crudité des reflets des globes incandescents accuse la vulgarité des traits de ces chanteuses populaires, voire populacières, accentuant d'un geste canaille les gravelures qu'elles lancent à plein gosier, et souligne les tares de leurs visages, les grossièretés de leur musique. <' De ces malheureuses, écrit G. Rivière, dans le premier numéro de V Impressionnisme, en voilà une qui fait claquer son ongle contre sa dent, qui est tout un poème », navrant poème ; « une autre étale sur sa table sa grande main gantée. Dans le fond, le boulevard, dont le grouillement diminue peu à peu. C'est une page d'histoire extraordinaire ».

Passons à un beuglant où, derrière la chanteuse, sont assises de nombreuses comparses en robe décolletée, un éventail ou un bouquet entre les mains, alors qu'en avant de l'estrade, on aperçoit les têtes des musiciens, les manches de contrebasses et les chapeaux des plus proches spectateurs ; c'est la Chanson du chien, superbe pastel, tout aussi cruel, montrant à droite, au premier plan, sur une estrade de café-concert, aux Champs-Elysées, devant une haute colonne, et se détachant en pleine lumit.re, une diseuse, de profil, à la tignasse rousse, vue jusqu'au dessous

de la taille lourde, mafflue, lançant, la bouche largement ouverte, des idioties qui mettent en joie son public et mimant, de ses mains haut gantées, le geste d un chien qui agite ses pattes de devant, tandis qu'à gauche, au second plan, les spectateurs s agitent et s'ébrouent, éclairés dans le fond par des globes lumineux surgissant en avant des feuillages des arbres. L'œuvre est d'une vérité saisissante.

Dans un décor analogue, La Chardeuse la Becat, si applaudie il y aura bientôt quarante ans, se déhanche et dégoise quelque ineptie à double sens, devant des auditeurs qui se pâment.

Un autre pastel représente, dans les coulisses d'un bouiboui quelconque, une Chanteuse rousse, commune, nu-tête, vue jusqu'à mi-jambes, les cheveux relevés sur les tempes, en robe rose et châle rouge ; elle tient une partition dans les mains, regarde du côté de la scène que 1 on devine, tandis que près d'elle se détache un long jeune homme, le chapeau sur la tête, rejeté en arrière, son gigolo sans doute, coupé par la bordure.

Au Louvre se trouve un Café-concert daté de 1883, provenant du legs J. de Camondo.

Le musée de Lyon a acquis dernièrement un autre pastel de Chanteuse de café-concert, qui n'est pas moins suggestif.

Notons ensuite une Chanteuse, vue jusqu'aux genoux, aux maigres épaules émergeant d'un corsage de tulle vert — d'où son titre de La Chanteuse verte — au visage commun, au teint mat, aux cheveux coupés à la chien, la tête relevée, un bras remonté à la hauteur de l'épaule, l'autre tombant le long de la hanche, — d'une vérité sans pareille.

Signalons deux peintures à l'huile. D'abord une femme, au masque commun, un gros bouquet piqué au corsage clair décolleté, outrageusement serré, des gants blancs montant au-dessus du coude ; elle fume, assise dans un fauteuil, en attendant le moment de monter sur l'estrade. Puis, une Actrice dans sa loge, debout devant sa table de toilette encombrée de fioles, de petits flacons, de boîtes de fard et de cosmétiques ; elle jette un dernier coup d'œil sur son miroir, tandis qu'au fond apparaît la tête de l'aboyeur qui lui glapit l'entrée en scène.

D'autres peintures, d'autres pastels seraient à citer, montrant, toujours sur les planches, ces mêmes chanteuses à la courte taille, aux grasses épaules, au corsage plus qu'opulent, au visage bêta, à la bouche bée, au maintien inconsistant. L'on ne saurait les passer toutes en revue et c'est dommage, car ces études de cafés-concerts, observe G. Rivière, vous font beaucoup

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