‹ Degas (volume 3)Chapitre 6 sur 24 · UNE MALADE · texte numérisé non relu

UNE MALADE

Collection de M. Henry Lerollc.

Viennent ensuite, exposés au Salon des Impressionnistes de 1879, un Portrait, puis un autre Portrait, celui du peintre Finot assis la canne à la main, son chapeau et son pardessus sur la petite table où il est accoudé, dans son atelier ; un Portrait de femme à l'Opéra, dans une baignoire ; une suite d'effigies sur une même toile : Portraits à la Bourse ; Portrait après un bal costumé ; les Portraits de M. et Mme Hector de Callias.

Signalons ensemble des Portraits d'amis sur la scène, où se trouvent Carré-Boulanger, Ludovic Halévy, etc.

Degas peint ensuite et expose aux Impressionnistes de l'année suivante (1880), les Portraits de Diego Martelli en bras de chemise, les bras croisés, assis sur un pliant en bois, (il existe un crayon daté de 1879) et de Duranty. L'effigie de Duranty est une œuvre maîtresse, d'une psychologie surprenante. C'est beau comme le Portrait de Bertin par Ingres, du musée du Louvre, un des plus parfaits spécimens d'effigies d'hommes du XIX® siècle. Mais laissons la parole à Huysmans :

« Il va sans dire que M. Degas a évité les fonds imbéciles chers aux peintres, les rideaux écarlates, vert olive, bleu aimable, ou les taches liede-vin, vert-brun et gris cendre, qui sont de monstrueux accrocs à la vérité; car enfin il faudrait pourtant peindre la personne qu'on portraiture chez elle, dans la rue, dans un cadre réel, n'importe où, excepté au milieu d'une couche plus ou moins polie et lisse de couleurs vides. Degas a prouvé une fois de plus, avec Duranty, que rien n'est indifférent dans un portrait : le geste, l'attitude, le vêtement, le décor, tout lui a servi à rendre le caractère du modèle qui est là, au milieu de ses estampes et de ses livres, assis devant sa table; et ses doigts effilés et nerveux, son œil acéré et railleur, sa mine fouilleuse et aiguë, son pincé de comique anglais, son petit rire sec dans le tuyau de sa pipe repassent devant moi à la vue de cette toile où le caractère de ce curieux analyste est si bien rendu. » Huysmans ajoute que, comme technique, comme exécution, la toile montre des plaques de rose presque vif sur le front ; du vert dans la barbe, du bleu au velours du collet de l'habit ; que les doigts sont faits avec du jaune bordé de violet d'évêque. Et après? qu'importe, puisque l'artiste en a tiré une œuvre de tout premier ordre, d'un effet et d'une harmonie superbes ; puisque enfin il a rendu la vie?

De ce portrait il existe une variante au pastel, plus petite, non moins étonnante, de Manzi et Joyant, que l'on a pu voir exposée en 1914, dans la salle de la rue de la Ville-l'Evêque.

C'est aux environs de la même année, tout au moins de la même époque,

que Degas peignit, sur une toile oblongue, le superbe Portrait de son ami H. Rouart, dans son atelier, assis, la tête presque de profil, sa fille âgée d'une douzaine d'années sur les genoux ; derrière le groupe du père et de l'enfant, sur la muraille, tout proche, se distingue un paysage encadré qui semble être une toile de Corot. Pourrait encore dater de la même époque, cet autre Portrait d'H. Rouart, malheureusement inachevé, le représentant à micorps, chapeau haut, s'avançant le long d'une voie ferrée, une fabrique à l'arrière-plan ; H. Rouart était mgénieur. Remarquons, en passant, que c'est là un des rares portraits pemts par Degas en plein air, peut-être le seul.

Puisque nous en sommes aux effigies d'H. Rouart, notons un petit portrait de profil, un feutre mou sur la tête, se détachant sur un fond vert inachevé. Enfin, d'une époque plus récente, un autre, à mi-jambes, assis dans un fauteuil, une petite toque sur la tête, les deux mains appuyées sur une canne. Quoique le pastel n'ait pas été fini, il est, pourrait-on dire, génial.

Faut-il placer au nombre des portraits — pourquoi non? — bien que ce semble assez paradoxal au premier abord, la figure en pied d'une jeune femme vêtue de noir, devant les yeux une lorgnette qui lui cache presque entièrement le visage, mains fines et délicates, dessin spirituel, coloris chaud, allure pleine de vie ?

Degas reproduisit, à maintes et maintes reprises, sur la toile et sur le papier, voire en gravure, les traits de son ami Ed. Manet et même ceux de Mme Manet. Signalons d'abord le portrait peint en pied de Manet, étendu sur un canapé, une jambe repliée. Madame Manet, debout auprès de lui, sur le point de quitter la pièce. Des dessins portraiturant Manet, trois des plus beaux et de toute première qualité se trouvent chez M. Ernest Rouart. Le premier, rehaussé d'aquarelle, laissé inachevé, des teintes de couleur à l'eau traversant le visage, représente Manet debout, en pied ; le second, à la mine de plomb, le montre également en pied, assis sur une chaise de paille, son chapeau haut tombé à ses pieds ; le troisième, toujours à la mme de plomb, consiste en une tête du modèle, très étudiée et très poussée. D'une toile où Degas avait fait figurer Manet aux côtés de Mme Manet, il n'existe plus que le portrait de cette dernière. C'est probablement celui qui se trouve aujourd'hui au Luxembourg, par suite de la donation Caillebotte. Des plus suggestifs et des plus simples à la fois, il représente le modèle de profil, en robe noire, assise devant un piano, lisant

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