PORTRAIT DE MANET
rand-Ruel.
de la retouche dont il fut possédé toute sa vie, l’artiste finit par le détruire à force de corrections.
C’est sans doute aux mêmes années qu’appartiennent un de ses chefsd œuvre, le Portrait de Mlle Malot et 1 exquise Tête de jeune fille de trois quarts, les cheveux dans une résille, de la collection Viau. Et c’est probablement aux environs de ces mêmes années que Degas fit le beau Portrait de Mlle Dobigny (non Daubigny) un des modèles les plus connus de la fin du siècle dernier, en buste, la tête appuyée à un coussin posé sur le dossier d'une chaise longue, le visage de trois quarts, les cheveux dénoués retombant sur les épaules, le corps coupé à la hauteur des seins.
Nous ne saurions assigner une date fixe à la figure de Femme malade, de profil, un bandeau lui couvrant une partie du front, les cheveux à peine visibles, cachés sous un bonnet de lingerie noué par des rubans sous le menton, un foulard blanc au cou, vêtue d’un caraco clair, les bras croisés, laquelle semble dans une atmosphère d’hôpital (ce portrait fait partie de la collection Lerolle) ; pas davantage au Buste de femme à cheveux roux, le visage de trois quarts, regardant droit devant elle, une croix suspendue au cou par un ruban de velours noir, le bras gauche relevé sur le dossier de son siège, la main pendante ; pas davantage, à un autre Buste de Femme de trois quarts, coiffée d’un chapeau sombre comme ses vêtements, la tête en avant, dans un mouvement d’attention. Ces différents ouvrages sont, tous, de premier ordre.
Signalons encore un Portrait d'homme chauve, assez jeune, plutôt replet, de face, la lèvre supérieure ombragée d’une légère moustache, et aussi un profil, sans plus, du musicien Altès, chef d’orchestre de l’Opéra, professeur au Conservatoire, le visage long, le front dénudé, les cheveux ramenés sur la tempe, la barbe entière, brune et assez fournie. Ce dernier portrait est d’une accentuation exceptionnelle. Quelque habitué que l’on soit aux œuvres de Degas, il étonne et confond. Arrivons aux portraits d un violoniste accordant son instrument et d’une jeune femme assise à ses côtés, un cahier de musique ouvert entre les mains.
Nous voici à l’époque du siège de Paris. Degas, engagé dans l’artillerie, peint ensemble ses trois camarades de batterie : Jeantaud, Linet et Lainé, assis autour d’une table, Linet au milieu, le chapeau sur la tête ; Jeantaud, les bras croisés et Lamé appuyé sur le dossier de son siège. Impossible d’être plus fin, plus délicat que le peintre dans cette toile familière.
C’est sans doute de son séjour à la Nouvelle-Orléans, en 1873, que
Degas rapporta le superbe Portrait de jeune femme, au teint mat, à la lourde chevelure brune, en robe de mousseline blanche, assise de côté, dans un fauteuil, sur le dossier duquel elle pose la main droite, si expressive, si parlante, comme les mains de tous ses portraits d’ailleurs. Devant elle, une table, supportant un vase d’où émergent des cactus. Le tableau faisait partie de la collection J. de Camondo; il est par conséquent aujourd’hui au Louvre. Des plus fouillés et des plus puissants, il est en même temps d’une exécution ferme et raffinée. C’est encore apparemment de son séjour en Amérique que Degas rapporta les Enfants jouant sur le perron d'une maison de campagne.
A son retour d’Amérique, Degas exécute le Portrait du vicomte Napoléon Lepic , chapeau haut, pardessus gris, le parapluie sous le bras, ses deux fillettes en paletots gris et en toquets sombres, un grand chien à leurs côtés, tous trois traversant la place de la Concorde, coupés à mi-jambe, tandis qu’un promeneur, lui, est coupé à mi-corps par le cadre ; à droite, au fond, on aperçoit divers personnages, un omnibus, un bout des Champs-Elysées et un coin du Garde-Meuble.
Quelque peu avant ou après, Degas peint, dans un salon, assis à côté d’un piano, son père écoutant avec la plus grande attention le guitariste Pagans ; c’est: une toile superbe, d’une facture puissante et méticuleuse à la fois. Puis c’est, à l’Opéra, au milieu de l’orchestre, le basson Dihau, véritable chef-d’œuvre d’expression ; ensuite, le Portrait d’un autre musicien, sur une toile oblongue, à mi-corps, de profil, ample chevelure brune, gros favoris châtains, exposé en 1914, à la galerie Manzi, rue de La Ville-l’Êvêque.
De 1874 date le Portrait de Mme feantaud, dont il a été question plus haut ; la jeune femme est représentée à mi-corps, prête à sortir, de profil, avec un petit chapeau à nœuds sur le sommet de la tête, un manteau sur les épaules, les mains cachées sous ce manteau, reflétée de trois quarts dans une armoire à glace ; la toile, comme toujours, est d’une recherche d’exécution rare, d’une expression intense et subtile.
En 1876, Degas brosse, sur une toile de dimensions réduites, une petite esquisse en pied, véritable portrait des plus suggestifs, d un maître de ballet de l’Opéra, M. Pluche — le père Pluche, comme on 1 appelait familièrement — appuyé sur un long et solide bâton, que 1 on retrouve dans la Classe de danse dont il sera parlé plus loin.
Est-ce alors, ou plus tôt, que Degas peignit le portrait du peintre Emile Lévy? Nous n'en savons rien.