‹ Degas (volume 5)Chapitre 21 sur 37 · DANSEUSES PRÈS D'UN PORTANT · texte numérisé non relu

DANSEUSES PRÈS D'UN PORTANT

Collection de M. M. Bernheim Jeune.

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Pholo DuiandRucl.

DANSEUSE DANS SA LOGE (Putel)

chef, et serait remplacée par des ateliers où les élèves auraient la faculté de travailler gratuitement d'après le modèle vivant. Tout artiste pourrait être autorisé à y enseigner avec l'assentiment des élèves. Rien de plus. Les musées sont là pour apprendre l'histoire de l'art et quelque chose en plus ; car, s'ils suscitent, chez les faibles, des désirs d'imitation, ils donnent, aux forts, des moyens d'émancipation. Quand donc l'Etat se décidera-t-il à ne point s'occuper de l'enseignement de l'art? »

« Si le gouvernement voulait une bonne fois se désintéresser de toutes ces questions d'art qui ne le regardent pas, écrivait Amaury Duval, il n'y a qu'un moyen à sa disposition, renoncer absolument à l'entretien d'écoles des Beaux-Arts, sous quelque forme qu'elles se présentent. «

Ce malheureux état de choses, dont notre art contemporain souffre tant, est en grande partie dû à Louis David, dont l'influence sur la peinture fut néfaste. Louis David était beaucoup moins le continuateur de l'antiquité que l'élève trop docile du lourd et obtus Winckelmann, lequel se pâmait devant une insignifiante production de Raphaël Mengs, qu'il prenait pour la rénovation, la continuation de la peinture antique.

L'enseignement des professeurs officiels, imbus des idées de Louis David, ne veut voir que l'individu, l'être humain, en dehors des contingences. Par cela même, il conduit au rétrécissement du champ d'investigations de 1 élève et se traduit par une désolante uniformité. D'après ce principe, l'art, au lieu de se retremper à sa vraie source, la nature universelle, s'en éloigne, manque de plus en plus d'indépendance, de caractère, de grandeur, d'ambiance et se dépouille de toute vie.

C'est encore Louis David qui a inauguré les ateliers d'élèves où le maître, en deux temps, trois mouvements, corrige le travail de plusieurs jours. Il ne s'est pas contenté de cela. Ne voyant rien au delà du dessin pseudo-antique, il a laissé ses disciples se contenter d'une peinture aux ombres légèrement frottées, aux clairs non moins légèrement empâtés, donnant à leurs ouvrages, au bout d'un certain temps, une coloration jaunâtre, un aspect creux et vide.

« Louis David, déclarait Degas, a supprimé l'apprentissage qui se pratiquait jusqu'alors, où les élèves n'étaient que de vrais et simples ouvriers, apprenant soigneusement et à fond leur métier, broyant les couleurs, préparant les toiles et les panneaux du patron, l'aidant dems sa tâche, peignant les fonds, les accessoires et les détails secondaires de ses compositions qu'ils ébauchaient d après ses propres esquisses ».

A ce propos, II rappelait volontiers que chez Donatello, tout était en commun. Quand un élève avait fait quelque travail dehors, il en rapportait le salaire à l'atelier, le mettant dans un panier suspendu au plafond, où chacun puisait selon ses besoins ; que lorsque Rembrandt trouvait bien l'œuvre d'un de ses élèves, il la retouchait, la signait, et que c'était pour le mieux.

L'apprentissage était, au suprême degré, le moyen de former des peintres, de ces vrais peintres qui, aux belles époques, créaient des chefs-d'œuvre. Aujourd'hui, pour devenir un peintre, il faut commencer par désapprendre ce qu'enseignent les professeurs de l'Ecole, voir autrement qu'eux, c'est-àdire, librement, en dehors des arrangements fictifs, des conceptions plus ou moins banales préconisées par eux, et aussi d'une tradition apocryphe. Le véritable respect de la tradition n est que le respect des lois du goût, sans lesquelles aucune tradition ne serait durable, ccmme 1 a dit fort justement Eug. Delacroix.

Or, de nos jours, ces déplorables errements sont généraux. John Ruskin a écrit quelque part que Turner eut le malheur d'avoir subi 1 enseignement de la Royal Academy, et qu'il fut plus de trente ans à s'en remettre ; que ce n'est que dans la révolte qu'il réussit à bien travailler, qu en oubliant ce qui lui avait été enseigné, qu'il put apprendre quelque chose.

Il est très difficile d'être grand comme les vieux maîtres, a dit Degas ; aux beaux âges de l'art, vous étiez grand ou vous n étiez pas du tout ; aujourd'hui, tout le monde conspire à soutenir les faibles.

L'Institut est une barrière dressée contre tout ce qui est neuf, et vivant. Il n'en était point ainsi de l'ancienne Académie Royale. Très libérale, très large, elle admettait tous les artistes de talent sur la présentation d'une de leurs œuvres en se plaçant au point de vue du seul mérite ; elle ne trouvait rien à redire à leur hardiesse, à leurs tendances originales. Aussi, pas un véritable artiste des XVII® et XVIII® siècles qui n'en ait fait partie. Amer contraste !

Pour Degas, l'art n'est l'art que s'il est tout à fait supérieur ; s'il est secondaire, il est inutile, malfaisant même, parce qu'il ne remplit plus son véritable rôle. « Il n'y a pas d'art d'agrément », déclarait-il.

Il arrivait en effet, à Degas, dans ses rares moments d abandon, de développer ses idées en matière d'enseignement. Elles sont curieuses et instructives : « J'ai parfois rêvé, disait-il alors, d'avoir un atelier délèves.

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