DANSEUSE
Elle danse en mourant, comme autour d'un roseau. D'une flûte où le vent triste de Weber joue ; Le ruban de ses pas s'entortille et se noue. Son corps s'affaisse et tombe en un geste d oiseau.
Sifflent les violons. Fraîche, du bleu de l'eau, Silvana vient, et là, curieuse s'ébroue. Le bonheur de revivre et l'amour pur se joue Sur ses yeux, sur ses seins, sur tout l'être nouveau.
Et ses pieds de satin brodent, comme l'aiguille. Des dessins de plaisir. La capricante fille Use mes pauvres yeux, à la suivre peinant.
Mais d'un signe toujours cesse le beau mystère :
Elle retire trop les jambes en sautant :
C'est un saut de grenouille aux mares de Cythère.
Collecllon P. Paulin.
DANSEUSE AU BOUQUET (Pastel)
// semble qu autrefois la nature indolente. Sûre de la beauté de son repos dormait. Trop lourde, si toujours la grâce ne venait L'éveiller de sa voix heureuse et haletante.
Et puis, en lui battant la mesure engageante. Avec le mouvement de ses mains, qui parlaient. Et l'entrecroisement de ses pieds qui brûlaient, La forcer à sauter devcmt elle, contente.
Partez, sans le secours inutile du beau. Mignonnes, avec ce populacier museau.
Sautez effrontément, prêtresses de la grâce !
En vous la danse a mis quelque chose d à part. Héroïque et lointain. On sait de votre place Que les reines se font de distance et de fard.
A Mademoiselle Sanlaville.
Tout ce que le beau mot de pantomime dit Et tout ce que la langue agile, mensongère. Du ballet dit à ceux qui percent le mystère Des mouvements d'un corps éloquent et sans bruit.
Qui s'entêtent à voir en la femme qui fuit. Incessante, fardée, arlequine, sévère.
Glisser la trace de leur âme passagère. Plus vive qu'une page admirable qu'on lit.
Tout, et le dessin pleiv de la grâce savante. Une danseuse l'a, lasse comme Atalante : Tradition sereine, impénétrable aux fous.
Sous le bois méconnu, votre art infini veille : Par le doute ou l'oubli d'un pas, je songe à vous, Et vous venez tirer d'un vieux faune l'oreille.
A Madcime Caron (Brunehilde de Sigurd),
Ces bras nobles et longs, lentement en fureur. Lentement en humaine et cruelle tendresse. Flèches que décochait une âme de déesse Et qui s'allaient fausser à la terre d'erreur ;
Diadème dorant cette rose pâleur De la reine, muette, à son peuple en liesse; Terrasses où descendait une femme en détresse. Amoureuse, volée, honteuse de douleur;
Après avoir jeté sa menace parée.
Cette voix qui venait, divine de durée. Prendre Sigurd ainsi que son destin voulait ;
Tout ce beau va me suivre encore un bout de vie.. Si mes yeux se perdaient, que me durât l'oute, Au son, je pourrais voir le geste quelle fait.
Dans ses jours de ferveur lyrique, n'écrivit-il pas à un jeune poète, M. Christian Cherfils, qui venait de publier plusieurs volumes de vers, mais qui depuis, s'est surtout adonné à des travaux philosophiques : « Je vous attends, nous causerons vers, allez, quand vous voudrez. Je lis le traité de poésie de Banville. J'ai acheté un Ronsard et même un mauvais outil, un dictionnaire de rimes. Ci-joint : Petite danseuse.
Au revoir.