‹ Dégénérescence et criminalitéChapitre 39 sur 82 · PREMIÈRE PARTIE. — LA PRISON · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — LA PRISON

vrais pauvres et qu'on jette Largent aux chiens lorsqu'on fait l’aumône à des vagabonds et à des débauchés. « Gardez-vous », — dit-il dans une homélie qui paraît avoir encore une singulière actualité, bien que quinze siècles se soient écoulés depuis qu’elle a été prononcée, — « de prodiguer vos charités à ceux qui font retentir à l'oreille leurs chants lamentables et qui feignent des infirmités pour faire fleurir leur commerce de mendiants; mais, allez chercher celui que sa pudeur porte à cacher sa pauvreté. Allez trouver aussi le malheureux enfermé dans les prisons! La moralisation des vicieux fait partie du soulagement des misérables. » |

Sous Louis XIV, une ardente charité porte quelques personnes, tentées par l'exemple des premiers croyants, à demander la place des captifs qu'elles ont voulu voir dans leur prison. Au théâtre même, dans la comédie de Molière, le faux dévot ne parle-t-il pas, pour faire admirer sa charité, des aumônes qu’il va distribuer aux prisonniers ?

Mabillon, le savant bénédictin, s’occupant des prisonniers en 1724, donne ce conseil toujours utile : « Lorsqu'on les va visiter, que ce ne soit pas pour un moment. Qu'on les écoute! »

Au temps de la Révolution française, Delille, dans le premier chant de la Pitié, l'un de ses beaux poèmes. fait l'éloge de visiteurs qu'il nomme la Providence des prisons de l’Europe. Il implore un adoucissement « pour les malheureux qui languissent dans les fers et que l’on pourrait peut-être rendre à la vertu. »

Dans notre siècle, vers 1830, la philanthropie un peu naïve de quelques visiteurs a déjà attiré l'attention et exercé la verve de nos auteurs comiques. C’est dire qu'ils sont devenus nombreux. Les noms de plusieur contemporains dignes d'admiration, qui ont consacré leur vie au relèvement des prisonniers, sont bien connus et n'ont pas besoin d’être rappelés.

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