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Je prends deux sujets inégalement excitables : chez l’un, la force dynamométrique augmente de moitié; chez l’autre, elle augmente seulement d’un tiers sous l'influence de la même excitation par le rouge. Ces deux sujets soumis à la même double épreuve myographique donnent une réaction différente : le“premier nous montre une élévation des deux tracés, c'est-à-dire qu’il se produit chez lui une exagération de tension à la fois dans le long supinateur et dans le jumeau externe (fig. 10); le second, au contraire, nous montre une augmentation de tension dans le même muscle du membre supérieur ; mais il ne se passe rien dans le jumeau externe, le membre inférieur ne paraît pas prendre part à la réaction (fig. 11).
Chez les sujets sensibles, les excitations, dont l'intensité peut varier pour chaque sujet, qui provoquent une sensation agréable, se sont toujoug accompagnées d’une augmentation de tension mu culaire au moins dans les membres supérie (fig. 12 et 13).
Les excitations pénibles soit par leur intensit soit par leur brusquerie, provoquent, suivant lei degré de souffrance qu’on ne peut malheureusem mesurer que par les expressions des sujets, d effets différents. Les émotions simplement dés: gréables, comme celle qui est provoquée par u odeur nauséeuse, par une des dernières couleu du spectre, par une hallucination plutôt repoussante qu’effrayante, s’accompagnent d’une tension musculaire dans les membres supérieurs et
Fig. 12, — Réaction musculaire chez G., sous l'influence d’une hallucination agréable (bel oiseau). a, courbe du long supinateur: — ÿ
, Courbe du jumeau externe.
"ig. 13. — Réaction musculaire chez C., sous l'influence d'une ballucina. tion agréable (belle étoffe verte). a, courbe du long supinateur; L. courbe du jumeau externe.
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d'un relâchement dans ceux du membre inférieur (fig. 14 et 15).
Les émotions décidément pénibles, surtout lorsqu'elles sont brusques, s’accompagnent au contraire l'un relâchement simultané dans les deux mem-
Fig. 184 — Réaction musculaire chez B, sous l'influence d'une hallucins- Lion pénible (un hibou sur la fenètre). — a, courbe du long supinateurs — b, courbe du jumeau externe. |
bres (fig. 16). J’ai constaté chez un sujet que, sou l'influence d’une excitation pénible, il se produisai une dépression: du pouls qui ne se trahissait plu sur le tracé par aucune oscillation.
Certaines émotions qui peuvent être rangées par les émotions toniques s’accompagnent quelquefoi
de réactions musculaires contradictoires. Les sensations et les émotions qui.s’accompagnent d’une tension générale avec augmentation de volume, d’un
Fig. 15. — Réaction musculaire chez W., sous l'influence d'une hallucination pénible (un hibou sur la fenètre). a, courbe du long supinateur ; — b, courbe du jumeau externe.
accroissement de la force dynamométrique et de la
sensibilité, finissent par se trahir sur la physionomie,
et le rire éclate dans ces conditions. Les deux myo-
graphes enregistrent une augmentation de tension
à la fois dans le membre inférieur, tension qui 2e
cependant finit par diminuer dans le membre inférieur, si l’on continue l'expérience. J’ai observé plusieurs fois que, lorsque je provoquais d'emblée le rire par une idée ou une hallucination ridicule, il se
Fig. 16. — Réaction musculaire chez B., à l'apparition brusque et jinstantanée d'un spectre. a, courbe du long supinateur; — b, courbe du jumeau externe.
produisait primitivement un relâchement dans le membre inférieur. Il semble qu’il y ait alors: dans la réaction quelque chose de contradictoire, tout comme dans l'impression qui la détermine ; ‘mais en réalité on arrive primitivement au même phénomène qui se produit secondairement lorsque le rire est amené d’une façon graduelle. La même différence peut s’observer dans la colère suivant la façon dont on la produit, et il est facile chez les hypno-
CONDITIONS PHYSIOLOGIQUES DES ÉMOTIONS dl
tiques d’obtenir les plus grandes variétés d'émotions sincères de ce genre. La peur présente les mêmes différences suivant son intensité (fig. 17, 18, 20).
Fig. 17. — Réaction musculaire chez A., sous l'influence de la peur d'un spectre qui s’avance sur elle. a, courbe du long supinateur; b, courbe da jumeau externe.
La prédominance de réaction dans les membres supérieurs me paraît concorder avec le fait observé par M. Mosso, à savoir que, sous l'influence de l'activité psychique, même chez un individu sain, il se
produit une augmentation de poids de l'extrémité céphalique du corps. ..
Fig. 18. — Réaction musculaire chez C., sous l'influence de la vue d'u serpent. a, courbe du long supinateur; — b, courbe du jumeau externe.
La diminution de tension musculaire qui se mani-
feste tout d’abord dans les membres inférieurs, sous
4. J'ai déjà fait remarquer que celte expérience ne démontrt pas, comme le croit M. Mosso, que ce soit le cerveau seul qui augmente de poids (Sensation el Mouvement, p. 102 et sui: vantes),.
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l'influence des excitations brusques et pénibles, concorde avec ce fait que, dans les émotions violentes, un des symptômes les plus fréquemment observés, c’est le relâchement des muscles des membres inférieurs et des sphincters. Néanmoins, le relâchement inusculaire (fig. 15, 16, 17 b) et la diminution de volume (fig. 13) que l’on peut observer aux membres supérieurs dans quelques circonstances, montrent bien que la dépression qui appartient aux émotions pénibles est un point général.
Les quelques faits que nous venons de rapporter montrent que les émotions, suivant leur intensité en rapport beaucoup moins avec la qualité et la quanlité de l’excitant qu'avec la constitution du sujet, peuvent déterminer des effets inverses !. L’observation n’est pas d’ailleurs nouvelle. « Tantôt la peur nous met des ailes aux talons, dit Montaigne, tantôt elle nous cloue les pieds au sol et les entrave. » On beut dire toutefois que le relâchement musculaire et la diminution de volume des membres (fig. 19) 1ppartiennent d’une manière générale aux émotions: hénibles, tandis que les phénomènes inverses appartiennent aux émotions agréables?.
l. Alibert, Physiologie des passions. 3e ëd., t. I, p. 457, 158.
2. Il n’est pas sans intérêt de relever que bien avant que l:8 physiologistes aient songé à enregistrer les conditions physiologiques des émotions, elles avaient trouvé des forinules d’une exactitude remarquable dans le langage. Il semble que les observalions unanimes des hommes soient rapables de déceler les phénomènes les plus délicats avec la même précision que les instruments les plus perfectionnés. L’erlaines expressions, comme : enflé par l’espérance, gonflé, bouffi d’orgueil, traduisent l'augmentation de volume qui
Dans son livre, où il est beaucoup plus question des émotions en général que de la peur en particulier, M. Mosso ! n’a peut-être pas tenu assez compte de cette variété.
Dans les émotions très violentes et surtout prolongées, colère, peur, joie extrême, les muscles, au lieu de présenter une simple modification de tension, s’animent de véritables convulsions qui se manifestent tout aussi bien dans le membre inférieur que dans le membre supérieur, avec cette différence pourtant que, dans le membre supérieur, il se produit une augmentation générale de tension, tandis que dans le membre inférieur c’est le relâchement qui domine.
Cette convulsion générale quise produit sous l’influence des émotions vives peut nous faire comprendre comment ces émotions sont capables de déterminer la manifestation des affections spasmodiques ou convulsives, épilepsie, chorée, tics, hystérie, paralysie agitante, etc., chez les individus
existe réellement dans ces états psychiques; d'autres expressions qui ont trait à la température, comme : enflammé de désir, échauffé par la colère, et dont l’exactitude n'a pas encore été vérifiée expérimentalement, concordent parfaitement avec ce que nous savons de l'état de la circulation dans ces émotions. Les expressions figurées qui s’appliquent aux différents degrés de la crainte sont particulièrement frappantes d’exactitude : on dit rouge de honte, de pudeur; glacé ne s'accorde qu’avec les degrés les plus dépressifs de cette émotion : glacé d’horreur, d’effroi, d’épouvante. Celui qui entreprendrait une étude scientifique des tropes dans.les différentes langues, et en particulier des métaphores, ferait un travail des plus intéressants.