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Le dégénéré est lui-même en train de descendre de la hauteur du développement organique atteinte par notre espèce; son cerveau défectueux est inapte au dernier et plus délicat travail de la pensée ; pour cette raison, il se sent poussé à se faciliter ce travail, à simplifier la variété des phénomènes et à les rendre ainsi plus sommaires, à ramener toutes les choses vivantes et mortes à des échelons plus bas et plus anciens d’existence, afin de les rendre plus commodément accessibles à son intelligence. Nous avons vu que les symbolistes français veulent, avec leur audition des couleurs, dégrader l’homme jusqu’à la perception sensorielle non différenciée de la pholade ou de l’huître. La fusion des arts de Wagner forme le pendant de cette lubie. Son « œuvre d'art de l’avenir » est l’œuvre d'art d'un passé lointain. Ce qu'il tient pour de l’évolution est de la régression, un retour à l'état de choses des hommes primitifs, voire même des temps où les hommes n’existaient pas encore.
Beaucoup plus extraordinaire encore que l’idée fondamentale du livre est la langue de celui-ci. Que l’on apprécie, par exemple, les remarques suivantes sur l’art musical (P. 68) : « La mer sépare et relie les terres; ainsi l’art musical sépare et relie les deux pôles extrèmes de l’art humain, la danse et la poésie. Il est le cœur de l’homme; le sang qui prend de lui sa circulation donne à la chair tournée à l'extérieur sa chaude couleur vivante; mais il nourrit, avec une force élastique ondoyante, les nerfs du cerveau qui aspirent à l’intérieur ».— « Sans l’activité du cœur, l’activité du cerveau resterait simplement un tour d'adresse mécanique, l’activité des membres extérieurs un
agissement également mécanique et privé de sentiment ». « Par le cœur, l'intelligence se sent apparentée au corps tout entier, et le simple homme sensuel s'élève à l’activité intellectuelle ». — « L’organe du cœur est le son, son langage artistement conscient, l’art musical ». L'idée qui préoccupait ici Wagner, c'était une comparaison, déjà complètement absurde en soi, entre le rôle de la musique comme moyen d'expression des sentiments, et le rôle du sang comme véhicule des matières nutritives de l’organisme. Mais comme son cerveau mystique n’était pas capable de saisir nettement les diverses parties de cette idée corsée et de les ordonner parallèlement, il s’embarrassa dans l’absurdité d’une « activité du cerveau sans activité du cœur », d’une « parenté de l'intelligence avec le corps tout entier par le cœur, etc. », et en vint finalement à ce pur radotage d'appeler le son l« organe du cœur ».
Il veut exprimer l’idée bien simple que la musique ne peut communiquer des aperceptions et des jugements déterminés, mais seulement des sentiments de nature générale, et il imagine dans ce but le galimatias qui suit (P. 88) : « Elle ne peut... jamais amener par elle seule l’homme sensoriellement et moralement déterminé à la représentation distinctive exactement percepüble; elle est, dans son accroissement infini, toujours et rien que sentiment; elle apparaît à la suite du fait moral, non comme fait méme; elle peut juxtaposer des sentiments et des dispositions d'âme, mais non développer, selon les nécessités, une disposition de l’autre; il lui manque la
volonté morale ».
Que l’on approfondisse cet endroit encore (P. 159) : « Seulement dans la mesure exacte où la femme, d’une féminité complète, a développé aussi, dans son amour pour l’homme et par son absorption dans son être, l'élément masculin de sa féminité et l’a complètement achevé en soi avec l'élément purement féminin, autrement dit dans la mesure où elle n’est pas seulement la maîtresse de l’homme, mais aussi son ami, l’homme peut trouver déjà dans l’amour de la femme une pleine satisfaction ».
Les admirateurs de Wagner affirment comprendre cet alignement de mots poussés les uns contre les autres au hasard. Ils les trouvent même remarquablement clairs. Cela ne doit pas nous-étonner. Les lecteurs qui, par débilité d'esprit ou par distraction habituelle, sont incapables d'attention, comprennent toujours tout. Il n’y a pour eux ni obscurité ni absurdité. Cest qu'ils cherchent dans les mots, sur lesquels leur regard distrait glisse superficiellement, non l’idée de l’auteur, mais un reflet de leurs propres rèveries vagabondes. Ceux qui ont observé d’un œil sympathique ce qui se passe dans les nursery, ont pu assister fréquemment à ce spectacle : un enfant prenant un livre ou un morceau de papier imprimé, le mettant devant son visage, le plus souvent à l'envers, et commençant d'un air sérieux à y lire tout haut, parfois l'histoire que sa maman lui a contée la veille avant qu'il s’endorme, plus ordinairement les idées qui passent à l’instant même par sa petite tête. C’est à peu près la manière de faire des bienheureux lecteurs qui comprennent tout. Ils ne lisent pas ce qui se trouve dans les livres, mais ce qu'ils y mettent, et, en effet, pour les procédés et résul-
tats de ce genre d'activité intellectuelle, il importe assez peu que l’auteur ait réellement pensé et dit ceci ou cela.
L’incohérence de la pensée de Wagner, déterminée par les excitations du moment, se manifeste par ses perpétuelles contradictions. Une fois il déclare (P. 187) : « Le but suprème de l’homme est le but artistique, le but artistique suprême est le drame », et peu après, dans une note de la page 194, il s’écrie : « Ces braves gens entendent et voient volontiers tout, excepté l’homme réel, non défiquré, qui se tient comme avertisseur à l’issue de leurs rêves. Mais c'est précisément celui-ci que nous devons maintenant placer au premier plan ». I est clair que cette affirmation est diamétralement opposée à l’autre. L'homme « artistique », « dramatique », n’est pas l’homme « réel », et celui qui regarde comme sa tâche de s'occuper de l’homme réel ne verra jamais dans l’art « le but suprême de l’homme » ni ne tiendra ses « rèves » pour sa plus noble fonction.
À un endroit il dit (P. 206) : « Qui donc par conséquent sera l'artiste de l'avenir? Sans aucun doute, le poète. Mais qui sera le poète? Incontestablement l’interprète. Qui cependant sera à son tour l'interprète? Nécessairement l'association de tous les artistes ». Si cela a un sens, ce ne peut être que celui-ci : c'est qu'à l'avenir le peuple composera et représentera en commun ses drames; et Wagner témoigne qu'il a réellement eu cela en vue, en allant en ces termes au-devant de l’objection supposée par lui, à savoir que le créateur de l’œuvre d'art de l'avenir devrait donc être la populace (P. 225) : « Songez que cette populace n’est nullement un produit
normal de la véritable nature humaine, mais plutôt le résultat artificiel de votre civilisation anti-naturelle; que tous les vices et toutes les abominations qui vous répugnent en cette populace ne sont que les gestes désespérés de la lutte que la véritable nature humaine engage contre son cruel oppresseur, la civilisation moderne ». Que maintenant on mette en regard de ces assertions le passage suivant de l'écrit qui a pour titre : Qu'est-ce qui est allemand? « Que du sein du peuple allemand soient sortis Gœthe et Schiller, Mozart et Beethoven, cela amène beaucoup trop facilement le grand nombre des médiocres à s’Imaginer que ces grands esprits font de droit partie de leur nombre, et à laisser croire à la masse du peuple, avec une satisfaction démagogique, qu’elle est elle-même Gœthe et Schiller, Mozart et Beethoven ‘ ». Mais qui donc: lui a persuadé cela, sinon Wagner en personne, qui la déclare, elle, la masse du peuple, l « artiste de l'avenir? ». Et justement cette folie que, dans la remarque citée, il apprécie lui-même comme telle, a fait une grande impression sur la foule. Elle a pris à la lettre ce que Wagner lui a chanté sur tous les tons « avec une satisfaction démagogique ». Elle s’est véritablement imaginé être l”’ « artiste de l'avenir », et nous avons vu se former en divers lieux de l'Allemagne des sociétés qui voulaient construire un théâtre de l'avenir et y jouer eux-mêmes des œuvres de l'avenir! Et à ces sociétés ne participaient pas seulement des étudiants ou de jeunes « calicots » pour lesquels un certain penchant à jouer la comédie est une maladie
1. Richard Wagner, Écrits et Poèmes complets. Leipzig, 1883, t. X, p. 68.
de croissance, et qui s'imaginent volontiers qu'ils servent l« idéal », quand ils gesticulent et déclament avec une vanité enfantine, revêtus de costumes grotesques, devant leurs parents et connaissances émus, qui les admirent; non, de vieux épiciers au crâne déplumé et au ventre bedonnant abandonnaient leur bienheureux jeu de besigue et jusqu'à leur intangible verre de bière du matin, pour
se: préparer avec onction à leurs exploits dramatiques. :
Depuis la circonstance mémorable où Quince, Snug, Bottom, Flute, Snout et Starveling (dans Le Songe d’une nuit d'été de Shakespeare), étudièrent ensemble la « très lamentable comédie et la mort très cruelle de Pyrame et de Thisbé », le monde n’avait jamais vu spectacle semblable. Les radotages de Wagner étaient montés à la tête des boutiquiers sentimentaux et des garcons de magasin enthousiastes, et les provinciaux et philistins auxquels sa bonne nouvelle était parvenue, se mirent, à la lettre, en devoir de continuer, avec leurs forces réunies, Gœthe et Schiller, Mozart et Beethoven.
Dans le passage cité où il glorifie, dans la manière la plus passée de Jean-Jacques Rousseau, la populace, où il parle de la « civilisation anti-naturelle » et appelle la «civilisation moderne » le « cruel oppresseur de la nature humaine », Wagner trahit cet état d'esprit que les dégénérés partagent avec les réformateurs illuminés, les eriminels-nés avec les martyrs du progrès humain : le mécontentement profond et dévorant de l’état de choses existant. Ce mécontentement, il est vrai, est d'autre nature chez le dégénéré que chez le réformateur. Celui-ci s’indigne seulement contre les maux réels et forme, pour y
remédier, des projets raisonnables qui peuvent être en avance sur leur temps, supposer une humanité meilleure et plus sage que celle qui existe, mais se soutiennent toujours par des arguments logiques. Le dégénéré, au contraire, choisit, parmi les institutions de la civilisation, ou celles qui n’ont pas d'importance ou celles qui sont justement très utiles, pour se révolter contre elles. Sa colère vise des buts ridiculement insignifiants ou se déchaîne en l'air. Il ne songe d’ailleurs pas sérieusement à une amélioration, ou couve des projets de bonheur universel dont l’absurdité est renversante. Sa disposition d'esprit fondamentale est une fureur persistante à l'égard de tout et de tous, fureur qui se traduit en paroles virulentes, menaces sauvages et rage de destruction propre aux bêtes fauves. Wagner est un bon échantillon de cette: espèce. Il voudrait écraser « la civilisation politique et criminelle », comme il s'exprime. Mais en quoi se manifestent à lui la corruption de la société et le caractère intenable de tous les états de choses? En ce qu’on joue les opéras avec des ariettes sautillantes et qu’on représente des ballets! Et comment l'humanité doit-elle parvenir au salut? En exécutant le drame musical de l'avenir! J’espère qu'on ne réclame pas de moi la critique de ce projet de panacée.
Wagner est anarchiste déclaré. Il développe nettement la doctrine de cette secte dans L'Œuvre d'art de l'avenir (P. 247) : « Tous les hommes ont seulement wn besoin commun... : c’est le besoin de vivre et d’étre heureux. En cela se trouve le lien naturel de tous les hommes... Les besoins particuliers, tels qu'ils se manifestent et
croissent selon le temps, le lieu et l'individu, peuvent seuls, dans l’état raisonnable de l’humanité future, fournir la base des associations particulières... Ces assoclations changeront, prendront une autre forme, se dissoudront et se reconstitueront suivant que les besoins eux-mêmes changeront et reparaîtront * ». Il ne dissimule pas que cet « état raisonnable de l’humanité future » ne pourra être amené que par la violence (P. 228) : « La nécessité doit nous pousser, nous aussi, à travers la Mer Rouge, si nous voulons, purifiés de notre honte, parvenir à la terre promise. Nous ne nous y noierons pas. Elle n’est dangereuse que pour les pharaons de ce monde, qui une fois déjà... y ont péri corps et biens, — les pharaons arrogants et orgueilleux qui avaient oublié que, jadis, un pauvre fils de berger les avait préservés par ses sages conseils, eux et leur pays, de la mort par la faim ».
À côté de l’aigrissement anarchiste, une autre émotion domine toute la vie intellectuelle consciente et inconsciente de Wagner : l'émotion sexuelle. Il a été toute sa vie un érotique (dans le sens de la psychiatrie), et toutes ses idées tournent autour de la femme. Les impressions les plus banales et le plus éloignées du domaine sexuel éveillent infailliblement dans sa conscience de luxuriants tableaux de caractère érotique, et le trajet de l'association d'idées automatique est chez lui toujours dirigé vers ce
4. Rapprocher de ce passage celui-ci emprunté à l’Apothéose du théâtre de Bayreuth, 1882 (Ecrits et Poèmes complets, t. X, p. 384) : « Ceci (la sûre exécution de tous les faits sur, dessus, sous, derrière et devant la scène) est le résultat de l’anarchie, en ce que chacun fait ce qu'il veut, c’est-à-dire ce qui est bien ».
pôle de sa pensée. Qu'on lise, à ce point de vue, ce passage de L' Œuvre d'art de l'avenir (P. 4h), où il cherche à exposer les rapports réciproques des arts de la danse, de la musique et de la poésie : « En contemplant cette ravissante ronde des muses les plus authentiques et les plus nobles, de l’homme artistique (?), nous les apercevons maintenant toutes trois enlacées gracieusement jusqu’à la nuque dans les bras l’une de l’autre; puis tantôt celle-ci, tantôt celle-là isolément, comme pour montrer à l’autre sa belle forme en pleine indépendance, se détachant de l’entrelacement et ne touchant plus que de la pointe “extrême des doigts les mains des autres; à présent l’une, ravie de la vue de la double forme de ses deux sœurs vigoureusement entrelacées, s’inclinant vers elles; puis deux, transportées par le charme de l’une, la saluant d’un air plein de soumission, pour s’unir enfin toutes, fondues en une, poitrine contre poitrine, membres contre membres, dans un ardent baiser d'amour, en une seule forme voluptueusement vivante. — C’est là l’amour et la vie, la joie et le mariage de l’art, etc. » (Il y a en allemand : Das Lieben und Leben, Freuen und Freien, jeux de mots caractéristiques). lei Wagner perd visiblement le fil de sa démonstration, il néglige ce qu’il voulait dire, et s'arrête en jouissant à l’image des trois jeunes filles dansantes apparues à son œil intérieur, suivant avec une concupiscence lascive les contours de leur forme et leurs mouvements excitants.
La sensualité éhontée qui règne dans ses poèmes dramaliques à frappé tous ses critiques. Hanslick parle de la « sensualité bestiale » de l’Or du Rhin et dit de Sieg-
Max Nonpau. — Dégénérescence. I — 21
fried : « Les accents exaltés d’une sensualité insatiable et brûlante jusqu’à l'extrême, ces râles de rut, ces gémiss sements, ces cris et ces affaissements si affectionnés par Wagner, produisent une impression répugnante. Le texte de ces scènes d'amour devient parfois, dans son exubérance, un pur non-sens * ». Qu'on lise au premier acte de La Valkyrie *, dans la scène entre Siegmund et Sieglinde, les indications de jeu : « Interrompant ardemment », «il la saisit avec une ardeur brülante », « dans un doux transport », « elle se suspend ravie à son cou », «les yeux dans ses yeux », « hors de lui », « au comble de l'ivresse », etc. A la fin, il est dit : « Le rideau tombe vite », et des critiques légers n’ont pas manqué ce trait d'esprit facile : « C’est très nécessaire ». Les lamentations, les glapissements et les fureurs amoureuses de Tristan et Iseult, tout le second acte de Parsifal entre le héros et les filles-fleurs, puis entre le même et Kundry, dans le jardin enchanté de Klingsor, s'ajoutent dignement à ces endroits. Cela fait vraiment grand honneur à la moralité du peuple allemand, que les opéras de Wagner aient pu être représentés publiquement sans provoquer le plus profond scandale. Combien innocentes doivent être les femmes et les jeunes filles qui sont en état de regarder ces pièces sans rougir jusqu'aux cheveux, ni, de honte, se réfugier sous terre! Combien innocents sont eux-mêmes les maris et les pères qui permettent à leurs femmes et à leurs filles d'assister à ces représentations de scènes de
1. Édouard Hanslick, Stations musicales. Berlin, 1880, p. 220 et
2. Richard Wagner, Écrits et Poèmes complets, t. VI, p. 3 et sqq.
lupanar! Évidemment, les spectateurs allemands des drames de Wagner ne voient rien de mal aux actions et aux attitudes de ses figures; ils ne semblent pas soupconner quels sentiments les excitent et quels desseins déterminent leurs paroles, leurs faits et gestes, et cela explique la candeur paisible avec laquelle ils assistent à des scènes dramatiques où, dans un public moins ingénu, personne n’oserait lever les yeux sur son voisin ni ne pourrait supporter son regard.
L’excitation amoureuse revêt toujours, dans la peinture qu’en fait Wagner, la forme d’une folie furieuse. Les amants se comportent dans ses pièces comme des matous enragés qui se roulent, avec des extases et des spasmes, sur une racine de valériane. Ils reflètent l’état intellectuel ! du poète, que connaissent bien les hommes spéciaux. C’est une forme du sadisme; c’est l’amour des dégénérés, qui dans le transport sexuel deviennent des bêtes féroces *. Wagner est atteint de la « folie érotique » qui fait des natures grossières des assassins par luxure, et inspire aux
1. Dans un livre sur la dégénérescence, il n’est pas possible d'éviter complètement le terrain de l’érotisme, qui renferme précisément les phénomènes les plus caractéristiques et les plus frappants relatifs à ce sujet. Mais je m'’arrête, par principe, le moins que je puis sur ce point, et veux pour cette raison indiquer seulement encore, quant à la caractéristique de la folie érotique de Wagner, un travail clinique, celui du Dr Paul Aubry : Observation d'uxoricide et de libéricide suivis du suicide du meurtrier. Archives de l'anthropologie criminelle, t. VII, p. 326 : « Cette affection (la folie érotique), dit Aubry, se caractérise par une rage de jouissance inconcevable au moment du rapprochement ». Et dans une note ajoutée au rapport d’Aubry sur le meurtre que le fou érotique, — un professeur de mathématiques de lycée, — avait commis sur sa femme et ses enfants, on lit : « Sa femme, qui parlait facilement et à tous des choses que l’on tient ordinairement le plus secrètes, disait que son mari était comme un furieux pendant l’acte sexuel ». Voir aussi Ball, La Folie érotique. Paris, 1891, p. 127.
dégénérés supérieurs des œuvres telles que La Valkyrie, Siegfried, Tristan et Iseult.
Non seulement le fond de ses écrits, mais déjà la forme extérieure de ceux-ci montre en Wagner un graphomane. Le lecteur a pu voir par nos citations à quel abus des mots en italiques Wagner se livre. Parfois il fait composer
des demi-pages en lettres espacées. Ce phénomène est
expressément constaté par Lombroso chez tes graphomanes *. Il s'explique suffisamment par la particularité, souvent exposée 1ci, de la pensée mystique. Aucune forme de langage que le dégénéré mystique peut donner à ses spectres de pensée ne parvient à le satisfaire ; il a toujours la conscience que les phrases qu'il écrit n’expriment pas les faits confus se passant dans son cerveau, et comme il doit désespérer de les traduire par des mots, il cherche, à l’aide de points d'exclamation, de traits suspensifs, de points et de blancs, à faire entrer mystiquement dans ce qu'il écrit plus de choses que les mots n’en peuvent dire.
Une autre particularité des graphomanes (et des imbéciles), le penchant irrésistible aux jeux de mots, est développée à un haut degré chez Wagner. Voyons-en quelques exemples empruntés à L’'ŒÆuvre d'art de l'avenir (P. 56) : « Ainsi l’art musical acquiert par le son devenu langage... sa plus haute satisfaction en même temps que sa hauteur la plus satisfaisante ». (Zhre nôcasre BEFRIEDIGUNG zugleich mit ihrer BEFRIEDIGENDSTEN ERHÔHUNG). (P. 94) : « Comme un second Prométhée qui, d'argile (aus Tnox), formait des hommes, Beethoven avait tenté de les former