‹ Dégénérescence, Volume 1Chapitre 23 sur 60 · Éd. Rod, op, cit., p · texte numérisé non relu

Éd. Rod, op, cit., p

is y rencontrerions partout le même mélange du transdant et de la volupté, la mênne pensée vaporeuse, les nés associations absurdes d'idées s'excluant les unes

autres. Il faut toutefois indiquer encore certaines licularités du poète, parce qu'elles caractérisent le tra-

cérébral des dégénérés imbéciles, ivant tout, nous sommes frappés de sa prédilection pour refrains. Le refrain est un excellent moyen pour îler un état d'âme dans lequel prédomine une forte )tion. Il est naturel, par exemple, que lamant qui ire à sa bien-aimée soit toujours de nouveau hanté, au eu des autres idées qui s'imposent de temps à autre li, par la pensée de cette bien-aimée. 11 est également ipréhcnsible, pour citer un autre exemple, que le malreux torturé par des désirs de suicide ne puisse bannir son esprit une « fleur de l'âme damnée » aperçue au PS d'une promenade nocturne, et dont la représenta-

répond à la disposition de son âme. (Voyez la pièce Henri Heine : « Au carrefour sont enterrés ceux qui péri par le suicide ».... où le vers : « la fleur de Tâme mée », revient à la fin des deux strophes avec un înt terriblement significatif). Mais les refrains de Ros- [ diffèrent de ce refrain naturel et compréhensible. Ils it rien à voir avec l'émotion ou faction de la pièce; 3araissent étrangers au miheu du cercle de ses idées, un mot, ils ont le caractère d'une obsession que le ade ne peut supprimer, bien qu'il reconnaisse qu'elle aucun rapport raisonnable avec le contenu de sa con- Dce à un moment donné. La pièce intitulée Troy n raconte comment Hélène, longtemps avant d'avoir

été enlevée par Paris, s'agenouille à Sparte dans le temple de Vénus, et, enivrée de la magnificence de son propre corps, supplie avec ferveur la déesse de la donner en présent à un homme altéré d'amour, d'où il vienne et quel qu'il soit. Remarquons simplement en passant la sottise de cette idée. La première strophe s'exprime ainsi :

Heavenborn Helen, Spartas queen,

(OTroy town!) Had two breasts of heavenly sheen, The Sun and the moon of the hearls désire :

Ali loves lordship lay between.

(0 Troy's down,

Tall Troy's on fire !)

Helen knelt ai Venus shrine

(0 Troy town !) Saying : « A little gifl is mine, A Utile gift for a hearts désire.

Hear me speak and make me a sign ».

(0 Troy's down,

Tall Troy's on fire ! *)

Et ainsi revient constamment à travers quatorze strophes, après le premier vers : « ville de Troie! » dans le troisième vers, cette fin : « désir du cœur », et après le quatrième vers, ceci : « Oh! Troie est à terre, la sublime Troie est en feu! » Ce que veut Rossetti est facile à voir. €hez lui se renouvelle le procédé de pensée que nous avons constaté dans le tableau de Holman Hunt, VOmbre

1. Poems, p. 16. Traduction en français : « Hélène fille du ciel, reine de Sparte — ô ville de Troie! — avait deux seins d'une splendeur céleste, soleil et lune du désir du cœur; toute la magnificence de Tamour résidait entre eux. — Oh! Troie est à terre, la sublime Troie est en feu! — Hélène s'agenouilla devant l'autel de Vénus — ô ville de Troie! — et dit : Un petit don est mien, •an petit don pour un désir du cœur. Entends-moi parler et faismoi un signe! » — Oh! Troie est à terre, la sublime Troie est en leu! »

de la mort. Comme lui-même, à l'idée d'Hélène à Sparte,, est amené par Tassociation des idées à celle des destins ultérieurs de Troie, de même le lecteur, qui voit encore à Sparte la jeune reine enivrée de sa propre beauté, doit avoir en même temps présent à l'esprit le tableau des conséquences tragiques éloignées de sa soif d'amour. Néan* moins il n'essaie pas d'unir raisonnablement ces deux cercles d'idées, mais il répète toujours à part soi, par intervalles, à la façon monotone d'une litanie, les mêmes invocations mystérieuses à Troie, tandis qu'il raconte la scène du temple de Vénus à Sparte. Sollier note cette particularité chez les faibles d'esprit : « Ils interposent des mots qui n'ont aucun rapport avec la question ». Et plus loin : « Chez Tidiot*.., le rabâchage devient un véritable tic * ».

Dans un autre poème très célèbre, Eden bower *, qui traite de la Lilith préadamite, de son amant le serpent de l'Eden et de sa vengeance à l'égard d'Adam, on retrouve alternativement, après le premier vers des quarante-neuf strophes, ces mots en forme de litanie : « Eden bower' s m flower » et « And o the bower and the hour ». Bien entendu, entre ces mots absolument dépourvus de sens en eux-mêmes : « Le berceau de verdure de l'Éden est en fleur », « Et ô le berceau de verdure et l'heure! » et la.

i. SoUier, Psychologie de l'Idiot et de P Imbécile, p. 184. — Comparer aussi Lombroso, Génie et Folie (édition allemande), p. 233 : « Les graphomanes ont encore un autre penchant commun avec lea fous proprement dits : ils aiment à répéter fréquemment le même mot, et quelquefois à le faire reparaître plus de cent fois sur la. même feuille. Dans un chapitre écrit par Passanante, on trouva environ cent trente fois le mot riprovate (blâmez) ».

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