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Delacroix, raconté par lui-même

Pour le Salon du Roi, si Ton excepte les hors-d’œuvre d’ornementation accessoire, Delacroix n’a fait appel à la main d’aucun collaborateur. Toutes les parties essentielles de cette décoration, peinte directement sur la muraille, sont des œuvres personnelles, entièrement exécutées sans le secours d’autrui. L’importance des travaux décoratifs qui suivent celui-là oblige leur auteur à se soumettre à d’autres pratiques. Il lui faut des aides pour mener de front trois ouvrages tels que la chapelle de Saint-Denis du Saint-Sacrement, la bibliothèque de la Chambre des Députés et celle de la Chambre des Pairs. C’est ce qui le détermine à prendre des élèves et à ouvrir un atelier

placé sous sa direction. Il en sortira un personnel d’utiles auxiliaires. L’un d’eux joue tout d’abord un rôle prépondérant; c’est ce Lassalle-Bordes que j’ai déjà nommé. Nous lui devons d’intéressants détails, communiqués jadis à Pli. Burty, sur cette nouvelle orientation de la carrière du maître. Voici comment le personnage raconte le début de ses relations avec Delacroix b).

... On venait de lui donner à décorer les deux bibliothèques de la Chambre des Pairs et des Députés. C’était un immense travail. Il cherchait un jeune peintre dont il pût se faire aider. C’est alors qu’un de mes amis, M. Isidore Legendre, qui s’occupait de peinture pour son plaisir et recevait parfois ses conseils, eut occasion de lui parler de moi. Delacroix désira me voir aussitôt. Je lui fus présenté le jour suivant. Nous le trouvâmes la palette à la main, au Salon du Roi, qu’il terminait... Il me dit qu’il avait un grand travail à faire, qui durerait plusieurs années, et qu’il serait heureux que je voulusse bien l’aider dans cette grande entreprise... Comme je craignais de n’être pas suffisamment préparé pour cette tâche, je l’engageai, avec M. Legendre, à ouvrir un atelier, et le priai de vouloir bien me compter parmi ses élèves.

L’atelier en question, dont Lassalle-Bordes fut le '<massier», s’ouvrit dans un local sis rue Neuve-Guiilemin, qui donnait sur la cour d’un marbrier b). H ne compta pas moins d’une trentaine d’adeptes, dont certains, tels que Bida, Eugène Lambert et Saint-Marcel, ont acquis de la notoriété par leur talent, et dont deux autres, Maurice Sand et Desbordes-Valmore, portaient des noms déjà illustrés avant eux. Les autres élèves énumérés par Lassalle-Bordes (3) sont plus obscurs. Il se nomment Lapierre, Bauderon, Leygue, Gaultron, de Férussac, Legendre, Niel, Michel, Garipuy, de Reyssac, de Valerne, Leclerc, de Saint- Laon, Soubdès, Delestre, de Planet, Léger-Chérelle, etc. Pierre

(1) Lettres, tome II, p. iv.

(2) Lettres, tome I, p. 295, note.

(3) Lettres, tome II, p. x.

Andrieu partage avec Lassalle-Bordes l’honneur d’avoir associé d’une façon durable son nom à l’œuvre du maître.

Nous sommes sans renseignements sur l’époque exacte à laquelle Delacroix aborda son nouveau chantier du Palais- Bourbon. Toutefois, ce n’est guère avant 1842. Dans une lettre

Bibliothèque de la Chambre des Députés.

Dessin d’Alfred Robaut.

qu’il adressait à Gustave Planche le 9 août de cette année-là, on lit (') :

... Mes travaux à la Chambre des Députés sont très retardés. D’abord, j’ai commis la faute de laisser écouler beaucoup de temps sans les com-

(i) Lettres inédites d'Eugène Delacroix publiées par Maurice Tourneux. {L'Artiste, décembre 1904.)

mencer, pour toutes sortes de raisons. Ensuite, au moment de m’y mettre, il a fallu m’occuper de ceux de la Chambre des Pairs. Puis, une maladie m’a arrêté pendant un temps assez long. Maintenant, j’ai repris l’un et l’autre et ne suis pas trop mécontent ; mais, il y a fort à faire. J’ai trouvé pour le Luxembourg un sujet qui sort un peu de la banalité des Apollons et des Muses, etc. C’est pour une bibliothèque. C’est le moment où Je Dante, comme disaient nos pères, et non Dante, comme disent aujourd’hui les savants, qui ne veulent rien faire comme les autres, est présenté par Virgile à Homère et à quelques grands poètes, qui se trouvent dans une sorte d’Elysée de la façon du poète, où ils jouissent d’un Taonheur sérieux, à ce qu’il dit. Bref, on y voit tous les grands hommes possibles se promenant et s’asseyant pour varier leur plaisir. Vous verrez cela. Cela a pour moi un très grand attrait ; mais, la place est des plus fatigantes.

Ni l’une ni l’autre des deux bibliothèques n’était destinée à être peinte directement sur le mur. On sait que celle de la Chambre des Députés comprenait cinq coupoles vitrées, décorées, dans la partie au-dessous du vitrage, au moyen de quatre pendentifs, et deux hémicycles ou culs de four, par lesquels la salle se terminait à chaque bout. Tous les pendentifs devaient s’exécuter dans l’atelier : on les marouflerait ensuite sur l’emplacement désigné. Quant aux hémicycles, la toile serait d’abord collée au mur; après quoi, elle serait couverte sur place. Le thème de la décoration consigné dans le projet primitif avait été assez sérieusement modifié. Les sujets des coupoles étaient toujours empruntés, comme dans le plan initial, à l’histoire ancienne ainsi qu’aux livres sacrés, et continuaient à symboliser la Poésie, la Théologie, la Législation, la Philosophie et les Sciences. Mais, les figures représentatives du génie humain choisies à cet effet avaient été l’objet de changements importants. Pour les hémicycles, la transformation était absolue. Les idées adoptées de prime abord avaient été tout à fait mises de côté. D’une part, on allait voir Orphée, apportant au monde les arts et leurs vertus civilisatrices.

Fig. 201. — Pline V Ancien observant V éruption du Vésuve.

Fig. 202. — Aristote décrivant des animaux envoyés par Alexandre,

Fig. 203. — Hippocrate refusant les présents du roi de Perse.

Fig. 204. — Archimède tué par un soldat pendant sa méditation.

Fig. 205. — Hérodote interrogeant les Mages pour son histoire.

Fig. 206. — Les bergers chaldéens, inventeurs de' l'astronomie.

Fig. 207. — Sénèque se faisant ouvrir les veines.

Fig. 208. — Socrate et son démon

Fig. 2 10. — Lycurgue consultant la Pythie.

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