Delaroche, Decamps
L’auteur du tableau du Cromwell est né le 16 juillet 1797. Son véritable nom est Hippolvte Delaroche. Il a pris celui de Paul en signant ses œuvres, et tout naturellement les biographes le lui
conservent. Fils d’un estimateur des objets d’art à la succursale du Montde-Piété, son éducation scolaire fut peu suivie. Les appointements paternels étaient modestes ; ils suffisaient à peine à l'entretien de la famille. M. Delaroche père avait de remarquables connaissances en peinture et en sculpture.
Ce fut tout l’héritage qu'il transmit à ses enfants.
Jules , son fils aîné, entra comme élève chez le baron Gros. Le cqdet ne tarda pas à imiter son frère et à prendre la palette. Seulement, comme Jules voulait être peintre d’histoire, ils convinrent entre eux de ne pas cultiver le même genre, et Paul se plaça sous la direction d’un paysagiste appelé Watelet (1). Mais de ces deux jeunes gens, un seul annonçait pour la peinture des
r (]) Fils de cet ancien receveur général des finances qui a pubüé, en 1760, un poème en quatre chants intitulé Y Art de peindre.
dispositions réelles. Jules Delaroche quitta l’atelier de Gros, après avoir exposé au Louvre, sans beaucoup de succès , une figure allégorique de Y Abondance. Il remplaça son père à la succursale, déploya de grandes qualités administratives, et devint directeur du grand Mont-de Piété (1). Quant au héros de cette notice, il étudiait les Ruysdaël et les Claude Lorrain, tout en dessinant pour le commerce ; car, après la mort de son père, il dut chercher la subsistance quotidienne au bout de son crayon.
Vers cette époque, c’est-à-dire à la fin de 1816, une révolution éclata dans les arts. Chacun s’appliquait à démolir la vieille routine classique. Refusant de pardonner au jacobin David, les Bourbons lui enjoignaient de quitter le territoire, et ses adeptes essuyaient
(1) M. Jules Delaroche est mort il y a une vingtaine d’années.
une défaite entière. Il est vrai que la présence dn maître, dans cette bataille, eût été impuissante et n’aurait pas relevé le parti vaincu. Foin des Grecs et des Romains ! On en avait par-dessus la tête. Les jeunes artistes répudiaient un genre usé. Walter Scott et le chantre de Don Juan faisaient merveille :
ils ouvraient aux lettres et aux arts de larges horizons. Cinq ou six années suffirent pour tout régénérer en peinture.
L’auteur de la Peste de Jaffa était l’un des plus ardents antagonistes de David et de son école. Paul Delaroche, voyant son frère abandonner la lice, n’eut plus de raison pour s’obstiner au paysage.
Il prit dans l’atelier de Gros la place laissée vacante par le départ de Jules, et son nouveau maître lui conseilla de s’adonner à la peinture biblique. Nous le voyons débuter au Salon de 1819, où il expose Nephtali dans le désert. Ce premier tableau fut peu remarqué. Notre
jeune artiste ne se découragea point ; il en composa sur-le-champ deux autres : Joas arraché aux bourreaux par Josabeth et la Descente de croix (1).
Paul Delaroche travaillait alors dans un très-petit atelier rue des Marais- Saint-Germain. Il le quitta pour en prendre un plus vaste, rue Ghildebert.
Puis il s’installa définitivement dans cette rue de la Tour-des-Dames, qu’on a baptisée du nom de Nouvelle Athènes.
Mars , Duchesnois , Horace Vernet, Delaroche et Talma y avaient leur domicile, dans l'ordre que nous indiquons, et en entrant par la rue de la Rochefoucauld. Toutes ces demeures illustres étaient contiguës.
Au Salon de 1824, Paul Delaroche envoie cinq tableaux, savoir : le Songe d’Athalie; — Jeanne d’Arc , — Saint Sébastien secouru par Irène , — Saint Vin-
(1) Cette dernière toile appartient aujourd’hui à la chapelle du Palais-Royal.
cent de Paul aux Enfants Trouvés, — et Philippo Lippi ( 1 ) .
Le sticcès du jeune peintre fut immense. On peut dire que, dès lors, il conquit son rang parmi les artistes les plus célébrés du siècle. Madame la duchesse de Berry voulut acheter le saint Sébastien ; puis elle fit commander trois tableaux à Delaroche par le gouvernement : la Prise du Trocadèro devant Cadix , — un portrait du duc d’Angoulême, — et la Mort du président Duranti. De ces toiles, composées par ordre, la dernière est la plus remarquable. Les hautes conquêtes du Dauphin au delà des Pyrénées n’étaient pas de nature à exciter chez notre artiste un grand enthousiasme. On ne jugea même pas
(1) Peynolds a gravé ce tableau, ainsi que Jeanne d. Arc et les Enfants surpris par V orage , exposés l’année suivante. La gravure du saint Vincent de Paul et celle de la Femme italienne et de ses enfants sont l’oeuvre de Prévost,
convenable de l’envoyer étudier le terrain. Son Excellence le surintendant des beaux-arts lui dit :
— Faites-nous cela d’imagination, mon cher ! C’est facile : un feu de batteries de siège, au clair de lune; à droite le fort, Cadix au fond... ce que vous voudrez enfin ! La croix de la Légion d’honneur est au bout.
Voilà comment la liste civile des Bourbons entendait la peinture des batailles.
Le tableau qui représente la dernière heure du président Duranti, tué sous la Ligue , est une œuvre de maître.
Paul travailla huit années entières à cette toile, qui fut seulement montrée au public en 1835. Longtemps on a pu la voir au Louvre dans la deuxième salle du conseil d’Etat. Nous ignorons si elle y est encore. De 1824 à 1830, les principales œuvres offertes par l’artiste aux expositions annuelles sont :
Miss Macdonald et le Prétendant, — la
Mort d'Elisabeth d'Angleterre, — Augustin Carraclie, — la Suite d’un duel , — Richelieu traînant Cinq-Mars et de Thou à la remorque de son bateau, — Mazarin jouant aux cartes la veille de sa mort, — et Cromwell devant le cercueil de Charles premier (1). Ces trois tableaux sont
(1) Gravure par Henriquel Dupont. Outre le Cromwell , on doit au burin du même artiste une aqua-tinta du tableau qui a pour titre : Episode d’un naufrage. Il a aussi gravé les portraits du marquis de Pastoret et de Grégoire XVI, l’hémicycle du palais des Beaux- Arts, Y Ensevelissement du Christ , etc. Les autres artistes qui ont consacré leur talent à la gravure des œuvres de Paul Delaroche sont MM. Jazet, Roschi, Forster, Martinet, Prudhomme, Desclaux, Jesi, les deux Français, Mercuri, Girardet, Sixdeniers et Blanchard. Du reste, malgré ce nombre de burins habiles, la reproduction de beaucoup de toiles importantes a langui et ne s’est achevée qu’à la longue. Nous citerons, entre autres, le Jugement de Marie- Antoinette , — les Enfants d’ Edouard dans la tour de Londres , — la Vierge au pied de la croix , — le Christ au jardin des Oliviers, — Moïse exposé sur les
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les chefs-d’œuvre du grand peintre. La composition en est tout à la fois spirituelle, dramatique, profonde et d’une haute intelligence. Paul Delaroche avait abandonné complètement la peinture inystico-biblique pour se livrer à l’histoire, il nous donne, en 1831, les Enfants d’Edouard et Sainte Amélie , sujet dans le genre gracieux, commandé par la reine des Français. L’année suivante, l’Institut lui ouvre ses portes, et quelques mois après, on l’appelle à remplacer Guérin, comme professeur à l’école des Beaux-Arts.
Jamais Delaroche ne participa sous aucun prétexte à ces intrigues académiques trop communes de nos jours, et qui sacrifient insolemment la justice au triomphe du passe-droit. Voici un fait attesté par Eugène Isabey, qui le
eaux, — les Girondins, et ce magnifique tableau de Jane Grey , confié depuis 1835 à M. Mercuri.