FIN
DECAMPS
DECAMPS
Voici un peintre qui, de son vivant, et grâce à la sottise humaine, a failli ne pas obtenir pleine justice.
Il y a malheureusement dans les arts de serviles adorateurs de la routine, toujours prêts à méconnaître le génie aventureux, qui s’écarte des sentiers battus et vise à l’originalité. Messieurs du jury de peinture, après avoir, pendant plusieurs années successives, fait
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à beaucoup de toiles de Decamps l’injure d’un refus systématique, ont dû rougir de honte, en voyant ces mêmes toiles triompher à l’Exposition universelle de 1855, et disputer la palme aux tableaux de nos plus grands peintres.
Alexandre-Gabriel Decamps est né à Paris, en 1803.
De tous les amis de la belle nature artistique, il fut évidemment le plus enthousiaste et le plus rempli de ferveur.
En 1828, il alla demander au ciel de l’Orient ces splendides effets de lumière, que l’ignorance accusait d’exagération, et qui passent aujourd’hui pour des chefs-d'œuvre du genre.
On ne les trouve que dans ses tableaux.
Quand on expose à une vente publique un paysage de Decamps, on est sûr de le voir couvrir d’or.
Les plus remarquables de ces paysages sont : la Halte des Cavaliers arabes ,
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— la Ronde de Smyrne, — le Paysage en Anatolie et les Anes d'Orient.
Cet artiste excellait surtout à peindre les animaux. On peut dire de lui qu’il a été le Grandville de la palette.
Il savait admirablement donner, à ses types l’expression de la physionomie humaine, et y joindre une finesse de caractère inconcevable, un cachet de sentiment tout particulier. Ses meilleures compositions de ce genre représentent des scènes pittoresques et fantastiques, où des chevaux, des ânes, des singes, des poules et jusqu'à des tortues jouent le principal rôle.
Il s’est vengé des juges maladroits de l’académie de peinture par son spirituel tableau des Singes experts , que la lithographie et le burin ne se lassent jamais de reproduire.
C’est une admirable fantaisie satirique, exécutée avec une verve inimitable.
Rosa Bonheur, qui peint aujourd’hui
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les animaux, se borne à les représenter en fidèle naturaliste ; mais Decamps et Grandville leur prêtent un esprit délicieux, et les font agir et parler, comme faisait Lafontaine.
Sûr de l’injustice de ses critiques, Decamps ne perdit jamais courage, et resta ferme dans la route qu’il s était tracée. De riches amateurs le visitaient souvent dans son atelier, et lui commandaient une foule de tableaux, qui restèrent inconnus, jusqu’au jour où ils firent, au nombre déplus soixante, leur apparition solennelle sous les yeux d’un public confondu de surprise. Ils appartenaient à lord Seymour, à M. Duchâtel, à Rothschild, au docteur Véron, à MM. d’Harcourt et de Morny.
Quand le célébré artiste reçut des mains de Napoléon III la grande médaille d’honneur, le sentiment général la lui avait depuis longtemps décernée.
Dès ce jour, il se trouva, dans la pléiade artistique moderne, à sa véri-
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table place, c’est-à-dire à côté d’Ingres, d’Horace Vernot et d’Eugène Delacroix.
Le cadre restreint de ces trop courtes notices supplémentaires, que nous devons surtout compléter pour les lettres, afin de rester dans le sens de la collection primitive, ne nous permet pas de céder au vif désir qui nous prend d’analyser la Sortie de l’Ecole turque, — le Souvenir de la Turquie d’Asie , — le Boucher turc , — le Café turc , — le Grand Bazar turc , — et les Enfants turcs jouant avec des tortues , pages ravissantes, inondées des reflets d’or du soleil oriental.
Au nombre des tableaux exposés en 1855, on remarquait la piquante collection des singes, autour de laquelle se pressait constamment la foule : le Singe Peintre , — le Singe au Miroir, — les Singes Boulangers et les Singes Charcutiers.
Une des meilleures toiles du grand
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artiste, le Passage du Gué , est aujourd'hui au musée du 1 .ouvre.
Decamps n’excellait pas seulement dans la peinture de genre. On a de lui des ch^efs-d’œuvre dans la peinture historique : les Scènes de la vie de Samson, — Joseph vendu par ses Frères , — Moïse sauvé des eaux, — le Siège de Clermont et la Défaite des Cimbres.
Evidemment, ce peintre illustre n’avait pas terminé son œuvre, et son génie, pleinement reconnu, allait prendre un nouvel essor, quand un accident funeste, une chute de cheval, vint l’enlever tout à coup à la France et à la gloire.
Decamps mourut à Fontainebleau, le 20 août 1860.