LA FILLE DE L'ORAGE
[A la gauche des spectateurs, le Théâtre représente une montagne
très-riante et d'une fertilité remarquable. Un chdteau-fort
resque repose en paix au pied de cette verte montagne. Une
domine au loin son sommet. Un village extrémement pittopetite église gothique, un peu en ruines, se trouve à la droite
des spectateurs, elle est entourée de quelques chalets et dar-
lac marécageux serpente entre les montagnes; un effet de soleil
brisseaux. De nombreuses montagnes sont vues à distance; un LS) Q
Q A = couchant ruisselle sur cette scène champétre.] se
Une troupe de Moissonneurs rentrent au hameau en dansant, si et forment des groupes céristiques, avec leurs faucilles et des guir-
landes de beaux épis de blé, ornés de fleurs des champs; des couronnes semblables ceignent leurs tétes.
Urbin (tel est le nom du Moissonneur favori des filles du village) est prié de danser le pas National des Montagnes. Il obéit et tous l’accompagnent. (Scène très animée.) x
| L’Astre des cieux a passé l'horizon, le ciel brülant se couvre d’épais nuages. Le tonnerre et les éclairs imposent silence à la i
gaieté des paysans. De larges gouttes d’eau tombent çà et là; les
uns rentrent chez eux, d’autres courent à l'Eglise implorer la clé-
mence de Dieu. Leurs chants mêlés à l'orgue du Sanctuaire,
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font entendre des accords religieux, d’une parfaite harmonie. Les fenêtres des chalets jettent quelque lumière ‘dans l'ombre. Une fumée blanchâtre sort de plusieurs cheminées. Les gothiques vitreaux de l'Eglise, lancent la réflection de la lumière qui les éclaire sur le flot agité par la tempête. L’orage redouble. Urbin le premier sort de l'Eglise, la foudre tombe; un nuage mélangé de feu l'entoure. Une chaumière s’enflamme. Les vents courroucés dissipent le nuage.
A la lumière éclatante de l'incendie, Urbin git inanimé sur la verdure. Une jeune fille d’une rare beauté, est empressée de
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déposer à ses pieds l'emblème. dela foudre. «Hin effet, du haut
des Cieux la fille de Jupiter (car telle était cette divine inconnue)
devenue amoureuse d’Urbin et ne sachant que faire pour le posséder, avait songé que l’Orage seul pouvait favoriser ses projets; mais, hélas! l’infortuné mortel est anéanti; sa céleste amante est au désespoir. En vain elle implore son invisible père; en vain elle le prie de rendre Urbin a.la vie. Elle s’adresse ensuite au Dieu de l’amour: plusieurs Cupidons, des flambeaux à Ja main, paraissent sortir de la verdure, comme les fleurs amoureuses sortent d'un fertile parterre; ils sont à quatre pieds d’Urbin, ayant un genou fléchi, et les yeux fixés au ciel, quelques-uns voltigent dans les airs. |
La fille de l'Olympe, effrayée, veut les fuir; maïs les Amours l’arrétent dans sa course rapide, et lui offrent leurs services. Elle accepte avec enthousiasme l'offre de ces demi-Dieux. Un pas de flambeaux a lieu autour de son amant inanimé; les chérubins agi-
tent sur lui le flambeau de l'amour. La jeune immortelle danse un
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pas de désespoir. Son amant Pens peu à peu à la vie; alors elle passe de la désolation au plaisir le plus vif, qu'elle exprime par un pas free-renlerquable:
Sa main brûlante d’amour touche celle a Urbin: Tous deux tressaillent de bonheur; Urbin pour la premiére fois, apergoit cet Ange céleste et en devient éperdûment amoureux. L'Orage gronde au loin d’une manière effrayante. Elle se rappelle qu’elle est fille de Jupiter, et, toute tremblante, cherche à fuir Urbin; celui-ci jure de ne la quitter jamais. Un rayon de lune, luit
par degrés derrière la montagne principale. L’orage ayant cessé,
les paysans se rendent en grand nombre au lieu de l'incendie.
Chemin faisant, ils découvrent Urbin poursuivant un fantôme enflamme. Les jeunes filles, craignant qu’il ne courre quelque danger, précipitent leurs pas pour le sauver. La Fille de l’Orage devient jalouse: et, pour s’en assurer la puissance, elle entraîne son
amant dans un nuage que Jupiter tout furieux vient de lancer
sur la terre pour la ramener aux Cieux, et la punir de son horrible
forfait.
Tous les paysans sont en émoi, Le vent d’une manière trèsgracieuse enlève le nuage, qui doucement cotoie la verte montagne. Les rayons de la lune frappent sur eux et le nuage; on les
aperçoit de temps en temps: lui; est à genoux à ses pieds, implo-
rant l'amour et sa céleste madone. (Le nuage lentement
se perd parmi les rochers, et reparaît ensuite avec splendeur.) Tous les villageois groupés, saisis d’étonnement, ont les yeux fixés vers la montagne.