CX VI
Insatiable est l'appétit de l'homme Trop effréné en sa cupidité, Qui de la Terre ayant en main la pomme, Ne peult saouler si grand' avidité :
Mais (ô l'horreur) pour sa commodité Viole foy, honneur, & innocence.
Ne pleure plus, France : Car la présence Du sang d'Abel devant Dieu criera Si haultement que pour si grande offence L'aisné Cain devant toy tremblera 2.
Pour m'enlasser en mortelles deffaictes Tu m'afoiblis le fort de ton povoir :
Soit que couvrir espérances defïaictes Face un bien peu d'espoir appercevoir 3, Si ne peult on non asses concevoir
("XVII. — 2. pouvoir — $. assez
1. Il s'agit du dauphin François, décédé à Tournon le 10 août i$}6, et de Montecuculli, qu'on accusa de l'avoir empoisonné. Voir Baur, Mailrice Serve et la Renaissance lyonnaise, Paris, Champion, 1906, p. 47 sqq. Scéve a déploré cette mort en vers latins et français l'année où elle survint.— Cf. encore Paradin, Histoire île Lyon, Lyon, Ant.Gryphius, 1573.
?. Cf. Pétrarque, son. Poi cbe mia speme e lunga a venir troppo... ctpassim.
DIZAINS CXVI-CXVIH 87
A quelle fin ton vouloir se dispose.
Parquoy mon bien, qui en ta foy repose, Au long souffrir patiemment m'enhorte :
Car aussi bien ta cruaulté propose De me donner, comme a mort, vie morte1.