DIZAINS CX1X-CXXI
L'Aigle des Cieulx pour proye descendit 2, Et sur ma Dame hastivement se poulse : Mais Amour vint, qui le cas entendit, Et dessus luy employé & arc, & Trousse.
Lors Jupiter indigné se courrouce, Et l'Archier fuit aux yeulx de ma Maistresse, [58] A qui le Dieu crie plain de tristesse, Je veulx, Venus, ton filz, qui à mespris. Délie suis, dit elle, & non Déesse :
Prendre cuydois, dit il, mais je suis pris.
Tu celle fus, qui m'obligeas première En uo seul corps a mille Créanciers :
Tu celle fus, qui causas la lumière, Dont mes souspirs furent les Encenciers.
Mais vous, Souciz, prodigues despenciers De paix tranquille, & vie accoustumée, Meites la flambe en mon ame allumée,
2. Voir la pièce analogue d'Augeriano, De Jovc & Cupidine, fol. 16 v" :
Juppiter humanae captus fulgore puellae, Aligero dixit talia verba deo. . .
— Voir aussi, du même (fol . 36 r°), la pièce intitulée : De Jove & Junone.
Par qui le Cœur souffre si grandz discordz Qu'après le feu estaincte la fumée Vivra le mal, avoir perdu le Corps.
De ces haultz Montz jettant sur toy ma veue, Je voy les Cieulx avec moy larmoier :
Des Bois umbreux je sens a l'impourveue, Comme les Bledz, ma pensée undoier1.
En tel espoir me fait ores ploier, Duquel bien tost elle seule me prive. Car a tout bruyt croyant que Ion arrive 2, J'apperçoy cler, que promesses me fuyent.
O fol désir, qui veult par raison vive, Que foy habite, ou les Ventz légers bruyent 5 ,
CXXII. — r. jectant (T) — veuë — 2. larmoyer — 3. Boys — împourveuë — 4. undoyer — 5. ployer
1. Politien (Opère volgari ai Mener Angelo Ambrogini Polixjano, éd. Casini, Florence, 1885, p. 9) :
£ le biade ondeggiar come fa il mare.
2. Serafino (éd. 1548, fol. 140 v" ) attend, lui aussi, sa dame; il entend un bruit et espère que c'est elle qui arrive ; mais ce brait était causé par le vent de ses propres soupirs :
E poi m'avedo, ohime lasso, che è il vento Di mei caldi sospir. . .