DIZAINS CCCXXIX-CCCXXX
Au centre heureux, au cœur impénétrable * A cest enfant sur tous les Dieux puissant, Ma vie entra en tel heur misérable, Que, pour jamais, de moy se bannissant, Sur son Printemps librement fleurissant Constitua en ce sainct lieu de vivre, Sans aultrement sa liberté poursuyvre Ou se nourrit de pensementz funèbres : Et plus ne, veult le jour, mais la nuict suyvre. Car sa lumière est tousjours en ténèbres.
1. Pour l'emblème, cf. Roman de la Rose, éd. Méon, v. 17037 sqq.:
Si semble il as gens que la lune
Ne soit pas bien nete ne pure Por ce qu'el pert par leus oscure...
2. C'est la partie la plus secrète de 1 âme, que Sannazar définit ainsi (Rime, parte I, canz. 4):
La piu intera e salda Parte del cor, difesa d'un diamante.
Voirencore Lorenzo dei Medici (éd. Simioni, I, 101): « Essendo il mezzo del cuore fondamento de pensieri, corne il centro fondamento délia terra e di tutto il mondo. »
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L'humidité, Hvdraule de mes veulx ', Vuyde 2 tousjours par l'impie > en l'oblique *, L'y attrayant, pour air des vuydes lieux, Ces miens souspirs, qu'a suyvre elle s'applique.
Ainsi tous temps descent, monte, & réplique. Pour abrever mes flammes appaisées. [r52]
Doncques me sont mes larmes si aisées A tant pleurer, que sans cesser distillent ? Las du plus hault goutte a goutte elles filent, Tombant aux sains, dont elles sont puysées*.
CCCXXXI. — r. yeux (T) — 9. IJ44. et 1564 portent du plus, hault
1. Scève complique ici la physiologie des larmes, telle qu'on la comprenait de son temps, par une comparaison avec l'hydraule, horloge à eau dont il parle dans le Microcosme (Lyon, J. de Tournes, 1562, pp. 91 et 92) :
L'hydraule vint après, qui le temps distilloit. . . Serafino etBritonio nous aident à comprendre cet obscur dizain : 1" Serafino (éd. 1548, fol. 147 r") :
Sdegnato il cor manda su à gli occhi humore
Sempredi e notte per cecar la vista.
Gli occhi mandan giu fiamma ch' arde il cor. .. 2"1 Hritonio (Gehsia del Sole, fol. 195 r°) :
Quanto piu piango, il pianto ognihor piu cresce
Negli occhi, et distillando al cor discende,
Ne anchor per questo il foco che l'accende
Si smorza, anzi arde et più col pianto accresce... Cf. encore Tebaldeo, son. 65 :
Il cuorche crescer sente il grave affanno,
l)i lagrime un corrente e largo fiume
Agli occhi drizza...