CCCCXII. — 2. veûe
1. Souvenir d'un sonnet de Vittoria Colonna (Riinr, Venise, 1^42, fol. 43 v!^ <lue Scève connaisait certainement, puisqu'il a traduit le début d'un sonnet du même recueil (cf. diz. 135):
Donna sicura accesa, e da l'errante
Volgo lontan in solitario albergo,
Lieta mi par veder lasciandoà tergo
Quanto non piace al primo eterno amante,
Efermar col desio le sacre piante
Sovra un gran monte, ond'io mi specchio, e tergo
Nel bel essempio il pensier drizzo, et ergo
Drieto l'orme béate, e l'opre santé...
2. Pétrarque, son. Pot che voi,& io... : Seguite i pochi, e non la volgar gente, et son. Ocameretta... : Il vulgo a me nemico ed odioso... — Scève ne se soucie guère d'être compris du vulgaire. Cf. Discours philosophiques de Pontus de Tyard, seigneur de Bissy... Paris, A bel l'Angelier, 1587, p. 31 sqq. : « Vous souvient il point (repliqua-t-elle) de celuy qui un jour arrivant icy me trouva une Délie en main : & de quelle grâce l'ayant prinse & encor non leu le second vers entier, il se rida le front & la jetta sur la table a demy courroucé ? Oh ! si fais dea (repondy-je) & ay bien mémoire qu'entre autres choses, quand je le vy autant nouveau & incapable d'entendre la raison, que les doctes vers du seigneur Maurice Scaeve... je luy respondis qu'aussi se soucioit bien peu le sei-
fneur Maurice que sa Délie fust veue ny maniée des veaux... » — Cf. Mie, diz. 414, v. 10.
DIZAINS CCCCXII-CCCCXIV 28 1
CCCCXIII
Honneste ardeur en un tressainct désir, Désir honneste en une saincte ardeur En chaste esbat, & pudique plaisir M'ont plus donné & de fortune, et d'heur, Que l'espérance avec faincte grandeur Ne m'a ravy de liesse assouvie.
Car désirant par ceste ardente envie De mériter d'estre au seul bien compris. Raison au faict me rend souffle a la vie, Vertu au sens, & vigueur aux espritz.
Plaisant repos du séjour solitaire
De cures vuyde, & de soucy délivre,
Ou l'air paisible est féal secrétaire
Des haultz pensers, que sa doulceur me livre
Pour mieulx jouir de ce bienheureux vivre,
Dont les Dieux seulz ont la fruition.
Ce lieu sans paour, & sans sédition S'escaite a soy, & son bien inventif.
Aussi j'y vis loing de l'Ambition, Et du sot Peuple au vil gaing intentif1.
CCCCXIII. — 4. 1544 porte donne (faute évidente) — 6. lyessc CCCCXIV. — 5. jouyr
1. Cf. Délie, diz. 262, 412 (etn. 2). — Le dernier vers est traduit de Pétrarque, son. La gola, e'I amno... :
...la turba al vil guadagno intesa.
CCCCXV [189]
Quand je te vy, miroir de ma pensée, D'auprès de moy en un rien départie, Soubdain craingnant de t'avoir offensée, Devins plus froid, que neige de Scythie.
Si ainsi est, soit ma joye avortie Avec ma flamme au paravant si forte :
Et plus ma foy ne soit en quelque sorte Sur l'Emeril de fermeté fourbie, Voyant plus tost, que l'espérance morte, Flourir en moy les desertz de Libye1.
Et l'influence, & l'aspect de tes yeulx Durent tousjours sans révolution
1. « Il est convenable que mesme le désert & les lieux secs, qui ont aussi esté faits de la main du Seigneur, ayent leurs intelligences & quelque Idée en la Court sur-mondaine... dont ils reçoyvent la scicheresse & soyent séparez du decours arrousant de la fontaine suprême, de laquelle procède tout arrousement. Doncquet le désert... est un lieu destitué & délaissé de la faveur céleste... Au désert aussi est toute ame qui de nouveau entre en la prison de ce corps, là où elle est destituée de sapience, de vertu, de congnoissance.. . » (Gcorgii Fr. Veneti Minorit. Jamiliae. De Harmonia mundi. Venise, 1525, in-fol.). — Je cite la traduction qu'en donna Lefèvre de la Roderie, Paris, Jean Macé, 1578, in-fol.; livre VII, chap. x, p. 245.)
Il est possible queScève se soit souvenu ici d'un passage du Comento de Lorenzo dei Medici qu'il a déjà imité au diz. 235. Voir Lorenzo (éd. Simioni, I, 140) : «Se adunque alla donna mia la conversazione delli
DIZAINS CCCCXV-CCCCXVI 283
Plus fixement, que les Pôles des Cieulx '.
Car eulx tendantz a dissolution
Ne veulent veoir que ma confusion,
Affin qu'en moy mon bien tu n'accomplisses,
Mais que par mort, malheur, & leurs complisses
Je suyve en fin a mon extrême mal
Ce Roy d'Escosse avec ces troys Eclipses 2
Spirantz encor cest An embolismal.