‹ Delie, object de plus haulte vertu;Chapitre 184 sur 372 · CLXXVIII · texte numérisé non relu

CLXXVIII

Pour estre Tair tout offusqué de nues ^ Ne provient point du temps caligineux : Et veoir icy ténèbres continues N'est procédé d'Automne bruyneux.

5 Mais pour autant que tes yeulx ruyneux

Ont demoly le fort de tous mes aises [84] Comme au Faulxbourg les fumantes fornaises Rendent obscurs les circonvoysins lieux.

Le feu ardent de mes si grandz mesaises 10 Par mes souspirs obtenebre les Cieulx.

Amour me presse, & me force de suyvre Ce, qu'il me jure estre pour mon meilleur. Et la Raison me dit, que le poursuyvre Communément est suyvi de malheur.

CLXXVIII. — I. tous (T) — nuës — 3. continués — 4. Des deux exemplaires de V Arsenal^ V un porte Automne, Vautre Autonne

I. Pétrarque, sest. Vaere gravato e V importuna nehbia.,, — Serafino (éd. 1548), fol. 147 r° :

Fatto hô questo aer tenebroso è fosco Col fumo hormai de miei sospiri ardenti In ogni ombrosa valle, è folto bosco Rimbomba il son de miei gravi lamenti... Délie, 9

DELIE

Celluy desjà, m'esloingnant de douleur, De toy m'asseure, & ceste me desgouste, Qui jour & nuict devant les yeulx me boute Le lieu, l'honneur, & la froide saison.

Dont pour t'oster, & moy, d'un si grand doubte. Fuyant Amour, je suivray la Raison K

Quand pied a pied la Raison je costoye 2, Et pas a pas j'observe ses sentiers, Elle me tourne en une mesme voye Vers ce, que plus je fuiroys voulentiers.

Mais ses effectz en leur oblique entiers 3 Tendent tousjours a celle droicte sente. Qui plusieursfoys du jugement s'absente, Faignant du miel estre le goust amer : Puis me contrainct quelque mal, que je sente, Et vueille, ou non, a mon contraire aymer 4.

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