Jardin de Plaisance, fol. 123 t
C'est des accomplis Voultrepasse,
DIZAINS CCXXX-CCXXXI
Pourquoy ? dis tu, tremblant d'un ardent zele, Pource, respond, que ton oeil, Damoiselle, Et ce divin, & immortel visage Non seulement les hommes brûle, & gele : Mais moy aussi, ou est ta propre image.
Incessamment mon grief martyre tire Mortelz espritz de mes deux flans malades : Et mes souspirs de l'Ame triste attire. Me resveillantz tousjours par les aulbades De leurs sanglotz trop desgoutément fades : Comme de tout ayantz nécessité, Tant que reduict en la perplexité, A y finir l'espoir encor se vante.
Parquoy troublé de telle anxiété.
Voyant mon cas, de moy je m'espouvante.
Deîie,
Tout le repos, ô nuict, que tu me doibs % Avec le temps mon penser le dévore :
Et THorologe est compter sur mes doigtz ^ Depuis le soir jusqu'à la blanche Aurore. 5 Et sans du jour m'appercevoir encore,
Je me pers tout en si doulce pensée, I io8]
Que du veiller l'Ame non offensée, Ne souffre au Corps sentir celle douleur De vain espoir tousjours recompensée lo Tant que ce Monde aura forme, & couleur.