‹ Delie, object de plus haulte vertu;Chapitre 361 sur 372 · Allusion aux prétentions de Charles-Quint · texte numérisé non relu

Allusion aux prétentions de Charles-Quint

DIZAINS CCCCXXXVI-CCCCXXXIX 297

CCCCXXXVIII

Que je me fasche en si vain exercice, Comme le mien, certainement [le] fais : Veu mesmement que d'un si long service Ne voy encor sortir aulcuns efFectz.

Et si je quitte & le joug, & le faix, J'eschappe a doubte, espoir, ardeur, attente, Pour cheoir es mains de la douleur lattente, Et du regrect, qu'un aultre aye le prys De mon labeur. Dont en voye patente Sàulver me cuyde, & plus fort je suis pris.

CCCCXXXIX

Bien que raison soit nourrice de l'ame, Alimenté est le sens du doulx songe

CCCCXXXVIII. — 2. 1^44 porte certainement fais (faute évidente). J'adopte la leçon de 1^64, — 8. regret

DELIE

De vain plaisir, qui en tous lieux m'entame,

Me pénétrant, comme Teau en Tesponge ^

Dedans lequel il m'abysme, & me plonge

Me sufFocquant toute vigueur intime. [200 J

Dont pour excuse, & cause légitime Je ne me doibs grandement esbahir, Si ma tressaincte, & sage Dyotime ^ Tousjours m'enseigne a aymer, & hair.

Resplendissantz les doulx rayz de ta grâce, Et esclairantz sur moy, mais sans effroy. De mon cœur froid me rompirent la glace Indissolvable alors, comme je croy, Par un espoir d'un gratieux ottroy, Que je m'attens de ta grâce piteuse.

Mon ame ainsi de sa paix convoyteuse Au doulx séjour, que tu luy peulx bailler, Se reposant sur ta doulceur honteuse Ne se veult plus en aultre travailler.

CCCCXXXIX. — 10. hayr CCCCXL. - I. raiz (T)

1. Image empruntée à Speroni, fol. 14 v° : « Vorrebbe lo amante non abbracciare la cosa amata, ma vivo et intiero per entro lei penetrare, non altramente che l'acqua passi la spugna »

2. Platon, Banquet, — Castiglione, CortegîanOy éd. Cian, p. 499 : « Socrate istesso confessa, tutti i misteri amorosi che egli sapeva,

essergli stati rivelati da una donna, cha fu quella Diotima » — Dans

Speroni (fol. 22 v°), Gratia demande à Tullia d'être une nouvelle Diotime : « Non altramente, che ne dialoghi di Platone, si faccia quello di Diotima. Laquai cosa, acciô si faccia con vostra gloria, insegnateci in che manière Vamante, amando la cosa amata, imva lei ad amare, & comc esser possa che alcuna volta la cosa amata^ atnando, odii & voglia maie air amante. »

DIZAINS CCCCXL-CCCCXLII

Doncques après mille travaulx, & mille',

Rire, plorer, & ardoir, & geler :

Apres désir, & espoir inutile,

Estre content, & puis se quereller.

Pleurs, plainctz, sanglotz, souspirs entremesler,

Je n'auray eu, que mort, & vitupère !

Qui d'Amour fut par sa voulenté pere A plus grand bien, & non a fin sinistre, M'à réservé voulant qu'a tous appere Que j'ay esté de son vouloir ministre.

CCCCXLII [201]

Pourroit donc bien (non que je le demande) Un Dieu causer ce vivre tant amer^ ?

Tant de travaulx en une erreur si grande. Ou nous vivons librement pour aymer ?

O ce seroit grandement blasphémer Contre les Dieux, pur intellect des Cieulx. Amour si sainct, & non point vicieux.

Du temps nous poulse a éternité telle,

1. Ce dizain, comme les deux suivants, est em-pmntésiVi Dialogue d'Amour de Sperone Speroni, fol. 17 v*' : « Dunque dopa mille fatiche, & mille affanni amorosi, dopa Vardere, & Vagghiacciarey dopo Vire, gli sdegni, la gelosia, dopo i sospiri, dopo le lagrime^ dopo la povertà, dopo la infamia del mondo, e finalmente dopo la morte, altro non harà Vhuomo acquistato,

che l'essere eguale ad un cane? » Comme il lui arrive souvent,

Scéve ne suit pas son modèle jusqu'au bout.

2. C'est une de ces « questions d'amour » qui se posaient alors dans les conversations mondaines, et que nous trouvons discutées dans les romans de l'époque. Voir par exemple Dialogue treselegant intitulé le Peregriny Paris, 1535. Aux fol. 139 sqq. est agitée la question de savoir si Amour est Dieu ou non. — C'est encore Speroni (fol. 13 v°) que suit ici M. Scève : « Deh ptio egli essere, che uno Iddio sia cagione di tanti errori^ & di tanti maliy in quanti noi incorriamo in amare ? — Molza : Gli errori

DELIE

Que de la Terre au Ciel délicieux

Nous oste a Mort pour la vie immortelle.

CCCCXLIII

Combien qu'a nous soit cause le Soleil Que toute chose est tresclerement veue : Ce neantmoins pour trop arrester l'œil En sa splendeur Ion pert soubdain la veue ^ .

Mon ame ainsi de son object pourveue De tous mes sens me rend abandonné, Comme si lors en moy tout estonné Semeles fust en présence ravie De son Amant de fouldre environné, Qui luy ostast par ses esclairs la vie.

CCCCXLIV Nature au Ciel, non Peripatetique ^, CCCCXLIII. — 2. veue — 4. perd — veiie — 5. pourveue

8c i mali nascono da noi soli : clie Amore da se non è d'altro che di bene cagione. Per laqualcosa in cielo tra Dei, che sono puri intelletti, puro, & ottimo è l'amor loro »

1. Cf. DeliCy diz. 24. — Pétrarque, son. Conohhi quanto il ciel :

E per haver huom gli occhi nel sol fissi, Tanto si vede men, quanto più splende.

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