‹ Déménagé d'hier; comédie-vaudeville en un acteChapitre 23 sur 33 · RAVIN ART · texte numérisé non relu

RAVIN ART

Oui, une femme. (Lisant.) « Une femme delà forme et qualité qui suivent :...

FRASQU1TA.

Comment, monsieur.

RAVINART.

Ne me scindez pas. Je vous l'ai dit, c'est une commande à mon correspondant. (Lisant ) « Je veux que ladite femme ait de beaux yeux : un caractère aimable, et, par-dessus tout, une réputation sans tache. Qu'elle soit jolie et bien proportionnée ; de la récolte de 1833 à 183ft, c'est-à-dire vieille de dix-huit à dix-neuf ans. Fruit du Midi. » (S} interrompant.) Les voyageurs s'accordent a les trouver très-savoureux, les fruits du Midi, c'est pourquoi j'étais bien aise d'avoir une épouse de ce crû, et n'ayant pas le temps d'aller la choisir sur racines...

FRASQUITA.

Mais, monsieur.

RAVINART.

Ne me scindez pas. (Lisant.) « L'expédier et l'assurer contre les périls de la mer. »

FRASQUITA.

Allons donc !

ravinart, continuant.

« Si elle arrive bien conditionnée comme dessus avec une lettre d'expédition... je m'engage... » (Parlé.) Voici le point capital. (Lisant.) ((Je m'engage à faire honneur à ladite lettre et à épouser la jeune personne à quinze jours de vue. »

FRASQUITA.

Mais c'est une plaisanterie.

RAVINART.

Nullement; j'ai fait usage du dialecte commercial, parce que c'est la seule langue de mon correspondant, négociant de naissance et invétéré. »

JULIA

Kst-ce qu'on expédie une femme comme un ballot?

RAVINART.

Mon épouse doit faire vapeur actuellement avec une force de trois cent cinquante chevaux.

FRASQUITA.

Eh bien ! vous allez écrire a voire correspondant d'arrêter son envoi.

RAVINART.

Ah I ah ! vous ne le connaissez pas. Il m'est arrivé un jour de lui contre-mander quelque chose, s'avez-vous ce qu'il me répondit, dans un style cornélien : « Monsieur, je ne suis pas un Polichinelle. Vous prendrez livraison des vingt-cinq barriques d'huile commandées par vous, ou j'arrive moi-même et je vous les fais avaler! » Vingt-cinq barriques! et de l'huile à brûler! Comme je ne suis pas une Carcel, je m'exécutai, ainsi que je vais encore être obligé de le faire.

Eh bien 1 si nos prières ne suffisent pas, notre oncle saura vous contraindre.

RAVINART.

Mais, nom d'un petit bonhomme, que voulez- vous que je fasse? Il faut que j'y aille gaiement, ou Ton me traîne à l'autel.

FRASQUITA, à Julid.

Et tu le souffrirais !

JULIA

Tu t'y opposeras.

FRASQUITA.

Arrache-lui donc les yeux.

RAVINART.

Non pas ! j'en ai besoin... (galamment) pour vous admirer.

julia , Relançant vers lui.

Je ne sais ce qui m'empêche...

RAVINART.

C'est moi... (Il lui arrête les mains.)

frasquita, venant à lui froidement, les bras croisés.* Et si je vous poignardais ?

RAVINART.

Oh ! ceci n'est point dans nos mœurs.

FRASQUITA.

Vous savez que nous sommes Espagnoles.

ravinart, à lui-même. Des Andalouses !

* Julia, Frasquita, Ravinart.

SCÈINE X. 25

FRASQUITA.

Et que dans notre pays les femmes se vengent.

RAVINART.

L'aube se dessine, oublions ce qui s'est passé entre nous. Je ne sais ce que j'ai fait de mon gibus.

frasquita, le frappant d'un petit poignard qu'elle a pris dans sa poche.

Tiens !

RAVINART.

Eh bien î eh bien !

JULIA

Frasquita !

RAVINART.

Elle a déchiré mon habit ! un vrai poignard. (Très-êmu.) Ah! mais! ah I mais! (Réfléchissant.) C'est assez flatteur... ça pose un gentilhomme. (Il tire avec satisfaction la ouate qui apparaît à la déchirure de son habit.)

FRASQUITA.

Epouserez-vous ?

RAVINART.

Nous allons recommencer ?

Oui ou non ?

JULÏA.

Frasquita ! (Elle lui prend le poignard et le jette à terre devant elle.)

ravinart, allant vivement poser le pied sur le poignard. Hé bien ! non ! de mon vivant jamais ! je me redresse sous le poignard ! Qu'est-ce que vous venez me chanter après tout ? Mesdemoiselles, quand on va chez Vaucanu, il est douteux, je vous le dis, qu'on ait un cœur de Lucrèce; et j'ai bien l'honneur de vous saluer. (Il veut sortir , Julia et Frasquita l'arrêtent et le ramènent.)

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