A L’EMPEREUR MATHIEU CANTACUZÈNE
Qui, en effet, fuira celui qui est bon et doux ? ou plutôt qui ne considérera comme un avantage de servir un homme pareil ? Pour moi, je maudis ceux qui t’ont calomnié, en disant que tu te mets facilement en colère, et je m’en veux à moi-même d’avoir cru en des gens qui mentaient si manifestement. Je ne te demande pas pardon pour m’être laissé tromper : tes lettres, en me prévenant, me l’ont déjà accordé, mais je promets qu’à l’avenir je penserai de toi ce qui est la vérité et si quelqu’un cherchait à me faire changer d’avis je ramasserai des pierres contre lui. De plus, comme tu m’y invites toi-même, je renouerai bien vite notre vieille amitié et je tâcherai de corriger le passé par l’avenir. Ainsi, il sera évident que je trouverai mon ancien maître encore meilleur; il me donnera Aussi auprès de lui cette liberté de parole dont jouissent ceux qui lui sont dévoués, il tiendra pour gens de rien ceux qui cherchent à me calomnier et il m’ouvrira complètement, comme un port, sa pensée. Cette attitude sera digne de tes autres vertus, et en même temps, tu te montreras juste, en imitant dans tes relations avec moi l’empereur ton père qui, m’ayant accueilli encore tout jeune1, ne crut jamais que ma compagnie était celle d’un homme jeune, mais même l’estima meilleure et plus utile et pour lui et pour l’état que celle des hommes âgés, et jamais personne n’eut l’audace d’émettre un jugement contraire au sien. Rends-moi donc heureux de la sorte et en particulier par les bonnes nouvelles que j’espère voir arriver bien vite : qu’on a châtié les Barbares qui étalent leurs vilaines orgies, qu’on a mis fin à leurs insolences et que la Laconie est gouvernée aujourd’hui par des lois meilleures et plus sages que celles de Lycurgue. Cette œuvre, nous avons tous confiance que tu pourras l’accomplir avec l’empereur ton père qui te guidera pour ce que tu dois faire, et toi, l’empereur, son fils, collaborant avec lui. Quand il accourra auprès de toi, son apparition te remplira de joie et il aura en toi un bon spectateur devant qui étaler sa vertu.
i. C’est une preuve de plus que Cydonès, lorsqu’il entra au service de Cantacuzène, était encore tout jeune. Il le dit encore plus clairement dans son Apologie (cf. p. xiii).
A L’EMPEREUR MATHIEU GANTAGUZÈNE
NOTICE HISTORIQUE SUR LES LETTRES 3o-4o
Les lettres suivantes (du n° 3c au n° 4o) se rapportent à un épisode très important de la vie de Manuel Paléologue : les événements postérieurs à l’affaire de Serres et à la prise de Thessalonique par Khaïreddin-pacha. Les renseignements que l’histoire nous a transmis à ce sujet sont peu nombreux : à l’approche de l’armée turque, Manuel se serait enfui auprès de son père; repoussé par celui-ci, il se serait ensuite rendu auprès de François Gattilusio, à Mitylène ; puis il aurait demandé et obtenu le pardon du Sultan qui aurait invité aussi Jean V à pardonner à son fils et à le renvoyer comme gouverneur à Thessalonique. Les lettres de Cydonès nous donnent des renseignements plusdétaillésetsurtout nouveaux. Ces lettres sont tou tes contemporaines des événements dont elles parlent : elles sont donc une source historique de haute valeur. Les détails qu’elles nous donnent sont les suivants :
i° Manuel est à Thessalonique après la prise de la ville; il ne sait où se réfugier : se rendra-t-il auprès de son père? Mais celui-ci est en colère contre lui et il a posé comme condition pour le recevoir qu’il ne se présente qu’avec un très petit nombre de personnes, et qu’il se sépare de ceux qui, à ses yeux, sont les plus responsables de ce qui s’est produit. Ira-t-il avec les siens dans le Péloponèse? Dans ce dernier cas, Cydonès prévoit une lutte entre Manuel et son frère Théodore qui gouvernait le Péloponèse depuis 1 383 .
2° Une réunion a lieu dans le palais impérial pour décider du sort de Manuel ; Cydonès n’y est pas convoqué: son amitié pour Manuel le rend suspect. Cydonès conseille à Manuel d’accepter les conditions fixées par son père et il lui déconseille de se rendre dans le Péloponèse.
3° La présence à Lesbos de Manuel auprès de François Gattilusio. Cydonès même avait écrit à Gattilusio pour l’en-
8a NOTICE HISTORIQUE
gagera recevoir amicalement Manuel. Ce séjour à Lesbos est déjà connu par l’histoire : Cydonès même en parle dans la lettre x 47 à Manuel Paléologue. Cydonès déclare à Manuel qu’il ne doit pas se faire d’illusion : son père est fort irrité contre lui.
4° La présence à Lemnos de Manuel où il semble être relégué (cf. aussi lettre 1 43) . Cydonès n’a pas même pu saluer Manuel au moment de son départ, tant on le surveille de près. Cydonès souhaite à Manuel de voir la colère de son père se calmer.
5° La présence dans le Péloponèse de Manuel et la lutte entre les deux frères (Manuel et Théodore) que Cydonès avait déjà prévue, lorsqu’il déconseillait à Manuel de se rendre là-bas.
6° Cydonès s’est éloigné de la cour ; il ne pouvait plus y rester : il était mal vu et on ne cessait de le soupçonner.
Je ne prétends pas classer ces faits chronologiquement, je me contente de fixer des faits et des événements dont la réalité historique est certaine. Car les renseignements de Cydonès sont précieux à deux points de vue :
i° Pour les faits mêmes : il nous donne des renseignements inédits qui présentent sous un jour nouveau les faits.
2° Pour le désaccord entre les historiens au sujet de la date de l’occupation de Thessalonique par Khaïreddin-pacha : les renseignements de Cydonès font voir que la ville n’a pu être occupée avant 1 383 , année où Jean Y Paléologue envoya son fils Théodore comme despote dans le Péloponèse. Or Manuel était encore à Thessalonique, évidemment immédiatement après la chute de la ville, lorsqu’il songeait à se rendre dans le Péloponèse où Cydonès prévoyait que sa présence aurait entraîné une lutte avec son frère Théodore. Thessalonique serait donc tombée au pouvoir de Khaïreddin-pacha entre 1 383 et — au plus tard — 1387, date extrême de la mort de François Gattilusio (cf. p. 208) et de Khaïreddin-pacha1.
1, Cf. M. Hammer, Geschichte der osmanischen Reiches. Pest, 1827, t. I-II, et traduction française par M. Docher, Paris, i844, p. 260.
Cydonès est loin de son ami (Manuel) et le père de celui-ci (Jean V) le soupçonne à tort. Il n’a même pas été appelé au conseil convoqué pour décider du sort de Manuel. Celui-ci voudrait aller dans le Péloponèse. Cydonès l’en dissuade ; le Péloponèse ne peut suffire à tant d’habitants. Manuel s’exposerait au danger d’une lutte avec son frère (Théodore). Qu’il revienne, au contraire, auprès de son père ; qu’il songe à sa mère (Hélène) et ne trouve pas excessives les conditions que lui impose son père pour la réconciliation (se séparer de ceux qui l’ont mal conseillé). L’empereur est âgé et il a besoin de lui; Manuel une fois revenu retrouvera le crédit et sa puissance d’antan.
Si même, au lieu d’être tout simplement un conseiller, j’étais un prophète et ce qu’Homère accorde à Chalchas, le « meilleur des augures », même tel, je ne pourrais aujourd’hui te donner mon avis sur des faits aussi graves, à propos desquels tu délibères. En premier lieu, pourrais-je te donner un conseil qui échappât à ta réflexion, d’autant plus que les faits actuels, à propos desquels il faut prendre une décision, ne permetteut pas de pencher d’un côté ou de l’autre, mais plutôt des deux côtés à la fois. Aussi ne voit-on clairement ni ce qu’on doit éviter ni ce qu’on doit choisir, car le poids de la décision, entraînant dans les deux sens, obscurcit le jugement de celui qui conseille. En second lieu, comme j’ignore à peu près complètement ce qui se passe là-bas et ce qui se passe ici, il est naturel que je puisse être assez hésitant sur le parti à conseiller, car, entre vous et moi, il y a bien des « montagnes ombreuses et la mer bruyante », qui m’empêchent de savoir même par courriers les conditions dans lequelles vous vous trouvez. Aussi, que pourraisje savoir de vous, étant si loin de vous ! Je suis aussi complètement tenu à l’écart de ce qui se passe ici : car, non seulement je n’assistais pas au conseil convoqué pour décider de ton sort (et, cependant, on avait convoqué non seulement les neuf archontes mais aussi des gens qui n’avaient jamais
Procul est Cydones ab amico suo (Manuele) eiusque patris (Joannis V) falsa suspicione premitur : ita factum est ut ad concilium ubi de Manuele consulebatur vocatus non sit. Manueli suo suadet ne in Peloponnesum se conférât ; Peloponnesum tam multos homines alere non posse ; fore ut Manuel in discrimen belli cum fratre suo (Theodoro) adducatur ; aliud agitur consilium capiendum ; ad patrem Joannem confugiat ; matris suae (Helenae) memoria ac pietas eum tangat ; ne graviores existimet condiciones illas quas pater statuerit ad firmandam concordiam, scilicet ut improbos consiliorum ministros a se removeat ; patrem iam aetate provectum filii auxilio atque praesentia egere ; pristinam auctoritatem atque gratiam, si redierit, rursus Manuelem consecuturum.
Ούκ εΐ των απλώς μόνον συμβούλων, άλλ3 εί καί των A μάντεων τις ετύγχανον ών, καί ο Κάλχαντι δίδωσιν “Ομηρος, οιωνοπόλων δχ3 αριστος, ούδ’ αν ούτως είχον νΰν εισενεγκειν σοι γνώμην περί τηλικούτων βουλευομένω. Πρώτον μέν yàp τί ποτ3 αν ύπ3 εμού δυνάμενον εύρεθήναι 5 τήν σήν εκφύγοι διάνοιαν, άλλως τε καί των νΟν πραγμάτων, ύπέρ ών βουλεύεσθαι δεΐ, ούκ επί θάτερα μάλλον ή επ δμφω τήν ροπήν δεχόμενων ; ώς εντεύθεν μήθ3 ο φυλάξασθαι μήθ3 δ δέον έλέσθαι γίνεσθαι δήλον, τής έφ3 έκάτερα ροπής άδηλον τήν κρίσιν τω συμθούλω ποιούσης· επειτα καί τώ ίο των τε εκεί των τε ενταύθα παντελή σχεδόν αγνοιαν εχειν, εικότως αν οκνηρότερος πρός τό συμθουλεύειν γενοίμην εμού τε γάρ καί υμών πολλά μεταξύ ούρεά τε σκιόεντα θάλασσά τ3 ήχήεσσα, ύφ3 ών καί τό δι3 αγγέλων γούν γινώσκειν εν οΐς Ιστέ κωλυόμεθα- ώστε τί αν περί ύμών ι5 είδείην, ύμών τοσοΰτον είργόμενος ; τών δε ενταύθα γινο-
Sources AU.
Tit. : τω βασιλεΐ Μανουήλ Ιίαλαιολόγω ex hac epistula et ex aliis collegi : anepigrapha codd.
fait partie du Conseil), mais on avait même donné l’ordre de me fermer les portes, comme on ferme les temples aux homicides. Et l’on voulait, si cela était possible, que je restasse même dans l’ignorance des nouvelles qui couraient aussi sur les places. Aussi, à ce point de vue, je n’ignore pas moins ce qui se passe ici que ce qui se passe aux antipodes. Dans ces ténèbres aussi épaisses, que pourrait-on dire qui fût utile? et surtout lorsqu’on doit décider de ton sort à toi, envers qui non seulement on serait inhumain si l’on te nuisait par ses suffrages, mais aussi si l’on ne t’aidait pas, en te conseillant ce qui est possible, on ne saurait échapper au reproche d’avoir privé un ami de ce qu’il est juste de lui donner. Aussi ai-je renoncé à conseiller d’autres et j’ai prié la Bonté divine, la Providence pour ton salut ; c’est d’elle seule, à mon avis, dont tuas besoin, dans ta situation présente. Mais puisque tu as décidé de m’honorer même de cette manière et que tu as voulu que moi aussi je te dise ce que je pense de ta situation, convaincu que je te donnerai un avis inspiré plus par la bienveillance que par l’habileté, j’ai cru injuste de me taire à ce sujet, car je juge que s'il n’est pas possible d’employer sa science, du moins c’est un devoir de témoigner toujours sa bienveillance à ses maîtres.
Je dis donc qu’il est d’un homme de bon sens, parmi plusieurs biens qui lui sont proposés de choisir le meilleur, et lorsqu’il s’agit de choisir entre des maux, de préférer le moindre. Quant à nous, si jamais un jour Dieu nous donne de choisir le bien le meilleur, il peut le savoir, lui qui donne aux hommes et les biens et le moyen de les juger; mais, pour le moment, il faut tâcher de nous délivrer de l’excès des maux qui nous entourent, en estimant que c’est déjà un gain suffisant de ne pas être complètement submergés.
Pour toi, donc, puisque rester est une chose impossible et que de trois choses, une seule doit être choisie, personne, qui t’aime, ne saurait te conseiller de luir chez des peuples étrangers, avec lesquels tu ne t’es jamais rencontré, et à cause de la longueur infinie de la route, et à cause des difficultés, parce que l’on traverse partout au milieu des soup-
4ο-4 ι τό ιών κακών A : τών κακών τό U || 48 τούς A : om U.
çons une terre étrangère, parce que ceux qui t’accueilleraient, ignorant complètement ton rang, te traiteraient comme n’importe lequel des premiers vagabonds venus ou de ceux qui sont dans le besoin et que, s’ils te connaissaient, ou se montreraient insolents envers toi, qui aurais besoin de leur aide, ou même te tendraient des pièges ; pour ces raisons, je nevois pas comment te conseiller de franchir les frontières, en sachant surtout que les nôtres et ceux qui t’accompagneraient dans ta fuite ne sont absolument pas habitués ni disposés à rester aussi longtemps loin de leur patrie. Ils préféreraient manger la galette chez eux et gémir enfermés avec leur femme et leurs enfants plutôt que de goûter chez les autres les délices de Sybaris. Ces gens-là, je crois, même repus, se souviendraient, je ne dis pas des marmites, mais .de l’ail d’Egypte et te créeraient des ennuis, en soupirant après la fumée d’Ithaque. C’est la pire des choses qui puisse arriver à un homme qui, après l’aide de Dieu, a comme consolation la seule affection de ses amis. Et, par ailleurs, comment le Péloponnèse, qui a peu de ressources, insuffisantes même pour ceux qui l’habitent déjà, pourrait-il te recevoir, si tu y pénètres avec autant de gens ? Il serait donc nécessaire ou que ceux de là-bas ayant partagé avec vous ce qu’ils ont, vous périssiez les uns et les autres ensemble mutuellement ou que pour la possession de ces biens vous et eux vous vous jetiez les uns contre les autres et en veniez aux mains, de manière à effacer aux yeux de la postérité même la victoire Cadméenne. J’ai entendu dire, pour ma part, que même celui qui aujourd’hui nous dévaste, ne te verrait pas avec un grand plaisir passer dans le Péloponèse et qu’il t’enverrait, une fois même que tu serais arrivé, des gens pour t’importuner et pour rendre ta situation là-bas encore plus pénible qu’à Thessalonique. Il est bien difficile de tenir bon, quand on est frappé et par devant et par derrière; et bien d’autres personnes pourraient te montrer les dangers que comporte ce voyage. Il te faut donc renoncer à te rendre là-bas. Il te reste donc à te confier à ton père, qui est en même temps ton empereur, non seulement parce que c’est
la chose la plus sûre, au milieu de tant de malheurs, mais parce qu’elle est la plus douce et la plus utile en soi-même. Car un père n’a rien de plus cher que son fils et un fils ne vénère personne plus que son père et il n’est rien en qui il lui convient d’avoir une plus grande confiance. Si même quelque fait antérieur et désagréable a semblé vous séparer pour quelque temps, une fois que vous vous trouverez de nouveau en présence l’un de l’autre, la nature y remédiera aisément, car il est impossible qu’elle soit longtemps en conflit avec elle-même. Et cela fait, point n’est besoin de penser aux frais de nourriture et aux autres dépenses que tu es obligé de faire chaque jour ; car il a promis de te faire héritier de tout ce qu’il a, après ton retour, et ta dignité sera plus stable, car personne n’osera s’opposer à la volonté de l’empereur. Et puis, tu verras aussi ta mère l’impératrice si digne de tout honneur, qui fait fi de toutes les choses humaines, ne désire que toi et pour qui ta vue seule semblera remplir tous les vœux. Reviens seulement et montre que tu as décidé de céder à ton père et empereur et que tu veux te montrer obéissant à ses ordres. Et ne crois pas que c’est un déshonneur pour toi s’il te commande de ne prendre que quelques serviteurs et de revenir avec eux, car tu ne dois pas penser qu’il le fait à dessein, dans le but d’amoindrir ta situation, mais parce qu’il croit purifier ainsi ta maison des hommes qui, à son avis, t’ont convaincu de te révolter contre lui et, en même temps, parce qu’il désire obtenir cela de toi comme un symbole de ton obéissance dans l’avenir. Et, s’il l’obtient, il s’efforcera de surpasser en générosité envers toi tous les espoirs que tous ont à ton sujet.
Voilà ce que m’a rapporté quelqu’un à qui, on le sait, rien n’est caché. Pour mon compte, je crois que sous peu, la nécessité l’y contraignant, l’empereur aura besoin de toi pour bien des choses, car l’âge et la maladie l’empêchent de compter désormais sur ses forces et il ne trouve pas facilement quelqu’un à qui se fier mieux qu’à toi ni à même, mieux que toi, de pouvoir réprimer les troubles causés par
ga ύπισχνουμένου correxi : υπισχνουμένω codd.
les Barbares. Ceux-ci seront nombreux et graves, car les circonstances, comme si elles avaient presque la voix, semblent nous le dire. Ainsi la nécessité le poussant et la voix du sang se joignant à elle, il n’est pas douteux qu’après l’empereur, c’est toi qui auras plein pouvoir et, après lui, tu exerceras ton pouvoir sur tous ceux que tu commandais auparavant. Fais peu de cas de ces grenouilles: aujourd’hui elles éclatent à force de crier, car chacun voudrait s’emparer de ta place auprès de l’empereur et se sert de ton absence comme d’une alliée pour fortifier les soupçons de l’empereur. Mais, une fois que tu auras paru, le crédit et le pouvoir reviendront à la nature et au fils, le serviteur cédera la place parce qu’il aura reconnu que pour lui il est plus utile de servir. J’ai été poussé à te dire ces choses, non pas parce que je jugeais bon de te conseiller à cause de mon expérience, mais parce que je trouvais qu’il aurait été ingrat de priver de mon avis le seigneur qui me le demandait. Et j’espère, toi aussi, tu ne verras dans ces paroles qu’une marque de bienveillance et tu accueilleras mon avis. Invoquant Dieu luimême pour te guider dans ta résolution, une fois décidé, tu agiras sous les auspices de la fortune.
(A GHRYSOBERGÈS ?)
A un ami qui est auprès de Manuel Paléologue. Cydonès lui conseille de fuir de Thessalonique dont les Turcs viennent de s’emparer. Cydonès espère que l’empereur (Jean V Paléologue) pardonnera à son fils (Manuel) et que celui-ci se rendra à Constantinople. Que son ami donc l’accompagne ; si, au contraire, Manuel décide de se rendre dans le Péloponèse, il est à craindre que le sort des|fils d’Oedipe ne se renouvelle pour ces deux frères (Manuel et Théodore) qui prendront les armes l’un contre l’autre. Dans ce cas, Cydonès invite son ami à venir auprès de lui à Constantinople tant que Constantinople sera dans la même situation que Thessalonique. Le pere (Jean V) commande a son fils (Manuel) de venir avec peu de gens : c’est qu’il veut le libérer des mauvais conseillers qui sont responsables de la chute de Thessalonique.
Amicum suum qui apud Manuelem Palaeologum versatur Cydones monetut Thessalonicam urbem relinquat, quae iambarbaro inservit. Sperat Noster imperatorem patrem (Joannem V Palaeologum) filio suo (Manueli)ignoturum, et Manuelem Gonstantinopolim venturum, quem ut sequatur amico suadet. Quod nisi fiat, si contra Manuel in Peloponnesum se conferre statuent, timendum erit ne Oedipodorum fatum in duos fratres invicem bellaturos (Manuelem et Theodorum) recidat : caveat igitur Cydonis amicus et Constantinopolim apud Nostrum accurrat, donec clades quae nuper Thessalonicam, Constantinopolim quoque percutiat. Quod autem pater (Joannes V) filio suo (Manueli) praecepit ut perpaucis comitantibus veniat, eo solum intendit ut illos consiliorum participes respuat quorum in caput Thessalonicae clades recidit.
ta5
Sources AU.
Tit. : τφ Χρυοοβέργτ] : conieci : anopigrapha codd.
A CIIRYSOBERGÈS
Je le sais, je te semblerai ennuyeux avec mes fréquentes exhortations sur les mêmes sujets, car tu me diras que si tu veux obéir, il suffit te le dire une seule fois et, si tu ne le veux pas, l’abondance de paroles est un ennui inutile. Mais, pour moi, du moins, je préférerais te paraître importun plutôt que de négliger quoi que ce soit de ce qui peut t’être utile. Te donner des conseils fréquents ne sera nuisible, j’en suis convaincu, ni à toi ni à moi; peut-être même mes paroles par leur insistance finiront-elles par te mieux disposer à faire ce que je te conseille. C’est bien, selon le proverbe, l’action des gouttes fréquentes sur les pierres. Au contraire, donner un conseil une seule fois, comme par acquit de conscience, ne pourrait ni sur toi ni sur un autre avoir un grand effet, surtout si l’habitude ou la violence de quelque autre passion tient celui qui reçoit le conseil et détourne ainsi la bonne volonté de celui qui le donne. Car on doit être satisfait seulement si celui qu’on exhorte cède à de nombreuses pressions et se laisse convaincre de faire ce qu’il doit. Aie donc la patience d’entendre de nouveau ce que déjà auparavant tu entendais. Tu dois fuir une ville, belle jadis et pour cette raison, aimée, et, qui plus est, ta patrie, mais qui aujourd’hui s’est livrée aux mains d’hommes impies ou, pour dire la vérité, qui s’est vue contrainte de se donner à eux, car on ne pourrait, en justice, l’imputer à la volonté préméditée des citoyens. Ceux-ci, dans les luttes contre le3 Barbares, ont donné des preuves de leur valeur et de leur intelligence : ils ont appelé des alliés, obéi à leur chef sans envie, sans jalousie, ils ont fortifié, pour ainsi dire, la ville par leur union et par leur bonne conduite réciproques, ils se sont occupés chacun plus d’elle que de leurs propres intérêts ; ils furent, cependant, vaincus, dans la suite, par un ennemi que personne, jusqu’ici, nous le savons, n’a vaincu. Mourir de faim est, en effet, la chose la plus misérable, a-t-on dit ; car, de même qu’il est impossible, à mon sens, de vivre sans respirer, de même il n’est pas possible que celui qui manque des aliments les plus nécessaires suffise à tout. Personne donc ne pourrait les blâ-
A CHRYSOBERGÈS
A CHRYSOBERGÊS
mer, et il serait équitable de les estimer malheureux et non coupables. C’est ce qui est arrivé et arrivera encore à bien d’autres, individus ou état, de surpasser ses adversaires en valeur et d’être vaincus par le sort. Il faut leur pardonner si quelques-uns, dans le peuple, se sont décidés à rester là et à supporter la servitude, car ils étaient déjà soumis à des maîtres et habitués à la misère et ils ne pouvaient, à cause de leur ignorance, prévoir les maux qui devaient les atteindre. Mais toi, quel raisonnement suis-tu pour qu’il puisse t’engager encore à rester dans une ville qu’on ne pourra dans l’avenir appeler de ce nom, car ce qui faisait sa supériorité a déjà disparu en partie et, quant au reste, même les traces seront effacées ; de plus, chaque jour, elle sera une cause de lamentations et de malheurs et elle ne cesse de rendre plus grande la douleur à cause des malheurs qu’on voit et à cause de ceux auxquels on s’attend. Pourras-tu l’appeler encore ta patrie cette ville où de tes parents et de toute ta famille tu as vu les uns mourir ignominieusement, où tu verras les autres mourir de toute manière plus ignominieusement ? Et toi, te joindras-tu à eux et accepteras-tu aussi de voir la destinée t’infliger en plus du sort d’un esclave la mort même? Une fois tombé, en effet, entre les mains cruelles des Barbares, il n’y aura aucun mal, comme il est naturel, auquel tu ne doives t’attendre, et de cela, non seulement la raison en fait foi, mais les faits de chaque jour en sont des preuves. Parmi les villes, en effet, asservies par ces Barbares, les unes ont été complètement dépeuplées, en quelque endroit que ce soit de la terre, et de ses habitants, les uns ont été vendus comme esclaves, les autres ont émigré dans les pays les plus lointains, tous ceux qui ont pu se soustraire au fer, à la prison et à la mort, conséquence inévitable des autres maux ; les autres (villes), qui semblent survivre, considèrent heureuses celles qui ont été déracinées dans leurs fondements et leurs citoyens voudraient que la terre s’entr’ouvrît pour les engloutir; ainsi, il n est pas de mal qu’ils n’éprouvent. Ce n’est pas moi qui voudrais parler de cela, moi qui suis déjà bouleversé à en entendre parler d’autres, moi qui ne puis
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pardonnera — , viens ici toi aussi, avec l’aide de Dieu, avec tes compagnons. Si, au contraire, vous préférez le Péloponnèse et si vous aimez mieux aller errant en tout lieu, accepte, pour l’amour de Dieu, le conseil d’un ami qui a un vif souci de tes intérêts. Ne suis jamais ceux qui te donnent ce conseil et, s’ils veulent faire prévaloir leurs décisions, ne t’associe en aucune façon à leurs périgrinations. Souviens-toi des fils d’Oedipe et de la victoire Cadméenne dont on parle encore de nos jours. Tous prédisent, en effet, que tel sera le sort des frères qui ont décidé d’habiter la même terre, et partageront nécessairement ce sort ceux qui sont avec l’un ou avec l’autre. Quant à errer en terre étrangère, c’est le fait d’hommes qui tenteraient de traverser à pied la mer en furie ; ce faisant, vous devriez continuellement avancer plongés dans l’eau et finalement, vaincus, sombrer là quelque part. Tout en leur souhaitant donc de voguer sous la conduite de Dieu, cherche, pour ta part, à te sauver, en accourant te réfugier auprès de moi dans la capitale. Si tu veux y demeurer, tu passeras agréablement, en attendant, tes jours, tant que les malheurs de Thessalonique ne nous atteindront pas nous aussi, car tout le monde est convaincu qu’après elle, les coups nous atteindront, nous; les Barbares, en effet songent à agir avec nous, comme le Cyclope. Mais si tu veux fuir aussi cette catastrophe et passer ton existence dans le calme, en t’embarquant d’ici, tu pourras atteindre beaucoup de ports et, de loin, tu verras submergés sous les eaux ceux avec lesquels tu aurais péri toi-même, si tu étais resté avec eux, sans avoir pu leur être utile en rien. Et ne te laisse pas troubler si l’empereur ordonne à son fils de ne revenir qu’avec ses serviteurs les plus indispensables : tu pourrais très bien être toi aussi de leur nombre ; et puis, il ne faut pas croire que l empereur ait dit cela sans rime ni raison, en parlant de tous, mais c’est la volonté d’un homme qui veut éloigner son fils de l’amitié d’hommes, que tous accusent et que tous rendent responsables des maux qui lui sont arrivés à lui et à la ville. Quant à moi, personne jusqu’ici ne m’a accusé et je crois, personne non plus dans l’avenir ne m’accu-
A CHRYSOBERGÈS
παυταχοΰ πλαυδσθαι κρατεί παρ’ ύμιν, πρός Θεού, δέξαι <ρΙλου σφόδρα των σώυ φρουτίζουτος συμβουλήν, μήτε τοις τοΟτο συμβουλεύουσι συνείπης ποτέ, καί κυροΰυ βουλομέυοις τα δεδογμένα μηδένα τρόπου τής αποδημίας αύτοΐς ιοο κοιυωυήσης, των Οΐδίπου παίδων καί τής μέχρι υΟυ άδομέυης Καδμείας νίκης μνησθείς. Ταύτά γάρ τοις άδελφοΐς άποβήσεσθαι πάυτες μαντεύονται τήν αυτήν οίκειν έγυωκόσιυ, ώυ άπολαύειν ανάγκη καί τούς εκατέρωθεν τεταγμέυους· ή δε περί τήν αλλοδαπήν πλάνη ανθρώπων έστί χοδ πεζή διά πελάγους τραχυυομέυου πειρωμέυωυ βαδίζειν ούτως ύμδς υφάλους συνεχώς δεήσει πορεύεσθαι, καί τέλος αυτού που καταδΟναι προσπταίσαντας. Έκείυοις τοίνυυ εύξάμευος πλεΐν ύπό Θεώ κυβερνήτη, αύτδς πειρώ σώζειυ σαυτόν, είς ήμδς καί τήν μεγάληυ πόλιυ άναδραμών οδ ιιο βουλόμευος μέν μέυειυ ήδέως διάξεις τό μεταξύ έως αν καί ημάς τα τής Θεσσαλονίκης κακά καταλάβη· πάυτες γάρ είσι πεπεισμένοι ώς μετ’ εκείνην εφ’ ημάς ήξει τα βέλη, των βαρβάρων τά τού Κύκλωπος δράσειυ είς ημάς μελετώυτων εί δε καί ταΟτα διαδρδυαι θελήσεις, καί τόυ n5 βίου έυ γαλήνη περάυαι, εντεύθεν άυαγόμενος πολλών ύρμωυ δυυήση λαβέσθαι, πόρρωθευ τούς καταποντιζομέυους όρων, οΐς συυών καί σαυτόν προσαπώλεσας αν, εκείνους μηδέν δυήσαι δεδυνημέυος. Καί μή σοι ταραχήν έμποιείτω, εί τούς άυαγκαιοτάτους μόνου των διακόνων | εχουτα τον iaol64r υιόν δ βασιλεύς έπανήκειυ κελεύει1 μάλιστα γάρ καί σύ τόν αριθμόν εκείνον πληροίς, έπειτα ου περί πάντων τούτο χρή υομίζειυ απλώς είρηκέυαι τόυ βασιλέα, άλλ’ είναι βουλομέυου τόν υίόν φιλίας χωρίζειυ άυδρώυ οΐς πάυτες έγκαλούσι, καί οΐς τά περί τούτου καί τήν πόλιυ συμβάντα 1 25 πάυτες λογίζονται1 ημών δε ούδείς μέχρι υΰυ κατηγόρησευ, οιμαι δ’ ούδ’ είς τό λοιπόν ήμιυ έγκαλέσειν ώστε θαρ^ούυτως έπανήκειυ σε δει δουλείαν τε φεύγουτα καί πράξοντα
ιοί κοινωνίας A : κοινωνήσεις U || 1 1 6 περάναι A : om. U || 122 εκείνον A: εκείνων U || 124 φιλίας -/ωρίζειν A: γωρίζειν φιλίας U.
A CHRYSOBERGÈS
sera : aussi te faut-il revenir avec confiance, fuir la servitude et faire ce qui te vient à l’esprit, sans te laisser entraver. Préférer mourir à la légère et inutilement avec la foule, je m’étonne qu’on puisse appeler cela autrement qu’une folie, car tout le monde, par nature, préfère son propre salut.
Cydonès a pu revoir son ami Manuel, mais pour un instant seulement; il n’a pu lui parler ni entendre sa voix. Manuel va partir pour Lemnos, où il sera condamné à une pénible oisiveté. Cydonès prie Dieu pour Manuel et espère que son père (Jean V) lui permettra bientôt de revenir l.
Qu’est-ce? J’ai aujourd’hui l’objet de mon désir en main, comme on dit, et j’en suis éloigné et la réalisation de mon vœu s’est changée pour moi en malheur? Le plaisir qui vient de la vue est inférieure au chagrin qui vient du silence. Car il ne suffit pas de voir de loin et d’être privé de la conversation pour laquelle on désirait aussi voir. Cela même, et surtout la vue, chagrine davantage lorsqu’elle se montre comme une apparition fugitive qui fait goûter à la douceur mais ne permet pas la conversation, ce qui est une joie plus grande. Ainsi j’ai éprouvé à peu près ce qu’éprouvent ceux qui regardent une belle statue et qui, ensuite, passent devant sans rien entendre ni rien dire. Mais ces gens, du moins, pourront s’éloigner sans emporter aucun regret de ce spectacle. De même que les ont charmés l’harmonie des proportions, l’art et la beauté de la statue, le silence de celle-ci ne saurait leur causer du chagrin, car, en venant, ils ne s’attendaient pas,
i. Sur ce séjour de Manuel dans l’île de Lemnos, il y a lieu de se reporter aussi aux lettres non publiées, nos 1 4 2 , 1 56, i5g (cf. Catalogue général). Ces lettres sont, vraisemblablement, adressées à Rhadènos, qui se trouve avec Manuel à Lemnos. Cydonès lui déconseille de suivre l’empereur qui cherchait peut-être à trouver un appui chez les Turcs.
A CHRYSOBERGÈS
Àmicum suum Manuelem Gydones revisit ; sed brevissimo tempore eius conspectu laetatus est, nec eum alloqui potuit ; nunc autem in insulam Lemnum profecturus est Manuel, ubi ingrato otio constrictus vitam aget. Deum igitur pro amico suo orat Noster eiusque patrem (Joannem V) ut in patriam redeat moi ei concessurum sperat.
Sources ABPU1 .
Tit. : τω βασιλεϊ κυρω Μανουήλ BP : anepigrapha AU1.
ι τόν ποθούμενον A : τόν πάλαι ποθούμενον BPU1 || 2 οικοΰντος Α: οΐκοΰντες BPU1 || 2-3 αντί A: om. BPU1; δυστυχίας A: δυστυχία BPU1 II 7-9 π,°ός ολίγον ... έώσα A : τω μέν πρός ολίγον φαίνεσθαι του μέλλοντος γεύουσα, τή δε σιγή καί των πληττομενων μάλλον κεντούσα τους έραστάς BPIJ1 || ίο μέν ίδουσι A : μέν πόρρωθεν ιδούσι BPU1 ; καλόν, επειτα A : καλόν, οία τά Φειδιου και Ζευξι6ος έργα, επειτα BPU1 || 12 έξέσται Α: ’έξεστιν BPU1 || άναχωρειν A : αναχιυρήσαι BPU1.
32 A. L’EMPEREUR MANUEL PALÉOLOGUE g3
non plus, du tout à entendre quelque chose d’elle. Tout le le monde le sait, la nature n’a pas donné de voix aux choses inanimées. Toi, au contraire, tu plongerais dans l’étonnement bien des gens, même si tu gardais le silence, car la beauté de ton âme qui resplendit même à travers ton corps, contraint ceux qui te regardent à l’admiration et ce qui est visible est tout à fait inférieur aux ornements du dedans et les trésors de ton âme sont plus beaux et plus grands que tes grâces extérieures. Nous qui y avons goûté, nous pleurons de n’avoir pas la possibilité de jouir de ta pensée, exprimée par ta bouche, mais d’en être tenu loin par ceux qui ne connaissent qu’une seule voie pour arriver: l’ignorance. Il n’est pas possible, même en leur faisant violence de parvenir jusqu’à toi, à moins qu’en se querellant pour t’approcher, on ne désire la mort. Ainsi il n’y a rien aujourd’hui d’assez grand pour contenir la jalousie. Les méchants la mettent en œuvre et les meilleurs même ne peuvent s’ en garder. Elle gâtait (déjà) dans le passé les choses des Romains et maintenant elle a tout détruit, elle a pénétré même dans les liens de la nature et elle cherche à les séparer par le moyen de ceux qui sont pleins d’elle, pour tout entraîner ainsi à une fin malheureuse. Mais contre ce fléau, il faut appeler Dieu, pour qu’il en soit le médecin. Il faut songer que la situation actuelle réclame l’aide de lui seul. Qu il nous ramène à notre situation de jadis ou, du moins, qu il arrête le mal où il est arrivé aujourd’hui et qu’il ne laisse pas éclater les maux auxquels tout le monde s attend. Lemnos même ne me laisse, à moi du moins, pas un seul moment de repos. Elle me prive de ce que j’ai de plus doux et à toi elle ne permet pas de faire valoir ta na ture, mais elle t oblige dans l oisiveté à t’occuper de choses puériles, toi, un tel homme ! Et je crains qu’aux maux de cette île, chantés par les poètes, il ne s’ajoute aujourd’hui quelque autre malheur nouveau. Mais quels que soient les ennuis qui pourront t’arriver là-bas, il faut tâcher de les supporter comme une nécessité et rendre grâce à Dieu, et il faut esperer le voir t accorder, comme récompense de ton
g3 A L’EMPEREUR MANUEL PALÉOLOGUE
ι5-ι6 παρ’ εκείνου A: om. BPU1 || ιη μεταδούσαν Α: μεταδιδοΰσαν RPU1 || 20 καί A : αλλά σοι BPU1 || 25 σοι A : om. BPU1 || 29 ουτος τά A : ουτος γάρ τά BPU1 || 34 νΰν A : καθ’ ήμας BPU1 || 34-36 καί ... δείξειεν A : om, BPU1 || 37 σέ A : σοι BPU1 || 38 τοΰν A : om. BPU1 Il 3g-4i ν.αί ... προστε0?( A : om. BPU1.
respect envers ton père, de revenir de là-bas avec honneur : Qu’il veuille bien me délivrer, moi aussi, de la tristesse que me causent les événement actuels, afin que je puisse, quel que soit l’endroit ou je sois, avoir la joie d’apprendre que les Yœux, que tout le monde fait pour toi, sont réalisés.
Cydonès voulait saluer son ami Manuel au moment du départ : il n a pu le faire ; sa presence aurait pu nuire encore plus à son ami cju a lui-meme. Manuel part pour Lemnos. Cydonès lui souhaite que 1 île soit pour lui un asile de paix, tant que son père (Jean V) ne déposera pas sa colère.
Ce n est pas la nuit ni la nécessité de faire de nuit un long trajet pour rentrer chez moi qui m’ont empêché de descendre jusqu au port et d honorer, comme il était juste, ta personne; mais ce qui m’a engagé à me retirer, c’était l’indicible esprit d intrigue de ceux qui ne connaissent qu’un moyen pour vivre : celui de nuire à autrui. Ceux-ci, avant tout, se font du mal à eux-mêmes parce qu’ils deviennent des méchants et des calomniateurs et qu ils semblent bien l’être et ils nuisent aussi à l’empereur, dont le soin, disent-ils, qu’ils ont de ses intérêts, leur fait exercer ce métier ingrat. Ils lui inspirent, en effet, une mauvaise opinion sur des hommes honnêtes, ils le privent de la bienveillance et, pourrait-on dire, de l’aide utile de ceux qu ils ont calomnies. Dans la crainte de ces gens-là, avant môme de t’avoir rendu cet hommage qui t’était dû, je me suis laisse convaincre par les nombreuses personnes qui connaissent ces hommes et qui me criaient d’être sur mes gardes, et je suis resté a l’écart, non pas parce que je pressentais qu il m’arriverait quelque malheur — mes intérêts ont déjà soufierten partie et le malheur est déjà fait, puisque 1 empereur en a ainsi décidé; peut-être, en effet, certains lui ont-ils annoncé, comme un oracle, que lorsque je n’y serai plus, les Romains retrouveront leur prospérité d’antan ; aussi
Manuelem suum proficiscentem Cyclones extremum visere cupiebat sed non potuit ; non sibi, sed amico suo timebat, ne ei obesset.
In insulam Lemnunn Manuel se confert ; vota facit Noster ut insula tranquillum otium et animi requiem ei praebeat, donec patris (Joannis) ira defervescat.
42 αναγκαία Α: άναγκαΐον BPU1.
Sources AU.
Tit. : τφ βασιλεΐ Μανουήλ Παλαιολο'γω ex bac epistula et ex aliis collegi : anepigrapha codd.
A L’EMPEREUR MANUEL PALÉÜLÜGUE
fait-il tout son possible pour que je le débarrasse — , ce n’est donc pas pour me préserver de préjudices à venir, mais afin que cette démarche ne soit pas pour toi une nouvelle cause de quelque ennui, je me suis fait violence et je suis resté à l’écart. J’aurais, toutefois, bien volontiers, accepté même d’en souffrir, si par là la communauté devait en retirer un avantage ; mais, je le vois, les malheurs d’aujourd’hui sont suspendus sur nos têtes des doux côtés. Les Barbares, en effet, ne se conduisent nullement avec plus de mesure avec nous, parce que je vis dans 1 obscurité ; pourtant, maintenant j’ai mis fin en très grande partie à mon activité, comme il a paru bon à Dieu et s’il reste encore quelque chose qui donne de 1 embarras, je remédierai moi-même à cela, en me condamnant a 1 exil. Ce sera, en effet, un bien pour les deux partis; eux, se sentiront allégés d un poids et pour moi, ce sera un avantage de me rendre chez des gens sages qui savent honorer la vertu chez les hommes et qui peinent rendre meilleur, dans son intelligence, celui qui vit avec eux. Donc, comme je le disais, ce n’est pas par crainte pour moi que j’ai négligé mon devoir, mais ce qui m v poussait c’est la crainte que, si 1 on t avait vu converser avec moi, cela aurait pu éveiller des soupçons en ceux qui épient tout et que cela ne devînt encore un grief contre toi. Aussi me suis-je contraint alors, tout à fait à contre cœur, à m’écarter, en maudissant qui en était la cause et en priant Dieu d’apaiser pour toi la mer et de rendre plus affectueuse envers toi l’âme de ton père, en le persuadant de fermer les oreilles aux paroles de ces gens maudits, de tenir la voix de la nature pour plus persuasive que leurs calomnies et de ne pas s’imaginer que leurs actes soient pour lui et pour ses sujets utiles ou agréables. Dieu m’entend faire ces souhaits pour toi nuit et jour. Puissent tes aflaires, dans 1 ile aussi, après ton débarquement, marcher selon tes désirs et Lemnos, l’avenir étant meilleur que le présent, te donner de quoi te consoler après tes longs tourments ! de sorte qu’après votre odyssée, vous puissiez avoir quelque répit et que moi aussi, au moins de votre côte, j aie quelque réconfort dans ma vie.
μενού (ίσως γαρ αυτω τινες εχρησαν όταν αυτός μηκέτ’ ω, τότε Ρωμαίοις τή ν παλαιάν έπανήξειν ευδαιμονίαν, καί διά τοΟΘ οττως εκ | μέσου γενοίμην πάντα ποιεί), ού τοίνυν 73 βλάβην εσομενην φυλαττόμενος, άλλ’ ΐνα μή σοι καί τούτο κακόν τι τέκη, εμαυτόν βιασάμενος, άπελείφθην. °Ομως ao εγω μεν ηδεως αν καί τήν ζημίαν δεξαίμην, εΐ τι παρά τοΟτο μέλλει τό κοινόν γένος εδ πράξειν- νΰν δε δρω ώς ετέρωθεν ήρτηται τά παρόντα κακά· εις ούδέν γάρ διά τήν εμην αδοξιαν μετριωτέρων νΟν των βαρβάρων πειρώμεθα' όμως των μεν έμων τά πλείω πέρας έχει τό δόξαν 25 Θεω· εί δέ τι καί άλλο μένον έτ’ ενοχλεί, καί τοΟτ’ αυτός ίάσομαι φυγής τιμησάμενος έμαυτφ. ΤοΟτο γάρ άμφοτέροις εξει καλώς· αυτοί τε γάρ άχθους άπαλλαγήσονται, κάμοί κέρδος οΐσει πρός άνδρας νοΟν έχοντας άφικέσθαι, άνδρων τε αρετήν επισταμενους τιμάν, καί τήν των συνόντων 3ο διάνοιαν άμείνω δυναμένους ποιειν. “Ωσθ’ όπερ έφην, ούχ ύπέρ εμαυτοΟ δεδιώς τό δέον παρέλιπον, άλλ’ ήν τό ελαΟνον μή τινα τό σέ μοι φανήναι διαλεγόμενον τοις πάντ’ έπιτηρουσι τούτοις υποψίαν εντέκη, καί σοι καί τοΟτ’ άντ’ εγκλήματος γένηται. Διά ταΟτα μάλα άκων 35 τότ’ ήναγκαζόμην άναχωρείν, καταρώμενος μεν τοίς αίτίοις, ευχόμενος δέ τφ Θεω ήμεροΟν μέν σοι τό πέλαγος καί τήν τοΟ πατρός δέ σοι γνώμην πραοτέραν ποιειν, καί πείθειν αυτόν τοις μέν καταράτοις κλείειν τά ωτα, τήν δέ φύσιν τής εκείνων διαβολής πιθανωτέραν ήγείσθαι, καί 4ο τούτων μήθ’ αύτω μήτε τοις άρχομένοις λυσιτελέστερα ή ήδίω νομίζειν. ΤοιαΟΘ’ ύπέρ σοΟ παρ’ ημών δ Θεός νύκτωρ τε καί μέθη μέραν ακούει’ γένοιτο δέ σοι καί τάν τή νήσω μετά τήν άπόβασιν κατ’ εύχήν, καί ή Λήμνος, δευτέρων τανΟν άμεινόνων, εύφραίνειν τι δυνάμενον μετά 45 τούς μάκρους πόνους διδοΟσα, ώς άν αυτοί τε μετά τήν Όδυσσέως άναπνεύσαιτε πλάνην, καί ήμίν παρά γοΟν των ύμετέρων εν τοίς Ιδίοις γίνοιτό τις παραμυθία.
46 μάκρους A : om. U.
Cyclones est bien affligé ; mais c’était inévitable: le Péloponèse ne pouvait suffire à ses habitants et aux nouveaux arrivés ; d’où la lutte qui a éclaté entre les deux frères (Manuel et Théodore). C’est une chose déplorable, mais ce n’est ni nouveau ni surprenant : on s’est battu aussi entre le père et le fils (Jean V et Andronic IV). Il ne reste qu’à prier Dieu pour leur réconciliation.
Cette lettre a une grande importance. Elle prouve que Manuel, après la défaite de Serrés, craignant la colère de son père et ne sachant où aller, envahit le Peloponèse et entra en guerre avec son frère Théodore qui était despote du Péloponèse depuis 1 383 ; ce sont là des faits ignorés de l’histoire. Cette lettre nous donne aussi un terminus post quem pour la prise de Thessalonique par Khaïreddin-pacha '.
Ils n’avaient besoin ni du trépied ni du laurier ceux qui voulaient prophétiser vos malheurs. Ç aurait été même une véritable folie que d’espérer le contraire de ce que nous voyons aujourd’hui. Comment le pays qui n’était pas même suffisant pour un petit nombre de gens aurait-il pu nourrir tant d’autres qui se sont ajoutés à eux ? Et les gens du pays trouvaient intolérable de se priver de leurs biens pour des étrangers et de souffrir la faim. Ainsi on s’attendait à ce qui est fatalement arrivé. Les premiers occupants n’ont pas abandonné leurs propriétés, les nouveaux venus jettent les yeux sur elles et cherchent le moyen de les leur voler pour vivre. Il y en avait parmi vous qui, même avant de s’embarquer, criaient qu’il fallait prendre les armes contre ceux qui occupaient le Péloponèse et qu’on ne pouvait supporter qu’un tel vive dans l’abondance, tandis que nous, nous allions servir ceux à qui
i. On sait combien la question de la première prise de Thessalonique par les Turcs a été controversée. Suivant Cydonès, la ville ne pourrait avoir été prise avant 1 383 : car Cydonès conseille à son ami Chrysobergès (cf. lettre 3i p. 87) qui est auprès de Manuel, de fuir de Thessalonique, et de ne pas le suivre, s’il veut se rendre dans le Peloponèse, où il prévoit une lutte entre Manuel et son frère, Ihéodore, qui succéda à Mathieu Cantacuzène, en i383.
AnEPIGRAPHA.
Magno atque acerbo dolore Cydones afficitur sed quod nuper evenit fatale erat nec evitabile malum : fieri nullo modo poterat ut Peloponnesus tam multos aleret homines, et qui iampridem regionem incolerent et qui nuper eam invadissent. Hinc luctuosissimum bellum inter fratres (Manuelem ac Theodorum) exortum : quod miserrimum est, sed nec novum nec mirandum. Nonne patrem et filium (Joannem V et Andronicum IV) inter se acriter pugnantes conspeximus ? Unus Deus est exorandus ut redeat concordia.
Magni momenti videtur epistola quam si diligenter perlegeris atque cum superioribus contuleris, Manuelem post apud Serras cladem acceptam patris iram timentem, quo confugeret dubitantem, Peloponnesum invadisse facile colliges, et cum fratre suo Theodoro, iam ab anno i383 Peloponnesi despota, arma conseruisse ; quae omnia adhuc ignorabamus. Et hoc quoque epistola docet : Thessalonicam urbem non ante annum i383 a Khaireddin « pacha » occupatam fuisse.
Sources ABU.
a ην AU : ή B II 3 γάρ AU : om. B |j 5 φορητόν AU : om. B ||
6 των οικείων έκστάντας AU : κοινωνήσαντας των οίκείων Β || η έξ ανάγκης AU : om. Β || ίο άναχθήναι AU : άχθήναι B.
SANS ADRESSE
auparavant nous commandions. Cela attira même des soupçons sur le gouvernement, qu’il est plus difficile de partager entre tous que pour des amants leur mignon. Et ne m’allègue pas les souffrances supportées en commun, le frère, la voix de la nature ; ces arguments sont d’un grand poids auprès d’autres, mais l’ambition a poussé même les pères contre les fils et a souillé les mains des fils du sang de leur père. C’est une loi pour ceux qui veulent commander, de s’ouvrir partout le chemin par l’épée. Ce n’était donc pas la marque d’un esprit savant et fertile de connaître et de prédire cela ; je m’étonne même plutôt que les malheurs soient moins terribles qu’on ne s’y attendait. Puisse le Sauveur mettre un terme aux difficultés présentes et les frères se reconnaître l’un l’autre et par leur union sauver aussi leurs sujets ! Que ta douleur soit diminuée par l’admiration que tous ont pour toi, parce que tu es décidé à partager le sort de tes amis malheureux. Si c’était l’appât du gain ou l’ignorance des malheurs présents qui t’avaient amené là, tu aurais bien raison de t’affliger, en voyant que les événements ont tourné contrairement à tes espérances ; mais si c’est en parfaite connaissance de cause que tu as choisi de supporter les maux présents, par affection pour tes amis, et ils te savent gré de cette décision, ta douleur n’a pas de raison d’être, puisque tu as atteint le but. C’est aussi l’opinion de l’excellent Sgyropoulos 1 et elle doit l’emporter car c’est celle d’un savant et d’un juge, qui prend soin de tes intérêts non moins que des siens.
11 est si loin de partager ta douleur et d’en pleurer, comme tu crois qu’il serait juste de faire, qu’il se réjouit et veut même danser pendant la comédie : tant tous ont fait savoir que toute peine supportée par affection pour ses amis est légère, à ton sens.
i. Personnage presque inconnu. Cf. p. 2i5.
97 SANS ADRESSE 34
ι3 δουλεύσοντα; AU : βουλεύσαντας B [| 1 5 ή ς AU : οί ς Β ||
2ΐ ποικίλης BU : πικίλλης A 1 1 3 1 ακριβώς AU : om B || 4o υμών AU : ημών B.
Manuel l’a invite à venir plus souvent chez lui. Cydonès lui répond que ce n’est pas possible : car leurs réunions sont suspectes à l’empereur (Jean V). Cydonès conseille à Manuel de se réconcilier avec son père qui donne des signes manifestes que sa colère cède.
Hier, en te quittant, des sentiments contraires occupaient en même temps mon âme, car le fait de déclarer que je devais, à l’avenir, venir plus souvent au palais impérial, afin que tu puisses jouir davantage de moi — c’est là un honneur supérieur à tous ceux qu’un empereur rend à scs sujets — me faisait plaisir et engageait ceux qui l’entendaient à concevoir de moi une meilleure opinion, si vraiment je suis capable de rendre encore plus doux même les empereurs par ma présence. Et certes, ce que précisément je me serais souhaité à moi-même, en te voyant juger bon de me le demander comme une faveur ajoutait vraiment beaucoup au plaisir que j’avais eu d’abord, comme si je ne sais quelle chance avait augmenté ma joie. Mais, de nouveau, une douleur me pénétrait et ne permettait pas au plaisir, que me donnait ce que j’ai dit, de durer longtemps ; il y aurait des gens qui, par jalousie, nous empêcheraient de nous rencontrer et nous accuseraient auprès de l’empereur. Placé entre ces deux pensées, je faisais des vœux pour la première et je craignais la seconde et je cherchais un moyen pour m’en délivrer par tous les moyens possibles. Je crois donc avoir trouvé ce qui, seul, nous conservera à toi et à moi le plaisir que nous tirons l’un de l’autre. Je le vois, l’empereur, aujourd’hui, ne croit plus aveuglément ceux qui te haïssent, mais déjà il a commencé à écouter la voix de la nature et il cherche à lui payer le tribut qui lui est dû. On peut le conjecturer d’après plus d’un de ses
i. Les manuscrits ne donnent aucune adresse : mais le contenu de la lettre ne laisse aucun doute sur son destinataire.
Ab amico (Manuele Palaeologo) invitatus quo saepius adeum accédât, respondet Nosterse ab imperatoris (Joannis V) suspicionibus impeditum ; sed Manuelem rursus hortatur ad reconciliationem ineundam cum pâtre, cuius ira iam defervescere Nostro videtur.
Έγώ χθες άναχωρών ά·π6 σοϋ, εναντίοις κατά ταύτόυ A είχόρην πάθεσι τήν ψυχήν τό ρέν yàp προειπείν σε mc·
Sources AU.
Tit. : τω βασιλεΐ Μα,ονήλ ΙΙαλαιολόγω ex hac epistula et ex aliis collegi : anepigrapha codd.
16 ρέν A : om. U.
actes actuels envers toi. Je crois donc que, si tu le demandais, il t’accorderait comme une faveur de me voir. Réconcilié pour l’avenir, en effet, avec toi, il aura confiance en toi comme en quelqu’un qui l’aime. Quant à moi, il le sait, s’il le veut, je ne ferai ni ne dirai rien qui ne lui plaise. Persuadé ainsi que, d’un côté comme de l’autre, notre compagnie est sans danger caché contre lui, il accordera complètement à son fils ce qui ne renferme rien qui puisse lui nuire.
Cydonès critique son ami (Manuel Paléologue) qui prend conseil de ceux qui l’entourent pour savoir s’il doit lui écrire ou non. Qu’il leur demande leur avis, s’il le veut, sur son retour : mais Cydonès est sûr que si Manuel les écoute, il ne reviendra jamais. Cydonès attend le moment propice pour s’embarquer. — Cette lettre nous semble écrite à Manuel Paléologue : les conseillers de Manuel sont les mêmes dont le père (Jean V) voudrait que son fils se débarrasse ; ils tâchaient donc d’éloigner Manuel de toute conciliation, et, naturellement, ils n’aimaient pas Cydonès.
Pour ce qui est du retour, prends conseil de toi-même et certainement tu trouveras ce que tu dois faire. Rien ne saurait t’échapper, puisque les sept sages ont examiné la chose avec toi. J’en suis convaincu, en effet, les conseillers, qui t’entourent aujourd’hui, ne sont pas inférieurs à ceux de l’Aréopage et ils te permettent de songer à toute autre chose qu’au retour. Sur ce point donc, puisse l’emporter la décision qui doit t’être la plus utile; néanmoins, il n’était pas juste que pour savoir s’il convenait de m’écrire, tu demandes conseil. Tu devais m’écrire de toute façon et dire que ceux qui t’engageaient à te garder de le faire radotaient. Mais, tu as soumis, semble-t-il, cela aussi à leurs avis et tu as juré de ne m’écrire que lorsqu’ils te le permettront. Autrement, étant donné le grand nombre de gens qui viennent de là-
Amicum suum (Manuelem Palaeologum) reprchendit Noster quod a circumstantibus consilium capiat utram Cydoni scribat necne : de reditu suo, si ita velit, Manuel eos consulat : sed pro certo habet Cydones Manuelem nunquam rediturum si eorum audierit consilia. In eo est Noster ut a patria solvat. — Manueli Palaeologo epistula nobis inscripta videtur : quem illi rerum ministri quos pater Joannes arcendos censet, ab inito conciliationis consilio impediunt et Cydoni quoque adversantur.
Περί μεν της επανόδου σαυτω διάλεξη, και πάντως ευρησεις ο δέον ττραχθήναι, ού γάρ αν σε έκφύγοι, των επτά σοφών ool συσκεπτομένων πείθομαι γάρ ούκ ελάχχους των εν Αρείω πάγω νΟν περιστηναί σε βουλευτάς, πάντα μάλλον ή νόστου μνησθήναί σε συγχωροΟντας. Περί μεν ουν τούτου νικώη τό σοι μάλλον συνοΐσον ού μήν εΐ καί έμοί γράφειν προσήκον δίκαιον ήν σε βουλήν προτιθέναι, άλλ3 εξ ανάγκης γράφειν, ληρεΐν ειποντα τους και χοΟτο φυλάξασθαι παραινοΟνχας· σύ δ3 ώς εοικε, καί τοΟτο ταις εκείνων ύπέθηκας ψήφοις, καί τότε γράψειν όμώμοκας, δταν εκείνοι κελεύωσιν ού γάρ
Sources AU.
Tit. : τω βασιλεΐ Μανουήλ Παλαιολο'γω et ex hac epistula et ex aliis collegi : anepigrapha codd.
bas, il ne pouvait arriver que tous déclarassent qu ils n apportaient pas pour moi de lettre de ta part, loutefois, si la dialectique de ces hommes a triomphé à tel point de ton raisonnement, je ne m’arrêterai pas au fait qu’il n’est pas juste de te voir être injuste à mon égard, en cherchant à faire plaisir à d’autres. Peut-être, en effet, aujourd’hui entreraistu même en guerre contre moi pour les écouter. Mais envoiemoi, au moins, une dernière lettre, déclarant que tu as décidé de ne plus m’écrire, de manière que je sache que j’ai été délaissé et que je garde le silence, moi aussi. Pour mes affaires, rien de nouveau. Gela va comme d’habitude et je reste à regarder la sombre mer et à m’informer pour connaître qui doit se rendre chez les Tyrrhéniens, qui à Rome. Maintenant, à cause des Vénitiens, tous les gouvernails sont sur les cheminées1, mais, après le lever des Pléiades, les pilotes, et nous avec eux, nous pourrons nous transporter partout.
Sans adresse.
Cydonès s’est retiré de la cour : il est heureux d’avoir retrouvé la tranquillité de sa vie privée ; la cour n’était plus faite pour lui, il ne pouvait tout y approuver ; ses relations mêmes avec l’empereur s’étaient refroidies; il vivra heureux de peu, et il ne réclamera meme rien de ce qui lui est dû.
Je me suis éloigné du palais et j ai ce que je désirais . je désirais vivre pour mon compte et m éloigner de ce qui est la cause de la situation présente, bien que, à la vérité, je n’aie jamais cessé de le blâmer. Cela même a été la cause de la négligence de l’empereur à mon égard, je le dis. Au reste, avoir l’air de m’en occuper en quelque manière que ce fût et, étant présent, supporter les scélératesses des autres me semblait pénible et complètement indigne d un homme qui sait
i. Phrase courante chez Cydones pour indiquer que la navigation est interrompue.
ioo A L’EMPEREUR MANUEL PALÊOLOGUE 36-37 αν, τοσούτων ερχομένων έκεΐθεν, ούδείς ούδέν Εφασκε παρά σου μοι γράμμα κομίζειν. "Ομως εί καί μέχρι τοσούτου των σων λογισμών εκράτησεν ή των άνδρων διαλεκτική, τδ μέν ως ού δίκαιον ετέροις σε χαριζόμενον ήμ&ς άδικεΐν έάσω- ι5 ϊσως γάρ νΟν κ&ν πολεμήσαις ήμΐν έκείνοις ττειθόμενος· πέμπε δέ τελευταία γουν γράμματα ως δέδοκται μηκέτι γράφειν δηλοΟντα, ΐν’ οΰτω γνόντες ως καταπεφρονήμεθα, σιγήσωμεν και αυτοί. Περί των έμων καινόν μέν ούδέν είμί δέ εν τοίς ειωθόσι, και κάθημαι είσορόων επί οΐνοπα 20 •πόντον, ζητών τις επί Τυρρηνούς, τίς επί ‘Ρώμην πλευσεΐται" νΟν μέν οδν υπέρ καπνού διά τούς Βενετικούς τά πηδόιλια πάντων- μετά δέ τάς Πλειάδων επιτολάς εξέσται τοΐς τε ναύταις καί ήμΐν μετ’ εκείνων πανταχόσε
ex. [
Anepigrapha.
circa i383-i38y.
Ex imperatoris regia secessit Gydones beatumque se praedicat quod tandem a publicis negotiis remotus placida tranquillitate atque otiis diu frustra exoptatis fruatur : se in regia domo nec aequo animo vixisse, nec omnia quae ibi perpetrarentur laudare potuisse ; imperatoris ipsius amicitiam iam aliquot annos languescentem sensisse ; parvo contentum victurum esse, nec quidquam etiamsi sibi debitum flagitaturum.
Source Β.
SANS ADRESSE
de quelles choses il convient de rougir. Je suis donc heureux maintenant que je pense seulement à mes affaires. Si quelqu’un me croit un sot, à cause de cette inaction, qu’il apprenne à être philosophe ou qu’il se fasse lier avec les fous ! Pour mes dépenses, ma fortune personnelle et mes amis suffiront ; si quelque chose me manque, la liberté et les livres me consoleront de ce qui me manquera, comme aussi la pensée que je ne partage pas la honte des autres. Si le tout à fait excellent empereur m’envoie une partie de ce qui m’est dù, il agira selon la justice; car il est juste pour qui commande de ne pas laisser sans récompense l’attachement qu’on lui montre. Quant à moi, je n’hésiterai pas à lui en être reconnaissant comme d’un cadeau qui me serait donné. Si, au contraire, il a décidé de m’en priver, il ne me causera aucun dommage, car quel dommage pourrait subir un homme sous le rapport des richesses P Lui, au contraire, pour quelques pièces d’argent, sera en guerre continuelle avec sa conscience et il n’y a rien de pire dont un homme puisse souffrir.
A L’EMPEREUR (A Jean V Paléologue).
Cyclones voudrait se rendre à Mitylène auprès de François Gattilusio, mais l’empereur (Jean V Paléologue) l’en empêche. Cydonès a été souvent invité ; autrefois il refusait en prétextant ses occupations au palais ; maintenant il l’a quitté et il n’a plus d’excuses pour rester. Pourquoi l’empereur le soupçonne-t-il ? Cydonès lui rappelle leur vie commune et leurs voyages par terre et par mer. Si Jean V a montré tant de magnanimité envers ses ennemis, quelle magnanimité ne devrait-il pas montrer envers ses amis ? Il réclame sa liberté : rien ne lui est plus cher.
C’est à la fin de la saison que l’on cueille les fruits et tu devais, après avoir joui de leurs prémices et de leur épanouissement, les voir aussi à la fin. A la fin, je devrais les cueillir, moi aussi ; mais le temps de la récolte approchant,
101 SANS ADRESSE 37-38
έφ οΤς αίσχύνεσθαι προσήκει επισταμένω. "Ηδομαι τοίνυν πράττων τα εμαυτοΟ- εί δε μέ τις της άπραγμοσύνης ταύτης άβέλτερον | οΐεται, ή μαθέτω φιλοσοφείν ή δεδέσθω μετά των μαινομενων αναλωμάτων δέ ενεκα, άρκέσει τά οίκοι καί τά των φίλων εί δέ τίνος δέομεν, ή ελευθερία την ενδειαν ημίν και τδ βιβλίου παραμυθήσεται καί τδ τής ετέρων αισχύνης αύτδν μ ή κληρονομεΐν εί δέ τι των δφειλομένων πέμψει καί δ πάντα άριστος βασιλεύς, αυτδς μεν ποιήσει τα δίκαια, δίκαιον yàp παρά τοις αρχουσι τήν εις αυτούς εύνοιαν ουκ άμισθον είναι, ήμεΐς δ’ ως υπέρ προίκα δεδομένων ήμΐν ούκ δκνήσομεν χάριν είδέναι- εί δέ κέκρικεν ημάς ζη μιουν, ημάς μέν ού βλάψει- τις γάρ βλάβη γένοιτ’ δν άνθρώπω παρά χρημάτων ; αυτδς δ’ ύπέρ οβολών ολίγων, συνεχή πρδς τδ συνειδδς άναδέξεται πόλεμον ου χείρον ούδέν δν άνθρωπος πάθοι.
Mitylenem apud Franciscum Gattilusium se conferre cupit Cydones, sed împerator (Joannes V Palaeologus) ei obsistit : iam saepe a Francisco vocatus, se a negotns hactenus împeditnm scripsit j nunc vero cum a regia domo secesserit et pnvatus vivat quam idoneam morandi causam praetexat ? Gur autem in suspicionem imperatoris incidit ? Veterem amicitiam et communem vitam eum admonetNoster, et quot terra marique itinera simul susceperint. Si Joannes etiam erga suos inimicos magnum animum ostendit, quem in amicos ? Libertatem suam, qua nihil sibi pretiosius, vindicat.
8 προσέχει correxi : προσφιειν Β.
Source Β.
Tit. : τω βασιλεϊ Β, (Ίωάνντ) Παλαιολο'γω) integravi ut ex epistula atque ex vita Gydonis patet.
ÎO
ils se dépêchent de mûrir et moi, si la chose n’était pas pénible à dire, c’est ta colère que je pourrais donner comme cause de ma fuite. Comment, en effet, ô le plus doux des empereurs, pourrais-je habiter la ville, quand tu es si en colère contre moi et que tu as chassé de ton âme la bonne opinion que tu avais de moi, persuadé par je ne sais quelles preuves évidentes, que j’ai préféré désormais aujourd’hui m’intéresser à d’autres affaires qu’aux tiennes? C’est ce que m’induit à croire la défense qui m’est faite de m’embarquer pour Mitylène où je voulais me rendre, non pas pour quelque affaire personnelle, mais pour etre agréable a ton parent, qui déjà souvent par lettres et de vive voix a insiste pour que je me rende auprès de lui. Auparavant je n ai pas prête 1 oreille a ses invitations, en alléguant mes occupations au palais impérial, mais maintenant que je me suis libéré des aflaires publiques, comme il insistait de nouveau par lettres sur le même sujet, j’ai cru que ce serait de l’ingratitude, puisque j’ai des loisirs et que je suis libre de faire ce qui me plaît, de ne pas faire plaisir à mon ami. Je n’avais rien qui m obligeât à m’occuper de tes affaires, puisque j’avais quitté ton service depuis longtemps. J’ai cru, toutefois, devoir te demander aussi ton consentement, pensant que même dans les plus petites choses, je devais obéir à tes ordres. Malgré cela, je n’ai pas même obtenu l’une de ces choses si naturelles et qu’on accorde à tout le monde, alors que, je le sais, tant d’autres se sont même rendus chez les Turcs, se sont réunis à eux contre toi, ont festoyé avec eux, leur ont fait des cadeaux et en ont reçu et sont revenus, sans se cacher ; et personne, au moment de leur départ, ne les a retenus ni blâmés, à leur retour, ni taxés d’infidélité, ni cru qu ils méritaient d’être notés d’infamie. A moi on ne permet pas du tout d’aller chez un Chrétien, qui est ton ami et qui t’aime, mais, comme si je devais causer un grand préjudice et à toi et à la patrie, on m’a ordonné de rester ici. Sans doute, c’est parce que tu étais convaincu que, une fois la-bas, je ne te viendrai pas en aide que tu essayais de m’empêcher de partir ; mais m’obliger à rester était le fait d’un homme qui
ττάλιν ίδεΐν έν επιλόγοις δέ καί ημείς· άλλ3 εκείνοι μεν της ώρας έλαυνούσης επείγονται, εγώ δέ ει μή φορτικόν είπεΐν, την σήν δργήν τής έμής &ν αίτιασαίμην φυγής. 5 Πως γάρ αν, πρηότατε βασιλέων, τήν πόλιν άνασχοίμην οικεΐν, σου τοσοΟτον δργιζομένου, καί τήν μεν ουσαν περί ημών δόξαν τής ψυχής έκδαλόντος, ουκ οΤδα δέ τίσι φανεροΐς τεκμηρίοις άναπεισθέντος ώς αρα νΟν ετερα πρό των σων θεραπεύειν είλόμην ; Τούτο γάρ με λογίζεσθαι το πείθει τό τόν ές Μιτυλήνην πλοΟν κωλυθήναί μοι, εις ήν ούκ έμαυτώ τι πράττων πλειν ήβουλήθην, αλλά τω σώ κηδεστή χαριζόμενος, πολλά δη μου πολλάκις κα^ γράμμασι καί λόγοις όπως παρ’ αυτόν πλεύσαιμι δεηθέντι- ων πρότερον μεν ουχ ύπήκουσα τάς έν τοΐς ι5 βασιλείοις φροντίδας είπών, νΟν δ3 επεί μέν εγώ πραγμάτων άπήλλαγμαι, εκείνος δέ πάλιν περί των αυτών γράφων ένέκειτο, αγνωμοσύνης ήγησάμην εί μηδέ σχολάζων χαριζοίμην τω φίλω καί δυνάμενος ποιεΐν τό δοκοΟν· ού γάρ ήν πρός 8 τι αν των σων ήσχολήμην, πάλαι πάσης ao άφειμένος διακονίας, όμως καί τοΟ σοΟ νεύματος έδεήθην, δεΐν ηγούμενος καί πρός τά μικρότατα τοΐς σοΐς προστάγμασι χρήσθαι. Άλλ3 όμως ουδέ των κοινοτάτων δή τούτων καί πδσι συγχωρουμένων ήδυνήθην τυχεΐν, καίτοι πολλούς σοΟ συγγενομένους έκείνοις καί συνδειπνήσαντας, καί δώρα τά μέν δόντας τά δέ | λαθόντας φανερώς έπανήκοντας· 306Γ ο9ς ούδείς οίίτ3 άπιόντας έκώλυσεν, οίίτ3 έπανιοΟσιν εμέμψατο, ούδέ προήνεγκε απιστίαν, ούδ3 ατιμίας άξιους ήγήσατο ’ εμοί δέ παρά Χριστιανόν άφικέσθαι, καί σοι 3ο φίλον τε καί είίνουν, ήκιστα συγκεχώρηται, άλλ3 ώς τι μέγα σε καί τήν πατρίδα βλάψοντι, προσετέτακτο μένειν αύτοΟ · ού γάρ δήπου σοι βοηθήσειν αυτόθι με γενόμενον πεπεισμένος εκώλυες, άλλ3 ήν τό κατασχεΐν δύσνοιάν μου
29 προήνεγκε correxi : προήνεγκον Β.
io3
m’accusait de malveillance. Mais, ô le plus juste des empereurs, car je parlerai franchement de choses dont j’ai pleine conscience, quand m’as-tu jamais trouvé scélérat, traître et fourbe dans mes relations avec mes amis pour croire qu’en cette circonstance aussi je me montrerais tel que j’ai l’habitude d’être ? Et cela, envers toi avec qui j’ai vécu si longtemps, à qui je me suis associé par tant de paroles et d’actes, pour tant de voyages par terre et par mer, dont la plupart n’étaient pas sans danger ? Toi que j’ai sincèrement préféré à tout ce que j’avais et à tout ce que je pouvais avoir, et qui m’a, en retour, donné son estime? Qui donc a jamais réussi à m’accuser dans ma vie de fautes aussi graves ? Et l’on craintqu’au souvenir du passé, je nuirais à tes affaires? Il faut, j’imagine, juger avec confiance l’avenir d’après le passé, quand les actes n’ont pas condamné un homme. Si donc, dans ma vie passée, j ai eu le front de commettre quelque acte semblable, qu’on le mette en premier et ce qu’aujourd’hui on prédit de moi qu’on le fasse passer en second et qu’on m’accuse, d’après ma vie, d’être malveillant envers toi, si on le veut! Mais si jusqu’à présent elle (ma vie) s’est écoulée sans blâme, au moins quant à ma conduite envers toi, quelle raison d’être aurait ce soupçon aujourd’hui ? Non, vraiment ce n’est pas possible que, dans ma jeunesse, j’aie su être sensé et qu’en prenant de l’âge mon esprit se soit gâté. Et ici, je voudrais aussi te faire souvenir de ta dignité, ô empereur, et que Dieu t’a mis sur le trône du législateur pour dicter à tous la justice. Les lois, ce sont tes écrits où il est dit expressément que l’on ne doit croire personne méchant avant d’en avoir eu des preuves. Combien sont-elles loin de permettre de punir celui qu’on n’a pas convaincu de culpabilité ! Si donc quelqu’un m’accuse, qu’il se présente franchement pour te venir en aide à toi, aux lois et à l’état, mais s’il n’a pas confiance dans ses preuves et qu’il veuille seulement mordre, sans se montrer, comment, ô législateur, appliquerais-tu la justice, en laissant agir impudemment celui qui jappe à tort et en me punissant, moi, de fautes que je n’ai pas commises? Car n’est-ce pas manifestement une punition que cette privation
io3 A L’EMPEREUR JEAN V PALÉOLOGUE
38 A L’EMPEREUR JEAN V PALÉOLOGUE io4
de la liberté? Tant que tu es empereur, tu dois, en toute équité, la conserver à tous cette liberté pour laquelle, afin de nous empêcher de périr, tu afTrontas bien des dangers sur terre et sur mer. Mais ce qui m’est surtout douloureux, c’est que tu ne me permets pas d’avoir quelqu’un devant qui me justifier de ces accusations, et que tu me forces à baisser les yeux à terre. Ta mansuétude envers tous réduit ma défense au silence, car tous disent : « Il ne punirait, certes, pas, diton, un innocent, celui qui n’a pas privé de la vie ceux qui avaient aiguisé leurs épées contre lui. » Et ainsi, ta vertu, ô empereur, devient pour moi un malheur. Donne-moi la liberté, je t’en supplie, ne retiens pas un homme qui n’a d autre entrave que toi et ne t’imagine pas que j’agirai contre ton intérêt, si je suis auprès d’autres, d’autant plus que je n ai jamais nui à autrui et que je n’ai pas vécu en jalousant le bien d autrui. Quant à toi, tous, sache-le bien, m’entendront faire ton éloge et aux commérages, s’il y en a, j’opposerai mes paroles. C’est d’ailleurs justice et c’est le propre de mon caractère de dire du bien en tout lieu et de faire l’éloge des honnêtes gens et surtout lorsqu’il s’agit de toi, à qui Dieu veut que nous rapportions tous nos actes. Si donc tu te décides à me laisser agir, comme bon me semble, sache-le, je partirai, mais, sache-le aussi, le sort de la patrie me retiendra ; mais si tu as décidé de m’attacher ici, prépare-moi des vivres et la prison, car, pour moi, je ne resterai pas si jedois passer pour méchant à tes yeux ; mais, comme Cratès le Thébain, je délivrerai, moi aussi, Démétrius le Thessalonicien, d’autant plus que je fuirai d’une ville où je serai contraint de partager les malheurs de ses habitants et de rester seulement spectateur de leur bonheur. Je le sais, j’ai dépassé la longueur d’une lettre, d’autant plus que toi, je le sais, tu n’entends pas volontiers de longs discours ; mais le malheur m a rendu loquace. Délivre-m’en, ô empereur, chasse de ton âme l’opinion défavorable que tu as de moi, remplacela par la vraie, que confirment les faits, et ne crois pas ceux qui par leurs calomnies voudraient te priver de l’aide des honnêtes gens.
κ>4 A L’EMPEREUR JEAN V PALÉOLOGUE 38
69 άπολεσωμεν correxi : άπο λέσομεν Β.
Sans adresse.
io5
Cydonès craint de ne plus revoir son ami : la situation de la patrie est trop critique et l’empereur a bien fait de tenter le tout pour le tout. Cydonès raconte la mort de François Gattilusio et la tragédie qui s’est abattue sur sa maison. — Pour l’année de la mort de François Gattilusio, voir p. xxx.
Sache-le donc, cette lettre est la dernière qui te viendra de moi et ne t’étonne pas si l’amitié est cause de mon silence, elle qui plutôt a inventé d’écrire aux amis, car converser par lettre avec ceux de vos amis qui sont au loin et dont on espère jouir est une belle chose et l’un des moyens par lesquels on peut s’imaginer, autant que faire se peut, être auprès de ses amis. Mais, quand on doit être nécessairement séparé à l’avenir, pourquoi remuer le souvenir, afin de désirer ce qui est impossible ? Pourquoi, blessés, conserver l’arme dans la blessure ? Le désir de ce qui ne saurait jamais être possible fait souffrir ceux qui sont frappés (par le malheur) plus atrocement que n’importe quel coup d’épée. L’unique remède à cette douleur est l’oubli, que les lettres empêchent de s’ancrer dans l’âme, en renouvelant en elle l’image de l’ami.
Quant à nous, il nous est interdit pour jamais d’être ensemble. L’arrogance des Barbares nous sépare, elle qui, comme un feu, se propage partout et ne peut être éteinte que par Dieu et par sa puissance. Autant du moins qu’on en peut raisonner, nous ne sommes pas loin, semble-t-il, des malheurs qui assaillirent les Juifs. Qui plus est, la valeur même de l’empereur n’a pas le moyen de faire ce qu’il a décidé. Mais il est juste de le louer de sa détermination. Il a jeté franchement les dés pour tous et il a voulu acheter le salut des autres au prix de dangers personnels. Son échec doit être imputé à beaucoup d’autres causes externes, non à lui. Il serait absurde, en effet, de songer à nous rendre responsables
Anepigrapha.
Timet Cydones ne unquam iam amicum revideat : in extremo discrimine patria periclitatur : optime imperator consuluit omnium quae adhuc manent rerum pericula facier.s. Narrat Noster Francisci Gattilusii mortem, quae tragica vis eius domum perçussent. De anno quo Franciscus Gattilusius mortuus est, confer p. xxx.
Sources AU.
SANS ADRESSE
de ce qui n’est pas en notre pouvoir. Moïse lui-même et ses contemporains furent incapables de commander à leur peuple qui péchait et la vertu des chefs fut vaincue par la perversité des sujets. Ainsi, comme je le disais, ce n’est pas pour moi chose facile à l’avenir de me retrouver avec toi et toi tu ne me rencontreras jamais. Il ne nous reste donc qu’à chercher l'oubli et à le saluer, avec Euripide, des termes de « vénérable et sage », de nous imposer silence à nous-même et de nous comporter l’un envers l’autre comme si nous n’avions jamais existé, ce qui abolira le souvenir et guérira notre douleur réciproque. Voilà donc le premier empêchement à notre correspondance. De plus, ce que maintenant je vais te dire m’a presque coupé la langue et retranché la main. Il est mort avec ses iils, celui qui nous a le plus aimé entre tous, toi et moi, François, et il gît enseveli sous une épaisse couche de poussière, de boue, de bois, de fer et de pierres. Un terrible tremblement de terre a renversé sur leurs têtes les tours qu’il s’était ingénié à élever pour son salut et pour celui de ses enfants ; il y a trouvé une tombe au lieu du lit nuptial, des écueils au lieu du port. Les jeunes filles qu’il avait amenées de loin comme femmes pour ses fils ont eu (pour lot) au lieu d’hyménées des lamentations funèbres sur la tombe de leurs époux, et, avant d'avoir vu le visage de leurs maris, elles ont rencontré leurs cadavres, ou plutôt, elles n’ont pu les retrouver, tout au moins, entiers. Elles étaient contraintes de transporter les décombres, de déplacer les pierres, d’en retirer les membres dispersés, de les rapprocher l’un de l’autre et elles ne pouvaient même pas savoir si ce qu’elles trouvaient appartenait aux personnes qu’elles recherchaient ou si plutôt, lorsqu’elles tombaient sur des corps d’étrangers, elles ne s’imaginaient pas que c’étaient ceux des leurs. Et maintenant ont poussé un soupir de soulagement Turcs, Syriens, Phéniciens, et les Barbares qui habitent près des bouches du Nil et que la crainte qu’ils avaient de luij et qu’ils portaient dans leur cœur empêchait de dormir. Mais Lesbos gémit, car sa tour qui la défendait s’est écroulée et elle commence à craindre aujourd’hui ceux qui
SANS ADRESSE
SANS ADRESSE
auparavant lui payaient tribut et étaient ses esclaves et qui aiguisent leurs épées et la menacent de tirer vengeance d’elle. Et qui pourrait les retenir, car ils se souviennent de ce qu’ils ont souffert et ils sont résolus à tout contre elle? Ainsi elle attend un tremblement de terre, beaucoup plus terrible que le premier. Le premier, en effet, a frappé les chefs et abattu une partie des murailles qui étaient sa parure, mais celui auquel ils s’attendent est de périr tous jusqu’au dernier, comme si un gouffre s’était ouvert sous leurs pas. La mort d’Hector, en effet, doit nécessairement entraîner aussi la chute d’Ilion. Mais je laisse toutes ces tristesses à ceux qui se chargent de pleurer sur elles. Pour moi, après lui (François Gattilusio) il n’y a qu’une chose qui me soit douce : pleurer. Le souvenir même des joies de jadis, chaque fois qu’on me le rappelle, m’est odieux. Mon esprit en a perdu sa vigueur. Les images des disparus vivent continuellement dans mon âme et causent même dans ma raison un trouble et un brouillard profonds. Et qui pourrait prononcer des paroles qui ne soient pas égarées, tant que ce trouble ne se calme pas ? Le silence est donc nécessaire à tout point de vue, pour éviter, si l’on veut parler, de dire, sous l’effet de la douleur, des paroles non sensées.
Sans adresse.
Les malheurs qui s’abattent sur sa patrie sont de jour en jour plus graves ; après Serrés, voici un nouveau coup et non moins terrible. Cydonès croit venu pour lui le moment d’abandonner son pays.
Que pourrait-on faire au milieu de cette terrible tempête Sans cesse, les flots montants semblent de beaucoup plus haut que ceux qui sont passés et avant d’avoir repris haleine, en venant d’être frappés, un autre coup s’est abattu sur nous et nous a détruits, nous qui étions déjà blessés. Et de cela
io7 SANS ADRESSE 39-40
επισχοι μεμνημένους ωυ έπεπόυθεσαυ, καί πρός πδν κατ5 αυτής ώρμημένους; ούτως άλλον πολλω τοΟ φθάσαντος δεινότερου αναμένει σεισμόν' εκείνος μεν γε τούς 6ο κορυφαίους επληξε, καί τδν των τειχών τι τιαρείλετο κόσμου, ου δε προσδοκωσιν, εστί πάυτας άρδην άττολωλέυαι, δστιερ χάσματος ύπορραγέυτος αύτοΐς- “Εκτορος γάρ πεσόυτος, ανάγκη συμπεσεΐυ καί τό Ίλιον. Άλλα ταΟτα μέν καταλείπω τοίς μουωδείυ αίρουμένοις· έμοί δέ μετ’ 65 εκείνον ευ ήδύ μόνου, τδ κλάειυ, οίς δέ πρότερον έτερπόμην, τούτων, εΐ τις άυαμιμυήσκοι, πολέμιος· ωστ’ ήδη μοι καί τα τής διαυοίας ούκ έρ^ωται· τα γάρ των πεσόυτωυ είδωλα συνεχώς ένδιαιτώμευα τή ψυχή, πολλήυ καί τοΐς λογισμοις σύγχυσιυ καί κόυιυ εγείρει' ώστε τί τις 70 αν μή παράφορου φθέγξαιτο, τούτων ούκ ήρεμούυτων ; Παυταχόθεν τοιγαροΟυ αναγκαίου ή σιωπή, ϊυα μή Koq βουλόμευοι λέγειυ υπό τοΟ πάθους παραφθεγγώμεθα. 87Γ \η
Anepigrapha.
Calamitates quibus Cydonis miserrima patria tam graviter conflictalur in dies ingravescunt. Gladem apud Serras acceptam altéra atque maior clades subsequitur ; patriae suae relinquendae iam supremam diem illuxisse putat Noster.
Τί αν τις χρήσαιτο τω δεινδ τούτω χειμωυι; άεί γάρ τά A ilr 28 έπιόυτα των κυμάτων υψηλότερα πολλδ φαίνεται των | 11ν φθασάυτωυ, καί πριν άυαπυεΟσαι πληγέυτας άλλη πληγή προσπεσοΟσα τούς τετρωμέυους διέφθειρε' πάσχετε δέ τοΟτο ού μόνου ύμείς, άλλα καί ημείς έφ’ οδς ο! βάρβαροι 5 πόρρωθεν πάντα άρτύουται ' αμήχανου γάρ τούς των * έλαττόυων επιθυμήσαυτας των μειζόυων ώυ ούδέυ κερδα-
6ι τι A : om. U.
Sources AU.
SANS ADRESSE
vous soulTrez non seulement, vous, mais nous aussi contre qui les Barbares se préparent de loin à tout. Il est impossible, en effet, qu’après avoir convoité le moins ils renoncent (d’obtenir) le plus, car il n’y a rien de plus avantageux pour eux. Aussi, après la nouvelle relative à Serrés, après l’énorme butin et toutes les orgies qu’ils ont faites aux frais de la patrie, la fortune, en nous décochant un coup encore plus grave, celui de Gliortiatos, nous a frappés en plein cœur. Et tu sais combien de malheurs on pourrait présager à la suite de cet événement, ou plutôt, il n’est plus besoin de prophéties, puisque les malheurs à venir sont déjà devant tous les yeux. Quand je songe au sort de l’empereur, à l’homme qu’il est, à la destinée contre laquelle il lutte, et comment, tout en étant presque submergé, il est contraint de naviguer au milieu des écueils, sans qu’apparaisse de port où il puisse aborder, je ne trouve aucun autre exemple d’un malheur aussi grand. Et plus d’une fois, la crainte que j’ai à son sujet m’a tenu toute la nuit sans sommeil dans mon lit, et ne trouvant aucune solution à la lutte entre mes pensées, je cherche à résoudre la difficulté de la situation par la prière, en suppliant le Tout Puissant de se souvenir des miracles accomplis en Egypte et de faire aujourd’hui encore quelque chose d’à peu peu près semblable à ce qu’il fit alors. Par ailleurs aussi, ta pensée occupe continuellement mon âme et me mord ; car je sais quels espoirs tu avais et quels malheurs te sont arrivés. Aussi, si je savais ne pas devoir causer du chagrin à l’empereur, en le privant de la compagnie d’un homme qui lui est agréable, je t’aurais conseillé depuis longtemps de te sauver bien loin decet incendie qui envahit tout et que ne pourra dompter, j’en suis sùr, que Celui qui éteignit avec la rosée la fournaise de Babylone. Cependant, si tu veux rester pour faire plaisir à l’empereur, demeure, confie-toi toi-même à Dieu et demande-lui aussi de nous revoir un jour. Car ce départ, auquel, tu sais, j’ai toujours songé, j’ai décidé de le mettre désormais à exécution puisque Dieu aussi m’y pousse.
SANS ADRESSE
Cydonès ne peut oublier son ami : son chagrin est très grand : ses yeux voient toujours le spectacle de la ville occupée par les ennemis, et cette image lui rappelle l’image de l’ami qui se trouve entouré de calamités. Cydonès prie Dieu afin qu’il lui donne la grâce de pouvoir vite se réunir à son ami : ce sera l’unique soulagement à sa douleur.
La lettre semble adressée à Manuel Paléologue, après la chute de Thessalonique.
Je voudrais t’oublier ; ce serait l’unique moyen pour me délivrer du chagrin dont je souffre et dont je sais que tu souffres : mais cela m’est impossible ; je pourrai t’oublier seulement le jour où je pourrai m’oublier moi-même. Avec la pensée du malheur de la ville se présente à mon esprit la pensee de ton malheur à toi, et lorsque je pense qu’elle est entourée par les ennemis, tout de suite je te vois, toi aussi, assiège par beaucoup de malheurs et personnels et publics. C est une nécessité : je dois prendre moi aussi une partie de ton chagrin ; il n’y a pas de joie lorsque les amis soutirent. Aussi, lorsque je cherche un moyen de nous libérer de ces maux, je recours à Celui qui est tout puissant, et je le supplie d’alléger pour tous deux le poids de notre douleur en nous faisant la grâce de nous réunir. Jouissant l’un de 1 autre, le chagrin déchirera moins gravement notre cœur.
A RHADÈNOS 1
L’cmpcrcur ne croit plus aux calomnies des ennemis de Cydonès et il veut de nouveau le voir à la cour : il lui promet des honneurs
1 . Un des plus jeunes disciples de Cydonès ; celui-ci était profondément attaché à lui et il pleure sa mort dans la lettre publiée 4 5 : cf. p. 1 16.
Amici sui memoriam deponero non potest Cydones atquo gravissime excruciatur. Urbis miserrimae quam hostes ceperunt subit imago quae et amicum absentem in memoriam Nostri reducit, tôt calamitatibus conflictatum. Deum exorat Cydones ut eius saltem conspectu gaudere possit : quod solum acerbum utriusque dolorem lenire poterit.
Manueli Palaeologo, post Thessalonicae fatum, cpistula inscripta videtur.
i383-i3çji ?
Cydonem rursus apud se, post aliquot annos absentiac, imperator desiderat, et aulicorum quae Nostrum premunt calumnias minus
Sources AU.
Tit. : τω βασιλεϊ Μανουήλ I Ιαλαιολο'γω ex hac cpistula et ex aliîs conicci : anepigrapha codd.
Sources AU.
io
ex. 12r
A RHADÊAOS
plus grands que ceux que son père môme lui avait accordés. Mais Cyclones refuse : il ne tombera pas dans les mômes pièges une troisième fois ; il veut partir pour l’Italie. En attendant il a, non sans se faire prier, consenti à se rendre au palais deux fois par semaine. — Qui est cet empereur ? Je pense, pour beaucoup de motifs, qu’il s’agit de Jean Paléologuo : ce qui serait contraire à l’opinion de ceux qui croient que Cydonès n’entra au palais qu’après 1 347-
Je me suis réjoui, en apprenant que lu es sauvé et que tu es en bonne santé. Je me serais encore réjoui davantage, si tu avais ajouté que tu t’adonnes à l’étude, que tu t’occupes de la philosophie et que tu te souviens, comme il est juste, de ce que nous avons si souvent dit entre nous. Car, c’est bien là vraiment être en bonne santé et être sain et sauf, puisque le bien-être du corps joint à l’ignorance ne pourrait jamais rendre l’homme plus heureux que les bêtes. Désirant donc que tu ne sois pas bien portant seulement à moitié, je voudrais être renseigné sur ce que je disais, afin, par ces deux choses, d’éprouver un plaisir sincère à ton sujet. Mais peutêtre un jour cela te tiendra-t-il aussi à cœur et tu ajouteras la santé a la santé, celle de l’âme à celle du corps, et tu m écriras ce que je désire et je m’en réjouirai avec toi pour l’utilité et pour les honneurs que tu en retireras.
Quant à moi, l’excellent empereur m’attire à nouveau vers lui. Le temps lui a enseigné que la jalousie faisait agir ceux qui 1 engageaient a se garder de moi. Aux nombreuses autres raisons de haine, qu’il a contre eux, il leur reproche surtout, déclare-t-il, de l’avoir privé pendant longtemps de ma compagnie. Dans de nombreux entretiens publics et privés il cherche à me ramener à lui et aux égarements du palais impérial, en me promettant de m’honorer plus que tous ses amis et de me faire part de choses dont il ne fait part à personne, de dépasser encore les égards et les libéralités que son père avait pour moi et de m’unir à lui en toutes choses, à une condition toutefois, c est que je prelcre ma patrie à l’étranger et que je veuille illustrer par ma présence mes compatriotes plutôt que les étrangers. Je lui disais ma reconnaissance pour ce changement subit et pour en être venu à
Λ RHADÈNOS
iam audit : suam amicitiam et honores amplissimos pollicetur ; patris sui erga Cydoncm liberalitatem se superaturum dic.it. Scd non movet Nostrum : ter in easdem plagasnon incidet, ac in Italiam iter faciet ; interea quod unum potuit împeratori promisit, se ad regiam domum quarto quoque die ad imperatorem visitandum Uurum. Quis est hic imperator ? Joannem Palaeoiogum ex multis coniecimus, non Andronicum, non Manuelem ; sed obstat quam antea vidimus eorum sententia qui non ante annum 1 3 A7 Cydonem in regiam domum introivisse putant : quod quidem mihi dubium et adhuc sub iudice videtur.
Ησθην, ραθωυ σε καί διασωθευτα καί υγιαίνοντα' καί A ραλλου δ αν ησθην, εί καί ότι λόγων εχη, καί φιλοσοφίας φροντίζεις, καί των εν ήριυ αύτοΐς ττολλάκις είρηρένωυ, ώσπερ δίκαιον, ρέρνησαι, j προσετίθεις· τούτο γάρ εστιυ 16ν αληθώς καί ύγιαίνειν καί σώζεσθαι- ώς τό γε ρετ3 άραθίας 5 ερρώσθαι ούδαρή θηρίων εύδαιρονέστερον ανδρα ποιήσειεν αν. 5Εγώ τοίνυν, ούκ εξ ήρισείας σε βουλόρενος ύγιαίνειν, έπιθυρώ καί απερ εφην ειδέναι, ώστε poL δι3 άρφοιν επί σοι την ηδονην ακεραίαν τηρεΐσθαι. Άλλα σοί ρέν ποτ3 ίσως τούτων ρελήσει, καί υγείαν υγεία προσθήσεις, την ίο τής ψυχής τή τοΟ σώρατος, καί ήριν δ βουλόρεθα γράψεις, συνησθησορένοις σοι καί τής ώφελείας καί τής από ταύτης τιρής. Έρέ δε ο πάντα αριστος βασιλεύς πάλιν ελκει πρός εαυτόν, διδαχθείς ύπό τοΟ χρόνου φθόνω κεκινήσθαι τούς φυλάττεσθαί ρε παραινούντας ι5 αυτώ. Τούτους ρέν οδν, πολλών εΐνεκα καί άλλων, ρισών, ράλιστα κακίζειν φησίν, ότι δη πολύν χρόνου την ερήυ συνουσίαν αυτόν εζηρίουν έρέ δε πολλαΐς διαλέξεσι καί κοινή καί ίδια εφ3 εαυτόν καί τήυ ευ τοίς βασιλείοις πλάνην έπαυάγειυ πειρδται, πάντων ρε τώυ φίλων ao ύπισχυούρευος προτιρήσειυ, καί ώυ ούδευί τώυ άλλων, τούτων έροί ρεταδώσειυ, καί τήυ τοΟ πατρός αύτώ περί ερέ σπουδήν καί φιλοτιρίαυ αύξήσειν, καί δλως εαυτώ διά πάντων συυάψειυ, εί ρόνου τήυ πατρίδα τής αλλοδαπής
A RHADÈNOS
croire la vérité à mon sujet et non les calomnies qu’on disait sur mon compte ; mais, pour ce qui était de mon intention d’aller en Italie, je lui ai dit que je n’y renoncerais jamais et que même je n’y ai jamais été aussi décidé que maintenant et que je saisirai l’occasion pour réaliser mon intention. « Si donc, avec ces magnifiques espérances, lui ai-je dit, tu veux me faire changer d’avis, sache-le, tu tentes l’impossible. » Ainsi l’ai-je persuadé de renoncer à m’importuner encore sur les mêmes sujets. Et maintenant il se contenterait de m’avoir auprès de lui lorsqu’il le désire pour profiter de mes conseils et de ma conversation, et il me promet que sous peu il m’aidera aussi pour mon voyage, en disant qu’il serait utile même à lui et à la patrie, s’il se fait en temps opportun. Voilà ce qu’il tente de me persuader, mais moi je ne le suis pas, parce que je connais les ruses impériales. Voici à quelles conditions, puisque les circonstances ne me permettaient pas d’agir autrement, je me suis entendu avec lui. Maintenant je vais chez lui deux fois par semaine et chaque fois que je l’oublie, ce sont des reproches de sa part, et si je néglige de venir, il considère cela comme un malheur ; lorsqu’au contraire, je suis présent, il m’entretient avec plaisir du passé et fait de si grands éloges de ma nature qu’on les décernerait difficilement à Platon même. Ainsi, en cela même, il dépasse la mesure. Én un mot, il me tend des pièges de toute part, il cherche les moyens de me prendre dans ses lacets, de me tenir et de m’empêcher de m’envoler. Et les « amphores » (?), qui sont dans le palais et qui, à cause de la misère intérieure, restent bouche bée devant les événements extérieurs, à l’annonce de quelque fait nouveau, vont çà et la répandant ces bruits : « Celui-là, si la Providence se montre juste, sera de nouveau puissant et, grâce à la puissance de ses paroles, rendra l’empereur meilleur envers nous. » Ils s’imaginent, en effet, ces braves gens, souffrir non pas du manque d’argent, mais du manque de persuasion et ils me prient de ne pas repousser la bonne fortune qui vient à ma rencontre, dans la crainte de m’attirer des ennuis, mais de saisir 1 occasion et de devenir la rosée des Riiodienspour ceux
A RHADÈNOS 42
A RIIADÈNOS
qui ont besoin de l’empereur. Moi, je ris, sachant que ces gens sont loin des intentions de l’empereur et des miennes. Voilà ou en sont aujourd’hui mes affaires et je voudrais que toi aussi tu le saches, non pas pour te voir t’en réjouir — ce qui arrive aux gens qui ne me connaissent pas — , mais afin que, le sachant, tu compatisses à l’ami, battu par la tempête. N’est-ce pas, en effet, une tempête d’être obligé ou de ne pas donner mon aide à l’empereur, qui me la demande et qui est un ami, ou, si je me décide à lui donner satisfaction, de me ruiner moi-même P Au reste, sache-le, je ne lèverai pas l’ancre, je ne m’embarquerai pas et je ne courrai pas trois fois des dangers dans les parages de la même Charybde. Je m’accrocherai à Manganes, comme ceux qui tombent dans un précipice s’accrochent à la première chose qui leur tombe sous la main.
A RIIADÈNOS
date ?
Cydonès invite Rhadènos à venir dans la capitale à laquelle le printemps rend déjà tous ses attraits. Il lui conseille de s’adonner à l’étude et de négliger toute autre activité.
Le soleil, qu’en nous quittant tu laissas à son déclin, a parcouru déjà son cercle et remonte vers le septentrion, se hâtant de rendre les jours pareils aux nuits. Mais toi, tu ne bouges pas encore et tu restes encore dans la retraite et dans l’ombre des Macédoniens. Ét pourtant, sinon pour moi, du moins par amour pour la capitale, tu devrais accourir pour la voir au moment où elle dépose la vieillesse et la tristesse dont l’hiver l’affligeait et où elle commence comme à rajeunir, tandis que la mer autour d’elle s’apaise, que de toutes parts les navigateurs abordent avec plaisir chez elle et remplissent les marchés des produits de tous les pays. Les champs et les jardins de la ville se mettent à fleurir et, sous peu, l’ombre des feuilles même couvrira les petits sentiers
A RHADÈNOS 42-43
Rhadenum in Ryzantium Cydones allicit : veris ineuntis suavitas atque iucundissimus tepor suavissimis voluptatibus totam urbem perfundunt. Optime Rhadenus consulet si cetera neglegens ad unum litterarum studium totus incumbet.
Sources AU.
A RHADÈNOS
ii3
si bien que ceux qui les parcourent croiront que les avenues ont été faites non dans une ville, mais dans des montagnes. Tu me le disais toi-même, je m’en souviens, plusieurs fois, lorsque nous traversions à cheval la ville sous les arbres. Mais toi, sans doute, tu nous dédaignes, nous et les grâces de la plus belle ville et tu englobes dans ton mépris Aristote et les ouvrages de philosophie. Ainsi tu fais fi de nous, tu vas superbe et la patrie, crois-tu, te suffit pour tout, ainsi que les gains espérés et, en plus, la compagnie de tes frères. Personnellement, je loue ton attachement à ta patrie. Mais qu’il y ait quelque limite à cet amour pour elle, et ne crois pas qu’il ait radoté celui qui a dit que la modération en toute chose est chose excellente. Si, en effet, nous pensons que la patrie nous suffît à tout, aucun marchand ne s’éloignera pour aller faire fortune à l’étranger. Les plantes même te servent d’exemple. Les cultivateurs ne leur permettent pas de rester dans le lieu ou elles ont commencé à naître, ils les séparent de leur terre natale, à moins qu’elles ne soient destinées à ne donner aucun fruit et qu’elles ne soient là que comme une peinture. Quant à la fortune, si elle est élevée, il te faudrait la mépriser, puisque tu prétends être un homme épris des études ; si elle est petite, si c’est au prix de nombreux dangers sur terre et sur mer qu’elle pourra avec peine faire vivre celui qui la possède, serait-il naturel de dédaigner pour elle les études et la science, grâce auxquelles beaucoup, nous le savons, se sont élevés et ont souvent gagné plus que dans n’importe quel commerce ? Je pourrais t’ajouter l’exemple d’Anaxagore qui laissa la terre de ses pères inculte pour la philosophie, si je ne savais que tu es déjà persuadé de ce que je dis. Aussi, sans avoir recours aux raisonnements d’autrui, mais seulement aux tiens, tu trouveras ce que tu dois faire, pour arriver à la gloire. Je t’ai parlé ainsi, non pour te blâmer de ce que tu fais en ce moment. Au contraire, car auparavant, lorsque tu as voulu persuader ceux grâce à qui tu espérais plus facilement persuader ton père et aussi lorsque tu croyais, par contre, habile de ne pas le presser mais d attendre patiemment sa décision et le moment opportun, tu
n3 A RIIADÈNOS
πάτους- 8 καί αυτόν σε μέμνημαι πολλάκις είπόντα, ι5 8Θ υπό τοίς δενδρεσιν εποχοι τήν πόλιν διήειμεν. Άλλα συ γε μεθ ήμών καί τών τής καλλίστης πόλεως χαρίτων καταφρονείς, προστιθείς καί τόν Αριστοτέλη και τούς περί φιλοσοφίας λόγους τή 86ρει- ούτως ήμών ύπερφρονείς και τρυφδς, καί πρός πάντα σοι τήν πατρίδα νομίζεις 20 άρκεΐν, καί τούς ελπιζομένους οβολούς καί τήν επί τουτοις των αδελφών κοινωνίαν. Έγώ δε σε τής μέν πατρίδος έχόμενον επαινώ, έστω δε τις τής εις αυτήν φιλίας καί όρος, καί μή νόμιζε ληρεΐν τόν είπόντα πδν μετρον αριστον είναι- εί yàp πρός πάνθ’ ήμίν νομιοΟμεν 25 άποχρήν τάς πατρίδας, ούδείς μέν έμπορος έκειθεν κινήσεται άξιων παρά | τής άλλοδαπής πλούτον άθρ οίζειν 139Τ διδασκέτω δε σε καί τά φυτά, μηδ3 αυτά συγχωρούμενα παρά των γεωργών ου τήν αρχήν έφυσαν μένειν, αλλά καί αυτά τής πατρίδος διοικιζόμενα, εΐ γε μή μέλλοι 3ο μηδένα δείξαντα καρπόν ώσπερ γεγραμμένα μόνον εστήξειν · τών δέ χρημάτων, καί πολλών μέν οντων, έχρήν σε καταφρονειν, ανδρα φάσκοντα λόγων εραν, εί δέ μικρά τέ έστι, καί μετά πολλών τών μέν εν γή, τών δέ εν θαλάττη κινδύνων μόλις δυνησόμενα τρέφειν τόν εχοντα, πώς είκός 35 τούτων χάριν, λόγων καί σοφίας ύπερορδν, ύφ3 ων πολλούς ΐσμεν άρθέντας καί μείζω πολλάκις πάσης εμπορίας κερδάναντας ; προσέθηκα δ’ άν σοι καί τόν Αναξαγόραν άσπορον τήν πατρώαν γήν ύπέρ φιλοσοφίας άφέντα, εί μή σε ήδειν περί ων φημι πεπεισμένον ώστ’ούκ άλλοτρίοις, 4ο τοίς δέ σαυτοΟ λογισμοΐς χρησάμενος εύρήσεις ο πράξας ευδοκιμήσεις. ΤαΟτα δέ ειπον, ούχ ως μεμφόμενος τοΐς νΟν υπό σοΟ γινομένοις- μδλλον γάρ καί τό πρότερον εκείνους βουληθήναί σε πεισαι δι’ ων ήλπισας ρδον τόν πατέρα σχήσειν πειθόμενον, καί τό πάλιν μή δοκείν 45 επείγειν εκείνον, αλλά τήν αύτοΟ γνώμην καί τόν καιρόν
A RHADÈNOS
as agi avec discernement, je te le dis, et moi-même, si j’avais été auprès de toi, je ne t’aurais pas conseillé d’agir autrement que tu ne l’as fait. Ce n’est donc pas parce que j’ai à te blâmer en quoi que ce soit pour ta conduite que jete donne ce conseil, mais afin que, les intérêts de ton père exigeant un temps assez long, tu ne restes pas inutilement et tranquillement à attendre qu il s adonne a la philosophie ou que, le hasard l’apportant plus vite l’héritage, au lieu d’user de ce qui t’aura été donné comme d’un moyen pourt’adonner à l’étude, tu ne fuies la philosophie croyant qu’être plus riche c’est être plus heureux, et que volontairement, les yeux fermés, tu ne passes à l’aveugle richesse, en te proposant comme but d’augmenter ta fortune. Je ne voudrais pas, mon très cher, qu’il t’arrive une chose pareille, c’est-à-dire te voir détruire la base que tu as mise à tes etudes, laisser briser une renommee si belle, qui monte déjà et court sur ton compte et préférer faire des choses viles et insignifiantes, tandis que tu peux en faire de nobles et de grandes. Si 1 on disait que chez nous on ne récompense pas ce qui est beau, si pour cette raison, on croyait inutiles les sueurs versees pour 1 etude, on devrait avant tout penser que ce n est pas pour d autres raisons mais pour eux-mêmes qu’il faut cultiver le beau et le bien. Mais, si le beau a besoin meme de spectateurs, Rome suffit comme théâtre à ceux qui s y exeicent et sait accueillir avec de 1 or et des applaudissements les athlètes du beau ; et cela, on peut voir plus d’un chez nous le témoigner.
A RHADÈNOS
date ?
Qu il laisse de côté toute autre activité qui ne vise qu’à la vie matérielle : qu’il cultive son esprit, qu’il s’adonne de nouveau à l’étude. Qu’il visite Rome où les lettres et la philosophie sont tenues en honneur.
Si jusqu’à présent tu as persuadé ton père de se conduire
Ii4 A RHADÈNOS 43-44
περιμένειν, μετά voG σοι πεπρδχθαι φημί, καί αύτός δε σοι παρών ουκ &ν άλλως συνεδούλευον τούτοις έπιχειρειν ου τοίνυν εχων οίς πράττεις επιτιμδν τι πεποίημαι τήν παραίνεσιν, αλλ ίνα μή των περί τόν πατέρα σοι χρόνον 5ο μακρότερον απαιτούντων, αυτός μάτην καθήμενος άναμένης όπότ’ εκείνος φιλοσοφήσει, ή κα'ι τοΟ κλήρου θ&ττον τυχών, ούχ ως πρός λόγους άφορμάς λαθών χρήση τοις δεδομενοις, αλλά τον πλουσιότερον καί μακαριωτερον είναι νομίσας φυγάς μεν γένη φιλοσοφίας, έκών δε μύσας 55 επι τόν τυφλόν πλοΟτον αύτομολήσης, τέλος ήγησάμενος τό προστιθεναι τοις όθολοΐς· ό, φίλτατε, παθειν ούκ αν σε βουλοίμην, άνατρέψαντα μεν δς ύπέθου λόγων άρχάς, φήμην δ3 οδτω καλήν περί των σών άνιοΟσαν ήδη καί χεομένην ύπομείναντα περικόψαι, έλόμενον δέ ταπεινά 6ο πράττειν καί φαΟλα, εξόν σεμνά καί μεγάλα. Εί δέ λέγοι τις ούδέν παρ’ ήμΐν των καλών αθλον είναι, καί διά τούτο μάτην οΐοιτο γίνεσθαι τους περί λόγους ίδρωτας, πρώτον μεν ούχ ετέρων, αυτοΟ δέ είνεκα μόνον τό καλόν καί τό αγαθόν επιτηδευτέον · εί δέ δει τώ κάλλει καί θεατών, 65 Ικανόν ή 'Ρώμη θέατρον τοίς άσκήσασιν εαυτούς, καί χρυσώ καί κρότοις επισταμένη τούς τών καλών άγωνιστάς δεξιοΟσθαι, καί τοΟτο πολλούς τών ήμετέρων εστιν ίδειν μαρτυροΟντας. 139ν 27
Omnia quae ad privatam tantum utilitatem et lucrum attinent despicienda sunt Rhadeno : litterarum studium exerceat ; Romam se conférât ubi litterae atque philosophia permagni aestimantur.
5ι άναμεντ)ς correxi : αναμένεις codd. || 6ι λέγοι Α: λεγει U |[ 64 εΐνεκα μόνον : μόνον εί'νεζα U || 65 δεϊ A : om. U.
Sources AU.
A RHADÈNOS
ii5
en père et de satisfaire le beau et légitime désir de son fils, puisse-t-il retirer grand bien de s’être laissé persuader; et toi, à l’avenir, montre comment tu sais user de la faveur qui t’a été accordée, en tâchant d’employer ce que tu as reçu de lui non pour t’amuser mais pour acquérir la science. Ainsi, tu le trouveras plus disposé à te faire des libéralités une autre fois encore, quand il verra que ce qu’il t’a donné lui rapporte un beau fruit, ta réussite. Si, par contre, il croit encore aux ennemis de l’étude et qu’il veuille faire de toi l’un de ces commerçants en farine, l’un de ces boutiquiers, prions pour lui afin qu’il se fasse une meilleure opinion des choses et toi, cher enfant, même en ce cas, ne perds pas le désir des choses belles, ne consens pas à faire tienne l’ignorance paternelle et ne montre pas par ton exemple que quelques pièces de monnaie ont une force telle que si elles sont là elles allument en toi l’amour de la philosophie et que, si tu en es privé, cet amour s’éteint lui aussi et que tu supportes la privation des belles choses. Montre, au contraire, que rien n’est plus fort que la vertu et qu’il n’y a rien qu’il soit juste de lui préférer. Quant à ceux qui cherchent à t’effrayer par la pauvreté et te disent qu elle va de compagnie avec le savoir, dis-leur, toi aussi, les paroles de Solon : « Je ne changerai jamais avec eux la vertu contre la richesse. Soyez riches, vous, si cela vous réussit. Pour moi, la science et le fait d’atteindre plus que vous la vérité et de savoir mépriser les richesses est pour moi une chose plus noble que vos talents. » Si, en effet, nous limitons le bonheur à l’argent, si nous rapportons notre vie à cela, toutes les choses belles sont perdues pour nous et nous dirons que les boutiquiers sont plus respectables que les sept Sages. Mais cela n’est pas juste et n’est pas le propre d’hommes qui ont choisi de vivre avec la raison. Mais si tu crains encore l’indigence, si tu estimes qu’il te faut fuir tout ce qui l’accompagne, eh bien ! d’abord, la vie de ceux qui s adonnent à 1 étude n’est pas complètement sans ressources ; beaucoup même ont retiré de leurs études une grosse fortune et en rien inférieure à celle qu’acquièrent les marchands avec leur talent médiocre. Il s y ajoute l’honneur
”5 A RHADÈNOS 44
καί καλή καί δικαία παιδός επιθυμία χαρίσασθαι, έκείνω μεν πολλά αγαθά γέυοιτο τοΟ πεισθήυαι, σύ δε τού λοιποΟ δεΐξον ώς οίσθα δεδομένη χάριτι χρήσασθαι, ούκ είς ήδονάς, άλλ’ εις τήν των λόγων κτήσιν πειρώμενος τρέπειν 5 τα παρ’ εκείνου- οδτω γάρ εκείνον πρός τδ καί αυθις σοι χορηγεΐν προθυμότερου έξεις, δρώυτα καλόν αύτώ καρπόν τήν σήυ εύδοκίμησιν έυεγκόυτα τά δεδομένα- ει δ’ ετι πείθεται τοις των λόγων έχθροίς, καί των άλφιταμοιθών τουτωνί καί καπήλων ένα (όούλεταί σε γενέσθαι, έκείνω ίο μέν εύξώμεθα βελτίω περί των πραγμάτων δόξαν λαθεΐν, συ δε, καλέ παι, μηδ ουτω τήν των καλών καταλύσης επιθυμίαν, μηδέ τήν τοΟ πατρός άγνοιαν καί σαυτοΟ γενέσθαι θελήσης, μηδέ τοΐς δλίγοις δθολοΐς τοσαύτην δύναμιν μαρτυρήσης, ώς παρόντες μέν έρωτά σοι φίλο- ι5 σοφίας άνάπτειν, τη δέ τούτων στερήσει σθέννυσθαι καί αυτόν, καί τήν εν τοις καλοΐς ύπομένειν ζημίαν αλλά δεΐξον ώς αρετής ούδέν ισχυρότερου, ούδ’ εστιυ ο ταύτης δίκαιου άυθελέσθαι- πρός δέ τούς δεδιττομέυους σε τή πενία καί ταύτην λέγοντας τή σοφία συγκεκληρώσθαι, καί 2ο αυτός τό τοϋ Σόλωυος λέγε- « άλλ’ ημείς αύτοΐς ου διαμειψόμεθα τής άρετής τόν πλούτον άλλ’ ύμεις μέν πλουτεΐτε εϊ γε καί τοΟΘ’ ύμΐυ προχωροίη, ήμΐυ δέ ή σοφία καί τό πλέον υμών τής άληθείας τυγχάυειν, καί τό χρημάτων είδέναι καταφρουειν των ύμετέρωυ ταλάντων 25 σεμνότερου. » Et γάρ δή τοις χρήμασι τάγαθόυ δριούμεθα, καί πρός εκείνα τόν ήμέτερου fiiov άυοίσομευ, πάυθ’ ήμιν ο’ιχήσεται τά καλά, καί τούς καπήλους των επτά σοφών σεμυοτέρους ΙροΟμεν τούτο δέ ούτε δίκαιου ούτε λόγω ζήυ αίρουμέυωυ άυθρώπων εϊ δ’ έτι τήν ένδειαν φοθή καί παν 3ο σοι μετά ταύτης φευκτέου ήγή, άλλά πρώτου μέν ουδέ τό τών λόγων παντάπασιν άπορου, άλλά πολλοίς μέν καί πολύς άπό τών λόγων εΐργασται πλούτος, καί ούκ έλάττωυ
A RHADÈNOS
dont on jouit et les gains qui vous viennent spontanément de ceux qui vous recherchent, de sorte que tu supporterais, même avec raison comme les laboureurs, des sueurs pour acquérir cette fortune future. Ensuite, il faut penser aussi que celui qui préside à tous ces biens et surtout aux études, est Dieu qui, étant lui-même la source de toute étude*, ne le négligera pas, si tu honores les études, et qui étant le savoir ne permettra pas que celui qui aime le savoir soit moins bien que ceux qui valent moins que lui. Bien plus, ayant appris à penser et à parler, tout le monde t’honorera et t’aimera, de sorte que, même si tu avais besoin de quelque chose, tous te l’offriront et n’hésiteront pas à te donner des preuves d’amitié. Si pour les Macédoniens et pour les Byzantins, il n’y a rien de plus méprisable qu’un homme qui cultive la philosophie, Rome ne souffre pas de la même maladie et ferait très grand cas d’un homme plein de science. Aussi, si tu bois de l’eau du Tibre, tu te rempliras de science, tu jouiras d’une grande considération, tu seras à même de suffire à bien des choses, et ceux qui aujourd’hui cherchent à t’éloigner de l’étude, tu les verras peut-être alors, recourir à ton pouvoir, t’appeler heureux pour tes succès et se blâmer eux-mêmes pour les sornettes qu’ils disent aujourd’hui sur toi.
Cydonès est très affligé par la mort de Rhadènos.
Si j’écrivais à d’autres, j’aurais invoqué d’autres raisons de la brièveté de ma lettre. Mais vis-à-vis de toi, pour ce qui est d avoir raccourci ma lettre, il n’y a qu’une excuse, c’est
ï. On ne peut rendre en français 1 expression grecque qui acquiert une valeur toute particulière par Ja répétition des mots α λόγος » et « σοφό; » : Dieu qui est λο'γος et σοφό; ne pourra pas négliger Rhadénos s il aime les « λόγοι » et s’il est φιλόσοφος.
A RHADÈNOS
ex. 142ν; cetera ex cod U, 288T
ex. 288v
r383-i4oo ?
λ aide Cydones ob Rhadeni sui mortem excruciatur.
Αλλοις μεν επιστέλλων, άλλας αν εΐπον τής βραχύτητος A των γραμμάτων αίτιας" τοΟ δέ πρός σε τότε τό τής inc" 67" επιστολής συστείλαι, μία τό σόυ ύψος ήμίν παραίτησις
4ι post verbum καί, folio i4a ν. exeunte, epistula abrupta est in cod. A ; hic emm aliquot ff. perierunt. Quae sequuntur usque ad epistulae finem ex cod. U, codicis autographi exemplari diligentissimo, transcripsi.
Sources AU.
Tit. : tüj βασιλε1. Μανοκηλ ΓΙαλαιολογω conieci : anepigrapha codd.
ta majesté et le fait qu’on ne doit pas étaler ces bavardages devant un empereur aussi grand. Mise à part l’audace, tout le monde blâme, en effet, ce qui est hors de propos. Tes soucis actuels demandent des actes, non des mots et ils feraient paraître importun celui qui voudrait faire de la rhétorique. Tu te montrerais donc juste en me pardonnant la brièveté de mes paroles.
Quant à cette petite digression, elle n’avait pas été écrite comme tu le dis, pour te sermonner et je n’entendais pas non plus t’exposer mon avis; car je n’ai pas encore perdu la raison et je suis encore capable de raisonner, de voir qui je suis, avec qui je parle et comment il faut approcher les puissants, mais elle ressemblait aux exhortations données par les spectateurs aux bons coureurs et par lesquelles les spectateurs ne cherchent pas à montrer à courir à ceux qui d’eux-mêmes sont pleins de zèle, mais louent ce qu’ils font et les envoient avec plus de plaisir à la victoire. Eh bien, je connaissais aussi ta nature et je n’ignorais pas ton instruction et à la suite de quelles études approfondies d’histoire et d’éloquence tu y es arrivé et que rien ne t’a échappé des narrations des anciens sur les faits extraordinaires arrivés aux hommes, dont toi-même, malgré ta jeunesse, tu as déjà une grande expérience pour te guider. Aussi, à moins d’être devenu fou, je n’oserais enseigner à un homme riche de tant de science comment il faut supporter les épreuves de la fortune, sachant surtout que ton âme demeure impassible à ses coups. Les mots (qui t’ont paru étranges), je les avais écrits parce que je croyais juste que les belles actions que je savais accomplies par toi fussent louées aussi par moi. Aide-toi donc toi-même et aie recours, comme tu le fais, à l’aide de Dieu. Ce que font les hommes n’est qu’une ombre ; sois intimement convaincu que Celui qui permit à ses enfants prisonniers de vaincre, en pleine terre barbare, leurs oppresseurs, éteindra aussi pour toi la fournaise de l’épreuve et te rendra à nous avec la dignité que tu avais. Quant à moi, qui étais encore en deuil du malheur de ma patrie, la mort de Rhadènos, en venant s’y ajouter, a doublé ma douleur, Tune continuant
ii7 A L’EMPEREUR MANUEL PALÉOLOGUE
6 περιέ/ουτα1. integravi || 35 οιπλονν correxi : διπλήν codd.
à me consumer l’âme, l’autre s’ajoutant à la première et la rendant plus déchirante et me contraignant à évoquer le souvenir de l’ami et du disciple plus aimé qu’un fils, de l’ami qui lui-mcme m’aimait, s’inquiétait de moi et de mes intérêts comme une mère, qui avait une si grande vénération pour moi que même les égards témoignés par les bons enfants à leurs parents apparaissaient en comparaison insignifiants, qui m’avait rendu maître de tout ce qui lui appartenait et cjui avait poussé, en quelque sorte, son zèle jusqu’à y ajouter le don de lui-même : il ne cessait jamais, en effet, et lorsqu’il écrivait et lorsqu’il parlait, de se dire mon esclave. Je pense à toi aussi et combien, toi aussi, tu dois être affligé d’être privé d’un excellent serviteur et tel que tu ne saurais en trouver un pareil aujourd’hui. Son image me revient à la mémoire avec celle de la patrie et elle maintient et maintiendra toujours vive ma douleur.
A JOSEPH BRYENNIOS
i3go-i4oo ?
Invectives contre Bryennios et sa doctrine erronée sur la Procession du Saint Esprit. Cydonès est très violent et conseille à Bryennios de lire et de méditer la réfutation que Manuel (Calecas) a faite. Il s’agit probablement du « De Processione Spiritus Sancti » qui a été publié jusqu’ici sous le nom de Démétrius Cydonès.
De tes absurdes blasphèmes par lesquels tu te trouves dénaturer grossièrement les écrits des Pères, tu subiras, un jour dans l’avenir, une juste punition, lorsque Dieu punira dans l’enfer ta langue ignorante et montrera combien bêtement et maladroitement, tuas parlé des choses de la foi, tu as bavardé comme un sot contre la sublimité de la divinité du Fils, en la séparant de la substance du Père et en l’amoindrissant, puisque tu ne lui attribues pas du tout l’Esprit Saint dans la même mesure qu au Père. Voilà la conséquence manifeste des discours que tu as prononcés hier, malheureux, d’une façon impie de tes lèvres sacrilèges et perverses, sans t’apercevoir nullement de la valeur de ce que tu disais et
n8 A L'EMPEREUR MANUEL PALÉOLOCUE 45 46
Rryennium eiusque hæreticam de Filio doctrinam vehementer insectaturCydones etBryennium monet ut Manuelis (Calecae) confutationem suorum errorum légat et diligenter perpendat. Quam puto fuisse opus illud « De Processione Spiritus Sancti » quod Demetrio Cydoni hactenus tributum est.
inc. 95ν
Source q.
Tit. : π ρός Ιωσήφ τόν Βρυέννιον : του σοφού Ανδρος κυρίοιι τοΰ Δημητρών τοΰ Κυδών επιστολή πρός Ιωσήφ τόν Bpuéviov q.
A JOSEPH BRYENNIOS
sans la comprendre, mais en bouleversant tout. Le Verbe, un jour, te punira de ces blasphèmes contre lui. Mais aujourd’hui même, il ne t’a pas laissé complètement impuni. Il a réfuté le fiel, l’ignorance, la barbarie de ton âme, et, de plus, l’ambiguité de tes discours, le mensonge avec lequel tu vis, en un mot, toutes tes monstruosités, au moyen d’un noble discours d’un homme exercé depuis l’enfance dans l’art de la parole, épris sincèrement de la vérité et capable aujourd’hui de découvrir ce qui est vrai et ce qui n’est pas tel. Il est venu te trouver, il y a peu de temps, pour réclamer de toi quelques explications sur cette nouvelle théologie et tu as pensé qu’il te fallait le couvrir de cris, d’insultes et d’éclats de rire — c’est bien là ta façon de procéder — et des approbations que ces hommes vulgaires ne cessaient de te donner à chaque parole que tu prononçais. Lui, au contraire, — il est modéré et regarde plus à l’ornement de lame qu’à celui de la langue — ne jugea pas bon de répondre de la même façon, ni d’exciter la colère d’un homme qu’il voyait vivre avec impudence et impertinence et qui, de plus, avait auprès de lui ses disciples aveugles, dont tu es aveugle toi-même le guide ; mais il dévoile ton mensonge dans un ouvrage rédigé de telle manière que non seulement nos contemporains mais aussi ceux dans les mains desquels il tombera dans l’avenir pourront connaître ce que tu es et avec quels hommes tu as eu l’audace de te mesurer ; et les fils des Hellènes, tous ceux qui comprennent la force des raisonnements, sauront que Thersite s’est mis un jour à concourir pour la beauté avec Nérée, soit parce qu’il n’avait pas vu sa propre laideur, soit parce que, dans son impudence, il tentait par ses querelles et par son tapage de persuader aux autres qu’il était le plus beau. Tel est le résultat que tu as retiré de ta merveilleuse dialectique ; tu as été cloué au pilori, homme admirable, dans un discours qu’Arislide aurait approuvé, que Libanius aurait admiré et que Basile ou Grégoire, s’ils avaient été présents, auraient mis au nombre de ceux qu’on a de tout temps admirés le plus pour la vérité et le talent de la parole. Prens-le, si toutefois tu es capable de suivre cette course merveilleuse vers le ciel — comment, en effet, ne pas le considérer comme tel (un être céleste) lui qui s’élance tout droit et monte vers Dieu ? — Une bonne fois, connais-toi toi-même, comprends la pauvreté que
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A JOSEPH BRYENNIOS
tu as dans tes raisonnements, et pourtant plus d’un de nos contemporains t’appelle rabbi et tu as plaisir à t’entendre appeler philosophe, toi qui n’as jamais touché à la philosophie. Et lorsque tu auras pris enfin conscience de toi-même, évite de raisonner sur Dieu, sur qui, soit par ignorance soit parce que tu as une âme pervertie et qui ignore son impudence, tu étales bien des absurdités, bien des blasphèmes, bien des impiétés. Lis le discours que t’envoie le savant Manuel1, lis-le souvent et avec attention et tu y verras démontrée l’obscurité de ton erreur, qu’elle n’est ni la foi des Pères, comme tu le dis étourdiment, ni la théologie des saints, comme tu t’efforces de le démontrer, mais une invention et le produit d’hommes pervers qui, séparés de l’union des chrétiens, ont rédigé et inventé de semblables mensonges pour perdre complètement toute une génération qui suit leur erreur, comme nous le voyons se produire aujourd’hui. Tu verras aussi que Manuel ne fait pas de la rhétorique contre les choses saintes et ne submerge pas les théories que tu as exposées sous un flot vraiment irrésistible de paroles, sous l’abondance des phrases et l’enchaînement (subtil) des pensées, mais qu’il parle en faveur de ces gens (les chrétiens) et de leur foi dont, il le prouve, tu nies les principes par ignorance : tantôt tu dis que le Fils procède du Père, mais pas néanmoins de sa substance, et tu le sépares ainsi — quelle audace ! — de la substance et tu admets dans la divinité une hypostase sans substance — le Diable luimême n’aurait jamais osé dire une chose semblable ! — et tantôt tu émets d’autres absurdités, pures impiétés de ce genre, si bien qu’hier beaucoup furent frappés d’étonnement, en t’écoutant. Les raisonnements sur ces questions, tu les trouveras dans le discours qu’on t’envoie. Et toi, quand tu 1 auras bien lu, si tu es capable de réfuter l’une des choses qui y sont dites, fais-le par écrit pour nous permettre de voir comment la tortue peut rivaliser avec les chevaux à la course.
i. Manuel Calécas : cf. notice
A JOSEPH BRYENNIOS
i3gi.
Manuel monte sur le trône. Cyclones vieux et fatigué des péripéties d’un long voyage ne peut venir le saluer, mais il l’accompagne de ses vœux et il espère pouvoir accourir bien vite vers Γ « empereur philosophe ».
Ce n’est pas pour t’annoncer quelque chose d’extraordinaire ou d’autrement agréable que je t’envoie ces mots, mais afin que tu saches que l’homme avec qui tu avais l’air jadis d’avoir un grand plaisir à te trouver, après une longue pérégrination, a abordé avec fatigue et avec joie dans sa patrie, au moment ou toi, par la volonté de Dieu, et la fortune aidant1, tu as pris le sceptre en main. Si donc j’étais capable de marcher, usantdemes pieds, j’accourrais voir ta personne divine, mais puisque la tempête et la traversée ont exténué mon corps, après avoir repris un peu de forces, je viendrai saluer (ce mot depuis longtemps est sur toutes les lèvres), l’empereur philosophe et pour entendre aussi les paroles que d’une telle bouche peut entendre un homme avide d’apprendre.
i3gi.
Thessalonique est assiégée et Cydonès est rempli de crainte sur son sort ; il espère pourtant encore en Dieu et dans la vertu de
i. L’expression grecque τύχη άγαθη semble signifier ici : «la fortune aidant ». Ce fut vraiment avec l’aide de la fortune que Manuel put s’emparer du pouvoir, dès qu’il eut connaissance de la mort de son père Jean V (16 février i3gi), car il se trouvait dans des conditions telles que personne n’aurait pu croire qu’il pût accourir dans la capitale. Manuel était, en effet, à Rrousse, otage de Bajazet; il réussit cependant à s’enfuir et à entrer à Byzance où il se fit couronner empereur.
i3gi.
Joanne V Palaeologo mortuo, regnum occupât Manuel ; quem JNoeter aetate provectus et diutinae peregrinationis laboribus confectus adiré nequit ; at statim ut vires refecerit ad « imperatorem philosophum » accurret. r
Ούχ &ς TL των παραδόξων ή των άλλως ήδέων άπαγγειλαΐ σοι βουληθείς, επιστέλλω ταυτί, άλλ3 ϊυα μόνον είδης άνθρωπον S πολλά πάλαι χαίρειν εδόκεις, τοΟτον μετά μακράν πλάνην μόλις καί άγαπητως της πατρίδος λαθόμενον, ότε καί αυτός παρά ΘεοΟ τύχη αγαθή τό σκήπτρον εδέξω. Εί μέν oSv οΤός τ’ ήν βαδίζέιν αύτός άν ποσί χρώμενος Ιτρεχον την θε'ιαν όψόμενος κεφαλήν επεί δε μοι διά τόν χειμώνα καί τόν πλοΟν τό σώμα ύπώλισθε, μικρόν αναλαθών εμαυτόν ήξω, προσερών μέν, τό πάλαι θρυλλούμενον δή τοΟτο, τόν φιλόσοφον βασιλέα, άκουσόμενος δε καί α παρά τοιούτου στόματος είκός άκούσεσθαι φιλήκοον άνδρα.
Obsidione Thessalonica clauditur et patriae extremum discrimen terret Cydonem. Dei auxilium imperatorisque virtutem invocat ;
Sources ABLOUhh'iBrs^v.
Tit. : τω βασιλεϊ Μανουήλ Ohh^ : Μανουήλ βασιλεϊ B : τφ βασιλεϊ il1 : anepigrapha apud ceteros.
5 λαβόμενον ABLOUhMii1 : λαμβόμενον v || ότε ABLOUii1 : ότι hhiy || 8 ύπώλισθε ABLOUi1 : υπόλισθε hhW : υπόλισθαι i || 9 μεν ABLOUii1 : om. hhiv || 11 είκός ALOUhh1!1 v : om. Bi || 12 φιλήκοον ABLOUi1 : φίλον hh*v : φιλίκοον i.
Sources AU.
Tit. : τω βασιλεϊ Μανουήλ Παλαιολόγιμ conieci : anepigrapha codd.
ex,177v
l’empereur : le corps du saint Patron de la ville (S1 Démétrius) la défendra cette fois aussi comme dans le passé.
Il ne s’agit pas de la première prise de Thessalonique par Khaïreddin pacha, mais de celle de l’an i3gi, trois mois après la mort de Jean V Paléologue.
Le désir de ta compagnie me pousse à t’écrire. S’imaginer en jouir c’est l’unique chose permise à celui qui est loin. Mais à peine je prends en main le livre et la plume et je me dispose à écrire quelques mots que je ne puis avancer, car les choses dont il me faut te parler sont lugubres. Voilà la raison qui souvent, lorsque j’allais t’écrire, a arrêté ma main. A quoi bon, en effet, rappeler des malheurs qui feront souffrir celui qui écrit et celui qui reçoit (la lettre)? Ces faits, auxquels on ne peut penser sans gémir, comment serait-il possible d’écrire sur eux, sans avoir le cœur transpercé? Que Dieu ou y mette fin ou les rende moins lourds à celui qui en souffre. Mais, de même que cela me pousse à garder le silence, de même le besoin me fait aussi une nécessité de t’écrire. Je dirai donc ce que diraient en pareilles circonstances des serviteurs affectionnés à leurs maîtres sans avoir l’air de parler en insensé. Ce n’est pas la première fois qu’une grande ville a supporté la violence des Barbares, a fermé ses portés par crainte de l’ennemi et a vu du haut de ses murs ses faubourgs dévastés et son marché, florissant auparavant, réduit à la misère ; ce n’est pas non plus la première fois que les meilleurs ont été renfermés à l’intérieur des murs par les plus mauvais, ni que les vainqueurs ont entendu les railleries de ceux qu’ils avaient vaincus souvent eux-mêmes. Tout cela Babylone l’a souffert de Cyrus et nous lisons que Rome fut privée d’un grand nombre de ses citoyens par Annibal et les Athéniens, après Marathon et Salamine, ont pleuré, en voyant du haut de leurs tours le dème d’Acharnes dévasté par les Lacédémoniens, et le roi de Sparte, Agésilas, à qui personne alors ne pouvait être comparé pour la valeur, pour l’expérience et le courage à la guerre, fut enfermé par les Thébains dans ses murs comme dans une prison et ils le tenaient prisonnier, lui, le meilleur
sperat autem sanctissimi urbis Patroni veneratissimum corpus ab ho!tibus CmetnUS) Urbem’ ut iam antea saepe, defensurüm
s ,N°,n ^ Prima Thessalonicae occupatione Khaïreddin opéra agitur
piï llk ad annUm i39U tribus mensibus post Joannis Y raleoiogi mortem, spectare videtur.
J H μεν επιθυμία της ομιλίας Ιπείγει με γράφειν, ώς inc. 31r ουτω μόνος ενόν άπόντι ταύτην σοφίζεσθαι· άπτόμενος δέ βιβλίου καί τής γραφίδος επιχειρώ μέν τι γράφειν, ούκ εώμαι δέ προχορεΐν, σκυθρωπόν δντων Sv άνάγκη μνησθηναι· καί τοΟτό μοι πολλάκις ορμώντι γράφειν 5 επεσχε την χείρα. Τί γάρ εδει μεμνήσθαι κακών καί το γράφοντι καί το δεχομένω λύπην οϊσόντων ; δ γάρ μηδέ λογίζεσθαι δυνατόν άνευ θρήνων, περί τούτων πώς έ'νι μή κεντούμενον γράφειν ; Ικεΐνα μέν ο3ν Θεός ή παύσειεν, ή κουφότερα τοΐς όδυνωμένοις ποιήσειεν έμέ δ5 ώσπερ ίο ταΟτα πείθει σιγδν, οΰτω πάλιν τό χρέος άναγκαίον ποιεί μοι τον λόγον. Έρώ τοίνυν ο παρ’ εύ'νων οίκετών Ιν δμοίοις καιροΐς δεσπόταις ρηθέν ούκ άν άνόητον δόξαι. Ού νΟν πρώτον πόλις μεγάλη βαρβάρων υβριν ήνέσχετο, ούδέ φόβω πολεμίοις έκλεισε πύλας, ούδ3 άπό των τειχών είδε ι5 τεμνομένην αύτη τήν περιοικίδα, ούδ’ άγορδ πτωχευούση αντί τής πριν άνθούσης εχρήσατο· ού μήν ούδέ νΟν πρώτον δπό των χειρόνων εΐσω τειχών κατεκλείσθησαν οί βελτίους, και σκωμμάτων υπό των πολλάκις ήττη μενών οί νικήσαντες ηκουσαν άλλα ταΟτα δη πάντα καί Βαβυλών 2ο πέπονθεν υπό Κύρου, καί 'Ρώμην άνέγνωμεν ύπ’ Αννίβα πολλούς των πολιτών στερηθεΐσαν, Αθηναίοι δέ μετά Μαραθώνα καί Σαλαμίνα εκλαυσαν, δρώντες άπό τών πύργων υπό Λακεδαιμονίων Άχαρνάς τεμνομένας, τόν δέ βασιλέα Σπαρτιατών 'Αγησίλαον δ μηδένα τότ’ ήν 25 παραβάλλειν άρετής είνεκα καί τής περί τάς μάχας εμπειρίας καί τόλμης, ώσπερ εν ειρκτή τοΐς τείχεσι
des Grecs, eux que tous savaient lâches et faibles et ils lui ordonnaient ou de sortir pour combattre ou de reconnaître qu’ils étaient plus forts que lui. Ainsi, la fortune se joue à son gré des choses humaines et change aisément, comme il arrive en matière d’élections, même ce qui semblait être fortement enraciné. Ne nous étonnons pas si à Thessalonique aussi il est arrivé de faire l’expérience de ce qui souvent s’est présenté dans la vie et ne brisons pas, comme des ancres, nos belles espérances pour nous livrer nous-mème à la tempête. Regardons le flot en face et devant l’ennemi faisons front contre le découragement et tâchons de supporter ce qui est fatal, en sachant que par notre douleur nous n’allégerons en rien les maux présents mais qu’elle nous empêchera, s’il nous reste quelque bien, d’en faire usage au moment voulu. En occupant et en consumant l’âme, elle fait négliger tout ce qui pourrait nous sauver. Chassons-la donc comme étant ce qui détruit le raisonnement et à sa place faisons revivre les plus grands espoirs. Avant tout, pensons à Dieu qui dirige tous ces événements et qui, à travers bien des vicissitudes, même les plus redoutables, se fait le défenseur de l’unique chose qui est utile à tous et permet que certains tombent dans les épreuves ou pour punir par une peine de ce genre une faute passée ou pour en guérir une présente, souvent aussi pour éloigner d’une faute à venir, pour éviter quelle n’éclate et ruine l’âme de celui qui l’accueille. Cependant, il ne frappe pas jusqu’au bout sous les coups du malheur et il n’inflige pas à ceux qu’il frappe des tourments au-dessus de leurs forces, mais en même temps que l’épreuve il donne aussi le moyen d’en sortir, pour empêcher ceux qui souffrent de se décourager complètement. Si sa miséricorde, selon le mot du Prophète, emploie « la balance et les poids », comment lui si bon n’imposerait-il pas plutôt une limite au châtiment ? En outre, songeons aussi aux vicissitudes diverses qui régnent fatalement en ce monde mortel, car jamais elles ne cessent leurs incessantes fluctuations et leurs changements en sens contraire. Aussi n’y a-t-il pas lieu de désespérer que nous aussi nous reviendrons à notre situation pre-
ia3 A L’EMPEREUR MANUEL PALÉOLOGUE
mière et que nous aurons de nouveau notre sécurité et notre tranquillité accoutumées. Car, s’il est arrivé, s’il est survenu ce à quoi on ne se serait jamais attendu, comment ne pas plutôt, quand il s’agit d’une chose raisonnable, avoir confiance, surtout que nous avons encore tant d’hommes vaillants, qui, pourvu qu’ils soit unis, pourraient secouer aisément loin d eux comme poussière ceux qui maintenant sont arrogants? eux qu’un commun péril inviterait vraisemblablement à la concorde, s’ils n’avaient pas décidé de se traiter eux-mêmes en ennemis. Mais, à part cela, on peut même en remontant le cours de l’bistoire, retrouver un grand nombre de villes, qui après des sièges longs et difficiles non seulement se sont libérées de ceux qui les tourmentaient, mais qui ont fait retomber leur sort et encore plus terrible sur leurs ennemis. A nous aussi, Dieu l’accordera peut-être, pourvu, comme il est juste, que nous respections envers lui la piété religieuse, que nous nous conduisions avec mesure et en bons citoyens avec ceux qui nous sont inférieurs et que nous utilisions les événements imprévus, non pour l’avantage particulier de quelques-uns, mais avant tout dans l’intérêt général. Pour cela, on doit surtout regarder vers celui qui est notre guide sûr; cela lui rendra cher tout le monde, non un petit groupe et il convaincra tout le monde de se décider, dans un commun accord, à affronter les dangers en sa faveur, pour sauvegarder l’intérêt général. Ce n’est pas pour donner des conseils que j’ai été poussé à parler ainsi, car, je lésais, toi-même tu pourrais l’enseigner aux autres et plutôt par tes actes tu le fais voir mieux que ne l’aurait dit Démosthène meme, s il était près de toi. Mais puisque ce n’est pas aujourd’hui le moment opportun de parler de choses dont on désirerait parler, j ai choisi parmi les sujets celui qui semble convenir à l’état présent des affaires et qui, en même temps, fait voir ce que je pense de ton règne. Je fais des vœux pour remplacer par les panégyriques les discours actuels. Cela, la bonté de Dieu envers le peuple des chrétiens engage à l’espérer, ainsi que le crédit auprès de Dieu du protecteur de la ville, qui déjà a souvent sauvé la patrie, même de nombreux
ούκ άνέλπιστον καί ή μάς εις τά πρότερον επανήξειν, καί της εΐωθυίας άδείας καί άνέσεως έξεσθαι. Et γάρ τό μηδέποτ3 άν προσδοκηθέν έξέβη καί γέγονε, πώς ούκ άν τις μάλλον περί τοΟ κατά λόγον θαρρήσειε, καί ταΟτα 65 τοσούτων καί τοσοΟτον δυναμένων έτ3 δντων, οι μόνον δμονοήσαντες ραδίως αν ώσπερ κόνιν άποτινάξαιντο τους νϋν πλεονάζοντας, οΟς τδ συγκινδυνεύειν εικότως αν εις ομόνοιαν προκαλέσαιτο, ει μή που σφίσι αυτοΐς αντί πολεμίων εγνωσαν χρήσθαι ; χωρίς δέ τούτων έξεστι καί ηο τάς ιστορίας έπιόντας πολλάς των πόλεων εύρεΐν, μετά μακράς καί μεγάλας πολιορκίας, ού μόνον των ενοχλούντων άπαλλαγείσας, άλλα καί μετά προσθήκης άντιστρεψάσας την τύχην τοις πολεμίοις· ο καί ήμιν ίσως δώσει Θεός, αν μόνον, ο δίκαιον, την μέν ευσέβειαν | τηρώμεν αύτω, τοις ^5 δ’ ύφ3 ήμάς μετρίως καί πολιτικώς δμιλώμεν, καί τοις παρεμπίπτουσι των πραγμάτων ούχ ως αν τινες ιδία θεραπεύοιντο χρώμεθα, άλλ3 ως άν προ πάντων τδ κοινδν ωφελοιτο' πρδς ο δεΐ μάλιστα βλέπειν τδν άγαθδν ηγεμόνα' τούτο γάρ πάντας μέν αντί των ολίγων αύτω φίλους 8ο ποιήσει, πείσει δέ πάντας συμπνέοντας ύπέρ αύτου κινδυνεύειν αίρεισθαι, ΐν3 αύτοίς τηροΐτο τδ κοινδν αγαθόν. ΤαΟτ3 ούχ ως αν συμβουλεύων προήχθην ειπεΐν οΐδα γάρ ως καν άλλους αύτδς περί τούτων διδάσκοις, μάλλον μέν ουν δι3 ων πράττεις ταΟτα μάλλον ένδείκνυσαι ή ως 85 άν είπε καί Δημοσθένης ε’ί σοι παρήν άλλ3 επειδή μή καιρός εστι νΟν ύπέρ ων άν τις εύΕ,αιτο λέγειν, εκείνους είλόμην των λόγων οΐ τή τε παρούση των πραγμάτων καταστάσει δοκοΟσι προσήκειν, καί άμα τής εμής γνώμης πρδς τήν σήν βασιλείαν ένδειΕ,ιν εχουσιν' εύ'χομαι δέ τούς go πανηγυρικούς των λόγων αντί των νΟν ειρημενων μεταλαδείν . ΤοΟτο γάρ καί ή τοΟ ΘεοΟ περί τό των Χριστιανών γένος άγαθότης έλπίζειν προτρέπεται, καί ή τοΟ Πολιούχου
ηίχ τήν τύ/ην τοΐς πολεμίοις A : τοις πολεμίοις τήν τύχην U || ηη ούχ ώς A : ο5ς ούκ U. || 8g γνιύμης U : om. A.
et plus graves malheurs. J’ajouterai, si tu me le permets, ta valeur aussi suffit à sauver les hommes, à moins que Dieu, contre toute attente, veuille agir autrement.
Sans adresse.
Cydonès s est rendu à Venise où il espérait trouver son ami : mais il y a appris que celui-ci était parti à Chypre. Cydonès est de retour dans sa patrie dont la situation est désespérée : il ne reste debout que la capitale. Cydonès pense reprendre la route de l’exil : il franchira même les Alpes, et se rendra en France et en Espagne1.
11 n est rien de plus malheureux qu’un homme qui a perdu ce qu il aime, alors que l’amour, après cette perte, ne cesse pas. C’est, en effet, se consumer entièrement, en portant toujours le feu en soi ou bien se flétrir, comme les plantes qui ne sont jamais arrosées. C’est précisément ce qui m’est arrivé aussi par rapport à toi, carje suis celui qui t’a aimé pendant de longues années et qui a été aimé en retoui par toi, et qui, parce qu’il habitait le même pays que toi, jouissait constamment des biens que tu portes en toi. Mais bien des faits ont battu en brèche notre douce intimité. Les circonstances te conseillaient de partir, moi de rester. Mais, pour toi, l’éloignement, grâce à Dieu, a été accompagné de tous les biens, car il t’a mis avec une haute dignité à la tête de villes et de peuples et tu as voyagé dans les terres habitées et inhabitées, non seulement ami des rois, des tyrans et des gouvernements, mais il t’a fait voir associé à de grandes entreprises, en tout lieu admiré, en tout lieu laissant des souvenirs de science, de valeur, de sagesse et de
i . Il s agit vraisemblablement du voyage que Cydonès fit avec Manuel Chrysoloras à Venise, en i395 : Cydonès en repartait l’année meme, car, en février i396, il était à Constantinople où Coluccio oalutati lui écrit sa lettre (cf. Introd., p. xxxn). Toutefois, il peut aussi s agir d’un voyage antérieur à i395. En tout cas, ce vovage date des dernières années de la vie de Cydonès, car il dit expressément qu’ « il ne reste debout que la capitale » ,· ce voyage donc est vraisemblablement postérieur à i3qi.
Anepigrapha.
Amicum suum Venetiis se conventurum speraverat Noster, sed eum Cyprum iam profectum cognovit : in patriam reversus eam in extremum discrimen adductam deflet : omnia iam amisisse, unam urbem ei reliquam : Byzantium. Exilii viam ingredi vult Gydones, Alpes quoque superaturus, Galliam atque Hispaniam visurus .
Ούδέν άθλιώτερον άνδρδς οδ μέν ετυχεν έρδν άπογνόντος, ούδαμή δε τοΟ έρωτος καί μετά τήν άπόγνωσιν λήγοντος- τοΟτο γάρ εστιν άντικρυς ένδον αεί περιφέροντα πΟρ άναλίσκεσθαι, ή καί μαραίνεσθαι τά μηδαμόθεν άρδόμενα των «ρυτών. °0 δή κάμοί συμδέδηκε νΟν επί σοί" ειμί μέν γάρ εκείνος ο πολλών σε πρότερον ετών φίλων καί άντιφιλούμενος, καί τδ τήν αυτήν οίκεΐν σοι, τδν εν σοι καλδν συνεχδς άπολαύων πολλδν δ’ εκείνην τήν ευτυχή συνουσίαν διακοψάντων, σοι μέν άποδημεΐν, εμοί δέ μένειν συνεδούλευον ot καιροί- αλλά σοι μέν τήν αποδημίαν επί πδσιν άγαθοΐς κατεσκεύασεν δ Θεός- καί γάρ καί πόλεσι καί εθνεσιν έπέστησε μετά σχήματος, καί τήν οικουμένην καί τήν άοίκητον περιήγαγε, καί βασιλεΟσι καί τυράννοις καί πολιτείαις ού φίλον μόνον, αλλά καί πράξεων μεγάλων απέδειξε κοινωνόν, πανταχοΟ μέν θαυμασθέντα, πανταχοΟ δέ μνημεία σοφίας καί άνδρείας καί
Sources AUU1 (sed solum partem epistulae extremam continetU1). 2 ούδαμή A : μηδαμή U.
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IîO
toutes tes vertus dans l’esprit de ceux qui t’ont fréquenté. Dieu donc agissait en cela avec justice et te récompensait ainsi des vertus que tu as cultivées pendant ta vie. Moi, au contraire, je suis resté et l’on ne m’a gardé que pour assister aux malheurs de ma patrie, afin, semble-t-il, de voir 1 empire des Romains, si célébré par tout, piétiné comme cendre par les Barbares, ces Barbares dont jadis tu ne daignais pas même te servir comme esclaves, après avoir été dépouillé par eux de tout ce qu’il possédait auparavant, après avoir tout perdu sous leurs coups violents; on ne lui a laissé, comme une tête séparée du corps, que la métropole, elle aussi aujourd’hui manifestement esclave ainsi que ceux qui la gouvernent. Et j’ai parlé des maux les plus grands, car si l’on voulait les exposer en détail, personne, je crois, ne trouverait assez de temps pour narrer nos malheurs. Voilà ce que j’ai gagné en demeurant et ce qui nous attend est pire, car nos fautes, qui en sont la cause, ne cessent pas encore, ou plutôt augmentent même chaque jour, jusqu’à l’extrême limite ou elles feront cesser ceux qui les commettent de vivre et de pécher. Au reste, il n’est pas possible que la justice qui hait les méchants cesse de nous punir. Quel est, à ton avis, mon état d’âme, à moi, qui même auparavant, lorsque le mal était plus léger, gémissais, maintenant que je vois et subis ces malheurs, que je suis frappé chaque jour par les assauts du dehors et abattu par les continuelles scélératesses du dedans? La douleur que j’en éprouve m’a été rendue plus lourde encore par l’impossibilité de te voir. Ce n’est pas que je voulais te voir associé à ces malheurs ; comment l’aurais-je pu, moi qui remerciais la Providence de t’avoir éloigné de ces hontes et de ces impiétés, pour lesquelles tu n’aurais jamais supporté de t’associer à ceux qui avaient l’audace de les commettre et à qui il ne serait resté qu’à mourir étouffé avec les autres? Mais, même pour complaire à mon désir, je n’aurais pas voulu te voir présent et privé des biens dont tu jouissais, absent. Mais tu le sais, lorsque l’homme est profondément malheureux, après Dieu, c’est vers le souvenir de ses amis qu’il se tourne, car il croit que s’ils
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rais, mais elle (la fortune) me presse à nouveau de revenir, pour mourir, semble-t-il, avec ma patrie. » Car, même si je l’avais voulu, je n’aurais pu rester, car la situation de l’Italie n’était pas, disait-on, de beaucoup meilleure que la nôtre. Chaque ville, en effet, est aussi entre les mains de tyrans et partout ce sont guerres et brigandages, si bien que ceux qui la traversent ne font pas leur voyage sans danger.
Je suis donc revenu et maintenant je vis avec ceux qui désespèrent d’eux-mèmes, car peut-on appeler autrement le fait de ne pas même avoir le courage de prendre une décision pour sauvegarder sa liberté, de trembler devant le Barbare, qui est tout proche, et de s’attacher les mains en attendant de subir le sort des esclaves ? Et l’on peut entendre cette opinion communément répandue dans la ville que, même si l’on avait des ailes, il ne serait pas facile d’échapper à l’esclavage. Je pleure sur mes parents et sur mes amis, en voyant ce qu’ils soutirent aujourd hui, en pensant à ce qu’ils souffriront sous peu. Je n’ai pas le courage de les abandonner, quand je me représente ce que réclame la patrie. Mais, d’autre part, rester par compassion pour elle et, ne pouvant lui apporter d’autre secours que de souffrir avec elle, me livrer moi-même en esclavage entre les mains d’hommes impies, ce serait, j’en suis convaincu, la pire des choses qui puisse arriver à un homme et je préférerais souffrir n’importe quoi plutôt que cela. Aussi, je tâche de persuader mes parents et j’ai l’intention de franchir les Alpes et de passer chez ceux qui habitent au delà de Cadix, et jour et nuit je vis avec ces desseins. Mais ce désir même devient moins vif, parce que je n’ai personne pour m’accompagner et vers qui regarder pour supporter plus facilement les ennuis qui arrivent à ceux qui voyagent à l’étranger. Au milieu de ces pensées contraires, tout de suite ton souvenir se présente à mon esprit et je me prends à dire du mal de Chypre qui m’a privé de ta compagnie, laquelle devait être pour moi un remède efficace contre tout chagrin ; mais immédiatement je me blâme de telles pensées. « Pourquoi, me dis-je à moi-même, désirer, ô fou, ce qui est impossible?
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άποδημήσαυτα καί πουήσαντα ού τού πόθου μόνου έστέρησεν, αλλά καί πρός τήν έπάυοδου πάλιν ώθεΐ, συυαπολού μενού, ώς εοικε, τη πατρίδι ». Ουδέ γάρ βουλομέυω γούυ μένειν ένήν καί τα των Ιταλών γάρ ού πολλώ τιυι κουφότερα των παρ’ ήμΐυ είναι έλέγετο- κατά γάρ πόλεις 85 κάκεΐυοι πάυτες ετυραυυοΰυτο, καί παυταχοΟ πόλεμοι καί λησταί, ώστε καί τοίς διιοΰσιν ούκ ανευ κινδύνων γίυεσθαι τκς αποδημίας. Έπανήκωυ τοίυυν, σύυειμι υΟυ τοίς άπεγυωκόσιν αυτών τ'ι γάρ αν τις ετερου εΐποι τδ μηδέ τολμάν γούυ υπέρ ελευθερίας βουλεύσασθαι, τόυ εφεστη- g0 κότα βάρβαρου δεδιότας, αλλά δήσαυτας τάς χειρας άυαμέυειυ οπότε πείσουται τα των ανδραπόδων ; καί τοΟτ’ αν τις άκούσειε κοινήν τής πόλεως γνώμην, ώς ούδέ πτηυούς γευομέυους εύπορου την δουλείαν φυγεΐυ. Εγώ δε θρηνώ μέν εις τούς συγγενείς καί τούς φίλους όρων oîa g5 μέυ νυν πάσχουσιυ, οια δέ μικρόν ύστερου πείσουται λογιζόμευος· λιπείυ δέ αύτούς ούκ ανέχομαι, τα τής πατρίδος ενθυμούμενος χρέα- τό δέ ταύτην οίκτείρουτα μένειν, καί μηδέν ετερου πλήυ τοΟ συυαλγειυ εισφέρουτα ταύτη, εμαυτόυ άσεβέσιυ άυθρώποις πρός δουλείαν έκδούυαι, ιοο τούτο δέ χείριστου είναι πεπεισμένος πάντων των άυθρώπω δυυαμέυωυ συμβήυαι, πάντα μάλλον ελοίμην αν ή τούτο παθεΐν. Διά τούτο τούς συγγενείς παραιτούμενος, "Αλπεις μέυ ύπερβήυαι καί πρός τούς επέκεινα Γαδείρωυ διαβήυαι διανοούμαι, καί ταύταις υύκτωρ καί μέθη μέραν ιο5 σύυειμι ταις ένυοίαις- αλλά καί ταύτην μοι τήν προθυμίαν αμβλύνει τό μηδέυα κοιυωυόυ μοι παρειυαι εις ου ορών ρδου οΐσω τα τοΐς ξέυοις συμβαίυουτα. Έυ ταύταις τοίυυν ταις άυθολκαΐς εύθύς αύτός μοι τήν μνήμην είσέρχη, καί κακώς αρχομαι λέγειυ τήν Κύπρου, άφελομέυηυ μοι τήν ιιο σήυ κοινωνίαν, φάρμακου μοι πρός πδυ λυπείυ δυυάμευου εσομέυην είτ’ εύθύς έμαυτώ τώυ λογισμών τούτων επιτιμώ, καί' « τί δήποτε, πρός εμαυτόυ φη μι, μώρε, τώυ αδυνάτων έρδς ; άυήρ γάρ ού κιυήσεται, άλλ’ άποθέμευος
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Cet homme ne bougera pas ; il a déposé les ailes avec lesquelles auparavant il courait par toute la terre; il songe maintenant à rester tranquille où il est. Pourquoi délirer et désirer ce qui ne sera jamais? » Sache-le donc, je suis environné de ces flots (menaçants) ; je suis contraint de fuir ma patrie et je suis persuadé que sans toi seront insupportables les ennuis que je rencontrerai dans mes pérégrinations. Puisque donc la Providence a voulu que nous soyons séparés l’un de l’autre, prions, du moins, Dieu de nous donner à l’un et à l’autre ce qui nous sera utile. Pour moi, donc, je demande a Dieu qu il t accorde tout ce qui peut te rendre parfait d âme et de corps et que les choses extérieures aussi aillent comme vous le désirez, toi et tes amis ; et toi, souhaite-moi, de ton cote, de t oublier, dans 1 avenir, afin que ton souvenir, installe dans mon ame, ne la consume pas, comme le feu consume le bois. Mais je ne sais si ton crédit auprès de Dieu est assez grand pour obtenir même cela par tes prières.
i3g5-i 4oo .
Les malheurs de la patrie sont de jour en jour plus graves ; de son empire de jadis il ne lui reste qu’une seule ville : Byzance.' La sagesse et la vertu même de l’empereur sont réduites à l’impuissance. Cydonès regrette de ne pas être resté à l’étranger où il n’aurait pas assisté à la ruine de son pays1.
Oh ! qu’est-ce donc que cette épaisse et obscure nuée qui s’étend aujourd’hui sur la terre des Romains ? Qu’est-ce donc que ce flot qui la recouvre en entier? Oh ! la peste qui s’est attaquée a ses habitants et qui ne nous permet pas de reprendre haleine, mais nous entraîne tous à la mort ! Ces malheurs nous désolaient depuis longtemps déjà et, peu à peu, comme une maladie de consomption, épuisaient le corps
i. Probablement à Venise (i3g5). Mais il peut s’agir aussi d’un voyage postérieur, et peut-être du voyage auquel fait allusion Manuel II dans son avant-dernière lettre à Cydonès qui paraît devoir etre datee de la fin de i3g6 (Cf. Legrand, Lettres de l’empereur Manuel Paléologue, p. 3g sq.).
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i3g5-i4oo.
Patriae calamitates in diem ingravescunt ; ceteras iam urbes Graeci amiserunt : una reliqua est, Byzantium. Imperatoris ipsius prudentia atque virtus nihil proficient : poenitet Nostrum in patriam suam rediisse, ut suis ipsius oculis extremam ruinam conspiceret.
*Ω τί τό παχύ καί σκοτεινόν τοϋτο νέψος τό τήν A 'Ρωμαίων νΟν έπισχόν ; ώ τί τό κΟμα τό πδσαν αυτήν έπι- *nC- ' κλΟσαν ; ώ λοιμοΟ των ένδον ήμμένου, μηδ5 άναπνεΐν γοΟν ή μας συγχωροΟντος, αλλά πρός θάνατον πάντας επείγοντος- ταΟτα γάρ καί πάλαι μεν ή μας έλυμαίνετο, καί 5 κατά μικρόν ώσπερ τις ψθόη τό κοινόν σώμα άνήλισκε, πολλών πόρρωθεν κακών τής ψθορας ταύτης ήγησαμένων-
Source ABOUi(t).
Tit. : Μανουήλ βασιλεί ΒΟ : anepigrapha apud ceteros.
2 νυν ABOU : γήν i | j 3 των ABOU : om. i.
de la communauté, car bien des maux ont précédé de longtemps cette ruine. Mais maintenant le malheur est à son comble; il ne nous menace plus des événements les plus redoutables, mais il nous entoure de malheurs plus terribles que ceux auxquels nous nous attendions et il nous assiège de toutes parts. Et pourtant, tous nous espérions que Dieu nous accorderait, par toi, d’être libéré de ces calamités, toi, un homme intelligent, qui te complais à l’étude, n’es pas l’esclave des passions, es l’ami des bons, l’ennemi des méchants, qui fais toujours passer l’intérêt général avant tes intérêts personnels, vertu que tous, aussi bien les savants que les ignorants, regardent comme la règle de conduite d’un empereur, toi qui, en un mot, es digne en tout de la puissance impériale. Le dédain de ces vertus, négligées auparavant par les démagogues, a accru la force des Barbares et chaque jour diminuait notre puissance. Avec toi, aujourd’hui, toutes elles ont reparu et toutes réunies elles sont la parure d’un seul et même homme et elles faisaient concevoir avec beaucoup de raison à tous les plus grands espoirs qu’il ne serait pas possible de manquer le but, ayant à sa tête un homme sage, ni de sombrer complètement, quand un homme, comme toi, a pris le gouvernail en main. Mais même ce remède, tout en étant l’un des plus efficaces, nous le voyons vaincu par la malignité de la maladie ou plutôt par la gravité et la foule de nos fautes, avec lesquelles nous offensons chaque jour Dieu, guide et roi de l’univers, en nous dérobant aux lois de la bonne Providence et en nous faisant une loi de notre impiété. Et nous vivons, pour cette raison, comme il est naturel que vivent ceux qui vont errant dans l'obscurité. C’est bien là ce que tous peuvent reconnaître comme étant la cause de tous les maux pour le genre humain, aujourd’hui et à toujours. Cela nous prive aussi de l’aide utile que nous donnerait ta vertu, bien que tu fasses tout pour alléger nos maux, carie chaud, le froid, la faim, les dangers et toutes les autres souffrances tu les supportes dans le dessein de nous faire du bien. Lorsque je pense à la dignité que Dieu t’a concédée et que tu es contraint de servir ces gens, dont ceux qui ont revêtu avant
νΟν δέ τδ δεινδυ έν ακμή, ούκέτι τά χείριστα απειλούν, άλλ“ Sv προσεδοκήσαμεν φοβερωτέροις καί δή περιβάλλον καί πανταχόθεν πολιορκούν καίτοι πάντες ήλπίζομεν ίο απαλλαγήν τινα των δεινών τούτων διά σοΟ δώσειν ήμΐν τόν Θεόν, άνδρδς καί νοΟν εχοντος καί λόγοις χαίροντος καί ήδοναΐς μή δουλεύοντος, καί φίλου μέν άγαθοΐς, πονηροΐς δέ εχθρού, τό τε κοινή συνοΐσον προτιμωντος αεί των ιδία διαφερόντων, δ δή καί βάσιλέως δρον τίθενται πάντες, ι5 ομοίως μέν σοφοί, ομοίως δέ ίδιωται, καί δλως διά πάντων πρέποντος βασιλεία. Ταΰτα γάρ πρότερον μέν υπό των δημαγωγών αμελούμενα τά μέν των βαρβάρων εις επίδοσιν ήγε, τής δέ ήμετέρας περιουσίας καθημέραν άφήρει- επί δέ σοΟ νυν πάντα φανέντα καί τή συνόδω ένα άνδρα 2ο κοσμήσαντα εικότως τάς χρηστοτέρας των ελπίδων π&σι παρίστη, ως ούκ δν άμαρτεΐν αγαθού, νουν εχοντος ηγουμένου, ού'τε πάντη βαπτισθήναι, άνδρός οιος σύ των οίάκων επειλημμένου. Αλλά καί τούτο τό φάρμακον, καίτοι των αγαν ισχυροτάτων ύπάρχον, τής τοΟ νοσήματος 25 κακοηθείας δρωμεν ήττώμενον, μάλλον δέ τού των ήμετέρων αμαρτημάτων μεγέθους καί πλήθους, δι’ ων Θεω τω τού παντός ήγεμόνι καί βασιλεΐ καθημέραν προσκρούομεν, τούς μέν τής αγαθής προνοίας νόμους άποδιδράσκοντες, νόμον δ’ ήμιν την ανομίαν τιθέμενοι, καί διά τούτο ζωντες 3ο ως εικός τούς πλανωμένους έν σκότει, ο τώ των ανθρώπων γένει παντός αίτιον κακού πας αν εΐποι καί είναι καί εσεσθαι. Τούτο καί την παρά τής σής αρετής εσομένην ήμΐν ωφέλειαν | άποστρέφει, καίτοι πάντα ποιοΰντος 178ν δπως τι των ήμετέρων άφέλοις κακών καί γάρ καί πνίγους 35 καί ψύχους καί λιμού καί κινδύνων καί τής άλλης ταλαιπωρίας άνέχη ήμΐν τι πράττε ιν βουλόμενος άγαθόν. "Οταν
ι3 ήδοναϊς AROU : ήδον îj i || ι4 τό τε ABOU : και τό i || 22 νουν AOUÎ : νοΰ B || 32 -ας ABOU : om. i II 35 άφέλοις ABOU : αφελές i Il 36 καί κινδύνων AU : om. BOi.
50 A L’EMPEREUR MANUEL PALÉOLOGUE i3i
la dignité que tu as aujourd’hui n’écoutaient pas même les prières et que lorsque tu as un succès tu procures un plaisir à tes ennemis et que d’autres récoltent le fruit de tes peines, tandis que, pour toi, l’unique prix de tes sueurs est celui d’être jalousé et d’avoir le sort de ceux qu’on jalouse, lorsque je pense que la compagnie et l’intimité des Barbares pour un homme épris de la science des Grecs est la chose la plus désagréable et la plus pénible, quand je réfléchis à tout cela — et j’y réfléchis, car cette pensée ne me laisse tranquille ni jour ni nuit, — je gémis sur toi et je crie à ceux qui sont avec moi : « Un tel homme avoir un tel sort ! et ce sont nos fautes dont on lui demande compte à lui aussi ! » Et je plains cette malheureuse, la seule qui nous reste dans notre malheur, faut-il l’appeler ville ou patrie?, et qui aujourd’hui subit la servitude au lieu d’avoir la puissance qu’elle exerçait jadis sur tous. Et je me maudis moi-même parce que je n’ai pas préféré rester à l’étranger et entendre annoncer par d’autres les malheurs de ma patrie, plutôt qu’après mon retour, de les voir et de les apprendre moi-même par l’expérience. Je remédierai à cela, en émigrant de nouveau, à moins que Dieu ne se réconcilie avec nous, par ton intermédiaire et ne nous envoie une aide quelconque. Car le vase des espoirs n’est jamais vide tant que les hommes ont un souffle. En attendant, je demande à Dieu de ne pas permettre de laisser s’éteindre complètement la lampe d’Israël, j’entends, qu’il te garde pour être son ministre, si lui, Dieu, veut peut-être nous faire quelque bien .
i3i A L’EMPEREUR MANUEL PALÉOLOGUE 50
38 παρά θεού ABOU : παρά του θεοΰ i || διδομένην AU : δεδομένην ΒΟι II 3g άναγκάζη ABOU : άναγκάζειν i || 44 λόγων ABOU : om. i ||
5ο αυτόν ABOU : αυτών i || ταυτηνί ABOU : om. i || 53 έκέκτητο ABOU : έκέκτο i || 57 ύπερορίσας ABOU : υπερορίας i.