AVERTISSEMENT
On sait qu'après la mort d'Alexandre, ses généraux héritèrent de son vaste empire. La Syrie échut en partage à Séleucus. Il régna paisiblement et transmit sa couronne a ses descendans, qui, comme lui reconnus ;souverains , consacrèrent la dynastie des Séleucides.
Antiochus-le-Gran4 , ayant ajouté à ses états de nouvelles provinces, donne des inquiétudes à Rome, quilui défend de poursuivre ses conquêtes. Antiochus, enorgueilli de ses succès , et indigné d'un telle dé-* fense , aima mieux suivre les conseils d'Annibal, qui, réfugié près de lui après la ruine de Carthage , lui inspira sa haine pour les Romains , et lé détermina a mépriser les ordres et à braver la menace de ce peuple jaloux et conquérant. Rome aussitôt déclare la« guerre auroi.de Syrie, et envoie contre lui une armée formidable, commandée par les deux Scipions.
Antiochus, défait àla fameuse journée de Magnésie, jBst forcé de souscrire un traité honteux par lequel lui et ses successeurs se voient à jamais assujettis à envoyer à Rome vingt otages, et surtout l'héritier présomptif du trône de Syrie. Je ne parle point des autres articles, du traité ; ils sont étrangers au sujet 4e ma tragédie.
Sçleucus Philopator, ayant succédé à son père
ij AVERTISSEMENT.
Antiochus-le-Grand , fut, parsuitedudit traité^ contraint d'envoyer en otage à Rome Démétrius son fils aine' , et en Judée Héiiodore son général , chargé d'en rapporter 9 en pillant le temple de Jérusalem , une somme suffisante pour payer aux Romains le tri^ but annuel : ce tribut était de quinze mille talens* Héliodore échoua dans son entreprise , revint à Ântîoche , et I pour se soustraire au courroux du roi , prend le parti de lempoisonner. U exécute son pro^ jet de concert avec la reine , dont il était le faT<M*i, et avec laquelle il se flattait de monter sur le tr ône, en profitant de labsence de Démétrius et de la minorité d'Antiochus. L'histoire tait le nom de cette reine f je la nomme Laodiçe.
Cependant Démétrius , héritier légitime d u trône de Syrie , apprend à Rome que son sceptre est dans les mains de sa marâtre , assassin secret de Séleucus. ladigné d un si lâche for&it, brohnt de venger la mort de son père , Démétrius réclame ses droits et Tappuidu sénat; le consul Yalérius, vendu àLaodice, et ennemi déclaré de Démétrius, loin de lui rendre la liberté , le fait retenir et sqrveiUer soigneusement. Démétrius, justement irrité, adresse plusieurs fois de nouvelles réclamations au sénat, qui , p6ur toute réponse , le fait chaque jour garder de |ilus près.
Ifeureusement un Grec qui se trouvait alors à Rome, et qui avait su gagner l'amitié et la confiance de Démétrius, l'aida par son adresse k se tirer d'embarras, let lui ouvrit par ses conseils les chemins de FAsie p% du trône.
AVERTISSEMENT. îij
Ce <jrrec était le célèbre historien Polybe^ qui, aussi aimable philosophe qu'habile politique, imagine y pour sauver son s^uguste ami , un stratagème qui lui réussite II engage DémétrI us à user de feinte , k cacher son courroux, à affecter la joie , à montrer une entière soumission aux volontés du sénat, à renoncer publiquement à toute prétention au diadème, à solliciter même comme une faveur le titre de ci*toy^en romain. Démétrius suit l'avis de Polybe ; soudain , se voyant moins surveillé , il saisit la première occasion favorable, et, s échappant, seul de Rome, il s'embarque inconnu, déguisé, sur ua navire tyrien , rentre dans ses états , se fait reconnaître de ses sujets , est proclamé roi , rend la paix à TÂsie , mérite par sa clémence le beau titre de soter ou sauveur, et s'affermit ainsi, presque sans obstacle,. sur le trône de son père.
Voilà ce que rhîstoirë m'a fourni. Les personnages de Démétrius, d'Antiochus, d'Héliodore, sont histo^ rîques; ceux deLaodtce, deNicanor, de Stratônice, sont d*învention«
On me pardonnera sans doute d'avoir supposé Démétrius frère d'Antiochus, qui dans l'histoire n'est que son cousin, et d'avoir substitué au stratagème de Polybe un moyen d'évasion plus digne d'un héros tragique.