‹ Demifous et demiresponsablesChapitre 58 sur 119 · Auguste Comte et Saint-Simon · texte numérisé non relu

Auguste Comte et Saint-Simon

AuGusTE COMTE *, qui a eu une si large et si durable influence sur l'orientation philosophique des savants du xix° siècle, était certainement un demifou, quand il n’était pas fou.

Il sort, ne rentre pas *, écrit des lettres incohérentes avec des mots soulignés et des renvois tout à fait significatits. Dans une promenade, il veut entrainer sa femme avec lui dans le lac d'Enghien. Il est interné chez EsquiRoL (qui diagnostique un accès de manie avec mégalomanie), plonge sa fourchette dans la joue.d’un gardien. Le jour de sa sortie de l'asile, il signe son acte de mariage Brutus-Bonaparte Comte. Pendant les repas, il essaie de planter son couteau dans la table «comme le montagnard écossais de Walter Scott »,. demande

A. Le Dousze. La crane et le cerveau de Pascal. La Chronique médicale, 1901, p. 671.

2. GEorGes Dumas. Psychologie de deux messies posilivistes, Saint-Simon el Auguste Comte. Bibliothèque de philos. contemp., 1905. Paris, F. Alcan.

3. Voir aussi HizLemanD et CaBanËs. La folie d’'Auguste Comte, Chop médicale, 1897, t. IV, p, 36.

4. Le 12 avril 4826, quand les auditeurs se présentèrent pour la quatrième leçon, ils trouvèrent la porte etles volets clos.

le dos succulent d’un porc et récite des morceaux d'Homère. Plus tard, il essaie de se jeter du pont des Arts dans la Seine. Il part pour Montpellier ; mais, arrivé à Nîmes, il s'arrête et rebrousse chemin... Sa vie est composée d'accès de folie, séparés par de longs intervalles de demifolie, pendant lesquels il compose et publie son œuvre.

GEORGES Dumas conclut ainsi son étude : « tel fut, dans sa vie privée et sociale, dans sa mission, dans son amour, dans sa religion, AuGusre Conte, fondateur du positivisme, qui, de 1824 à 1857, s’efforça de donner à la Terre un régime spirituel et mourut, à soixante ans, grand prêtre de l'humanité... qui à pu se faire taxer de folie par les profanes, tandis qu'il inspirait à des disciples qui ne furent pas médiocres une foi ardente que ni la mort ni cinquante ans écoulés n'ont pu éteindre » et que SruarT Mrzz « met sur le rang de DESCARTES et de LeiBniz ». Aucusre Core, dit encore GEoRGEs Dumas, «avait un tempérament psychopathique et fut pendant longtemps exposé aux accidents cérébraux ». C’était un mystique avec « des hallucinations et des extases ». Comme d’ailleurs il ne crut jamais à la signification objective de ses hallucinations, et qu’ « il les gouverna » (en dehors de ses crises de folie), tout cela « ne suffit pas pour faire » de lui « un fou: (après 1826) ». Mais cela suffit largement pour en faire, à cette même époque, un demifou.

De ce « Messie positiviste » G£ORGES Dumas rapproche SaïnT- SIMON qui « s'était proclamé vicaire de Dieu et pape scientifique » et avait écrit : « à l'époque la plus cruelle de la Révolution et pendant une nuit de ma détention au Luxembourg,

1. « Spécialiste de la physiologie mentale, GeorGes Dumas a réfuté très consciencieusement et avec beaucoup de lucidité les préjugés qui subsistent chez beaucoup d'ignorants sur la folie d’Aveusre Core. » (LUCIEN Moreau. L'Aclion française.) J'aime mieux l'appréciation de J. Bourbeau (Journal des Débats, 5 août 1905) à propos du même livre de GEorGEs Dumas : « l'équilibre des facultés n’aboutit la plupart du temps qu'à une médiocrité heureuse. Les tendances géniales dépriment certaines facultés et en exaltent d'autres. Il y a dans le génie une part de névrose, qui lui donne, pour ainsi dire, sa force d'impulsion. »

Charlemagne m'est apparu et m'a dit : depuis que le monde existe, aucune famille n’a joui de l'honneur de produire un héros et un philosophe de première ligne ; cet honneur était réservé à ma maison. Mon fils, tes succès comme philosophe égalèrent ceux que j'ai obtenus comme militaire et comme politique ; et il a disparu. » [I monte même parfois plus haut et c'est à Dieu qu'il « passe la parole » pour développer sa mission et son programme.

C’est bien encore là un demifou, intelligent et remarquable, ne füt-ce que quand il a écrit : « la folie n’est autre chose qu'une exaltation extrême de l’âme et cette exaltation extrème est nécessaire pour faire de grandes choses. Il n’entre «ans le temple de la gloire que des échappés des petites maisons ‘. »

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