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Le public est généralement tenté d'exagérer l'importance

grand État, ils doivent les défendre contrôles représentants des monarchies, auxquels ils ne doivent pas se montrer inférieurs en instruction, en savoir-faire mondain, en toutes ces qualités que l'on cultive avec raison dans la carrière; représentants d'une démocratie issue de principes directement contradictoires avec ceux des monarchies auprès desquelles ils sont envoyés, ils doivent, sans renier le régime de leur pays, s'abstenir de toute attitude qui pourrait être interprétée comme une critique contre le régime du pays dans lequel ils sont accrédités. Dans ces conditions exceptionnellement délicates, ils risquent de voir certains de leurs gestes mal interprélés. D'autre part, sous le prélexte que ce personnel au service de la France a mangé le pain de la République, jl y aurait assez facilement une tendance à vouloir exiger de lui, non pas seulement le loyalisme nécessaire à l'égard des irtstitutions, mais encore une certaine orthodoxie par rapport au parti qui détient passagèrement la majorité ^

de l'étiquette, des formules épistolaires, des règles du jeu diplomatique ; il est nécessaire de les connaître, mais c'est un point secondaire : ce sont des formes et des règles au courant desquelles se trouvent facilement les fontionnaires subordonnés des ambassades.

1. C'est le principe déplorable qui l'emporte aux États-Unis grâce à l'application au personnel diplomatique du « spoils System ». M. Bryan, secrétaire d'État de M. Wilson, aurait déclaré que les ambassades sont « des fonctions bien payées à réserver à des démocrates méritants «(l^hilipp Marsball Brown, Deniocracy and diplomacij, Norlh American Review, nov. 1916, p. 703). Le président Wilson avait déclaré solennellement qu'il n'appellerait aux postes diplomatiques que des hommes sans fortune, mais possédant toutes les autres espèces de titres. Or, le colonel Georges Ilarvey, qui avait été un des promoteurs principau.K de la premit-re candidature dé M. Wilson, et qui l'a combattu lors de l'élection récente, a fait la remarque suivante: « Sauf la seule exception de M. Walter II. Page, tous les diplomates nommés par M. Wilson sont des hommes qui, ù un moment ou à un autre, ont apporté un concours pécuniaire à sa campagne électorale. » M. James W. Gérard, ambassadeur à Berlin, lui avait donné une contribution de 13.500 dollars, et M. Penlield, appelé au poste important de Vienne, avait donné 10.000 dollars au fonds de campagne {Xorth American Review, nov. 191(5, p. 787). — Nous aurons à indiquer plus loin que ce recrutement ploutocratique s'explique partiellement par l'insuffisance des traitements diplomatiques.

Certes, aucune faveur n'est due à une classe sociale quelconque. En dehors des préfeclures, une seule condition est à exiger des candidats à une fonction publique, c'est qu'ils soient aptes à bien servir la France. Il se trouve qu'en général la vocation diplomatique, qui comporte la préoccupation des problèmes extérieurs, un certain goût des voyages, l'aptitude à l'action et aux relations avec des hommes d'un rang élevé, la renonciation enfin à toute occupation lucrative et la résolution de dépenser de l'argent plutôt que d'en gagner, le désir d'une position brillante plus que rémunératrice, naît surtout parmi les jeunes gens de la haute bourgeoisie. Il n'y a qu'avantages à les admettre à servir là où ils croient pouvoir être le plus utiles. D'autant mieux, comme noias aurons à le voir tout à l'heure, que ce fait social que nous constatons n'empêche pas d'appeler aux premiers rôles diplomatiques des personnalités éminentes d'origines diverses.

Au lendemain de la guerre, M. Thiers avait pourvu les grands postes diplomatiques de la République avec des grands seigneurs, parce qu'il se trouvait qu'à cette époque c'était dans cette catégorie de personnages, anciens serviteurs de la Monarchie ou de l'Empire, que se trouvait l'expérience nécessaire. Si l'un d'eux se présentait encore aujourd'hui, les autorités qui seraient chargées de cette délicate mission n'auraient qu'à examiner jusqu'à quel point il est apte à servir le pays, sans faveur pour ses origines, sans défaveur pour elles. C'est la seule attitude conforme aux intérêts du pays.

L'Allemagne recrute ses représentants dans l'aristocratie (parfois d'ailleurs, comme ce fut le cas pour M. de Schœn, dans une aristocratie bien nouvelle). Mais elle n'a guère à s'en féliciter. Écoulons l'enfant terrible du journalisme allemand, ce publiciste passionné qui nous a appris sur son pays bien des vérités qu'il a su faire entendre à ses compatriotes : « Partout, écrit Maximilian Harden, on envoie des gens titrés, gradés et protégés, mais sans aucune expérience. On voit les résultats : l'Allemagne est obligée de faire de grands. efforts pour

obtenir moins que rien ^ » Il n'est pas impossible que ces hobereaux aient été vus parfois d'un œil favorable par les souverains ou par leur entourage immédiat. Mais ce mince avantage a été largement balancé par de graves inconvénients : brutalité dans les procédés, psychologie extrêmement pauvre, appréciation colossalement erronée des peuples auprès desquels ils étaient appelés à vivre. « Le premier venu, dûment lavé et habillé, disait Bismarck, peut faire un honnête diplomate. » C'est l'une des grossières erreurs du grand aventurier. S'il fut un temps où le rôle d'un diplomate était a de faire des cérémonies, non des affaires », où il était plus important pour lui « de connaître le whist que l'histoire », ce temps est, aujourd'hui, écoulé. Certes, la cérémonie conserve son influence ; et il faut que le diplomate sache déplorer la mort d'un archiduc ou se réjouir de la naissance d'une princesse; mais c'est la partie tout à fait secondaire de sa mission : il faut qu'il comprenne les mystères du change, des compensations internationales, des régimes douaniers; il faut qu'il s'intéresse aux problèmes de l'outillage international, des chemins de fer, qu'il comprenne les répercussions des lois ouvrières, qu'il saisisse la portée des litiges coloniaux, qu'il sache observer les faits, les interpréter, les comprendre. Et tout cela suppose, en outre de dons naturels assez rares, une instruction vaste, solide et variée. Il ne suffît pas d'être « le premier venu, dûment lavé et habillé ». Ni M. de Lichnowski, ni M. de Schœn, ni M. de Tchirski, ni M. de Flotovv, considéré dans son pays lui-même comme insuffisant, puisqu'il fut remplacé par le prince de Bulow, quoique représentant l'Allemagne dans des capitales de premier ordre, n'apparaissent cependant comme des hommes de premier plan. Ce n'est pas non plus cliez le « brillant second » qu'il faut chercher les modèles de diplomates. M. Dumbaasibien représenté aux États-Unis l'impertinence grossière de l'Autriche ignorante qu'il s'est fait expulser comme un indésirable^. L'arbre se connaît à ses fruits, un corps diplomatique

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