LA THÈSE DE L'INFIRMITÉ INTERNATIONALE DE LA DÉMOCRATIE
La thèse monarchiste, dont nous allons tenter un exposé objectif, s'appuie d'abord sur les vertus et ensuite sur les moyens de la monarchie.
§ 1. — Les VERTUS de la MONARCniE.
La base de la thèse monarchique, c'est l'affirmation dogmatique que les vertus spéciales de la monarchie sont précisément celles qu'exige une bonne politique extérieure. Unité, liaison, permanence, durée, liberté, secret, continuité, cohérence : ce sont les conditions d'une bonne diplomatie ; ce sont aussi les vertus propres de la monarchie.
La démocratie suppose le règne de l'opinion, donc des partis; elle entraîne par conséquent la désunion, la dispersion, la faiblesse à l'intérieur, l'impuissance à l'extérieur. « Elle est la diversité », suivant un mot de M. Anatole France. Elle se définit par l'instabilité, il lui est donc impossible d'établir un plan diplomatique de quelque envergure et d'en poursuivre patiemment la réalisation. Elle doit renoncer aux longs desseins et aux vastes pensées.
Un roi travaille « à rendre son État puissant, riche et beau, comme un propriétaire accroît son fonds, comme un laboureur engraisse son champ, comme un seigneur orne son manoir ' ». Au contraire, toujours dans la
1. Albert de Broglie, la Diplomatie, et le droil nouveau, p. 158.
Ihèse monarchique, les gouvernants de la démocmlie n'auraient à l'égard de l'Étal que les sentiments indifférents et à courte vue du locataire à l'égard de Timmeuble plus ou moins luxueux qu'il habite passagèrement, ou ceux du voyageur qui traîne ses pieds sur les fauteuils de velours des palaces internationaux. Leurs conceptions ne dépassent pas les limites de leur bail. Et enfin les puissances étrangères ne consentiraient pas à asseoir des combinaisons à longue portée sur le terrain trop mouvant de la politique démocratique. « C'est, écrivait au lendemain de nos désastres le duc Albert de Broglie, c'est ce même caractère de mobilité constante qui nous empêche de nous ménager autour de nous en Europe aucune alliance véritable. Et cependant, qui aurait plus besoin d'alliances qu'une nation qui vient de soutenir un si terrible duel, suivi d'une si douloureuse issue, et qui n'a guère d'autre moyen que des alliances pour rétablir l'équilibre des forces, si gravement altéré à son détriment? Mais, des alliances, quel gouvernement veut en contracter avec un pouvoir qui change d'un jour à l'autre de visage, comme d'esprit et de tendances? A qui donner une parole, et de qui la recevoir, quand on n'est jamais sûr à qui on aura affaire quand il s'agira de la tenir ? Il m'est arrivé une fois, au Sénat, revenant de l'étranger, de rapporter à la tribune cette triste parole que j'avais entendue de la bouche d'un homme d'État important : << Que voulez-vous qu'on (( fasse avec la France? Il n'y a plus rien là, ni per- « sonne ^ » Dans la monarchie, le respect des traités est assuré par « l'honneur monarchique et la foi du gentilhomme ^ ». Cette garantie fait défaut dans les démocraties.
§ 2. — Les moyens de la monarchie.
La seconde partie de la thèse monarchique, c'est que, pour réaliser les vastes plans diplomatiques qu'elle serait seule capable de concevoir, la monarchie dispo-