ventôse an III, Moniteur du 30, p
qui est, d'autre part, certain, c'est que, pendant longtemps encore, les États faibles auront besoin, dans certaines circonstances, de maintenir une situation peu claire et peu certaine. Que, par exemple, la Roumanie ait eu avant l'heure qu'elle voulait elle-même choisir l'obligation de se prononcer ouvertement en faveur des Alliés, les empires du Centre, au lieu de se borner à l'envahir, comme ils ont malheureusement réussi à le faire, l'écrasaient au moment de la retraite russe, avant qu'elle ait eu son armée en état, avant qu'elle ait eu des munitions en quantité convenable. Un Etat dans cette situation peut se trouver contraint de désirer des traités rigoureusement secrets : refuserons-nous au gouvernement de la France le moyen de les conclure, même s'ils sont très avantageux? Quel bénéfice y aurait-il eu à mettre le gouvernement de M. Briand dans l'alternalive de commettre une violation de la constitution ou de se déclarer incompétent pour conclure le traité nécessairement secret qui a lié la Roumanie aux pays de l'Entente? Combien, au contact de la réalité de ces événements formidables, apparaît puéril^ mesquin et d'ailleurs périlleux le sophisme de notre grand écrivain Anatole France : « Une diplomatie publique n'est peutêtre pas possible. Mais elle est nécessaire. Et vous ne sauriez croire avec quelle facilité l'impossible se fait dès qu'il est nécessaire ^ » I
Dans la diplomatie comme ailleurs, il faut suivre la règle du jeu : on peut être sûr que la France ne trichera pas et qu'elle ne ^commettra de déloyauté envers personne; mais, dans une partie où c'est son existence qui est en jeu, elle n'aura pas la naïveté de montrer ses cartes à son adversaire ^.
1. Diplomatie el Démocratie, librairie de V Humanité, 1906, p. 6,
2. Dans le remarquable débat qui s'est déroulé à la Convention du 22 au 27 ventôse an III, les hypothèses dans lesquelles un traité secret peut être nécessaire ont été indiquées avec une clarté de vues à laquelle les derniers événements donnent une sorte de caractère prophétique : « Telle puissance, dit La Réveillère-Lèpeaux, ne peut faire la paix qu'en convenant avec vous d'articles secrets dont la trop prompte manifestation pourrait la faire écraser par les coalisés avant qu'elle eût pu -e mettre en mesure de se garantir ; telle autre ne peut que
Maintenant, il s'agit de bien s'entendre sur les principes premiers ; car il y a des adversaires de la diplomatie secrète qui reculent très loin et disent : sans doute, la diplomatie doit être secrète, mais une démocratie ne doit pas avoir de diplomatie, c'est-à-dire qu'elle ne doit pas avoir d'alliances. « Les alliances guerrières, écrit M. Sembat, supposent des plans secrets, des négociations cachées, une capacité de dissimulation et d'intrigue ^ . . » Ainsi est proclamée la connexilé néccEsaire du système des traités secrets et de la politique des alliances. C'est la politique des alliances que l'on rejette. Et M. Sembat écrit: « L'alliance russe n'a jamais été une alliance. » On me dispensera évidemment d'une réfutation dont les faits se sont largement chargés ^.Oublie-t-on que le souci constant de TAllemagne depuis 1870 a été de parfaire l'écrasement de la France? Oublie-t-on qu'en 1875 le danger fut écarté en partie grâce à une intervention du tsar et que l'alliance russe, comme le disait M. Ribot à Bapaume, a créé véritablement une « situation nouvelle ))?A quelle aberration d'esprit faudrait-il donc descendre pour souhaiter que la France, avec ses 89 millions d'habitants, restât isolée en face d'une Allemagne qui en a 69 millions et qui n'a pas un instant cessé d'être menaçante dans une Europe telle que la guerre vi«nt de la révéler aux esprits les plus prévenus, aux yeux les plus décidés à ne pas voir, aux oreilles les plus résolues à ne pas entendre? Quel idéal étrange pour la France que celui d'une politique de renoncement, de cou tendu, de mouton à l'abattoir !
On objecte que le secret des grandes combinaisons internationales sera pour elles une cause de faiblesse;
dans ce cas arrêter avec vous des manœuvres de guerre qui servent à déconcerter l'ennerai qui vous sera devenu commun ; une troisième peut armer en votre faveur, mais elie a besoin du secret pour n'être pas attaquée et ruinée par ses voisins avant qu'elle ait pu prendre ses dispositions... » (26 ventôse an m : Moniteur du 29, p. 731.)