Broglie, la Diplomatie et le droit nouveau, p
ORGANISATION EN VUE DE i;.A POLITIQUE ÉTHANGÈRE 169
la grandeur de la France qu'il a servie sous tant de régimes, sous tant de harnais, après tant de serments de fidélité, qu'il appelait des contremarques pour rentrer au spectacle; et on ne peut pas feuilleter les procès-verbaux du Congrès de Vienne ou les négociations de i83i, pour rindépendance de la Belgique, sans être frappé par son autorité, son habileté, et le coup d'œil perçant qu'il jetait sur l'avenir.
Il y aurait de nombreuses retouches à apporter à ce tableau pour donner une idée exacte de la diplomatie de Tàge démocratique. D'abord, le mensonge est beaucoup moins, en honneur. Il a même disparu depuis longtemps comme moyen officiel dans les pays libéraux, et notamment en Angleterre et en France. Mais les ministères des Affaires étrangères des pays absolutistes de Berlin et de Vienne sontrestés fidèles aux errements qui prévalaient aux jours de Frédéric le Grand et de Marie- Thérèse. M. de Schœn restait dans la vieille tradition en racontant la fable des avions sur Nuremberg : seulement, il ne pouvait avoir cette satisfaction, dont parlait lord Granville, de voir qu'il avait réussi sa duperie. D'autre part, dans tous les pays, la diplomatie a imprégné ses manières d'une austérité qui ne sent plus le grand siècle. Le télégraphe lui a enlevé de son importance. Mais, dans les aspects brillants qui lui restent, ainsi que dans ses aspects plus austères, ces représentants de la France démocratique,et il' faut s'en féliciter, -ne le cèdent en rien à ceux des autres nations. On sait par exemple que le salon de M. Cambon était un des plus recherchés de la capitale allemande. Je cite celui-là parce qu'il n'est pas près d'être rouvert ,
La démocratie a le devoir d'établir des limites à son . propre arbitraire. La carrière diplomatique ne doit s'ouvrir qu'au mérite et au travail; elle doit être fermée à la faveur. 11 est donc nécessaire de maintenir fermement les principes du concours, dont l'idée première revient d'ailleurs à M. de Polignac^ Mais ne demandons pas à cette institution plus qu'elle ne peut donner.