CONTRE LES ATHEES, LES DEISTES ET LES LIBERTINS
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I. — L'esprit humain ne peut être en re- défaire entièrement de la créance dans lapos dans l'athéisme, et l'on ne saurai) se quelle sont foules les nations qu'il y a une
(NSTftATION IV INGÉLIQI E.
divinité. Ce serait une folie insupportable de nier ce que tous les hommes croient, et de prétendre être sage tout seul en désavouai) I iini- vérité si généralement reconnue.
II. il v a <l«'s philosophes <|ui ont découvert que noua avons tous une certaine prévention, que Cicéron appelle anticipalion, c'est-à-dire une persuasion qui vient du fond de la nature même, par laquelle, indépendamment de tout raisonnement et antérieurement à toutes nos connaissances, nous sommes emportés par une lumière qui nait avec nous, et comme forces d'avouer qu'il y a une divinité de laquelle nous dépendons.
III. — Outre ce préjugé du sentiment de tous les peuples, et celte lumière anticipée qui nous est donnée avec l'être, le raisonnement nous conduit par des conséquences très-justes à reconnaître qu'il y a un Dieu : et il se faudrait faire une étrange violence pour conclure qu'il n'y en a point.
IV. — Il faut nécessairement qu'il y ait quelque être qui soit éternel et qui n'ait jamais eu de coinmenccment. Il est vrai , qu'à considérer l'éternité en elle-même, l'esprit liumain se perd aisément , en remontant dans cette infinité de siècles que l'imagination se représente , et l'on ne comprend pas facilement que quelque chose ait été et n'ait jamais commencé d'être. Il y a en cela je ne sais quoi qui choque notre esprit, et nous donnons volontiers un commencement à tout ce que nous connaissons. Mais d'un autre côté, si l'on se représentait que tout eût commencé, il faudrait se figurer que tout serait sorti du sein du néant , sans qu'aucune main l'en eût tiré ; ce qui donnerait encore beaucoup plus de peine à notre esprit.
Ainsi , dans la nécessité d'avouer, ou qu'il y a quelque être éternel , ou que tous les êtres ont un commencement , l'esprit est plus satisfait de reconnaître l'éternité de quelque chose, que l'éternité d'un néant général ; et quelle apparence y a-t-il que tous les êtres aient commencé et soient par conséquent sortis par eux-mêmes et sans secours de ce néant qui , n'étant rien en soi , ne peut rien aussi pour leur production.
V. — S'il faut nècessairemenl avouer qu'il y a quelque chose d'éternel , l'esprit humain se porte plus aisément à se persuader qu'il y a un être éternel, intelligent, qui a réglé tout le reste des êtres , qu'à se former l'idée seulement d'une nature aveugle, téméraire et fortuite.
La forme, la figure, la distinction, la vicissitude et la subordination de tout ce que nous voyons dans la vaste étendue du monde, marque qu'il y a eu de l'intelligence. Car l'ordre est l'ouvrage de la raison. Ce qui se fait par artifice parmi nous, en est une .preuve assez VÎsinle. Nous ne voyons point que le hasard, ou la nature seule lasse des palais, des habits, des statues, îles peintures, des horloges el mille autres choses que nous estimons el quelquefois que nous admirons** L'art conduit el règle par !■
liumain fait tout cela. Pourquoi n'avouerontnous pas que ce qui nous voyons dans la
nature, qui est sans comparaison plus beau,
plus grand, plus industrieux, plus parfait
(pie ce que nous loriuon-. a été fait par une intelligence supérieure a la nôti
Non seulement les hommes . mais les animaux mêmes, qui sont inférieurs à l'homme, ont de l'art. Ils se bâtissent des nids, s, creusent dis cavernes, font d< s magasins et <les provisions pour leur subsistance niellent à couvert de l'injure des s.ijs.nis ; trouvent des remèdes à leurs maladi> l'expérience nous (ait voir qu'on ne doit attribuer toutes ces choses qu à leur industrie. Pourquoi la structure seule de l'univers - rait-elle l'ouvrage du hasard? N'est-il pis juste de dire que plus nous approchons de la suprême intelligence, [dus nos ouvi sout parfaits ; et que c'est pour cela que ceux des hommes sont plus excellents que ceux des autres animaux . et que ceux du premier être surpassent infiniment les nôtres L'esprit humain est assurément plus coulent de penser ainsi, que de ne reconnaître aucune raison au-dessus de la nôtre. Or cette intelligence supérieure à toute autre, est ce que nous appelons Dieu.
Il n'est donc rien de plus raisonnable que de confesser qu'il y a un Dieu : et je ne crois pas qu'il y ait un homme sur la terre qui soit entièrement confirmé dans l'athéisme . i l qui ne reconnaisse effectivement aucune divinité : ou s'il j en a qui se soient bien formé l'habitude de cette horrible erreur, ils sont en si petit nombre, qu'on peut dire, à considérer la multitude de ceux qui Sont d'un sentiment contraire , qu'il n \ a personne qui la soutienne.
Comment se pourrait-il faire qu'on niât absolument la divinité.' Mille raisons nous portent à la reconnaître, et il n'y en a nulle positive qui persuade absolument qu'il n'y en a point. A la vérité il y a des hommes qui, emportés par leurs passions, voudraient qu'il n'y eût point de Dieu qui punit leurs crimes : mais nul ne trouve dans le fond de sa raison de quoi se convaincre <;ii;> la créance de la divinité est une illusion : et tout ce que peut faire la plus fine impiété des ennemis de Dieu . est de trouver de mauvaises réponses aux raisons sur lesquelles la religion appuie la créance qu'ils ont résolu de détruire. .Mais si on les presse de donner à leur tour des raisons qui persuadent leur prétendu athéisme, ils n'en ont point, et leur esprit ne saurait venir au secours de leur CŒUr. De sorte que nous pouvons dire tout le contraire de ce que disait ce philosophe impie et libertin, qui assurait plutôt par le plaisir de dire un bon mol. que par Une véritable conviction . que celait lu iruintt qui (irait établi lu < lu divi-
nité, l'riiiuis in Orbe dcoa fecit timor I ycret.) : car c'esl au contraire la seule crainte des châtiments qui fait que quelques-uni cherchent à se persuader qu'il n v a point de Dit u.
> 1 II est \ rai qu'il est diffii ili di
/.(il
MEMOIRES TOUCHANT LA RELIGION
revoir un être qui ne tombe pas sous les sens. Notre esprit est tellement lié à notre corps et à ce qui est matériel , qu'il lui est comme impossible de s'en dégager et de s'élever au-dessus. Néanmoins comme il est plus aisé, plus naturel et plus raisonnable de rapporter tout à une divinité, que de fouiller dans le sein delà nature, et de creuser inutilement pour trouver les causes de tous les effets dont nous voyons un si merveilleux enchaînement, il n'est pas juste d'assujettir si servilement notre raison à nos sens, que nous démentions ce qu'elle nous suggère, parce que nos sens n'en sont pas d'accord : il faut au contraire que nous assujettissions nos sens à la raison et qu'elle s'assujetisse elle-même à reconnaître cet être souverain qui, étant le formateur, le conservateur et le modérateur de tous les autres , ne doit avoir aussi aucune borne dans l'étendue de sa substance, dans sa durée, dans sa sagesse, dans sa bonté et dans toutes les autres perfections nécessaires pour gouverner le monde.
VII. — Nous pouvons même aisément guérir notre esprit de la peine qu'il souffre a se former l'idée d'un être qui ne tombe pas sous nos sens , si nous pensons , qu'à quelque philosophie que nous nous arrêtions , il faut nécessairement que nous concevions des choses qui ne frappent jamais les sens. Plusieurs philosophes soutiennent qu'il y a une matière première qui doit être perfectionnée par des formes substantielles , et embellie de divers accidents qui sont encore d'autres formes. Il y en a qui sont persuadés qu'un concours d'atomes a formé tout le monde, et que le seul arrangement des parties fait la différence de tous les composés. D'autres admettent du vide entre ces atomes accrochés les uns aux autres ; quelques-uns disent qu' une matière subtile remplit les espaces qui sont entre ces atomes ; mais tous ces philosophes ne sont-ils pas obligés d'avouer que, ni la malière première, ni les atonies de Démocrité et d'Epieure, ni toute celte' matière subtile que Dcscarlcs fait entrer dans la composition des corps, ne tombent pas sous nos sens , si l'on prend tous ces êtres séparément les uns des autres ? Il n'y a rien de tout cela que nos sens puissent apercevoir, n'y en ayant aucun qui soit assez subtil pour découvrir toutes ces choses en elles-mêmes : la raison seule les aperçoit et nous fait concevoir que le composé se peut résoudre en toutes les différentes parties qui ont concouru à le former.
S'il y a encore d'autres philosophes qui nient tout ce quenous venons de dire, et qui doutent de tout, comme les sceptiques, ou qui se forment d'autres idées, il n'y en a nul qui ne soit au moins obligé d'avouer qu'il y a quelque chose de cache dans la nature qui ne frappe point nos sens. Les plantes et les minéraux croissent, les animaux sentent, les hommes raisonnent, tous vivent et se meuvent, quel en est le principe?
Que la philosophie donne au\ uns l'âme végétative, aux autres la sensitive, aux au-
tres la raisonnable: qu'elle se figure, si elle veut, que tout est composé de machines et de ressorts comme une horloge; qu'elle attribue encore, s'il lui plait, tous ces différents effets à une cause universelle, et qu'il l'appelle l'esprit intérieur de la nature, l'âme, la forme du monde, ou tout ce qu'on voudra : qu'elle doute même de tout ce que cela peut être, il est constant qu'il y a un principe de vie, de mouvement, d'action, de sentiment, de raisonnement qui ne tombe pas sous les sens, et qu'il faut toutefois reconnaître, malgré que nous en ayons.
Ce n'est donc point une raison de n'avouer pas qu'il y a un Dieu, parce qu'il ne nous est pas sensible. Nous pouvons bien dire que nous ne saurions comprendre la nature de Dieu, et que nous la pouvons beaucoup moins connaître et définir que ce qui nous est le plus caché dans la nature ; mais si nous sommes d'ailleurs persuadés, par de bonnes raisons qu'il y a un Dieu, c'est-àdire un être intelligent, qui gouverne tout, quoique nous n'en comprenions pas les ( perfections, et si nous avons des arguments tqui nous forcent de l'avouer, c'est un étrange ; dérèglement de vouloir, de gaieté de cœur, \ nier une vérité qui met notre esprit et no- ( tre raison en repos, seulement a cause que nos sens n'en sont pas les témoins.
Et puisqu'il est impossible que nous ne • confessions point que nos sens n'aperçoi- ; vent pas tout ce qu'il y a dans la nature, j n'est-ce pas être athée sans fondement et j même sans prétexte, que de nier la divinité, parce que Dieu n'est pas assez grossier | pour être palpable ou pour être vu des yeux du corps. Il y a donc un Dieu. j
VIII. — Il y a un Dieu: donc Jésus-Christ ; est Dieu. Cette conséquence ne paraît pas ! d'abord fort claire ni fort liée au principe | dont elle est tirée: il n'y en eut néanmoins i jamais de plus sûre, et il ne peut y avoir de < raisonnement mieux lié que celui-ci, quel- | que obscur qu'il soit avant que d'être déve- ; loppé.
IX. — Supposé qu'il y ait un Dieu, il faut nécessairement que son témoignage soit toujours véritable. Dieu doit n'avoir aucune im- I perfection, ni dans sa puissance, ni dans sa connaissance, ni dans sa bonté. S'il est le principe de toutes choses, il faut que tout, j soit sous sa main ; et c'est être tout-puissant. ! S'il doit tout régler, rien ne doit échapper à ses lumières et à sa vue ; et c'est être infiniment sage. S'il conserve tout, il aime tout; et c'est avoir une bonté sans mesure. Or quiconque dit une fausseté, il la dit, ou parce qu'ayant trop de faiblesse pour faire ce qu'il dit, il veut couvrir cette faiblesse par le mensonge , ou parce qu'il se trompe par le défaut de lumière, ou enfin, parce qu'il trompe les autres par malice: tout cela est incompatible avec celle puissance, cette sagesse, et celte bonté infinie de Dieu; il est donc, très-véritable dans ses paroles.
X.— Dieu est véritable: dotre il n'y a rien >'; plus raisonnable que de croire ce qu'il dit oj ce qu'il fait connaître par quelque voionut
DÉMONSTRATION Ê> W.l l IOJ l .
ce soit; et pourvu que nous soyons convaincus qu'il a parlé parluî-méme,ou par autrui, assez pour nous obliger à soumettre notre
créance, encore que Ce qull nous dit non.
soit incompréhensible et que nous n'en
puissions Clairement pénétrer le mystère. Il
n'est pas juste que notre misérable raison prévale contre la vérité divine; il faut au contraire que cette vérité divine fixe notre esprit et la captive a l'obéissance d parole, quelque incroyable qu'elle nous parût, si elle n'était pas soutenu;' de l'autorité de Dieu.
XI. — Nous sommes convaincus que n devons acquiescera la parole dé Dieu. M ne reste donc plus, pour croire la divinité de Jésus-Christ, et pour tirer cette conséquence qui nous a paru d'abord si éloignée, que de voir si c'est une vérité qui vienne de Dieu.
XII. — Jésus-Cbrist a dit qu'il était Fils de Dieu. Ce ire serait pas à la vérité une preuve convaincante de sa divinité que de l'avoir déclaré lui-même si cette déclaration n'était appuyée de rien, son témoignage seul serait suspect , et non seulement il serait suspect, s'il était destitué de preuves, il paraîtrait encore impie et ridicule aux esprits abandonnés à leur seule raison naturelle , et qui ne serait pas secourue et élevée par les lumières de la grâce. Mais si son témoignage est prouvé par l'accomplissement de plusieurs prophéties et par des miracles qui ne peuvent pas ne point être pris pour des miracles, il n'y a personne qui ne doive avouer que Jésus-Christ est Dieu.
11 n'y a que Dieu qui puisse prophétiser ou faire prophétiser , en mettant sa parole dans la bouche des prophètes : car il n'y a que lui dont la connaissance étant sans bornes, puisse percer les siècles à venir; et comme il a déjà été prouvé que sa parole; est toujours véritable, rien ncdoitnous convaincre davantage d'une vérité que lorsqu'elle s'accomplit après avoir été prophétisée, puisque la parole prophétique vient, assurément de Dieu.
Il n'y a que Dieu aussi qui puisse faire des miracles , c'est-à-dire des choses qui sont audessus des lois de la nature , et qui surpassent nos forces ordinaires : car il n'y a que lui dont la puissance soit infinie. El comme il ne peut nous tromper par ses actions, non plus que par ses paroles, et par ses miracles , non plus que par les prophéties; lorsqu'une vérité est confirmée par des miracles, c'est une folie d'en douter. Or Jésus-Christ a fait des miracles pour prouver l'accomplissement des prophéties en lui , et en disant qu'il était ce Dieu prophétise : donc Jésii-- Lhrist est Dieu. Examinons ces prophéties et ces miracles.
XIII.— Tous les prophètes sont pleins des promesses que Dieu a faites du Messie, de celui qu'il devait envover pour le salut de son peuple(ffen&..XLIX; Qeu<:, XVIII), de celui qui était désiré de toutes les nations (/s.. XXXV, XL, XI. V, LÀ ; .ttf /. II et alibi.; Munich., III). Les Juifs nos plus cruels ennemis l'avouent, et conservent, les Lcritures qui nous en assu-
rent. Il ne reste qu'à voir si les marques q
les prophètes nous donnent de ce
ce libérateur , de ci eni 03 é de Dieu .
Dieu envoyé , de ce Dieu conversant avec les
hommes, se trouvent en Jésus-Christ.
L'Evans ae un précurseur du Mes-
sie [Matth., 11! : Harc, I : Luc,l et II' I prophètes I ilachie l'avaient roarq
(/*., XL ; Mal., W , I. I rangile fait naître le Messie en Bethléem ( Muni,., H; Luc, Il . prophète Michée l'avait prédil Mnh.,' vangile Fait descendre Jede David [Matth.,\\ Lac, 111 . Ce roi lui-même le promet dans ses psaum - /' . LXXVrf. LXXXVIII,CXXXI .dis autres pr le prédisent [EcclU., XXIV: Jérém., XXJH, XXXni;^-,V/,..iXXXlV.X\\\ !!:.!
L'Evangile dit que Jésus-Christ a été conçu dans le ventre de Marie par l'opération du Saint-Esprit , c'est-à-dire en conservant sa virginité [Matth., Y) : Isaïe a prédit qu'une vierge conceverait et enfanterait un fils, qui se nommerait Emmanuel , qui signifie un Dieu qui est avec nous />., Vil .
Le temps de l'avènement de celui que devait envoyer est prédit dans la Geni nés, XL1X), et par Daniel (Dan., IX .• Christ est né dans le temps , et dans |, . , jrconstances qui sont marquées en ces endroits de l'Ecriture. La trahison de Judas et la vente. de Jésus-Christ que l'Evangile marque ont été prédites (Matth., XXVI .XXVII), et même la somme de trente deniers que reçut celui qui le trahit (Zach., XI). Isaïe parle des cou des soufflets , des reproches, des crachats 1 Jésus-Christ devait souffrir , et qu'il a souffert en effet ( Isàie, L ) , et il le représente dans les souffrances , pour expier nos chés , tout défiguré et tel que l'histoire de sa passion le décrit dans l'Evangi!
David a prophétisé qu'il aurait les mains et les pieds percés , qu'il souffrirait de la coufusion sur son visage, qu'il serait méconnu des siens , qu'on lui donnerait du fiel et du vinaigre, que ses habits seraient } et sa tunique jetée au sort ( Ps. XXL XLI1L LXYIII, XXL CXXXVII1); qu'il ressusciterait (ce qu'Osée marque devoir être le troisième jour [Osr'e, VI . qu'il monterait au ciel et serait assis à la droite de son Père P$. XLYI, LXV1I , XXI , et passim alibi ) ; tout cela a été accompli à la lettre.
Les prophètes ont écrit qu'il serait rebute; qu'il serait regardé comme un criminel : qu'il serait la victime pour les péchés du monde (Is., LUI ; Jér., II); et qu'après il serait seri i et adoré par les rois et par toutes les n :lions delà terre [Ps. XXII. LXXI; /,.. LU : ne le reconnaît-on pas- à toutes ce- prédictions ?
Ces prophéties et beaucoup d'autres encore qui se trouvent accomplies ne feraient peut-être pas une preuve convaincante pour les incrédules , si on les considérait chacune en particulier, et l'on pourrait les détourner à un autre sens ouïes éluder: mais il n*j a personne qui ai! l'esprit tant soit peu juste et exempt de passion ou de prévention contre la religion, qui en puisse rebuter une gj
MÉMOIRES TOUCHANT LA RELIGION
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grande foule : plusieurs mémos sont telles qu'on ne saurait prétendre que l'adresse des hommes les ait ajustées à ce qui est arrivé à Jésus-Christ.
Ce qui regarde sa naissance, sa passion et toutes les circonstances qui les ont accompagnées, ont dépendu purement ou de la seule providence de Dieu , ou de la malice de ses persécuteurs. Il n'y a rien contribué de sa part, à le considérer en qualité d'homme, que l'obéissance aux décrets éternels, la souffrance des maux qu'on lui a faits et la* patience avec laquelle il les a endurés. Il n'est donc nullement naturel d'attribuer à ses artifices le rapport des prophéties à ce qui s'est passé en lui. La malignité de ses ennemis prouve ce qu'ils ont voulu obscurcir euxmêmes. Les Juifs qui l'ont fait mourir, nous ont découvert, par la qualité de leur crime, qu'il est ce libérateur du peuple de Dieu, que les prophètes leur ont prédit depuis tant de siècles.
Ils ouvriront un jour les yeux sur cette grande vérité , selon la prophétie d'Osée (Osée, III), et il faut cependant que nous profitions des lumières dont ils sont encore indignes.
XIV. — On peut opposer deux choses contre la preuve tirée des prophéties. L'une que ces. prophéties ont peut-être été inventées , l'autre , qu'elles ne sont pas assez claires.
On a déjà satisfait à la première objection, en disant que nos ennemis mêmes sont dépositaires des livres où les prophéties sont écrites , que nous les avons reçues de leurs mains , et qu'ainsi les Juifs nous rendent un témoignage non suspect sur ce point.
Si l'on me demande encore pourquoi tous les prophètes ont été juifs , puisque l'avénement du Messie regardait tout le monde : je dirai qu'on me pourrait faire une question semblable , si les prophètes avaient été d'une autre nation : mais néanmoins, s'il est permis à notre faible raison d'en dire son avis , nous pouvons répondre que cet avantage que les Juifs ont eu par-dessus les autres peuples de la terre, a été comme une suite naturelle de la grâce que le ciel leur avait faite, de renfermer chez eux la connaissance du vrai Dieu, et que l'idolâtrie et l'infidélité ayant inondé toute la terre, le Seigneur avait aussi confié sa doctrine et ses secrets à ce seul peuple qui le reconnaissait cl l'adorait. Mais après tout, il importe peu aux nations d'où leur soient venues les prophéties , puisqu'elles en ont toutes pu profiter, et (pie c'est même l'accomplissement d'une des plus claires et des plus importantes prophéties que ce Messie renverserait les idoles, et amènerait les nations et les Gentils à la connaissance du vrai Dieu (fs. ,11; Jérém., L; l'zéch., V I , X X X ; Osée, X ; . t m os, VI I ; Mich., I ; Zadi . , XIII, ls., LX.LXVI).
Pour répondre à la sccondc'objcclion , je n'ai qu'à dire que Jésus-Christ y a satisfait lui-même, en déclarant que s'il n'avait pas opéré les merveilles qu'il a laites , et que s'il n'avait prouvé sa divinité et sa qualité de Messie, et de Rédempteur par ses mira-
cles, les incrédules ne seraient pas coupables (Jean , XV) ; mais qu'après ce qu'il a fait, il n'y a plus d'excuse, c'est-à-dire qu'ayant prouvé l'accomplissement des prophéties par ses miracles, toute l'excuse qu'on pourrait donner à leur prétendue obscurité s'évanouit; qu'elles sont devenues claires depuis qu'elles ont été développées , par l'interprétation que Jésus-Christ leur a donnée , et que celle interprétation a été confirmée par des miracles.
Quand nous n'aurions d'autres preuve» que celles qui sont tirées des prophéties , leur accomplissement en Jésus-Christ nous devrait convaincre, y en ayant un si grand nombre ; mais les miracles viennent encore au secours. Que peut-on désirer de plus pour confondre la sagesse des sages et réprouver la prudence des prudents (I Cor., I) ? Si un autre avait fait ces miracles pour prouver que Jésus-Christ est Dieu et que les prophéties sont accomplies en lui , nous serions obligés de croire que ce faiseur de miracles aurait agi par la force et par la vertu de Dieu même , que Dieu aurait agi en lui , et qu'ainsi Jésus- Christ serait Dieu. Mais Jésus-Christ dit luimême qu'il est Dieu , il le prouve en faisant des miracles ; cela n'ajoute-t-il pas encore un degré de crédibilité qui ôtc à notre esprit toute liberté de douter? Puisque Jésus-Christ fait lui-même ce qu'il n'y a que Dieu qui puisse faire, et qu'il le fait pour prouver qu'il est Dieu-, qui peut ne pas reconnaître sa divinité.
Non seulement Jésus-Christ fait des miracles pour prouver l'accomplissement des prophéties en lui, mais il fait des miracles qui ont été prédits par les prophètes mêmes.
Saint Jean ( Luc, VII) lui envoie ses disciples pour savoir de lui s'il est le Messie, ou, si on doit en attendre un autre; il ne leur répond autre chose, sinon, Allez, et rapportez à Jean ce que vous avez vu : les aveugles voient clair'tles boiteux marchent droit, les sourds entendent , les morts ressuscitent, les pauvres sont instruits, et bienheureux celui (jui ne sera point scandalisé en moi. De sorte que les prophéties se trouvent accomplies dans les mirades mêmes; il n'y a qu'à lire le trente-cinquième chapitre du prophète lsaïe pour y voir prédits les mêmes miracles que Jésus-Christ a opérés , et qu'il rapporte en preuve de sa qualité d'envoyé de Dieu et do Messie.
S il y avait quelque chose dans cet endroit de l'Evangile qui ne fût pas entièrement conforme au chapitre d'isaïc que je viens de citer, ce serait, qu'outre les miracles qui y sont prédits, Jésus-Christ en a fait encore de plus grands; mais je ne pense pas que celle surabondance de miracles affaiblisse la preuve du Messie. Elle montre au contraire qu'il est plus grand que le prophète même qui l'a prédit. Mais ces mêmes miracles sont encore prophétisés ailleurs. La plus ingénieuse impiété peut-elle opposer quelque chose à cel enchaînement de vérités qui viennent au secours les unes des autres ? Kt peuton douter de la divinité de celui en qui les
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miracles prouvent l accomplisscmentdes prophéties et les prophéties !a vérité des mi racles '•'
\ V. — Mais qui nous a dit que Jésus-Cbrisj a Opéré ces miracles.' Il est vrai que, supposé le l'ait, on no saurait résister à celle preuve, mais nous ne. le savons que par les Evangiles écrits parles disciples de Jésus-Christ ; leur témoignage esl suspect. J'avoue que nous né savons que par l'Evangile que Jésus-Christ a opéré les miracles qui accablent, si j'ose dire, notre raison. Mais par quelles gens l'Evangile est-il écrit ? quand à-t- il été écrit? comment a-t-îl été écrit? L'histoire de Jésus-Christ dans L'Evangile nous a été laissée par ceux qui ont été témoins de ses miracles. C'étaient des personnes simples, sans éducation , sans lettres, qui. à moins d'un secours particulier des lumières du ciel n'étaient pas capables de les écrire, et qui par conséquent ne doivent point être soupçonnées de les avoir inventé-. Cette histoire n'a été écrite qu'après la mort de leur maître, qui ne les soutenait plus par sa présence, ne les fortifiait plus par ses exhortations et par ses promesses, dans un temps où il n'y avait que les roues, les gibets, les tourments, la mort à espérer, pour récompense des choses qu'ils annonçaient. Cette histoire est écrite sans artifice; et quoique le style en soit divin, et qu'il porte en soi un caractère inimitable , elle a une simplicité qui prouve la vérité de tout ce qu'elle rapporte.
11 est vrai que ce sont les disciples de Jésus-Christ qui l'ont écrite, mais nous n'avons aucun historien contemporain qui contredise les faits, et qui s'inscrive en faux contre la vérité de ses actions; c'est en matière d'histoire une preuve convaincante , quoique négative.
L'on opposera peut-être que nous n'avons pas tous les livres qui se sont faits de ce temps là. Mais pourquoi veut-on imaginer que tous ceux que l'on peut prétendre avoir été écrits contre les faits de l'Evangile soient perdus, et que l'Evangile seul se soit sauvé? Combien avons-nous encore d'auteurs qui ont écrit contre notre religion? Tous écrivent contre le droit; nul contre les faits de l'Evangile Nos apologistes, saint Justin, Tertullien, Minutius Félix, Arnobc, Lactance, justifient la religion chrétienne, et aucun d'eux n'est en peine de prouver la vérité des actions de Jésus- Christ. Celte histoire a été conservée depuis qu'elle est écrite.
Plusieurs impies se sont efforcés de montrer que les miracles du Fils de Dieu ne sont pas (les miracles, et que d'autres ont fait ou pu taire la même chose que lui : mais ou ne s'esl pas avisé de nier les faits, comment se pourrait-on élever maintenant contre la vérité d'une histoire qui a prescrit par la tradition de dix-sept siècles? Si donc ce» faits sont vrais, si les merveilles de ces faits sont
prouvées par les prophéties, connue les prophétie! sont prouvées par ces merveilles: et si tes preuves réciproques sont coin aim an-
DtfMONSTIUTION I \ \ H'.f.l l I I
tes, y peut-il rester aucun soupçon, el ne il pas que 1,1 plus opiniâtre impiété avoue qu'elle n'a rien à opposer qui puisse, après des preuves si solides, combattre raisonnablement, ni la vérité de l'histoire évan* frélique , ni la «1 i % inité de Jésus-Christ , pour la pleine de laquelle on a cent cet El anuile.
XVI. — Dieu ne s'est : .i- i • ii t • ni. prouver fortement la divinité de son I il-, par l'accomplissement îles prophéties i n ta
personne, et par tant d'actions éclatantes qu'il a laites : il a voulu qu'il j eut encore après lui des prophéties accomplies.
Les prophètes avaient prédit que la nation des Juifs subsisterait toujours, mais que son infidélité envers celui quelle devait regarder comme son libérateur, serait cause qu'elle resterait sans rois, sans prêtres, sans autels, sans sacrifices (Osée, III); qu'elle serait rebutée de toute la terre; peut-il y avoir rien de plus littéralement accompli? et n'est— ce pas un miracle continuel que l'accomplissement de cette prophétie que nous voyons et que nous rencontrons partout où il y a des Juifs.
Jésus-Christ prédit lui-même que son Evangile sera prêché par tout le monde ( Math. , N.X1Y : que son Eglise commencera à Jérusalem où il devait être crucifié Mme, W 1 . et s'étendrait ensuite par toute la terre Lue, XXIV). Nous voyons celte prophétie s'accomplir tous les jours ; L'Evangile se prêcher, et le christianisme s'étendre dans les pays les plus éloignés et les plus barbares.
Nulle aulre religion que la chrétienne n'est mêlée généralement avec tontes les autres. Les Juifs, à la vérité, se répandent sans distinction de lieux, mais c'est avec les caractères de réprobation que nous avons marqués ; l'universalité est promise à la seule religion chrétienne, et si l'on oppose qu'il n'y a que la cinquième partie du monde habitée par les chrétiens , et qu'entre ces chrétiens il y a beaucoup d'hérétiques, je dis qu'il y a des parties du monde comme l'Afrique et l'Asie, qui ont été chrétiennes, cl que si elles ne le sont plus, c'est assez pour \ entier en elles la prédiction de cette universalité de la prédication de l'Evangile.
Jésus— Christ a dit que son Evangile serait prêché partout : mais il n'a pas dit qu'il demeurerait partout. Et pour les hérésies, c'est la malice des hommes qui a corrompu la Vérité : mais cette \ enle a été prédire dans sa pureté avant que d'être corrompue, et ainsi la prédiction subsiste et a son effet malgré cette corruption de la véritable doctrine. Saint Paul même a prédit celte corruption en disant qu'il est nécessaire qu'il y ait des In r< sies I Cor,, XI .
Que si l'on demande pourquoi celle \erile ne subsiste pas toujours dans les lieux et (In/ huiles les nations OU elle a été établie, je dirai, pour repondre à celte question a\cc L'Apôtre: Qui est-ce qui entre dans les conseils de Dieu? [Rom., XI El n'est-ce pas que ce que Jcsus-Cnrist a prédit, touchant la prédication de sa parole, s'accomplisse 1 Pourquoi faut-il lui demander compte de iv