‹ DeniseChapitre 37 sur 91 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

nuelleafec mademoib-elleBrissot, laquelle ne manquerait ().is (l'a?er de toute son influence sur mademoiselle de Uardannes pour l'empêcher d'épouser ce monsieur

ANDRÉ

Ma sœur n'cM pas une personne sur laquelle il soit facile de prendre de l'influence, à rencontre de ce qu'elle s'est mis en tête. Le couvent a développé en elle une exaltation qui, de myslique qu'elle était, tourne maintenant au romanesque. Et puis pourquoi voulezvous que mademoiselle Brissot trahisse son ancien amant, si amant il y a, quand cet amant n'a qu'un mot à dire pour la perdre, et, dans la colère, il serait capable de le dire? Qui vous prouve même que madame de Thauiette, au courant de tout, n'a pas placé exprès Denise auprès de Marthe pour avoir ainsi un intermédiaire dans la maison.

THOUVENIN

Alors, madame de Thauzette n'accuserait pas mademoiselle Brissot qui serait sa complice, et mademoiselle l'iipsol ne serait pas venue vous dire ce matin, à propos de la promenade à cheval, ce qu'elle est venue vous (lire. Évideninient elle s'est aperçue de quelque chose entre mademoiselle Marthe et Fern;md, et, le plus délicatement possible, elle vous adonné l'éveil... Ce n'est pas là le fait d'une personne qui a quelque chose à redouter de celui qu'elle signale.

ANDRÉ

Alors, si ce n'est pas lui, qui est-ce? Et ce n'est pas l(jut. Il paraît que, dans le pays, le genre de vie que je mène ici compromet mademoiselle Brissot et qu'on la dit ouvertement ma maîtresse. Et je me trouve ainsi compromettre une fille que j'aime et que je ne [/ourrai peut-être jamais épouser. Vous voyez bien que ce que

j'ai de mieux à faire c'est de partir. Ah! une fois que le

soupçon est entré dans le cœur de l'homme qui aime, quel? ravages il y fait !... Cette fille que je me plaisais à adorer et à glorifier en silence depuis des mois, i^. me surprends, depuis quelques heures, à la mépriser, i la haïr.'Tout ce que j'admirais en elle tourne maintenant contre elle. Pourquoi, si elle a commis une faute, a-l-elle toutes les distinctions d'une grande dame et les apparences d'un ange? Où a-t-elle dérobé ce masque virginal dont elle couvre sa honte. Ce que je prenais pour de la pudeur- n'est plus pour moi que la surveillance d'ellemême, la peur de se trahir! Si elle n'avait dans son passé que des souvenirs de malheurs respectables, maintenant qu'elle est assurée du présent et de l'avenir pour elle et les siens, elle devrait rire comme il convient à son âge; elle ne rit jamais. Pourquoi? J'ai beau me dire qu'avec les quelques billets de mille francs que je donne à son père et qu'il gagne bien, je n'ai pas acheté les secrets desa fille et qu'elle n'a pas de comptes à me rendre de sa vie, rien n'y fait, et j'en arrive à me demander si cette attitude modeste et (icre à la fois n'est pas une comédie; si, ayant vu l'impression qu'elle produit sur moi, elle ne se dit pas: « Tiens, tiens, si j'arrivais à me faire épouser— un tel — l'amant, celui que je ne connais pas,Fernand peutêtre, un tel verrait qu'on peut bien m'aimer et m'épouser, et peut-être me reviendrait-il quand je serais mariée, estimée, riche. » Car il n'y a qu'un homme, voyez-vous, dans la vie des femmes, celui (jui a eu leur premier baiser et leur premier étonnement. On croit qu'un autre liomme peut leur fair.e oublier celui-là? Quelle erreur.' Quand elles croient en aimer un autre, ce n'est pas pat ce qu'il leur-fait -oublier du premier, mais par ce qu'il leur en rappelle. Enfin savez-vous quelque chose de plus irritant et de plus humiliant que de se dire : Dans cette tête charmante qui est là, que je voudrais couvrir

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