LES CONTREBANDIERS
L'expédition projetée pour le lendemain fut retardée à cause du mauvais temps; la grande accumulation des neiges rendait les chemins impraticables, il fallut attendre une quinzaine de jours.
L'hiver touchait à sa fin; un vent tiède venant de l\ mer avait amené le dégel: des hauts sommets glacés, les eaux s’écoulaient en brillantes cascades, scintillant sous les rayons du soleil; le lac reprenait sa calme mobilité; les arbres se dépouillaient de leur parure de gi- \re; dans ce mouvement de la nature échappant aux dernières étreintes de lhiver, on entrevoyait lespoir prochain d’une saison meilleure.
Clary partit avec six montagnards, Tomy était du nombre et il se félcitait de la diversion qui s’offrait à lui,
La côte était à peine à trois lieues de là par les routes tracées, mais la prudence commandait aux proscrits de se tenir le plus près possible de la montagne et de rechercher les bois et les endroits inhabités. Cette manière de voyager allongeait considérablement le <hemin, aussi, quoique partis au point du jour, ils n’atteiguirent pas la côte avant midi.
Tomy éprouvait un véritable enchantement en se trouvant pour la première fois en face de la mer.
Les côtes de l'Irlande offrent aux navires, sur tout: leur étendue, des baies spacieuses et commodes, des ports sûrs, des mouillages excellents. Le port de Cork, un des plus vastes et des plus renommés de l’Europe, est situé à l’entrée du canal de St-Georges et l'Océan. En suivant le rivage on trouve de nombreuses petites échancrures où les flots viennent battre un sable fin «t doré; des villages de pêcheurs s'élèvent sur les failaises ou se cachent à l’abri des rochers. Il est cependant des points à peu près déserts, soit que l'atterrissage devienne dangereux à certaines époques, soit que la dif. ficulté des communications rende le trafic impossibl: ; c'est sur ces côtes abandonnées que débarquent les petits navires de commerce qui font la contrebande.
Dans l’endroit où étaient attendus les montagnaris, une longue ligne de rochers formait une sorte de promontoire ; les flats de la marée montante battaient les flancs de cette sombre muraille et la blanche écumne jeillissait en gerbes étincelantes; la plaine liquide reflétait toutes les couleurs du prisme, elle s’étendait à perte de vue. L’âme pacifiée oubliait tout devant ce spec tacle superbe, le plus beau de la création. Tout est sublime, tout est parait dans les oeuvres de Dieu: notre esprit n’imagine rien de supérieur au monde physique qui nous entoure; mais la fleur se fane, l’herbe aunit, la nature meurt pour revivre et l’hiver plonge dans le deuil la campagne entière; J’océan seul est immuaile et magnifique dans toutes ses variations.
La mer n’est jamais monotone, elle offre à nos yeux une scène mouvante qui cange d’aspect comme un théitre change de décors. Calme et souriante, ses vagues sont bleues et ensoleillées ; de son sein doucement soulevé jaillissent des milliers d’étincelles et, à l’horizon, le ciel d’une teinte pure mêle sa couleur azurée à celle des flots. L’Océan est terrible dans ses colères, ses
abimes insondables pourraient seuls révéler le secret de ses effroyables déchaînements.
Tomy ne pouvait se lasser de contempler ce tableau, ses yeux se mouillaient de larmes, il joignit les mains et murmura :
“O Dieu, qui avez fait la création si belle, pourquoi l'homme est-il donc si malheureux. ”
r toute es, des > Cork, jurope, Océan.
petites fin ct
failai- Grave problème que de longs volumes ont essayé i end nt d'expliquer et dont nous ne trouverons qu’au ciel la ge de- véritable solution.
la dif- La main de Clary se posa sur l'épaule de Tomy. î ssible ; —Pardon, mon cher ami, si je vous arrache à votre ji les pe- extase, Mais nous ne sommes pas venus ici admirer le fl e. merveilleux spectacle de l'Océan. 4 maris, —Que c’est beau, Clary; ne le trouvez-vous pas ? h le pro- —Mon ami, j'ai éprouvé comme vous des ravisso-- hi ent les ments véritables à la vue de la mer; j'y suis habitué mr écumne maintenant et puis, vous le dirai-je, les flots exercent ia de re- sur moi une attraction irrésistible; quand je vois les h à] dait à vagues frangeant la rive d’une écume diamantée, que le # ie € Spec soicil, s’abaissant à l’horizon, plonge ses rayons em- ‘hi est su- pourprés dans des ondes, je crois entendre des voix mysnotre térieuses, s’élevant du fond des abîmes, qi‘ m’appellent ; k y8ique l'Océan semble s’entreouvrir devant moi. C’est une hal- Re. aUTL D Iucination, un délire; plus d’une fois j'ai dû me cram- d: ans le ponner aux rochers pour m’arracher à cette dangereu- k 1 nua ble se vision. # La mer, voyez-vous, pour ie malheureux qui souffre F- > yeux serait l’oubli, la fin des maux, l’onde le bercerait sur un | théà- lit d’algues vertes et l’endormirait d’un sommeil étervagues nel...
t sou- —Où se réveillerait-il? interrompit Tomy. ss —Hélas! soupira le descendant des O’Warn, Dieu à celle ne permet pas que nous rejetions notre fardeau de dou- 8, 565 leur.
Clary passa la main sur son front comme pour en
écarter de sombres pensées, et, prenant le bras de son ami, il le ramena près de leurs compagnons. Parmi eux se trouvait un homme fort et vigoureux, au visage énergique, au teint hâlé, un véritable pêcheur.
—Bonjour, Gibs, dit Clary, voici un nouveau camarade.
Le marin rejeta en arrière son bonnet fourré, examina Tomy et dit avec un gros rire:
—C’est bien jeun. pour être déjà un gibier de potence. Ah! ah!
Tomy se redressa.
— Faut pas vous offenser, mon petit; dans notre pay: les gibets sont souvent fréquentés par les honnêtes gens, ï n’y a pas de déshonneur de les avoir approchés. Morbleu! n’êtes-vous pas tous hors la loi ?
—C'est vrai, répondit le jeune homme, sans mes braves amis, j'aurais été pendu.
—Vous voyez bien que j'ai deviné juste. Ah! ah! vous avez senti la corde. On dit que c’est une jouissance d’être pendu, hein! qu’en pensez-vous ?
—Je ne suis pas de cet avis, fit Tomy en riant.
—Par saint Patrick, je n’ait point envie d’en essayer. De l'autre côté du canal de Saint-Georges il y a. paraît-il, dés gentlemen qui pour se désennuyer s’amusent à se faire pendre. Comment trouvez-vous cela ?
—Ils devraient garder ce plaisir pour eux et ne pas L faire goûter aux Irlandais, dit Clary.
—Pour moi, je ne les crains pas et je suis plus heureux dans mon indépendance qu’un fils de roi. Il es! de fait qu’il existe en Irlande des descendants de no: anciens souverains où de chefs fameux qui n’ont pas une existence aussi fortunée que la mienne.
—Vous avez raison, répartit tristement Clar:
O’Warn.
—Mes bons amis, dit le marin, venez donc vous reposer à mon habitation, cette longue course a dû ter-
son armi sage
imaexa-
po-
riblement aiguiser votre appétit: la nuit dernière, j'ai fait une pêche merveilleuse, vous en profiterez.
Dans un enfoncement de la falaise un petit navire démâté, à demi brisé, était échoué sur le sable; on l’avait redressé, réparé soigneusement, c'était là que Île pêcheur et sa famille habitaient.
—Entrez, mes amis, dit le marin, l'hôtellerie est disposée pour vous recevoir,
[ y avait à l’intérieur du navire une jolie pièce, bien entretenue, sur laquelle ouvraient plusieurs petites cabines, c'était le logement de la famille; dans l’entrepont un espace assez grand avait été aménagé pour recevoir des marchandisesà Gibs avait étendu là de la iougère, c’était ce qu’il appelait l'hôtellerie,
Dans la cheminée de la chambre principale, un beau feu pétillait sous une grande marmite, d’où s’exhalait une forte odeur de poisson. La femme du pêcheur préparait le repas, aidée d’une jeune fille de seize à dixsept ans, aux cheveux noirs, au teint brun, au franc sourire, j
—Lizzy, dit Gibs avec bonhomie, je t'amène sept convives qui ont marché toute la matinée, c'est » dire qu’il faut leur servir un dîner confortable,
—Ce sera facile, mon père, les provisions ne manquent pas; j'espère que nos amis de la montagne ne :e trouveront pas mal chez nous.
La jeune fille dit cela gracieusement et son regard “ fixa particulièrement sur le beau visage de Clary ; celui-ci répondit en souriant :
—Nos séjours ici, Lizzy, sont toujours une fête, nous ne saurions assez reconnaître la peine que vous prenez pour nous.
— Allons, je n’aime pas les façons, dit le marin, chacun fait de son mieux, c’est tout simple. En attendant l'arrivée du navire nous tâcherons de nous distraire, le moment est favorable à la pêche; je veux que vous por-
A NT à
tiez de ma part à vos compagnons des poissons comme vous n’en pêchez point dans vos lacs. .
Une heure plus tard les proscrits prirent place autour de la grande table qui était pour eux somptueus.-ment servie; l’excellente soupe leur sembla savoureuse . un plat de pommes de terre fumantes, plusieurs poi-sons bouillis, du lait, des fromages, du paint et des g:lettes d'avoine composaient le repas.
Gibs servait d'intermédiaire entre 8 montagnards :: les capitaines des navires qui débarquaient leurs marchandises en contrebande; les profits qu’il retirait de ce commerce et le produit de sa pêche lui donnaient le: moyens de vivre largement ; la visite des contrebandier: était aussi une agréable diversion à sa vie solitaire, il se montrait enchanté de les revoir.
Le bâtiment attendu ne fut signalé que le troisièm: jour ; Gibs mit sa barque à flot et alla au-devant de lui: le capitaine, rassuré sur l’état de la côte, aborda dan: la petite anse qui s’arrondissait devant l’habitation du pêcheur; les proscrits opérèrent rapidement le d/'arquement des barils d'alcool; le capitaine, obligé ‘attendre, pour repartir, la prochaine marée, accepte } ho:pitalité de Gibs à la fille duquel il offrit quelques o!:jets d’habillement. Lizzy les reçut avec joie car, mênie sur une côte ignorée, les femmes aiment la parure et |: luxe. Elle les mit de suite pour faire honneur au c1pitaine et aussi peut-être af n de paraître plus jolie aux hôtes de son père.
C’était une bel fille que Lizzy, de plus elle s’occrpait du ménage avec l’activité d’une fée ; levée dès l’aurore, elle allait les jours de marché à la ville la plu: proche vendre le poisson, elle aidaïit sa mère à prépirer les repas, entretenait les filets de son père, faisait ensuite le pain et des fromages exquis.
Tomy admirait l'air de bonheur qui épanouissa't tous les visages.
nêni et le A Ca- > AUX
DCCLl'auplu:
répa-
isa!
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—Que je voudrais vivre ainsi! disait-il à Clary; ces gens ont le calme, la sécurité, l'abondance, ils sont heureux.
—Ce rêve n’est pas tout à fait irréalisable, répondit C’Warn en souriant.
—{Comment donc ?
—Lizzy est une honnête fille et une parfaite ménagère, son mari ne sera pas à plaindre, je crois,
—Ne plaisantez pas sur ce sujet, Clary, vous savez que mon coeur ne m'appartient plus, je ne pourrais aimer une autre femme que Colette,
—Cependant elle va se marier dans quinz jours, vous êtes bien forcé d’y renoncer.
—Je continuerai quand même à l'aimer.
Tomy n'avait que vingt ans, âge des généreuses illusions, il croyait à la constance inébranlable des sentiments humains ; il ne supposait pas qu’un autre amour
pût jamais remplacer celui qu’il éprouvair pour Colette.
Clary regardait mélancoliquement le vaste Océan dont la surface mobile a souvent été prise par le poète comme l’image de l’instabilité du coeur de l’homme. Sa pensée l’entraînait par delà l’immensité, vers d’autres horizons de liberté, de bonheur.
—Coinptez-vous vivre toujours dans la montagne, Clary ? lui demanda le jeune Podgey.
—QOui, je me tiens prêt pour le jour où l’Irlande secouant encore une fois le joug qui l’écrase essaiera de ressaisir son indépendance ; le dernier des O’Warn doit scn sang à son pays, il ne faillira pas à son devoir, mais vous, Tomy, qui n’avez pas à soutenir un grand nom, pourquoi restez-vous dans une position si peu conforme à vos goûts ?
—Je n’en puis sortir.
—Savez-vous à quoi je pensais? Le capitaine me disait que dans deux mois il toucherait les côtes de
Lans ele
France en se renda: en Espagne, profitez-en donc pour quitter l'Irlande.
—Î faudrait de Var. it ot nous n'en avons pas,
—Je vous donne eu que j'ai, la traversée n’es point longue, le | st bon enfant, on obtiendr. qu'il vous prenne . * re famille. N'est-ce pas u: excellent projet ?
—Oui, sans dou. ; arenis l’accepteraient.
—Et vous?
—Je ne veux p di LAVE,
Clary haussa les : uk
— Vous regretiere: ce JT ous refusez, mon che: ami,
Le capitaine mit à la voile le lendemain matin et le montagnards, ayant Chargé leurs barils sur les poneys qu'ils avaient amenés pour cet usage, prirent congé «de: leurs hôtes.
-——Reviendrez-vous bientôt ? demanda Lizzy s’adres. sant à Clary.
—Avec l'existence incertaine qui est la nôtre, nul n peut dire qu’il reviendra, répondit le eune homme.
—Par saint Patrick! s’écria Je marin, on ne se quitle pas sur de si tristes paroles ; vous êtes Jlugubre, Clar: On dirait que vous avez toujours devant les yeux ; specire des O’Warn.
—Je l'ai vu la nuit dernière,
La jeune fille s’approcha de Ii.
—Clary, c'est qu’un danger vous menace; ne retour: nez pas à la montagne, restez ici, le malheur ne vien. dra pas vous y chercher.
—Enfani, que craignez-Vous ? Le génie protecteur de ma famille n’annonce pas toujours un malheur. Non. Lizzy, je suivrai ma voie, le dernier des O’Warn ne doit pas s’endormir dans un lâche repos.
Ta jeune fille soupira longuement.
C pour
» n'es endr.
as u!
—Que n'êtes-vons un pauvre pêcheur tel que nous, dit-elle d'une voix presque imperceptible,
“On ne peut rien contre sa destinée, Lizzy ; ce flot qu vient de baigner le sable que nous foulons aux pieds ne se fixe jamais sur la rive qu'il embrasse ; il en est ainsi de nous, fragiles instruments, qui servons À l’exécution du plan divin dans le monde. I] faut des larnes, il faut du sang, il faut des victimes, je serai de celles-1à,
Quand les proscrits se furent mis en route, Tomy qui marchait près de son ami Clary, lui dit mulicieusement :
—Que pensez-vous, mon cher, de la proposition que ous ime faisiez hier!
— Laquelle, d’émigrer ?
—Non, de devenir l’heureux époux de la gentille Lizzy ?
—Si vous le vouliez bien...
—Je n'ai ni le désir, ni l'espoir de réussir: mais vous mème, Clary, le spectre des O'Warn vous at-il done ‘éfendu de songer à tout bonheur ici-bas ?
Le jeune homme sourit tristement.
—Tomy, le coeur de l’homme est insondable, l’âme comme la nature a ses mystères, ses aspirations, ses ‘douleurs ; ne savez-vous pas qu'il est des êtres prédes- ‘inés à la souffrance qui n'entrevoient le bonheur que pour conserver le regret de l’avoir perdu ?
—Clary, vous êtes toujours sombre, découragé. Qu'est-ce donc qui a sitôt brisé en vous l'espérance, cette ilamme de la jeunesse, ce bien su prème qui n’abandonne jamais l'homme pendant la durée de son pèlerinage terrestre ? Certes, je souffre cruellement à la pensée de perdre Colette; eh bien, envers et contre tout, j'espère encore.
—Colette vous aime, fit Clary.
—Je ne sais pas, je voudrais le croire tant je le désire,
Les deux amis causèrent longtemps, échangeant leurs pensées et y mêlant parfois une r<{2xion sur la campagne qu’ils traversaient.
—1l semble, disait Tomy, qu’à mesure qu’on s’éloigne de la mer, l’air se raréne, on sent de nouveau sur ss épaules cette main terrible qui étouffe l’Irlande.
—Oui, l'aspect si gai des hameaux qu’on rencontre sur les théories de ces publicistes à courte vue, de ces sophistes qui croient avoir assuré le bonheur d’un peuple en lui donnant, pour guérir ses maux, la possession des droits politiques.
“I?Irlande, depuis 1829, possède les mêmes droits politiques que l’Angleterre, et cependant elle continue à poursuivre lAngleterre de ses imprécations et de ses menaces ; elle commence à comprendre que le droit d’envoyer qui elle veut au Parlement est un de ces avantages précieux au fond, mais qui pourtant ne compense pas la perspective de mourir de faim.
“Ceux qui ont vu la misère irlandaise, dit le même historien, ne trouvent pas d’expression pour la décrire. Qu'on se figure un peuple couvert de haillons sous lesquels la chair perce de toutes parts, un peuple s’abritant dans des cabanes construites de boue desséchée que la pluie ramène insensiblement à son état primitif, ur peuple dormant sur quelques poignées d’herbes sèche: qui dissimulent à peine le sol humide et gras, un peuple- vivant uniquement de pommes de terre cuites sou: la cendre, dont il ne mange pas tous les jours: voilà l'état normal de la population agricole en Irlande. Heureuse et rare est la cabane qui possède un pore pour payer son fermage, et une couverture: son habitant es! riche en comparaison de ses voisins.
“La misère des villes n’est pas moins effrayante: c'est elle qui tout d’abord frappe vos regards lorsque vous débarquez en Irlande; dès lors elle vous suit partout, vous obsède sans relâche du tableau de ses plaies.
du concert de ses gémissements. Tout un peuple de pauvres, c'était là un spectacle inconnu au monde ; il était réservé à l’Irlande de l'offrir. ”
Il n'existe pas dans ce pays de classe moyenne. Pendant de longs siècles, les confiscations et la rapacité anclaise lui ont tout enlevé pour ne laisser subsister que le prolétariat. L’Irlande, aujourd’hui, n'appartient plus aux Irlandais, elle est devenue la proie de qeulques lords anglais qui vont dévorer en Angleterre ou sur le continent tout ce que le sol irlandais peut prod'uire, et ne sont jamais en rapport avec les malheureux qui dépendent d’eux.
L‘Irlande n’ayant pas de classe moyenne ne peut avoir d’industrie. Qui lui achèterait ses produits? Ce ne seraient pas les affamés dont nous avons dépeint la situation.
Une loi, empreinte d’un sentiment de bienveillance qui fait honneur au ministre qui l’a conçue, M. (Gladstone, vient enfin d’être votée en aveur de la population agricole d’Irlande. Si cette loi est loyalement appliquée, elle mettra un terme aux maux de ce malheureux pays et rendra efficaces les mesures libérales déjà prises à l’égard de l’Irlande. Mais il est à craindre que la révolution, exploitant les souffrances réelles et la délance hélas! trop justifiée de ce peuple si longtemps persécuté et déçu, n’entrave l’exécution de la législation nouvelle.
Partout, en effet, depuis un siècle, l'esprit révolutionnaire, sous le spécieux prétexte de détruire les abus et de rendre la situation des peuples meilleure, arrête les réformes utiles et aggrave les maux qu’il prétend guérir,
Que veut la révolution? Effacer de l’âme humaine la notion de Dieu et abolir dans les sociétés le principe de l'autorité sur lequel repose la stabilité indispensable à une nation qui veut vivre.