‹ Dent pour dent [microforme]Chapitre 9 sur 23 · UN HARDI COUP. DE MAIN · texte numérisé non relu

UN HARDI COUP. DE MAIN

Ce jour même, Tomy parut devant ses juges, le représentant du landlord et sa Révérence, le ministre anglican. Il était coupable de rébellion et de voies de fait contre les agents de l’autorité et convaincu d’avoir incendié son cottage; le juge lui demanda ce qu’il avait à Cire pour sa défense.

—Je ne nie aucun des faits qui me sont imputés, répondit le jeune homme, je sais aussi que mes explications n’auraient pas d’influence sur la décision de la justice, je suis prêt à subir mon sort, j’ai même commis un autre crime dont vous oubliez de m’accuser, c’est d’avoir scalpé monsieur le baïlli.

Tomy, tirant de sa poche la précieuse perruque, la jeta aux pieds de ses juges.

Un mouvement d’hilarité se fit dans l’auditoire, à la vue de la pièce de conviction et de l’air piteux du bailli. Tomy n’en fut pas moins condamné à être pendu.

Pour le pauvre paysan irlandais, il n’est pas de juridiction supérieure, pas de recours en grâce, pas de clémence à espérer.

L’exécution fut fixée au lendemain matin.

Le euré vint apporter au condamné ses consolations et les secours de la religion. Tomy montra beaucoup de résignation, il se prépara à la mort en vrai chrétien.

Une petite pluie fine et gelée tombait sur la campagne désolée; le froid engourdissait les membres des nombreux spectateurs qui se pressaient, consternés, sur la place où était dressé le fatal gibet.

Tomy, grelottant lui aussi, regardait tristement la foule; il lui semblait moins cruel de quitter la vie par une si morne température que par un ciel bleu ensoleillé,

Tout à coup il tressaillit en reconnaissant Colette, C'était la seule joie de sa courte vie, son seul amour, son unique regret.

La jeune fille, se frayant un passage dans la foule, arriva jusqu'à lui et murmura à son orcille:

—{Courage, Tomy, tenez-vous prêt.

Que signifiaient ces paroles? Le jeune homme n’en pénétrait pas le sens, mais un vague espoir ranima son coeur.

Il tendit à Colette ses deux mains enchaînées,

—Adieu, ne m’oubliez pas.

Un constable entraîna le prisonnier.

Au pied de la potence, Tomy s’agenouilla, reçut la bénédiction du prêtre et sans défaillance, il s’abandonna au bourreau.

De sourds murmures parcoururent la foule, lindignation, la colère grondaient dans les âmes; ces murmures, comme des flots soulevés par la tempête, s’élevaient pressés, tumultueux, menaçants. Un cri strident retentit au sein de la foule, on s’agita, on se poussa, ce fut une affreuse bousculade. Quinze hommes armés se jetèrent sur les constables ; les femmes s’enfuirent, les enfants furent renversés. (C’étaient les montagnards que les paddies favorisaient de leur mieux ; Tomy, enlevé par des bras vigoureux, disparut malgré les efforts désespérés des constables qui luttaiènt vaillamment. Les bandits en cussent fait un effrovable carnage, si le

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curé ne s'était jeté entre les combattants afin d’arrêter l'effusion du sang.

La voix vénérée du pasteur fut écoutée par ces hommes sauvages qui conservaient encore, malgré leurs égarements, le respect de la religion catholique et du prêtre.

‘Quand le calme fut rétabli, les constables meurtris, blessés, couverts de boue, virent que leur prisonnier leur avait été enlevé; la potence était renversée et la foule, revenue de sa frayeur, riait et se félicitait du résultat de l’aventure.

Le chef humilié rallia ses hommes; comprenant que la poursuite était inutile, les constables, la tête basse, traversèrent le village afin de rendre compte au bailli de ce qui venait de se passer.

Colette, pâle et tremblante, n'avait pas quitté le lieu de l’exécution; son fidèle Jack lui avait appris que toutes les dispositions étaient prises, mais son anxiété grandissait à mesure qu’approchait le moment fatal. Si le secours allait arriver trop tard? Non, son plan avait parfaitement réussi, grâce au dévouement de Clary. La jeune fille était restée impassible pendant la durée de la lutte, elle souriait maintenant en voyant défiler piteusement les constables vaincus. Un d’eux, celui que l’avant-veille elle avait si bien enveloppé dans le filet, lui dit en passant :

—Tu peux te réjouir, belle Colette, ton amoureux a échappé, mais nous le rattraperons.

La jeune fille haussa les épaules.

—Je suis sûr que tu es pour quelque chose dans le complot, reprit le soldat furieux, je ne sais ce qui m’emnèche de t'arrêter. "

—Faites-le, je ne vous crains pas.

Le constable posa la main sur la jeune fille.

—Nous n'avons pas d'ordre, dit le chef, c’est aux

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juges qu’il appartient de découvrir les coupables. En avant et silence.

Les montagnards étaient à l'abri des poursuites de Ja police. Tomy, étourdi de cet incident imprévu, ne se s ndit pas compte de ce qui se passait autour de lui, cepenant les paroles de Colette lui revenant soudain à la mémoire, il comprit que c’était la délivrance. Dix minutes plus tard il tombait dans les bras de son père et de ses frères.

— Vous n'avez sauvé, dit-il.

—Nor. répondit Georgy, seuls, nous n'aurions rien pu, c’est Colette qui a tout conduit.

—Colette! répéta Tomy avec émotion.

Une expression de bonheur indicible se répandit sur son pâle visage.

—Où allons-nous? demanda-t-il,

—-Dans le seul refuge qui nous reve, répondit son père, là où la justice ne peut nous atteindre.

Tomy s’adressa aux montagnards:

—Je vous remercie de votre généreuse intervention, ines amis, je vous dois la vie, que Dieu récompense votre dévouement pour un inconnu.

—Nous sommes Irlandais et catholiques, nous sommes frères, Tomy Podgey, répondit la voix grave et douce de Clary.

—Qui êtes-vous ? reprit vivement Tomy, je vous connais certainement.

—Plus tard vous le saurez, ce n’est point le moment. filé, où le brouillard épais voilait les sombres parois des

On arrivait à l'entrée de la montagne. Un étroit dérochers, donnait accès à un vallon au fond duquel s’étendait la surface immobile d’un sombre lac. La végétation était maigre et rare; sur les pentes escarpées, des chèvres et quelques vaches de petite taille passaient l’herbe humide; plusieurs échancrures de la montagne offraient une partie moins aride, on y voyait des champs

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sur

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de pommes de terre et, de distance en distance, de pauvres cabanes.

Par cette froide matinée d’hiver, sous la pluie glacée qui ne cessait de tomber, la vallée offrait un aspect de désolation qui remplissait de tristesse l’âme de Tomy. Il suivait ses compagnons en silence, se demandant sil ne valait pas mieux mourir que de vivre dans une aussi affreuse solitude.

—William, dit-il à son frère, combien de temps reaterons-nous ici ?

—Je ne sais pas, Tomy, nous sommes menacés, la police nous recherche, il faut nous faire oublier.

—Notre mère et nos soeurs que sont-elles devenues ?

—Elles nous rejoindront ici.

—Ï]ci?

—QOui, d’autres familles de proscrits vivent dans ces cottages que tu aperçois là-bas.

On descendait une rampe très raide d’où un faux pas eût précipité dans l’abîme; les montagnards habitués à franchir ces sentiers difficiles marchaient gaiement; on arriva ainsi sur les bords du lac. Des groupes de rochers garnissaient le bas de la montagne et servaient d’appui à une dizaine de huttes, construites en terre et couvertes de chaume. De légers flocons de fumée s’élevaient d’un rocher, l'air était imprégné d’une forte odeur de tourbe.

—Ah! ah! dit un des hommes, John Buck travaille, c'est bien, il a pensé qu’on aurait besoin de se récozforter après une semblable expédition.

Il fit entendre un coup de sifflet qui reçut bientôt une réponse et l’on vit accourir plusieurs hommes vétus de peaux, armés de carabines.

—Amis, dirent les montagnards, les constables sont enfoncés, nous ramenons le prisonnier.

Un hourrah accueillit ces paroles.

A l'entrée d’une des cabanes, John Buck, auprès d’un

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bon feu, préparait du whiskey, la chère liqueur nationale. 1l en remplit un pot qu’il présenta aux arrivants et tous, l’un après l’autre, y appliquèrent amoureusement leurs lèvres.

Clary s'étant approché du jeune Podgey, lui dit:

— Tomy, je vous offre l’hospitalité chez moi, vous devez avoir besoin de repos.

—Clary O’Warn, fit Willy, je vous reconnais ; J'étais du temps de votre père, je vous ai vu grandir, j'ignorais ce que vous étiez devenu après votre malheur,

—J’ai trouvé un refuge ici.

— Votre retraite n’est pas très sûre, reprit le paddy, une compagnie d’habits rouges fouillerait facilement ce vallon. è

—Oh! sans doute, si nous y restions, mais, à la moindre alarme, un signal rallie notre colonie ; derrière ces rochers est l’entrée d’un souterrain inconnu ; il a un kilomètre de profondeur, c'est un dédale où se perdrait quiconque n’en saurait pas les détours; il aboutit par une ouverture pratiquée dans le roc à un vallon, formant une sorte de puits ; aucune issue ne permet de s’y introduire,

C’est là notre retraite inexpugnable, je défie à la police d'y pénétrer. Si notre secret était trahi, quatre hommes tiendraient en échec un régiment anglais à l'entrée de ce labyrinthe.

En temps ordinaire, cette vallée, qui n’est point trop désagréable, nous sert d'asile ; Nous en sortons seulement pour les besoins de notre industrie.

Tomy était épuisé de fatigue et d'émotion, il entra dans la cabane que Clary lui désigna comme étant la

sienne ; le sol était couvert de fougère fraîche, aux pa rois étaient suspendus des armes et des vêtements, une large pierre plate servait de table, près du foyer gi saient quelques ustensiles grossiers pour préparer les

aliments, consistant en pommes de terre, en laitage et parfois en gibiers.

Le jeune homme se laissa toniber sur l'épaisse couche de fougère et s’endormit profondément.

—Ï1 à dû manquer de sommeil la nuit dernière, fit Clary en souriant.

—Et nous n'avons guère mieux dormi, reprit Willy Podgey, c’est une rude épreuve que nous traversons depuis quelques jours.

—Hiélas! soupira Clary, nous l’avons tous subie.

—C'est vrai, mon ami, nous ne devons pas oublier qu’il y en a de bien plus malheureux que nous.

Les montagnards s'étaient dispersés, les uns avaient gagné le cottage de leur famille, ceux qui étaient seuls s'occupaient à préparer leur repas avec autant de calme que s'ils n’eussent pas quitté les bords du lac.

Quelques jours après ces événements, Willy Podgey

installait sa famille dans un petit cottage abandonné que Tomy et ses frères avaient soigneusement réparé; les pauvres gens se sentaient heureux en leurs épreuves de trouver un toit et les moyens de vivre. Leur existence avait toujours été si misérable qu'ils jouissaient d’un bien-être relatif.

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LES FIANCES

Colette était bien joyeuse d’avoir réussi à sauver Tomy; par Jack, son fidèle messager, elle avait des nouvelles des proscrits et le jeune Podgey lui avait fait transmettre l’expression de sa reconnaissance attendrie. Colette s’était hâtée de jeter au feu le billet de Tomy, elle commençait à devenir suspecte, il eût été dangereux de conserver une preuve de ses relations avec les rebelles.

Le landlord avait ordonné une enquête sur les faits oui venaient de considérer l’autorité de la justice, on n’avait pu recueillir aucun renseignement; Colette interrogée déclara qu’elle ignorait tout et, malgré les soupçons qui planaient sur elle, le juge ne trouvant pas de preuves, ne put l’arrêter.

La jeune fille reprit sa vie ordinaire; à son insu un changement s’opérait dans son coeur, la pensée de Tomy y prenait chaque jour une plus grande place; elle ne croyait céder qu’à un sentiment de pitié, il s’y glissait cependant quelque chose de plus tendre qui la plongeait parfois dans de longues et douces rêveries.

S’étant rendue un jour à la cabane de la mère Jane, qui était malade, Colette avait rencontré là Tomy; son costume de montagnard lui allait à merveille, sa haute taille semblait plus vigoureuse, son visage régulier et

Se

énergique avait une expression de calme et de bonheur qui le transformait complètement. Ses allures d’aventurier, jointes au prestige du malheur, lui donnaient ce cachet romanesque qui plaît à la jeunesse.

Au milieu de ces événements, Colette oubliait William Pody, son riche fiancé, et sa satisfaction fut médiocre lorsqu'elle le vit arriver à Greenish.

Elle travaillait près de la fenêtre de son cottage et ne fit pas semblant de le voir venir. Elle pensait à la rencontre de la veille, à la joie de Tomy, à ses témoignages de reconnaissance et de dévouement.

—Quel est donc le travail qui vous absorbe à ce point, ma chère Colette? dit William d’une voix empreinte d’ironie.

Le gracieux visage de la jeune fille perdit le rayonne-, ment de joie intérieure qui l’animait.

—Pardon, William, dit-elle en s’efforçant de sourire, vous trouvez que je ne vous fais pas assez d’honneur ?

Le jeune homme fronça les sourcils. |

—Je ne demande pas d’honneur, Colette, répliqua-til, mais il me semble qu’un fiancé devrait être reçu avec plus d’empressement.

Un mois plus tôt la jeune fille eût accueilli ces remontrances par un éclat de rire, mais Colette était devenue sérieuse. William remarqua ce changement, il avait entendu parler au village des dernières aventures auxquelles se trouvait mêlé le nom de sa fiancée, et il était très mécontent.

—AÀ quoi pensiez-vous donc tout-à-l’heure? reprit-il.

—Je n’en sais rien.

—Vous paraissiez préoccupée; faisiez-vous le plan d’une conspiration nouvelle? car vous conspi-2z, paraît-il ?

—D'où vous viennent ces folles idées, William? Un propos comme celui-là suffirait pour me compromettre.

—Soyez tranquille, ma chère amie, je serais désolé

de vous nuire, j’ai trop à coeur votre intérêt qui est du reste le mien. Mais vraiment on raconte dans le village un fort joli roman dont vous êtes l’héroïne. Colette s’intéresse aux rebelles, nargue la police; je veux croire qu’il n’y a rien de plus.

—Laissons cela, William, je vous défends de me parler ainsi; ma conscience ne me reproche rien, vos insinuations sont des injures. Je ne comprends pas qu’un garçon qui se dit intelligent ait un assez petit esprit pour aller recueillir ainsi les cancans du village.

Colette se sentant menacée avait pris la bonne tactique qui consiste à porter la guerre sur le terrain enneini, forçant son adversaire à reculer pour se défendre.

—Je ne m’arrête pas aux bavardages du village, Colette, reprit William froissé, j'ai toujours su me tenir au-dessus de ces choses-là ; mais je ne vous cacherai pas que votre intérêt pour Tomy Podgey a lieu de me déplaire.

— Vous eussiez préféré le voir pendu ?

—Non, je l’aurais déploré sincèrement : cependant il avait mal agi et nous n’avons pas à intervenir dans l'oeuvre de la justice.

—Si votre parrain ne vous avait laissé ce peu de bierm dont vous êtes si fier, qui peut dire que vous n’ayez pas eu le sort de ces pauvres gens que vous dédaignez maintenant ?

—Permettez-moi de vous faire observer, Colette, que votre comparaison est déplacée; je suis un homme établi, considéré, il n’y a pas de rapport entre moi et ces va-nu-pieds qui vous occupent beaucoup trop.

— William, si je devais devenir un jour aussi orgueilleuse, je refuserais de suite votre fortune et votre nom.

— Voyons, Colette, reprit le jeune homme en changeant de ton, je vous aime, pardonnez-moi un sentiment de jalousie contre ce Tomy, que vous avez paru souvent me préférer. Donnez-moi la main et que des récrimina-

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nn

tions ne troublent pas les quelques instants que nous avons à passer ensemble.

La paix se fit pour le moment, mais ces discussions rénibles se renouvelèrent bien des fois entre les deux fiancés.

Un soir, William dit aux parents de Colette:

—I1 faut songer aux préparatifs de noce, dans un mois aura lieu notre mariage.

—En plein hiver! reprit la jeune fille qui avait pâli; ne vaudrait-il pas mieux le remettre au printemps?

—Mais non, fit le père, qui étais désireux de voir “accomplir au plus tôt cet événement si inespéré pour sa famille.

William s’adressa à sa fiancée.

— Vraiment, Colette, je ne vous comprends pas, quand notre mariage a été fixé il y a deux mois, vous saviez bien qu’il aurait lieu pendant l’hiver.

—Je n’y avais pas réfléchi.

—Et c'est maintenant que vous vous en apercevez, ieprit William ironiquement. Pourquoi ne proposezvous pas de le remettre indéfiniment ?

La jeune fille le regarda d’un air qui sembiait dire Gue cette conclusion ne la contrarierait pas trop.

—Ah! Colette! dit William d’un ton de reproche, je vous trouve bien changée. Vous paraissez m’épouser à regret; personne cependant ne vous a contrainte à m’engager votre foi.

—Non certes, reprit la mère, et tu serais bien coupable, ma fille, si tu n’étais touchée de l’affection désintéressée de William et de l’honneur qu’il te fait en te choisissant de préférence à toute autre.

—AÀ mon tour, je dirai que je n’ai pas sollicité cet honneur, répartit la jeune fille.

—Laissons cela, mistress Buckly, fit William avec une modestie apparente, je n’ai jamais songé à me faire

valoir; j'aime Colette, je la trouve riche de beauté et de vertus, je ne lui demande que son affection.

—Elle vous la doit bien, interrompit la mère.

— Hélas! l'affection ne se Commande pas, murmura Wiliam avec un soupir, jai ‘espoir d'obtenir celle de Colette.

—Colette vous aime beaucoup, reprit mistress Buckly, mais elle n’a que seize ans et la tête un peu légère,

—La linotte de Greenish regrette sa liberté, fit Colette en souriant.

—Oh! ma chère amie, dit Williara, je ne me propose pas de vous imposer un dur esclavage, vous serez lihre et heureuse près de moi. J’ose dire que vous jouirez d’une position enviée. Oui, Colette, il n’est pas une jeune fille dans le Pays qui n’accepterait avec joie le sort qui vous est offert. Vous échangez la Pauvreté contre une situation fortuné ; sans me flatter, j'en vaux un autre, vraiment Y a-t-il lieu de tant se faire prier !

Le jeune homme s’était animé, il se leva et prenant ccngé de la famille, il sortit fort mécontent, Colette ne dif pas un mot pour le retenir.

Ce brusque départ jeta dans la Consternation mistress | Buckly et ‘son mari, Colette fut accablée de reproches.

— Voilà le résultat de ta sottise, lui dit sa mère, il ne reviendra plus, tu es une tête folle, tu ne vois pas la conséquence de ta conduite. Que deviendras-tu si William t’abandonne ? Par ta faute, ta famille languira dans la misère,

—Tout peut se réparer, dit-il, j'irai trouver William ; je ne crois pas qu’il retire sa parole, il aime notre fille, il pardonnera un moment de caprice, mais il ne faut Pas que cela se renouveile. Colette, je vais te parler sérieusement puisque tu m'y obliges. Depuis quelque temps tes manières ne me vont pas: ton iriprudence Peut un jour à l’autre attirer sur les tiens de graves dan-

et de mura le de 3uckgère,

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1irez une e le conaux à:

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gers. Tu t’absentes sans faire connaître l’endroit où tu vas, l’attention publique est éveillée à ton sujet. Ton changement à l’égard de William...

—Je n’ai jamais aimé William, interrompit Colette.

—Un jeune homme si bien! exclama mistress Buckly en joignant les mains, et si riche!

—[ ne s’agit pas de cela, reprit brusquement le paddy. William est un parti inespéré, tu l’as accepté volontairement ; il est jeune, intelligent, beau garçon, je ne comprends pas que tu aies de la répugnance à l’épouser, sans parler de l’intérêt de ta famille qui aurait tant à gagner à ce mariage. Est-ce que Tomy Podgey serait pour quelque chose dans tout ceci ?

—Je n'ai ajmais songé à épouser Tomy, fit Colette cn rougissant.

— Tomy Podgey est dans le pays, j'en suis sûr, et tu le vois. [] ne sera pas dit que pour cet aventurier, échappé à la potence, tu perdras ton avenir et celui de ta famille; à partir de ce jour tu ne sortiras plus sans mon autorisation jusqu’à ton mariage, qui aura lieu dans un mois, Pense donc que si les soupçons de la police pesaient sur nous, on nous chasserait et nous serions réduits à la mendicité.

Colette pleurait en silence, elle comprenait que son père avait raison en parlant des dangers de ses relations avec les proscrits.

—Tu n'as bien coraipris, reprit Buckly, je défends absolument ces visites à la vieille Jane; cette femme est suspecte, sa #2bane est fréquentée par les contrebandiers de la montagne, on n’a rien à gagner en y allant; sois aussi désormais plus aimable pour William, si ce mariage mahque ce sera de ta faute et je ne te le pardonnerai pas.

Pendant que se passait cette scène de famille, William s’en retournait furieux contre Colctte, se demandant s’il ne la laisserait pas à ses dédains. Son coeur

souffrait car il aimait passionément la jeune fille, mai: Son amour-propre n’était pas moins atteint. Lui, Wil liam Pody, le citadin, le richard, se voir presque rejeté Par la fille d’un pauvre fermier! S'il avait voulu se marier à la ville, il aurait pu le faire avantageusement ; il choisissait Colette, la plus jolie fille de Greenish, il l’élevait jusqu’à lui et au lieu d’être flattée de cet hommage incspéré, elle semblait lui faire une grâce en l’acceptant.

Le jeune homme SUpposait bien qu’il y avait ur obs-

tacle entre lui et sa fiancée.

—Elle ne m'aime pas, se disait-il, elle pense toujours Tomy. Quel dommage qu'il ait échappé à la potence ! est elle qui l’a sauvé. Mais il ne peut plus revenir ; je saurai d’ailleurs l’écarter de mon chemin et malheur à Colette elle-même si elle persiste dans sos sentiments à mon égard!

Et d’abord je veux savoir où elle va, qui elle rencontre; un mot à la police et je serai débarrassé de rmon rival. Ah! Colette, vous ne connaissez pas William Pody. Vous ne l’outragerez point impunément.

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