‹ Département de l'Yonne. Documents relatifs à la vente des biens nationaux dans le district de SensChapitre 72 sur 267 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

A la veille de la Révolution, la propriété foncière, dans le Sénonais, est extrêmement morcelée. Les paysans possèdent près de la moitié du sol, et l'autre moitié, qui comprend les terres les meilleures et les plus grosses exploitations, se partage à peu près également entre les bourgeois, les nobles et le Clergé; la part un peu moindre du Clergé se grossit, en elïet, de l'appoint des dîmes.

Presque tous les i)aysans sont propriétaires, et la plupart très petits propriétaires. La vente des biens nationaux, qui portera sur environ 12 ^/o du territoire du district, viendra simplement grossir le patrimoine d'une très petite partie d'entre eux et en proportion même, semble-t-il, de ce qu'ils possèdent déjà. La fortune foncière du Clergé disparaîtra ; celle de la Noblesse s'appauvrira légèrement ; celle de la Bourgeoisie, surtout, s'accroîtra.

Les ventes obtinrent un très grand succès en 1790 et 1791; en 1792 et 1793, les résultats en furent médiocres, mais non désastreux. C'est seulement à partir de germinal an II que les apparences sont trompeuses et que, malgré l'énorme écart entre les prix d'estimation et les prix de vente, l'avilissement de l'assignat rend en réalité ceux-ci inférieurs à ceux-là, qui sont eux-mêmes inférieurs à la valeur réelle des biens. Jusqu'au moment trop tardif où, en l'an VII, les biens seront payables exclusivement en numéraire, la perte de l'Ltat ira grossissant.

Cependant le grand succès de la première période des ventes eût à peu près compensé l'écbec de la dernière, si le long délai accordé pour les paiements n'avait été cause d'une lésion considérable. On l'a dit, « les biens nationaux furent très bien vendus, mais très mal payés ». Notons pourtant que cette lésion eût pu être beaucoup plus forte si la dépréciation du papier avait été prévue à l'origine et si

CLXXXIl INTRODUCTION

un grand nombre des premiers acquéreurs, au lieu d'attendre les délais qui leur étaient accordés, ne s'étaient empressés de se libérer. En sorte que la formule ci-dessus pourrait, en ce qui concerne le Sénonais, être modiiîée ainsi: «En 1790 et 1791, les biens nationaux furent très bien vendus et très bien payés : mais, à partir de l'an II. ils furent à la fois très mal vendus et très mal payés >.

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