DÉPÊCHE TÉLÉGRAPHIQUE
M. Jules Favre, ministre des affaires étrangères à Délégation, à Bordeaux.
(Recommandée)
Versailles, le 28 janvier 1871, 11 h. lo m. soir.
« Nous signons aujourd'hui un traité avec M. le « comte de Bismarck.
« Un armistice de vingt et un jours est convenu.
« Une Assemblée est convoquée à Bordeaux pour « le 15 février.
« Faites connaître cette nouvelle à toute la France. « — Faites exécuter l'armistice, et convoquez les élcc- « teurs pour Le 8 février.
« Un membre du Gouvernement va partir pour Bor- « deaux.
« £igné : Jules Favre. »
Un décret, qui sera ultérieurement publié, fera connaître les mesures prises pour assurer l'exécution des dispositions ci-dessus.
La délégation du gouvernement de la Défense nationale,
Léon Gambetta, Al. Glais-Bizoin, Ad. Crémieux, L. Fourichon.
[Confidentiel et chiffré.) Je vous écrirai aujourd'hui même pour vous faire connaître mes résolutions personnelles.
Gambetta.
Bordeaux, 29 janvier, 6 h. 5 soir. — A préfets et sous-préfets. — Je vous ai mandé ce matin, en vous envoyant les dépêches venues de Versailles, que je vous ferai connaître ma résolution personnelle. La voici. J'ai décidé de maintenir le statu quo jusqu'à l'arrivée du personnage qui est annoncé de Paris. Cette arrivée est imminente puisqu'il a pu partir de Paris dès la nuit dernière. Aussitôt après l'entrevue et les explications que j'aurai eues avec lui, vous serez avisé des déterminations politiques auxquelles je me serai arrêtées. En attendant, restez ferme et confiant.
Gambetta.
29 janvier. — Aux 'préfets et sous-préfets. — Continuez d'exercer d'une façon continuelle les mobilisés qui sont encore dans votre département. Tout retard serait une faute grave dans le temps de répit que des circonstances douloureuses nous commandent d'utiliser immédiatement pour là Défense du pays.
30 janvier 1871. — Circulaire aux préfets et sous-préfets. — Le ministre de l'intérieur et de la guerre a fait passer ce
matin à M. Jules Favre à Versailles, une dépêche pour lui demander de sortir du silence gardé par le gouvernement de Paris et de faire connaître le nom du membre du gouvernement dont l'arrivée était annoncée ainsi que les motifs qui peuvent expliquer son retard. Il a réclamé en même temps des détails précis sur la situation générale et sur le sort de Paris.
Laurier.
30 janvier. — Aux préfets et sous-préfets. — Circulaire. — Depuis la dépêche qui vous a été envoyée dans l'après-midi et par laquelle on demandait à Versailles des renseignements prompts et précis sur la nature, l'étendue et la portée des arrangements conclus, aucune nouvelle officielle n'a été reçue. On ne sait rien de plus que ce matin; toutefois les avis de l'étranger portent qu'à Versailles on n'a rien engagé sur le fond même de la paix. L'occupation des forts de Paris par les Prussiens semble indiquer que la capitale a été rendue en tant que place forte. L'armée et la garde mobile devront déposer leurs armes. La garde nationale sédentaire conserve les siennes. La convention qui est intervenue porte exclusivement l'armistice qui semble surtout avoir pour objet la formation et la convocation d'une assemblée. La politique soutenue et pratiquée par le ministre de l'intérieur et de la guerre est toujours la même : guerre à outrance, résistance jusqu'à complet épuisement. Employez donc toute votre énergie à maintenir le moral des populations. Le temps de l'armistice va être mis à profit pour renforcer nos trois armées en hommes, en munitions, en vivres. Les troupes seront astreintes à une discipline sévère à laquelle il faudra donner tous vos soins de concert avec vos chefs militaires. Elles devront être exercées tous les jours de longues heures pour s'aguerrir. Les conseils de révision devront continuer; et tout le travail d'organisation, d'équipement, bien loin d'être interrompu, devra être poursuivi avec une extrême vigilance. Il faut a tout prix que l'armistice nous profite, et nous pouvons faire qu'il en soit ain-i. Enfin il n'est pas jusqu'aux élections (rai ne puisent et doivent être mises à profit. Ce qu'il faut à la France, c'est une Assemblée qui veuille la guerre <-t qui soit décidée à tout pour la faire. Le membre
du Gouvernement qui est attendu arrivera sans doute demain matin. Le ministre s'est fixé un délai qui expire demain à trois heures. Vous recevrez demain une proclamation aux citoyens avec l'ensemble des décrets et des mesures qui, dans sa pensée doivent parer aux nécessités de la situation actuelle. Donc, patience, fermeté, courage, union et discipline ; vive la République !
Signé : Laurier.
30 janvier. — Aux préfets. — Circulaire. — Dans la séance du 30 janvier, le conseil municipal de Bordeaux a adopté à l'unanimité la délibération suivante qui a été immédiatement transmise au gouvernement :
« En présence des événements qui se produisent, le conseil municipal de Bordeaux proteste contre toutes conditions de paix qui ne sauvegarderaient pas complètement l'honneur national.
« Il adjure la délégation de Bordeaux de rester à son poste et de continuer à préparer avec la plus grande énergie la guerre à outrance. Vive la République ! »