‹ Dépêches, circulaires, décrets, proclamations et discours de Léon GambettaChapitre 174 sur 208 · MAINE-ET-LOIRE · texte numérisé non relu

MAINE-ET-LOIRE

Bourses, 18 décembre 1870. — Intérieur et Guerre àM. Engelhard, préfet, Angers. — J'ai déjà reçu votre dépêche sur les mouvements militaires; je n'y ai pas répondu parce qu'il n'y avait pas lieu de donner suite à vos plaintes, les mouvements ayant eu lieu par ordre de l'autorité militaire et étant parfaitement concertés. Je reçois maintenant votre dépêche où vous parlez de diriger sur Tours les 4,000 mobilisés qui sont envoyés au général Chanzy.

Je suis extrêmement surpris de cette insistance à vous ingérer dans les affaires militaires. On voit bien que vous ne savez rien du mouvement et des affaires du général Chanzy. Vous ne parleriez pas de lui enlever des troupes et vous vous occuperiez au contraire de le seconder de tous vos moyens. Cessez donc, je vous prie, de vous occuper de ces questions qui vous paraissent étrangères ; faites-nous des mobilisés, arrêtez les fuyards, et tout ira bien.

Bourges, 19 décembre 1870. — Au préfet. — Tl n'est nullement question de nommer M. de Kératry général en chef des forces de l'Ouest et vous pouvez vous rassurera cet égard.

J'ai à vous remercier de ce que vous avez fait pour le corps d'armée du général Pisani. Quand je vous ai dit que vous n'aviez pas à vous immiscer dans les affaires militaires, je n'ai pas entendu vous paralyser dans le concours que vous devez aux opérations de la défense; je vous connais assez pour savoir que je parle à un collaborateur aussi intelligent que dévoué, seulement ce que je vous recommande c'est de ne point croire tout compromis parce que tout ne se fait point suivant vos vues personnelles. Il faut travailler à travers et en dépit de tous les obstacles, c'est là tout ce que j'ai voulu dire.

Lyon, 23 décembre 1870. — Intérieur et Guerre à préfet, Angers. — Si le général Ferri Pisani n'exécute pas en ce

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moment même les ordres du général Chanzv et n'opère point son mouvement sur Château-Lavallière, cherchez-lui un successeur que vous me désignerez et installez-le provisoirement a sa place. J'approuve votre indignation d'hier Il va sans dire que vous devez prendre les ordres du gêné-' rai Chanzy; ne faites rien sans lui en référer, j'y tiens es sentiellement. J } es

29 décembre 1870. - - A préfet. - On ne vous» a pas répondu h,er parée qu'on en avait référé au ministre Tu était en route'. Prenez un arrêté dans lequel vo s dire que : vu l'état de guerre dans lequel se trouve le départen en de Marne et-Loire et attendu mie les articles séduLux publiés par l'Union de l'Ouest constituent une véritable connivence avec l'ennemi, le préfet de Maine-et-Loire su ! pend le journal l'Union de l'Ouest pour deux mois.

29 décembre 1870. Au préfet. - Faites imprimer en gros caractères l'article de l'Union * l'Ouest qui^ motivé a suspension de ce journal pour deux mois. Ajoutez au bas 1 arrête de suspension fortement motivé, et faites afficher ce placard en triple exemplaire dans chacune des communes de votre département. «munes

30 décembre 1870. - Au même. - - L'arrêté que je vous a. envoyé hier au sujet de l'Union de l'Ouest es facultatif vous en userez à votre jugement et si vous préférez le jurv contre auteur de l'article, comme coupable d'excita ion à la révolte, vous êtes sur les lieux : je m'en rapporte à votre clairvoyance politique. Képondez-moi.

. :'" décembre 1870. Au même. - Vous demandez mes nstructions au sujet de l'affaire de l'Union de l'OuZ et pourtant vous en avez reçu hier ,1c formelles à cet égard. Au cas ou vous hésiteriez, je vous rappellerai que vous avez l'option entre la suspens |ans I,, conditions que je vous ai indiquées e t. jundiction du jury pour juger l'auteur de l'article. Lest a vous d apprécier le meilleur mode de répres-

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sion. Ce sont là des questions de milieu que vous êtes en situation d'apprécier mieux que personne.

31 décembre 1870. — Au préfet. — La dépêche que je reçois de vous m'attriste profondément1. Elle vous montre à mes yeux comme accablé sous le poids d'une responsabilité que vous semblez incapable de porter et que vous cherchez à rejeter aujourd'hui sur moi. J'avais quelque droit d'attendra de vous un concours autrement remarquable dans la crise passagère où vous vous trouvez. Après ce que je savais de vous, de vos opinions fermes et arrêtées, au moins dans le langage; après nos conversations, après vos dépêches surtout, ces dépêches si nombreuses, où vous touchiez à toutes les questions, où vous aviez des avis et des conseils à me donner sur tous les sujets; après les instances multipliées que vous aviez faites auprès de moi pour obtenir la dissolution en masse des conseils généraux, afin de vous enlever sans doute la charge et la responsabilité de dissoudre celui de votre département par un arrêté spécial, signé de vous, j'avais la presque certitude que, la mesure prise, vous sauriez en assurer l'exécution. Survient la polémique de VUnion de l'Ouest. Que m'écrivez-vous? qu'en présence de cette polémique qui est un appel à ta guerre civile, vous êtes d'avis de sévir, et vous me rappelez que le département est eu état de guerre. Je tarde à vous répondre, étant absent. Vous vous en étonnez et vous me demandez si les préfets ne doivent plus renseigner le Gouvernement sur les écarts de la presse, vous insistez. Je vous réponds en vous donnant le choix entre deux modes do répression, la suspension ou la juridiction du jury. Vous choisissez le premier mode. Et voilà que vous m'écrivez que vous n'avez fait que m'exprimer la situation! Non, non, je le répète, jamais je ne me serais attendu à la dépêche stupéfiante que je viens de lire sous votre signature.

Pour moi qui suis habitué à prendre hautement la responsabilité de mes actes, je vous ordonne à vous et à tous les

1. Dépèche de M. Engelhardt du 31 décembre 1870, 3 h. soir : « Le parti clérical et le parti bonapartiste se mettent en insurrection contre le Gouvernement. 11 s'agit de céder ou de résister. Veuillez vous souvenir que je n'ai fait que vous renseigner et que je n'ai agi que d'après vos ordres formels. J'attends vos instructions. Il y a extrême urgence à ce que je sois fixé. »

fonctionnaires républicains qui vous entourent et dont vous avez pris les conseils, d'après ce que vous m'avez dit, de prendre toutes les mesures nécessaires pour que force reste à la loi; je vous ordonne de faire respecter la République et son gouvernement, ne reculez devant aucune mesure. Vous êtes autorisé à vous assurer immédiatement de la personne de tous ceux qui tenteraient de résister à l'arrêté qui a été pris.

Un autre journal1, me dites-vous, a publié un article aussi coupable que le premier; prenez à son égard et avec quelque initiative les mesures que la situation commande. Les membres de l'ancien conseil font mine de résister, dispersezles. Qu'avez-vous attendu pour faire toutes ces choses? De quelle utilité m'est donc votre concours? Encore une fois, jamais je n'aurais cru que ce serait à vous qui n'avez jamais eu sous la plume et à la bouche que des conseils de rigueur et d'énergie, que j'aurais à écrire une telle dépêche. C'est pour moi un exemple nouveau de cette vérité qu'il y a loin des paroles à l'action ; et que, tel qui se croit énergique et le crie fort, voit s'évanouir toute sa force morale à la moindre crise qui le surprend et qui l'abat.

1er janvier 1871. — A préfet. — Je reçois votre dépêche explicative2. Veuillez vous souvenir que non seulement vous m'avez dit et vous me dites encore dans la dépêche qui s'est croisée avec la mienne, que vous n'aviez fait que me doniwr des renseignements, tandis que vous m'aviez formellement donné l'avis que j'ai adopté de sévir contre les ennemis de la République. C'est là ce qui m'a fait douter un instant de vos dispositions à prendre la part de responsabilité qui vous revient dans la mesure qui a frappé l'Union de l'Ouest, et dans ses conséquences éventuelles. Le tableau que vous me tracez de la situation me parai! poussé au noir. Résistez cependant et continuez à défendre l'arrêté du Gouvernement en réduisant au silence tous ceux qui violeraient les lois et nuiraient à la défense nationale en attaquant la République. C'est un orage qui passe. Tenez bon sans rompre ni plier;

i . Le Journal rfr Maine-et-Loire,

2. Seconde dépêche du 31 décembre : « Je n'ai fai( qu'exécuter vos ordres, mais je «loi- dire que l'opinion publique a nautemenl approuvé l'.météde suspension, »

vous dites que l'opinion est avec vous. Je le crois. Elle est partout avec nous. Raison de plus pour ne pas faiblir. Sévissez contre le Maine-et-Loire, s'il suit la trace de l'Union. Si V Union cherche à reparaître sous un autre nom, vous ne pouvez vous y opposer ; mais veillez et frappez si la nouvelle feuille suit les errements de l'ancienne. Quant à M. de Cumont, s'il trouble la paix publique, assurez-vous de sa personne comme je vous l'ai déjà dit.

1er janvier 1871 . — An préfet. — Je ne me plaindrai point d'avoir à vous écrire une seconde dépêche pour rétablir la vérité sur un incident qui vous ajustement ému sans doute, mais qui ne m'a pas causé, sachez-le bien, une moindre peine qu'à vous-même.

De cet échange d'explications il ne peut et il ne doit sortir qu'un surcroît d'estime ajouté à l'estime que nous avions l'un pour l'autre. J'ai été frappé vivement, très vivement même, de l'insistance que vous avez mise et que vous mettez encore à me rappeler que vous n'avez jamais rien fait que me donner des renseignements et que c'est moi qui vous ai fait parvenir les ordres. Vous vous êtes séparé de moi; je n'ai pas hésité à vous le faire sentir, d'autant plus sûrement peut-être que j'avais une haute idée de votre passé, de votre caractère, des services que vous avez rendus à la démocratie et que vous lui rendrez encore. Voilà tout le dissentiment qui a éclaté entre nous. Quant à vous injurier, comme vous le dites, jamais une telle pensée ne m'est venue, habitué comme je l'étais, depuis que je vous connais, à honorer en vous un digne citoyen, un républicain des bons et des mauvais jours, un collaborateur dévoué à notre œuvre commune. Sur ce, ne pensons plus qu'à nos ennemis du dedans et du dehors, et faisons pour le mieux.

3 février 1871. — A Engelhardt, jwêfet, Angers. — J'apprends que vous avez accepté de figurer en tête de la liste républicaine de Maine-et-Loire. Je comprends que vous ayez tenu à combattre avec nos amis des départements contre les adversaires de la République et de l'intégrité nationale. Cependant je crois qu'il y a trop peu de temps que vous êtes dans Maine-et-Loire pour vous exposer aux coups de nos ennemis. Vous prêterez à nos amis un concours et un appui d'autant plus forts et plus efficaces que vous

combattrez pour eux sans y être intéressé. Votre place dans l'Assemblée est marquée, mais c'est à nos concitoyens d'Alsace de vous y faire asseoir; vous entrerez ainsi dans la Chambre avec le caractère qui vous appartient. Je vais m'efforcer de faire savoir à nos concitoyens d'Alsace que vous êtes à leur disposition : les suffrages qu'ils vous donneront ne peuvent être mieux placés.

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