Tool avail succombé le 23, et Strasbourg le 28 septembre
quitté Paris pour veuir vous apporter, avec les espérances du peuple renfermé dans ses murs, les instructions et les ordres de ceux qui ont accepté la mission de délivrer la France de l'étranger.
Paris, depuis dix-sept jours étroitement investi, a donné au monde un spectacle unique, le spectacle de plus de deux millions d'hommes qui, oubliant leurs préférences, leurs dissidences antérieures, pour se serrer autour du drapeau de la République, ont déjà déjoué les calculs de l'envahisseur, qui comptait sur la discorde civile pour lui ouvrir les portes de la capitale.
La Révolution avait trouvé Paris sans canons et sans armes. A l'heure qu'il est, on a armé quatre cent mille hommes de garde nationale, appelé cent mille mobiles, groupé soixante mille hommes de troupes régulières. Les ateliers fondent des canons ; les femmes fabriquent un million de cartouches par jour; la garde nationale est pourvue de deux mitrailleuses par bataillon ; on lui fait des canons de campagne pour qu'elle puisse opérer bientôt des sorties contre les assiégeants ; les forts, occupés par la marine, ressemblent à autant de vaisseaux de haut bord immobiles, garnis d'une artillerie merveilleuse et servie par les meilleurs pointeurs du monde. Jusqu'à présent, sous le feu de ces forts, l'ennemi, a été impuissant à établir le moindre ouvrage.
L'enceinte elle-même, qui n'avait que cinq cents canons le 4 septembre, en compte aujourd'hui trois mille huit cents: à la même date, il y avait trente coups de canon à tirer par pièce ; aujourd'hui, il y en a quatre cents, et l'on continue à fondre des projectiles avec une fureur qui tient du vertige. Tout le monde a son poste marqué dans la cité et sa place de combat. L'enceinte est perpétuellement couverte par la garde nationale qui, de l'aube à la nuit, se livre à tous les exercices de la guerre avec l'application du
patriotisme, et l'on sent tous les jours grandir la solidité et l'expérience de ces soldats improvisés.
Derrière cette enceinte ainsi gardée, s'élève une troisième enceinte, construite sous la direction du comité des barricades; derrière les pavés, savamment disposés, l'enfant de Paris a retrouvé, pour la défense des institutions républicaines, le génie même du combat des rues.
Toutes ces choses, partout ailleurs impossibles, se sont exécutées au milieu du calme, de l'ordre, et grâce au concours enthousiaste qui a été donné aux hommes qui représentent la République. Ce n'est point une illusion : ce n'est pas non plus une vaine formule ; Paris est inexpugnable ; il ne peut plus être ni pris ni surpris.
Restaient aux Prussiens deuxautres moyens d'entrer dans la capitale : la sédition et la faim. La sédition, elle ne viendra pas; car les suppôts et les complices du Gouvernement déchu, ou bien ils ont fui, ou bien ils se cachent. Quant aux serviteurs de la République, les ardents comme les tièdes, ils trouvent dans le gouvernement de l'Hôtel de Ville d'incorruptibles otages de la cause républicaine et de l'honneur national.
La famine!
Prêt aux dernières privations, le peuple de Paris se rationne volontairement tout les jours, et il a devant lui, grâce aux accumulations de vivres, de quoi délier l'ennemi pendant de longs mois encore.
Il supportera avec une mâle constance la gène et la diselte, pour donner ;'i ses frères des départements le temps d'accourir et de le ravi (ailler.
Telle est, sans déguisement ni détour, la situation de la capitale de la France.
Citoyens des départements
Cette situation vous impose de grands devoirs.
'•'• premier de tous, c'est de ne vous laisser divertir
par aucune préoccupation qui ne soit pas la guerre, le combat à outrance ; le second, c'est jusqu'à la paix, d'accepter fraternellement le commandement du pouvoir républicain, sorti de la nécessité et du droit. Ce pouvoir, d'ailleurs, ne saurait sans déchoir s'exercer au profit d'aucune ambition. Il n'a qu'une passion et qu'un titre, arracher la France à l'abîme où la monarchie l'a plongée. Gela fait, la République sera fondée et à l'abri des conspirateurs et des réactionnaires. Donc, toutes autres affaires cessantes, j'ai mandat, sans tenir compte ni des difficultés ni des résistances, de remédier, avec le concours de toutes les libres énergies, aux vices de notre situation, et, quoique le temps manque, de suppléer, à force d'activité, à l'insuffisance des délais. Les hommes ne manquent pas. Ce qui a fait défaut, c'est la résolution, la décision et la suite dans l'exécution des projets. Ce qui a fait défaut, après la honteuse capitulation de Sedan, ce sont les armes. Tous nos approvisionnements de cette nature avaient été dirigés sur Sedan, Metz et Strasbourg; et l'on dirait que, par une dernière et criminelle combinaison, l'auteur de tous nos désastres a voulu, en tombant, nous enlever tous les moyens de réparer nos ruines. Maintenant, grâce à l'intervention d'hommes spéciaux, des marchés ont été conclus, qui ont pour but et pour effet d'accaparer tous les fusils disponibles sur le marché du globe.
La difficulté était grande de se procurer la réalisation, de ces marchés : elle est aujourd'hui surmontée.
Quant à l'équipement et à l'habillement, on va multiplier les ateliers et requérir les matières premières, si besoin est. Ni les bras ni le zèle des travailleurs ne manquent; l'argent ne manquera pas non plus.
Il faut enfin mettre en œuvre toutes nos ressources, qui sont immenses; secouer la torpeur de nos campagnes, réagir contre de folles paniques, multiplier la guerre de partisans, et, à un ennemi si fécond en
embûches et en surprises, opposer des pièges, harceler ses flancs, surprendre ses derrières, et enfin inaugurer la guerre nationale.
La République fait appel au concours de tous ; son gouvernement se fera un devoir d'utiliser tous les courages, d'employer toutes les capacités. C'est sa tradition à elle d'aimer les jeunes chefs. Nous en ferons. Le ciel lui-même cessera d'être clément pour vos adversaires : les pluies d'automne viendront, et retenus, contenus par la capitale, les Prussiens, si éloignés de chez eux, inquiétés, troublés, pourchassés par nos populations réveillées, seront décimés pièce à pièce par nos armes, par la faim, par la nature.
Non, il n'est pas possible que le génie de la France se soit voilé pour toujours, que la grande nation se laisse prendre sa place dans le monde par une invasion de cinq cent mille hommes î
Levons-nous donc en masse, et mourons plutôt que de subir la honte du démembrement. A travers tous dos désastres et sous les coups de la mauvaise fortune, il nous reste encore le sentiment de l'unité française, l'indivisibilité de la République. Paris cerné affirme plus glorieusement encore son immortelle devise, qui dictera aussi celle de toute la France: « Vive la Nation! Vive la République une et indivisible! » Le membre du Gouvernement de In défense nationale, ministre de tintérieurj
Léon Gambetta.
PROCLAMATION A L'àRHÊE
Tours, le 9 octobre 1870.
- ildats,
J'ai quitté Paris pour ôtre votre ministre de la guerre. Dana Les circonstances où nous sommes, je ^n>
décidé à sortir des voies ordinaires. Je veux vous donner des chefs jeunes, actifs, capables, par leur intelligence et leur vigueur , de renouveler les prodiges de 1792. Pour cela, je n'hésite pas à rompre avec la vieille tradition administrative.
A votre tour, soldats, j'ai un devoir impérieux à réclamer de vous. Ce n'est pas aux enfants de la France qu'il est besoin de demander le courage et la force d'âme; mais si vous êtes les premiers soldats du monde par la valeur, il faut que vous le soyez aussi par la discipline! La victoire est à ce prix! C'est donc pour le salut de tous que je prescris aux chefs de corps de punir avec la dernière rigueur toute infraction aux règlements. Vous saurez, je n'en doute pas, épargner aux conseils de guerre leurs pénibles devoirs.
Soldats, gardes mobiles, corps francs, et vous tous qui avez pris les armes pour l'honneur de la patrie, oubliez vos origines diverses et les différentes dénominations qui tendraient à rompre votre solidarité. Vous n'êtes qu'une seule et même armée, l'armée de la France, et du même pas vous marcherez à la victoire.
Repoussez loin de vous les défaillances qui ont pu, à certains moments, atteindre vos âmes, et répétezvous bien haut que, défendue par votre héroïsme, la République est invincible !
Le membre du Gouvernement de la défense nationale, ministre de la guerre,
Léon Gameetta.
Tours, 15 octobre 1870.
Citoyens de Tours,
C'est avec une indicible expression de joie que je me hâte de vous faire connaître les fortifiantes nou-
velles qui nous arrivent de Paris, apportées par le ballon parti le 12 octobre de la capitale.
A Paris, le peuple, de jour en jour plus héroïque, prépare le salut de la France par l'ordre admirable qu'il maintient dans la cité, par les privations qu'il s'impose joyeusement; car, détail qui n'a rien de vulgaire dans la grandeur de la situation où nous sommes, c'est par la viande de cheval qu'il commence le siège, réservant pour les derniers jours les troupeaux vivants dans ses murs.
Impatiente derrière ses remparts, la garde nationale a voulu marcher à l'ennemi. Voici le bulletin de la première victoire :
Sur toute la ceinture, les Prussiens ont été délogés des positions qu'ils occupaient depuis trois semaines; au nord, dans la direction de Saint-Denis, on los a refoulés au delà de Stains, de Pierrefitte, de Dugny; à l'est, on leur a repris Bobigny, Joinville-le-Pont, Gréteil, le plateau d'Avron; au sud, on leur a enlevé le Bas-Meudon et Saint-Gloud, les refoulant sur Versailles '.
Ils savent à présent ce que vaut un peuple résolu, qui veut sauver son honneur et ses institutions.
Je vous disais, il y a quelques jours : Paris est inexpugnable; le voilà devenu assaillant. D'aussi admirables exemples ne peuvent laisser les départements insensibles. Redoublons tous de travail et d'énergie; sùr> désormais que Paris fera son devoir jusqu'au bout, faisons le nôtre.
Vive Pari- !
Vive la France!
Vive la République !
Léon Gambktta.
1. Cette proclamation a trait aux combats du S octobre la Malmaison, la .lonchère, Gennevilliers et Bond] , do 9 octobre Houilles), Mu in la Maison Blanche et Cachan), et du 12, nu matin (fioia de Neuilly et Villemomble).