Les batailles de la Marne
2. 3 décembre. — Cf. Freycinet,d'Aurelles, Chanzy, et le grand état-major prussien pour le récit des combats de Villepion, Loigny, Pimpry, Chevilly et Orléans.
vestissement, nous attendons toujours avec anxiété le résultat de vos sublimes efforts1.
Gambettaà Jules Favre et à général Trochu, à Paris.
Tours, le 5 décembre 1870.
Vos deux ballons2 nous sont parvenus, mais nous n'avons de nouvelles précises que d'un seul. De grâce, envoyez-nous des pigeons en aussi grand nombre que vous pourrez! Nous les utiliserons tels quels. Faites aussi partir un ballon par jour, quelle que «oit la direction du vent. En se tenant longtemps en l'air, il y a toujours chance pour les aérostiers d'échapper aux balles prussiennes et de nous apporter vos dépêches.
Le ballon Franklin3 nous a fait parvenir, par voie télégraphique, des nouvelles imprimées au Journal officiel. Jamais nous ne pourrons vous dire l'admiration (juc nous inspirent la belle conduite de vos soldats, l'énergie de leurs cbefs et les courageux efforts que Paris, sous votre gouvernement, fait pour sauver la République et la France en se sauvant luimême. Je dois ajouter que nous pensions, après vos héroïques combats du 30 novembre, que vous réussiriez à percer les lignes. Mais, si peu de succès que vous ayez obtenu dans votre première tentative, il n'y en a pas moins dans cette lutte une grandeur qui nous l'ait venir les larmes aux yeux quand nous son- >ns à toul ce que la France vous devra de reconnaissance dans l'avenir. Nous n'osons pas vous dire : Gouragel â vous qui nous donne/, de si glorieux
i. Cette dépêche a été publiée dans le Journal officiel du 15 <l<;cemh de nombreuses suppression! el modifications.
, anklin.
i, le i décembre^ à v h ur< du m&tin.
exemples, mais nous vous envoyons l'expression la mieux sentie de la gratitude du pays tout entier.
Je voudrais pouvoir ajouter que, de notre côté, nous avons réussi dans les efforts que nous avions ordonnés et entrepris pour vous rejoindre. Malheureusement, comme je vous l'ai dit, notre armée de la Loire, si belle, si bien pourvue, si pleine de confiance, a, en face d'elle, une masse énorme de Prussiens sous le commandement de Frédéric-Charles, qui a, jusqu'à présent, paralysé tous ses mouvements. Dans les journées des 2 et 3 décembre, des mouvements avaient été prescrits pour porter cette armée en avant, dans le sens indiqué dans une dépêche au général Ducrot, que je vous ai fait passer à trois reprises, mais que vous ne paraissez pas avoir reçue1. Ces mouvements n'ont pu s'effectuer; on s'est heurté au front même de l'armée prussienne qui a beaucoup souffert sans doute de ses rencontres avec nous, mais qui nous a fait aussi beaucoup de mal, notamment aux 1 6e et 17e corps, ce qui a glacé l'élan du général en chef. Dans la nuit du 3 au 4 décembre, nous avons appris, avec une stupéfaction mêlée de colère et de tristesse, que le général d'Aurelle de Paladines, commandant en chef de l'armée de la Loire, se jugeant en présence de forces auxquelles il serait hors d'état de résister, considérait l'évacuation de la ville d'Orléans et la retraite de toute l'armée sur la rive gauche de la Loire comme absolument nécessaire 2. A cette nouvelle, j'ai bondi d'indignation. Évacuer Orléans quand la ville était défendue par un camp fortifié et pourvu de pièces de marine, battre en retraite avec une armée de plus de 200 000 hommes, appuyés par plus de 500 bouches à feu et alors que nulle bataille sérieuse n'avait encore été livrée! Une telle résolution me
i. Cf. Freycinet, loc.cit., ch. iv.
2. Dépèches du général d'Aurelle, Cercotte, nuit du 3 au 4 décembre 1870, sans heure.
paraissait impossible. N'y voulant pas croire, j'ordonnai la concentration en avant d'Orléans de tous les corps de l'armée de la Loire qui, n'étant pas trop menacés sur leur droite, étaient en outre appuyés sur leur gauche par la petite armée du Mans tout entière. 55 000 hommes au moins, et je conjurai le général d'Aurelle de défendre la position avec toutes ses forces l. Hier matin, je reçus de lui une nouvelle dépêche où il annonçait que la résistance lui semblait de plus en plus difficile, et qu'il maintenait son plan de retraite2. Je rassemblai immédiatement mes collègues pour leur faire part de ce grave événement. Ils partageaient mon opinion sur la nécessité de la résistance, sur sa possibilité, sur l'incroyable effarement d'esprit qui seul pouvait faire naître l'idée d'abandonner une telle situation. Néanmoins, le général d'Aurelle étant sur place, comme il le disait dans sa dépêche, et pouvant juger mieux que personne de la situation, du moral des troupes et des conséquences d'une résistance aboutissant à un échec, mes collègues pensèrent qu'il fallait laisser toute sa liberté d'action au général d'Aurelle, et je me joignis à eux pour lui adresser un télégramme signé de nos quatre noms et dont voici le texte :
« L'opinion du Gouvernement, consulté, était de vous voir tenir ferme à Orléans, vous servir des travaux de défense et ne pas vous éloigner de Paris. Mai- puisque vous affirmez que la retraite est nécessaire, que vous Ates mieux à même, sur les lieux, de juger li situation que vos troupes ne tiendraient pas, le Gouvernement vous laisse le droit d'exécuter les mouvements de retraite sur la nécessité desquels vous insistez et que vous présentez comme de nature à éviter à la défense nationale un plus grand désastre que celui-là même de l'évacuation. En conséquence
i . I >• péi h" du î décembre, 3 h. 30 du matin.