SCENE VI
ALBERT, METAPHRASTE.
METAPHRASTE.
-^Êtandatum tuum euro diligenter.
ALBERT
Maistre, i'ay voulu...
METAPHRASTE.
Maistre est dit à Magister.
C'est comme qui diroit trois fois plus grand.
ALBERT
le meure y Si ie sçauois cela. Mais, soit; à la bonne heure, Maistre, donc...
METAPHRASTE.
Poursuiuez.
ALBERT
le veux poursuiure aussi; Maïs ne poursuiuez point, vous, d'interrompre ainsi. Donc, encore vne fois, Maistre, c'est la troisième, Mon fils me rend chagrin ; vous sçauez que ie Tayme, Et que soigneusement ie l'ay toujours nourry.
METAPHRASTE.
Il est vray; Filio non potest preferri Nisi Filius.
ALBERT
Maistre, en discourant ensemble, Ce iargon n'est pas fort nécessaire, me semble; le vous croy grand Latin, et grand Docteur iuré, le m'en rapporte à ceux qui m'en ont assuré : Mais, dans vn entretien qu'auec vous ie destine, N'allez point déployer toute vostre doctrine. Faire le pédagogue, et cent mots me cracher.
Comme si vous estiez en chaire pour prescher. Mon père, quoy qu'il eust la teste des meilleures. Ne m'a iamais rien fait aprendre que mes heures , Qjai, depuis cinquante ans dites iourneiiement , Ne sont encor pour moy que du haut Allemant.
Laissez donc en repos vostre science auguste. Et que vostre langage à mon foible s'ajuste.
METAPHRASTE.
Soit.
ALBERT
A mon fils, l'hymen semble luy fidre peur.
Ety sur quelque party que ie sonde son cœur^ Pour vn pareil lien il est froid, et recule.
METAPHRASTE.
Peut-estre a-t-il l'humeur du frère de Marc-Tulle, Dont auec Atticus le mesme fait sermon.
Et comme aussi les Grecs disent Atanaton.
ALBERT
Mon Dieu, Maistre éternel, laissez-là, ie vous prie, Les Grecs, les Albanois, avec l'Esclauonie Et tous ces autres gens dont vous venez parler ; Eux et mon fils n'ont rien ensemble à démesier.
METAPHRASTE.
Hé bien, donc? vo'stre ftls?
ALBERT
le ne sçay si dans Tame Il ne sentiroit point vne secrette âame.
Quelque chose le trouble, ou ie suis fort déceu, Et ie l'apperçeus hier, sans en estre aperçeu. Dans vn recoin du bois où nul ne se retire.
METAPHRASTE.
Dans vn lieu reculé du bois, voulez*vous dire ; Vn endroit écarté. Latine secessus; Virgile Ta dit, est in secessu locus,,.
6o DEPIT
ALBERT
Comment auroit-il pu rauoirdit ce Virgile?
Puis que ie suis certain que dans ce lieu tranquiie Ame du monde enfin n*estoit lors que nous deux.
METAPHRASTE.
Virgile est nommé là comme un autheur &meux D*vn terme plus choisi que le mot que vous dites, Et non comme tesmoin de ce que hier vous vistes.
ALBERT
Et moy, ie vous dis, moy, que ie n*ay pas besoin De terme plus choisi, d'autheur ny de tesmoin, Et quMl suffit icy de mon seul témoignage.
METAPHRASTE.
Il faut choisir pourtant les mots mis en vsage Par les meilleurs autheurs; tu^ viuendo, honos^ Comme on dit, scribendo^ sequare j^ritos,
ALBERT
HommCi ou démon, veux-tu m'entendre sans conteste?
METAPHRASTE.
Quintilien en îaxt le précepte.
AMOVREVX. 6i
Soit du causeur !
ALBERT
La peste
METAPHRASTE.
Et dit là-dessus doctement Vn mot, que vous serez bien aise assurément D'entendre.
le seray le diable qui t'emporte»
Chien d'homme. 01 que ie suis tenté d'estrange sorte» De foire sur ce mufle vne application l
METAPHRASTE.
Mais, qui cause, Seigneur, vôtre inflammation ? Que voulez vous de moy^
ALBERT
le veux que Ton m'écoute, Vous ay-ie dit vingt fois, quand ie parle.
METAPHRASTE.
Hal sans doute, Vous serez satisfait, s'il ne tient qu'à cela, le me tais.
ALBERT
Vous fefez sagement.
METAPHRASTE.
Me voila Tout prest de vous ouyr,
ALBERT
Tant mieux»
METAPHRASTE.
Que ie trépasse.
Si ie dis plus mot.
Dieu vous en fasse la grâce,
METAPHRASTE.
Vous n*accuserez point mon caquet désormais.
ALBERT
Ainsi soit-il.
METAPHRASTE.
Parlez quand vous voudrez.
ALBERT
Vy vais.
METAPHRASTE.
Et n'aprehendez plus Tinterruption nôtre.
ALBERT
C'est assez dit.
METAPHRASTE. ^
le suis exact plus qu'aucun autre.
ALBERT, le le croy.
METAPHRASTE.
l'ay promis que ie ne dirois rien.
ALBERT
Suffit.
METAPHRASTE.
Dés apresent ie suis muet.
Fort bien.
METAPHRASTE.
Parlez : courage ; au moins, ie vous donne audiance ;
Vous ne vous plaindrez pas de mon peu de silence , le ne desserre pas la bouche seulement.
ALBERT
Le traistre !
METAPHRASTE.
Mais, de grâce, acheuez vistement ; Depuis long-temps i^écoute, il est bien raisonnable Que ie parle à mon tour.
ALBERT
Donc, bourreau détestable...
METAPHRASTE.
Hé ! bon Dieu l voulez-vous que i'écoute à iamais ? Partageons le parler, au moins, ou ie m'en vais.
ALBERT
Ma patience est bien...
METAPHRASTE.
Quoy ! voulez vous poursuivre ?
Ce n'est pas encor iAix^per iovem, ie suis yure.
le n'ay pas dit...
METAPHRASTE.
Encor ! bon Dieu l que de discours !
Rien n'est-il suffisant d'en arrester le cours !
ALBERT
Penrage.
METAPHRASTE.
De rechef? 6 Testrange torture !
Hé! laissez rooy parler vn peu, ie vous coniure; Vn sot qui ne dit mot ne se distingue pas D'vn sçauant qui se tait.
ALBERT s* en allant.
Parbleu, tu te tairas.
METAPHRASTE.
D'où vient fort à propos cette Sentence* expresse D'vn Philosophe, parle afin qu'on te connoisse. Doncques, si de parler le pouuoir m'est osté, Pour moy, i'ayme autant perdre aussi l'humanité, Et changer mon Essence en celle d'vne beste.
Me voilà pour huit iours auec vn mal de teste. O ! que les grans parleurs sont par moy détestez. Mais quoy! si les sçauans ne sont point écoutez, Si l'on veut que toûiours ils ayant la bouche close, Il faut donc renuerser l'ordre de chaque chose ; Que les poules dans peu deuorent les renards ; Qjue les ieunes enfiains remontrent aux vieillards; Q.u'à poursuivre les loups les agnelets s'ébatent *,
Albert luy vient
iouner aux
oreilles
OjaVii fou fiuse les loix; que les femmes combattent ; Q.ue par les criminels les luges soient iugez; Et par les écoliers les maistres fustigez; Que le malade au sain présente le remède ; Q.ue le lierre craintif... miséricorde, à Tayde.
cloche
gui
le fait
fuir.
Fin du second Acte.
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